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Citations sur Chutes de pluie fine (9)

Moovanse
Moovanse   21 août 2015
La vie est creuse et compliquée. Elle manque de chambres et de jardins.
Poussière et tiédeur remuées, où courons-nous si vite ?
Il semble que mourir ne nous importe guère ...

Prendre SON temps : belle expression.
Prendre le temps qui est le sien, entre la naissance et la disparition.

Prendre son temps à soi pour le convertir en amour ?

Aimer, c’est donner de SON temps.

Seul jugement dernier :
A qui et à quoi as-tu donné ton temps ?
Comment as-tu dépensé le crédit de tes jours ?


(p146)

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Moovanse
Moovanse   16 août 2015
Brésil

Dans la nuit de cinq heures du matin, sous les ailes du 747, Rio a des allures de star : poussière de strass et de paillettes, piquetées dans les oies violettes et les satins noirs des pains de sucre.
Le Brésil brasille sous de très légers draps de brume.
Illusion programmée du voyageur : vue d’avion, la misère des favelas fait collection de diamants.
Elle étincelle : Rio joue du stéréotype.

Au sol, c’est l’hiver.
Privée de ses sunlights, la star sud-américaine sombre dans une mélancolie sans fond.
La ville n’est plus qu’un asphyxiant nuage de gaz d’échappement.
Les passants portent des vêtements pauvres.
Leur visage brun vire au gris.

Je visite d’un œil triste la capitale des plaisirs et de la folie
J’y cherche en vain la silhouette de la fille d’Ipanema, et
croise plus de vies brisées que de danseurs de samba.

***

Du Brésil, je retiens la douleur :
les gamins couchés dans les rues,
les kyrielles de prostituées et de travestis au pied de l’hôtel,
le couteau de cuisine de l’adolescent qui m’a fait les poches sur la plage
en réclamant « money, money »,
les favelas inaccessibles et omniprésentes,
et
la dissimulation imparfaite du malheur
sous le florissant mensonge des tropiques.


p99 et p104
(Ipanema est un quartier riche, chic et branché de la zone Sud de la ville de Rio.
C'est le berceau de la bossa nova.)
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Moovanse
Moovanse   05 août 2015
Un quart d’heure d’éternité, assis sur une tortue de pierre, au milieu de la rivière Kamo qui n’est après tout qu’une pellicule de silence, de calme et de reflets glissants sur les cailloux …
Je voudrais à mon tour construire un pavillon pour observer la lune,
ou allumer de grands feux au sommet des montagnes pour chauffer les nuages.
Peindre ou coudre des signes rouges sur des étoffes blanches pour me protéger de mourir …

Moi : ce point instable et vibratoire sur lequel toute altérité vient jouer sa musique.
« Homme égaré qui ne sait où il va
marche dans ce monde en aveugle en tâtant son chemin çà et là
du bout de son bâton. »

Etre en vérité cet aveugle qui s’efforce sans cesse d’écarquiller les yeux.
Tendre la main, tendre l’oreille, écouter le bruit d’autres langues.
Vérifier que des mondes existent auxquels je n’aurai pas accès.
Partager avec mes semblables des fragments d’ignorance.

Nos questions nous rapprochent mieux que nos savoirs.
C’est dans l’incompréhension que nous nous retrouvons, au défaut des langues,
là où les mots viennent à manquer et où se perdent nos appuis.

Nous offrons à autrui ce par quoi nous sommes seuls,
séparés jusque dans l’amour
et silencieux sous les replis de notre voix.


Japon – Kyoto - p35/36
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Moovanse
Moovanse   02 septembre 2015
Parfois, on se regarde, on se sourit, on s'aime un peu, très vite, avec les yeux.

(p38)
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Moovanse
Moovanse   15 août 2015
Ouvrir un livre près de la mer.
Restriction de la page devant l’immensité….
Ce sont pourtant là deux largeurs, deux largesses,
non de la même étoffe, mais aux lointains presque identiques.
L’un de lignes de légers signes monotones,
l’autre de vagues et de vagues encore, sur la grande page bleue horizontale.

