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EAN : 9782253009016
187 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1984)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 256 notes)
Résumé :
La terre ne trembla pas ; il n'y eut pas de signe dans le ciel, le jour où Jean Péloueyre, "le grillon", "pauvre figure de Landais chafouin, triste corps en qui l'adolescence n'avait su accomplir son miracle habituel", épousa Noémi d'Artailh. "On ne refuse pas le fils Péloueyre", des métairies, des troupeaux, lorsqu'on a pour tout bien dix-sept ans, "des yeux pareils à des fleurs noires, ... une tête brune et bouclée d'ange espagnol", les promesses rêvées d'un "beau... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
tiptop92
  29 mai 2019
Il y a du Maupassant dans ce roman terrible qui dissèque de belle façon la psychologie de deux personnes mariées que tout sépare. Lui est laid, petit, presque infirme mais riche. Ellle est belle, jeune mais sans fortune. La marier à cet homme, c'est une façon pour son entourage de sortir de la misère. On ne refuse pas un tel parti dans la France rural du début du vingtième siècle. Peu importe que leur vie de couple se transforme en un véritable combat contre la peur, contre le dégoût et la pitié. Ne supportant plus le regard de sa femme et ses gestes d'épouvante quand il l'approche, il s'exilera loin de sa maison, la laissant en proie a des tentations qu'elle n'assouvira pas a cause de la morale bourgeoise et par peur de la damnation éternelle. Quand il reviendra ce sera pour mourir de tuberculose et de chagrin. Mais les épreuves ne sont pas fini pour autant, le vieux père est encore vivant et il consent a la mettre sur son testament uniquement si elle ne se remarie pas. Les années passant, elle renoncera au bonheur amoureux et charnel pour s'enfermer dans un conformisme de femme aigrie et vertueuse. C'est le premier succès de ce grand écrivain parut en 1922 qu'il faudra lire pour découvrir un des auteurs majeur de la littérature moderne...
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lecassin
  18 juin 2016
« le baiser au lépreux », court roman, longue nouvelle ? Peu importe : c'est dense…
Nous sommes fin XIXème, début XXème… Peu importe, également… Une maison dans un village de la lande girondine. Là vivent Jérôme Péloueyre , le père plus ou moins hypocondriaque et son fils, Jean, orphelin de mère dont la laideur n'échappe à personne ; pas même à lui : « tout son être était construit pour la défaite », nous dit François Mauriac.
Les Péloueyre sont riches et pratiquants et Jérôme voit d'un mauvais oeil sa succession arriver dans la besace de ces mécréants de Cazenave, oncle et tante de Jean. Par l'entremise du curé, on propose à Jean d'épouser la belle Noémi d'Artailh, qui, malgré la laideur de Jean est quand même prête à l'épouser… le mariage sera célébré en septembre, mais Jean ne tardera pas à se rendre compte qu'il n'inspire que répulsion à sa jeune et gironde épouse qui ne tarde pas à dépérir…
Qui n'a jamais entendu le grondement sourd de l'océan qui s'acharne sur la dune ? Qui n'a jamais senti l'odeur d'une pinède après l'orage, l'odeur de cèpes d'un sous-bois l'automne venu, ou celle, capiteuse du seringat en fin d'une chaude journée d'été ? Si c'est votre cas, lisez ce « baiser au lépreux », car en marge du drame qui se joue dans la maison des Péloueyre, François Mauriac n'a pas son pareil pour nous faire sentir ces choses- là ; comme Maupassant en Normandie et Genevoix en Sologne.
Parlons du style : c'est du lourd, comme dirait Lucchini… François Mauriac est un maître dans l'art de ciseler une belle phrase… Jusqu'au vocabulaire, précis, rare… local, même : brande, alios...
Un premier grand succès pour François Mauriac, malgré (ou à cause, allez savoir) le scandale provoqué à sa sortie en 1922. On croise ici la maladie… Et un jeune médecin venu du bourg voisin qui ne semble pas insensible aux charmes de la gironde mais pieuse Noémi…
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moravia
  29 novembre 2019
J'ai hésité à faire ce billet pensant ne pas être la personne la plus objective pour entreprendre une critique d'un livre de François Mauriac, surtout quand celui-ci m'entraîne en terre Bazadaise pour me perdre dans la lande sous les grands pins qui saignent une résine entêtante.
