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EAN : 9782253002925
125 pages
Le Livre de Poche (30/11/-1)
3.74/5   343 notes
Résumé :
Mathilde Cazenave morte, sa belle-mère jubile: elle va pouvoir reconquérir totalement son fils bien-aimé. Félicité a tort de se réjouir trop vite, car, sur le visage apaisé de la jeune morte, Fernand entrevoit ce qu'aurait pu être le bonheur avec Mathilde. Qui l'a empêché de s'entendre avec elle, sinon sa mère? Vieil enfant égoïste et gâté, il se retourne alors contre cette "Génitrix" coupable de l'avoir trop choyé. Défaite temporaire dont François Mauriac analyse l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
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Dans la demeure des Cazeneuve, Mathilde, la bru se meurt. Derrière la porte, sa belle-mère Félicité jubile, certaine de retrouver, une fois l'intruse disparue, la relation fusionnelle qui l'unit depuis cinquante ans à son « bien aimé », son fils Fernand. Mais la Mathilde morte semble avoir plus d'emprise sur Fernand qu'elle n'en avait de son vivant. Et la mère toute puissante comprend « que les absents ont toujours raison : ils sont ceux qui ne contrarient pas le travail de l'amour. »

Le décor est planté pour un huis-clos mère/fils fait de feintes, de disputes, de silence, de renoncement. Mauriac analyse avec une grande acuité et sans complaisance les différentes phases que traversent les deux protagonistes ; l'une pour tenter de reconquérir l'amour filial, l'autre pour s'en délivrer. Mais peut-on jamais se libérer d'un amour vorace lorsqu'on l'adule malgré tout?

On pense à Vipère au poing dans l'image de la toute-puissance maternelle, mais Fernand n'est pas Brasse-Bouillon, il lui manque la haine salvatrice et l'issue est tout autre.

J'ai été fascinée par la noirceur qui se dégage de ce court récit. Et qui tient autant à la dureté du propos qu'à l'atmosphère confinée de cette petite bourgeoisie terrienne qui vit comme recluse, tournée vers le passé dans « ces domaines ceints de murs et enserrés si étroitement d'arbres, qu'il semble que les êtres qui vivent là n'aient aucune autre communication qu'entre eux ou avec le ciel ».

Sombre, sobre, intense : une très belle découverte.

Challenge Nobel 2013-2014
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Avec le noeud de vipères, Génitrix est un autre roman de François Mauriac magnifiquement écrit, mais qui laisse une sorte d'amertume tant les âmes sont noires et acerbes.
Ici, on assiste au triomphe d'une mère possessive devant la mort de sa belle-fille en même temps qu'à la prise de conscience du mari, fils de cette génitrix qui ouvre enfin les yeux sur la personnalité de sa mère.
Un tableau peu complaisant d'une époque, des relations difficiles au sein des familles et de la part d'ombre de nos âmes.
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Une vraie bonne bouffée d'air rance et bien vicié, ça vous tente ? Si oui, aucune hésitation et laissez-vous tenter par Genitrix, un des premiers chefs d'oeuvre de François Mauriac.
D'une cruauté insupportable, ce huis-clos mère-fils vous emportera dans un univers de folie où Mauriac explore avec génie l'amour dévorateur d'une mère pour son fils, amour malsain dans lequel le fils, grosse larve sans volonté se coule avec délectation.
Tout lui est donné, sauf une épouse bien sûr.... et, vers la cinquantaine, voilà que Fernand Cazenave se laisse prendre aux charmes de Mathilde, une institutrice soucieuse de s'assurer un avenir confortable.
Mais ..."vous n'aurez pas mon fils, vous ne l'aurez jamais" clame Félicité, la mère en fureur.
Et Mathilde n'a carrément aucune chance face au couple mère-fils, pauvre petite mouche affolée prise dans la toile tissée chaque jour par l'araignée venimeuse.
Délaissée, elle va s'étioler et en mourir.

Alors Fernand va prendre la mesure de son malheur. On lui a cassé son jouet, et il le veut ce jouet, et qui est responsable de cette tragédie ? Sa mère, bien sûr. Et entre ces deux là va s'engager une lutte sordide, sans merci.
Effrayant, la manière qu'a Mauriac d'orchestrer ce corps à corps mortel entre ces deux êtres dégénérés. On aimerait être certain que cette relation ne saurait exister.
Certes, elle n'est pas la norme, mais des mères castratrices et des fils esclaves de leur génitrice... il y en a !
Mathilde ? Félicité ? Laquelle s'imposera dans le coeur du lamentable Fernand ?
Qui va gagner ce duel ? Qui a gagné ? ..... Elle, bien sûr !

Moralité : femme, n'enfantez point, et vous fils .... répudiez votre mère !
Quant à Mauriac, lisez-le et relisez-le !
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Fernand Cazenave vient de perdre sa femme suite à une fausse couche. Sa mère Félicité se réjouit : elle n'aimait en aucun cas sa belle-fille, elle qui lui avait volé son cher et tendre enfant (de cinquante ans...). Mais tandis qu'elle jubile de récupérer son fils, celui-ci se met à vouer un culte à la morte alors même qu'il ne lui avait guère donné d'attention lors de son vivant. La mère Cazenave ne sait comment réagir avec la prunelle de ses yeux...