J’aime le silence que fait la langue devant la mer bavarde --- et les oiseaux qui vont et viennent, écrivant sans y prendre garde sur la table de sable dur les hiéroglyphes compliqués de leurs pas.
J’aime que tant de phrases décousues soient écrites alentours par l’algue, la vague, le bois flotté, les flaques, les ruisselets, les pas, les vers de sable, les coquilles et les plumes,
Là où je mène mon livre.

Tâche du poète : fixer les points de clarté.
Quelque chose ici bas qui se souvienne des astres.
La chute fine, noir sur blanc, d’une constellation de mots,
éclairant d’un peu d’encre la nuit humaine.


(p93/94)
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Moovanse
Moovanse   12 août 2015
Saigon : p55

Touristes, par définition ceux qui ne portent à leurs hôtes aucune espèce d’attention …
Touristes, ceux qui traversent la terre étrangère sans autre souci que celui de leurs cartes postales et leurs photographies, n’ayant là aucun compte à rendre, aucune fonction, aucun devoir, définitivement oisifs et délurés.

Les filles qu’ils convoitent ont le corps transparent. Elles ne montrent souvent qu’un sourire rehaussé d’un trait de rouge épais. Elles osent des jeux, font des mines, ont des impudeurs …
Ils entrainent ces filles menues dans leur chambre d’hôtel.
Puis ils promènent à travers les rues leurs tempes grises au coté de silhouettes qui pourraient être celle de leur fille.
Souvent, on les voit dans les halls ou au restaurant, face à face et muets, n’ayant aucune langue à partager, ou tout simplement rien à se dire, une fois achevée la transaction des caresses à bas prix.

Que reste t-il de ces amours ? Quelques traces de rouge à lèvres sur le col de la chemise ?

Entre la pute et l’amoureuse, rien.
Pas de place pour les complications.

Saigon est un bordel à l’eau de rose.
Sur les ondes, beaucoup de sirop.
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Moovanse
Moovanse   17 août 2015
Tout à coup se précise à mon esprit la condition du spermatozoïde heureux :
celui à qui l’errance serait épargnée car il se trouverait précisément déposé là où il doit aller, tout au fond du corps aimé où seul accède le profond amour.

(p111)
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2605
2605   12 novembre 2015
Sur tous les tons, les klaxons répètent : j'arrive, je suis là, laissez-moi passer. Mais ils se plaisent tellement à insister qu'on les croirait seulement désireux d'ajouter leur note pointue à la délirante cacophonie de la rue. Avertisseur et gouvernail, le klaxon infléchit les trajectoires et les sillages.
On ne s'arrête pas, on ralentit un peu, on serpente, on louvoie, on se frôle, on s'esquive...La souplesse évite les chocs. Rien de frontal ; tout va par courbes, glissades, oblicités. On anticipe, on est pas pris au dépourvu. On entre dans la danse, on prend le rythme au vol : 37, 38 km/h, on calque sa vitesse sur la température de l'air.
Parfois, on se regarde, on se sourit, on s'aime un peu, très vite, avec les yeux.

La rue a ses odeurs, ses humeurs, ses moiteurs, ses rides et ses blessures. Rivière ou rizière, tantôt elle circule, tantôt elle s'implante, établit son campement, avec ses étals, ses toiles, et son peuple accroupi de marchands. Rivière, elle coule comme le fleuve Rouge : elle est le bouillon de la vie.
37,38° : la température de l'air est pareille à la température du cœur.
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2605
2605   12 novembre 2015
J'ai croisé dans le ciel des îles, traversé des déserts, des montagnes de suie, des banquises de vieilles lunes et de très vastes mers. J'ai perdu le nord et l'échelle, la perspective, le sens de l'en haut et de l'en bas. Et j'ai vu quelquefois ce que nul ne verra jamais : comment est fait mon cœur.
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