Je retrouve mes racines qui troublent ma raison m'empêchant de faire, comme il se devrait, une critique sereine.
N'empêche, on ne peut qu'être admiratif devant la construction de ce roman qui aspire le lecteur avec un incipit tentateur.
Nulle phrase inutile, tout est à sa place comme chaque pièce d'un puzzle que l'auteur imbrique une à une avec patience nous conduisant inexorablement vers la vacuité de la condition humaine.
D'aucuns trouveront parfois le style daté (1922), que ce roman ressemble davantage à une longue nouvelle, seules réserves empêchant d'attribuer cinq étoiles à ce livre qui révélait enfin un auteur accompli alors qu'il n'était qu'à l'aube de son triomphe.
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araucaria
  06 novembre 2019
Roman très sombre qui raconte un mariage de raison entre une jeune fille plutôt belle, de bonne famille, mais totalement désargentée et un homme jeune contrefait, de mauvaise constitution, mais riche. Mariage arrangé par les deux familles et aussi grâce à l'entremise du curé. Tout est codifié, les traditions et le sens de l'honneur sont respectés. Une union qui fera le malheur des deux conjoints car le sens du devoir ne pourra pas lutter contre la répulsion.
Etude très psychologique d'un milieu bourgeois provincial du début du 20 ème siècle. Une belle écriture.
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Bigmammy
  05 octobre 2012
Premier succès littéraire de François Mauriac, cette longue nouvelle nous ramène dans un grand domaine des Landes, au sein de la famille très dévote de Jean Péloueyre, (23 ans) et de son père Jérôme, hypocondriaque. Jean est très laid, et il le sait. Il fuit les regards, craint les moqueries des filles, parle tout seul entre deux tics. Son seul loisir est la chasse aux pies, courir dans la lande …
Jean pense qu'il ne se mariera jamais. Cependant, son père et le curé du village vont lui présenter une jeune fille ravissante qui l'acceptera, car « On ne refuse pas un fils Péloueyre. » et que l'héritage du père ne saurait tomber entre les mains impies des Cazenave, l'oncle et la tante de Jean.
Jean se rend compte très vite qu'il fait horreur à Noémi, qui se laisse posséder comme une morte, et dépérit à mesure que les nuits conjugales s'avancent. Noémi est une fille simple, qui connaît et accepte les obligations et les rigueurs d'un mariage arrangé. Pour la délivrer de sa présence, Jean va à Paris quelques mois, où il n'éprouvera aucune expérience positive puis en reviendra terriblement affaibli. Noémi, pendant son absence, se porte en revanche très bien : elle s'occupe de son impérieux beau-père, gère les métairies, occupe son temps à des oeuvres de charité. Son coeur battra un peu plus fort pour le jeune médecin du bourg, mais elle saura le désespérer. La seule façon de la délivrer de lui, pense Jean, est de hâter sa propre mort. Aussi se rend-il chaque jour au chevet d'un ami poitrinaire, et contracte naturellement sa maladie, puis meurt.
Noémi, en grand deuil, se réfugie alors dans la nourriture, et continue de s'occuper de son beau-père qui a testé en sa faveur à la condition qu'elle ne se remarie pas. Ainsi voit-elle sa jeunesse s'enfuir … tout en espérant à nouveau l'ultime délivrance, la mort du vieux Jérôme. Mais l'hypocondriaque se ménage et dure, dure …
Ici encore, le roman ne manque pas de références personnelles et d'introspection de la part de son auteur. On se souvient que la beauté de François Mauriac n'était pas sa principale qualité et toutes les réflexions de Jean furent sans doute, en sa jeunesse, les siennes. Toujours cette lucidité mordante, cette peinture sans concession des égoïsmes, des calculs patrimoniaux des plus vieux qui étouffent leurs propres enfants, sous le couvert de bons sentiments chrétiens et la crainte du qu'en dira-t-on.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
5Arabella5Arabella   11 août 2020
Noémie d'Artiailh, en sa longue chemise, récitait sa prière devant les étoiles. Ses pieds nus aimaient le froid carrelage ; elle offrait sa douce gorge à l'apitoiement de la nuit. Elle n'essuyait pas cette larme qui roulait à portée de sa langue mais la buvait. Le frémissement du tilleul et son odeur rejoignaient le Voie lactée. Sur cette route du ciel, ses rêves un peu fous ne vagabondaient plus.
