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Critique de Moovanse


Moovanse
  17 août 2015
« J’ai croisé dans le ciel des îles, traversé des déserts, des montagnes de suie, des banquises, de vieilles lunes et de très vastes mers. J’ai perdu le nord et l’échelle, la perspective, le sens de l’en haut et de l’en bas.
Et j’ai vu quelquefois ce que nul ne verra jamais : comment est fait mon cœur. »

Voyages : un carnet, petit bloc de papier où finiront par s’écraser tous les bavardages et pensées vagabondes, incessant remue-ménage et chutes de tout Amour , constellations de notes noires sur blanc, silence et musique, un peu d’encre fine telle des chutes de pluie tièdes, pour éclairer l’humaine solitude et rafraîchir un peu la mélancolie des jours sans - et recréer parfois la féerie des nuits.

Voyages : les villes s’enchainent, Kyoto, Pékin, Saigon, Shanghai, Beyrouth, Essaouira, Rio, Kiev, Manhattan, Montréal … autant de récits miniatures jetés sur le papier buvard où s’épongent ainsi les bruits et les couleurs du monde.
Du silence au capharnaüm. Du blafard à l’éclatant. Des égarements.

Instantanés parachutés entre deux gares, deux aéroports, deux hôtels :
Maulpoix, observateur « passager », furtif, à l’affût de ce qui frappe l’œil et … titille l’âme.

Insolite le regard !
Ici, pas franchement touristique, non. Accrocheur plutôt, perçant la pauvreté derrière les devantures, s’attardant sur le non attirant, les marbrures de misère, les impudeurs tristes ou insolentes, les ruines ou les poussières de guerre, la saleté des murs, la crasse, la nonchalance et la stupidité humaine.
Là, les yeux éclaircis, qui s’écarquillent sur les silhouettes de femmes, les visages de la rue, les gestes quotidiens, l’œil rehaussant le banal, la beauté simple, les instants sereins posés sur la mer ou sur des ailleurs apaisés.
Autant de flaques d’ombres ou d’ondées de petits bonheurs !
Mais, au fond, partout les mêmes hommes, qui courent - Et ce même temps qui passe - ce même aveuglement.

Insolite l’oreille !
A l’écoute d’autres langues, d’autres boîtes à musiques et d’autres mêmes silences.
L’homme, cet « instrument à cordes » cordes rêches, cordes sèches, « capables de rendre un bruit de pluie ». Et cette même discordance – dans cette même ignorance.

Insolites, les pas du voyageur dont la résonnance s’effrite sur le papier en étrange lassitude.

Maulpoix : une solitude poétique, un cœur en jachère, « refusant ici-bas de défaire ses valises ». Tiens, il y a du Bobin, dans cet homme là, en beaucoup plus lyrique, en beaucoup plus mouvant (tiens, ça me va bien), beaucoup plus « électrique » !
Il a cette encre bleue limpide et chaude qui voudrait des réponses, qui cherche, qui tremble, qui s’use … et qui coule sur la peau du cœur.
Homme, rêveur secoué de fantômes, conquérant de nulle part, recherchant les lointains pour toucher Son plus proche. Ressac des mots, jamais de fin.

Il verse ses ecchymoses au bleu du ciel et au bleu de l’eau à l’encre noire d’amours touchés -- jamais gardés.

La poésie se fait toute seule,
Aimantée par l’œil et l’élan
La force du désir
Ce sont là ses voyages, des histoires d’amour à la pointe de la plume :
« chutes ou poussées de fièvre » noyées dans les escales,
averses de neige dissoutes dans les phrases.
Partir, fuir,
et toujours revenir, et toujours repartir
Poète instable, assoiffé d’ailleurs, où les rêves n’ont pas de portes, les amours pas de cages.
Ecrire c’est exister, se balader en feuillets dans le sac d’une femme …
et ainsi ne jamais mourir.

Restes d’enfance, fouiller,
Mémoires- caresses, toucher,
Devenir
« celui qui dit oui à tout ce qui l’emporte »
Vouloir
le simple bonheur d’être vivant,
Chercher
Un idéal reflet,
particule d’eau salée,
Elle … Toi …
La chambre vide. Son ombre versée sur la page. Papiers froissés.


« Mes villes sont des bateaux à quai, rouillés d’écume et blancs de sel »
Mais,
« Je retournerai dans la ville, où le désespoir fait merveille »


J’ai adoré !


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