Sans être puissant, ce livre a quand même un fond marquant : la mère incapable de rompre le cordon ombilical avec son grand fils déjà quincagénaire, le fils qui se plaint de la présence envahissante de sa mère dans sa vie mais qui ne parvient lui-même à vivre loin d'elle, ou plutôt de sa protection maternelle qui le maintient toutes ces années dans l'état du capricieux bambin ; la mère menacée par l'arrivée d'une autre femme qui ne parvient pas à arriver à la cheville de la belle-mère qui a bien dressé sa progéniture, fruit de ses entrailles et seul bijou inestimable d'une vie entière qui ne saurait s'éloigner de son propriétaire ; la bru ne parvenant à gagner son combat contre la vieille seulement dans la mort, éloignant ainsi le rejeton de sa maman et la menant elle-même à la mort.
Un combat à une seule issue, qui mène au meurtre de l'ascendance, au meurtre de la génitrice à la fois de la vie, mais également de la mort d'une épouse délaissée et mal-aimée, ainsi que de la vie réprimée d'un fils.
C'est une histoire très intéressante et qui a plusieurs niveaux de lecture. L'on peut être gêné par le patois landais et les phrases parfois sans verbe ou alambiquées de Mauriac, il n'empêche que l'histoire montre combien l'attachement à un être peut être destructeur pour tout un cercle de personnes. La fin expose l'idée que nous sommes nos parents, ce qui en soi et dans certains cas peut être effrayant.
Pas forcément génialissime sur l'instant, mais extrêmement intéressant à commenter car nourrissant grandement quelques questions philosophiques, le livre de Mauriac mérite qu'on s'y attarde le temps d'une petite heure.
Lien : http://livriotheque.free.fr/..
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Encore plus puissant que le baiser au lépreux qui m'a éblouie, Génitrix traite encore le thème du mariage bourgeois et sans amour : il s'agit de concevoir un héritier, un seul, pour conserver les vastes biens ; rien de plus.
Mais dans ce roman-ci, Mauriac l'aborde subtilement par le biais de la relation mère-fils : le mari quinquagénaire, en effet, est sous l'emprise d'une mère abusive, et ne tombera amoureux de sa jeune épouse qu'une fois celle-ci morte…
Le mécanisme de l'emprise, popularisé depuis #metoo, était déjà parfaitement décrit par Mauriac dans cette relation mère-fils, ainsi que celui de la coercition (voire de ce qu'on appelait encore, au siècle dernier, un crime "passionnel".) "Elle avait cette figure stupide, tendue de la femme qui cache sous son manteau un revolver armé, un bol de vitriol (…) Cette vieille femme se meurt de ne plus posséder son fils : désir de possession, de domination spirituelle."
Ajoutez à cela une écriture magistrale, qui semble au premier abord toute de concision, et pourtant empreinte d'une merveilleuse poésie. Ainsi les bruits nocturnes à la campagne sont évoqués comme "le murmure endormi d'un rêve végétal". L'éveil des sentiments chez un quinquagénaire : "Un fleuve en lui se débarrassait des glaces d'un hiver démesuré."
Magnifique.
(C'est gavé bien, non ?)
Challenge Nobel
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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
[...] sa vie était devant ses yeux, désert morne. Comment avait-il pu, sans mourir de soif, traverser tout ce sable ? Mais cette soif qu'il n'avait pas ressentie pendant des années, voici qu'il en découvrait la torture. Mathilde était morte avant de savoir qu'elle avait soif. Elle était morte, mais lui, vivait. Une source tarie, songeait-il, des milliers de sources inconnues bouillonnent : quoi de plus remplaçable qu'une Mathilde ? Aimant pour la première fois, il se révoltait contre ce mirage qui noie l'univers entier dans les tènèbres, afin que soit baigné de lumière un être unique. Vieil enfant pourri, accoutumé à se servir de tout pour son plaisir, à tirer parti de tout, il se répétait que Mathilde lui avait été l'occasion d'une découverte délicieuse dont il saurait tirer profit avec une autre...Quelle autre ? Dans le minuscule univers de sa bassesse, dans ce réseau, dans cette toile gluante que sa mère, pour le protéger, avait dévidée autour de lui pendant un demi-siècle, il se débattait, grosse mouche prise.
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Si sa mère avait voulu qu’il ne vécût que par elle et comme suspendu à son souffle ;si elle n’avait souffert la concurrence d’aucun travail, d’aucun divertissement, d’aucune espérance, d’aucun amour, elle pouvait du fond de ses ténèbres, se glorifier de l’œuvre accomplie : le soleil maternel à peine éteint, le fils tournait dans le vide, terre désorbitée.
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Tel est l'instinct de l'amour qui ne veut pas périr :lorsque se dérobe sous lui la terre, lorsque est détruit son ciel familier, il invente un autre ciel et une autre terre. C'est l'heure où l'être qui n'est plus aimé murmure à celui qui ne l'aime plus :"Tu ne me verras pas. Je ne t'importunerai pas. Je vivrai dans ton ombre. Je t'entourerai d'une protection dont tu n'auras même pas conscience. "
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Voici que l'incendie est éteint, ce brasier, qui le rendait furieux, soudain le laisse grelottant au milieu de cendres. Il existe des hommes qui ne sont capables d'aimer que contre quelqu'un. Ce qui les fouette en avant vers une autre, c'est le gémissement de celle qu'ils délaissent.
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(...) elle ne crut pas à l'éternité de cette nuit où elle venait de pénétrer : parce qu'elle était seule au monde. Mathilde ne savait pas qu'elle était au plus extrême bord de la vie. Si elle avait été aimée, des embrassements l'eussent obligée de s'arracher à l'étreinte du monde. Elle n'eut pas à se détacher n'ayant point connu d'attachement. Aucune voix solennelle à son chevet ne prononça le nom d'un Père peut-être terrible ni ne la menaça d'une miséricorde peut-être inexorable. Aucun visage en larmes et laissé en arrière ne lui permit de mesurer sa fuite glissant vers l'Ombre. Elle eut la mort douce de ceux qui ne sont pas aimés.
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