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5Arabella5Arabella   11 août 2020
On ne refuse pas le fils Péloueyre ; on ne refuse pas des métairies, des fermes, des troupeaux de moutons, de pièces d'argenterie, le linge de dix générations bien rangé dans des armoires larges, hautes et parfumées, - des alliances avec ce qu'il y a de mieux dans la lande. On ne refuse pas le fils Péloueyre.
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araucariaaraucaria   06 novembre 2019
Goulûment Jean Péloueyre regardait cette Noémi qui avait dix-sept ans. Sa tête brune et bouclée d'ange espagnol n'était point faite pour un corps si ramassé; mais Jean adorait le contraste d'un jeune corps dru, mal équarri et d'un séraphique visage qui faisait dire aux dames que Noémi d'Artiailh était jolie comme un tableau. Vierge de Raphaël qui eût été ragote, elle émouvait chez Jean le meilleur et le pire, l'incitait aux hautes pensées comme aux basses délectations. Déjà son cou, sa douce gorge luisaient de moiteur. Des cils indéfinis ajoutaient à la chasteté des longues paupières sombres : visage encore baigné de vague enfance, virginité des lèvres puériles - et soudain ces fortes mains de garçon, ces mollets qu'au ras du talon, comprimés de lacets, il fallait bien appeler chevilles! Jean Péloueyre regardait sournoisement cet ange; le petit-fils de Cadette, lui, la pouvait regarder en face : les beaux garçons, même du peuple, ont le droit de regard sur toutes les filles.
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araucariaaraucaria   04 novembre 2019
Jean Péloueyre, étendu sur son lit, ouvrit les yeux. Les cigales autour de la maison crépitaient. Comme un liquide métal la lumière coulait à travers les persiennes. Jean Péloueyre, la bouche amère, se leva. Il était si petit que la basse glace du trumeau refléta sa pauvre mine, ses joues creuses, son nez long, au bout pointu, rouge et comme usé, pareil à ces sucres d'orge qu'amincissent en les suçant de patients garçons. Les cheveux ras s'avançaient en angle aigu sur son front déjà ridé : une grimace découvrit ses gencives, des dents mauvaises. Bien que jamais il ne se fût tant haï, il s'adressa à lui-même de pitoyables paroles : "Sors, promène-toi, pauvre Jean Pélouyere!" et il caressait de la main une pauvre mâchoire ral rasée.
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luis1952luis1952   17 décembre 2011
Noémie, en sa longue chemise, récitait sa prière devant les étoiles. Ses orteils aimaient le froid carrelage ; elle offrait sa douce gorge à l'apitoiement de la nuit. Elle n'essuyait pas cette larme qui roulait à portée de sa langue mais la buvait. Le frémissement du tilleul et son odeur rejoignaient la voie lactée. Sur cette route du ciel, ses rêves un peu fous ne vagabondaient plus. Les grillons qui crépitaient au bord de leur trou, lui rappelaient son maître. Un soir, étendue sur ses draps et toute livrée à la nuit chaude, elle sanglota d'abord à petit bruit, puis gémit longuement et regarda avec pitié son chaste corps intact, brûlant de vie mais d'une végétale fraîcheur.
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Vidéo de François Mauriac
A l'occasion de la sortie du "livre de raison de Malagar" aux éditions Le Festin, notes rédigées entre 1936 et 1968 par l'écrivain François Mauriac, rencontre avec Philippe Baudorre, l'un des préfaciers de cet ouvrage.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2421710/francois-mauriac-le-livre-de-raison-de-malagar
Notes de Musique : © mollat
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