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EAN : 9782021486216
128 pages
Éditeur : Seuil (02/09/2021)
4/5   1 notes
Résumé :
L'école, une institution conservatrice, percluse d'inégalités, impossible à réformer ? Ce livre propose une évaluation inédite de trois dispositifs parmi les plus emblématiques du modèle scolaire français : l'interdiction du voile islamique, l'inspection régulière des enseignants et le fonctionnement des classes préparatoires. La conclusion est frappante : l'interdiction du voile a coïncidé avec une amélioration des résultats des jeunes filles d'origine musulmane ; ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Acerola13
  01 octobre 2021
Eric Maurin nous propose trois leçons sur l'école républicaine : trois sujets de controverse, trois études fouillées dans un périmètre établi et précis, trois conclusions et ouvertures sur l'éducation en France.
Le première question est probablement la plus épineuse, puisqu'elle revient sur la circulaire de 1994 sur l'interdiction du port de signes religieux au sein de l'école. Eric Maurin avance avec précaution ses hypothèses, selon lesquelles on peut distinguer deux groupes de jeunes filles concernées par cette circulaire : celles qui portent le voile et le revendiquent comme un droit, et celles qui le subissent ou qui subissent l'image qu'elles renvoient en le portant. L'étude porte donc sur les bienfaits et les méfaits que la circulaire a pu engendrer sur ces deux groupes.
Les conclusions sont sans appel : la circulaire de 1994 a permis une amélioration notable du niveau scolaire des jeunes filles concernées et une insertion sociale et professionnelle accrue (avec une hausse importante de mariages mixtes). Ces chiffres sont d'autant plus parlants que lorsque l'on se penche sur les statistiques propres aux homologues masculins des jeunes filles touchées par la circulaire, on remarque qu'aucune amélioration notable du niveau scolaire ou de l'insertion n'a été remarquée chez eux.
Eric Maurin souligne donc les avantages de la circulaire, et précise que la loi de 2004 n'a eu que peu de répercussions par rapport à la circulaire déjà mise en oeuvre.
Le deuxième sujet d'étude porte son regard sur la tradition franco-française d'inspecter les professeurs et de les noter ; franco-française, vraiment ? L'auteur nous signale que cette pratique est aussi courante dans d'autres pays, mais moins bien organisée et surtout bien plus chère pour le contribuable. Ici, les conclusions d'Eric Maurin sur les données analysées signalent une hausse du niveau des classes l'année suivant l'inspection, une hausse plus marquée en mathématiques qu'en français. L'auteur prône donc l'inspection qui est aussi l'occasion d'échanger des conseils sur l'enseignement, et qui a avant tout l'avantage d'être une mesure extrêmement bon marché par rapport à d'autres mises en place pour l'école républicaine, et dont les résultats seraient moins probants.
Le troisième sujet, que je connais le mieux puisque j'y suis passée, m'a un peu plus fait grincer des dents, puisqu'Eric Maurin s'attelle à démontrer que les classes préparatoires et la pression qu'elles génèrent sur les élèves contribuent à aggraver la sous-représentation des filles et des classes modestes au sein des grandes écoles.
Le périmètre de son analyse est circonscrit aux classes préparatoires scientifiques, et à une de leurs particularités : les classes étoiles, qui consistent à répartir les élèves en fin de première année en classes distinctes en fonction de leurs résultats ; les élèves des classes étoiles prépareront les concours les plus ardus, tandis que les élèves des classes "normales" se concentreront plus sur les épreuves moins élitistes. Notons d'ailleurs que le programme en tant que tel reste identique dans les deux classes.
Sur cette question, j'ai trouvé les conclusions et propositions de l'auteur moins solides que sur les précédentes : les boursiers et les filles accédant moins aux classes étoiles que les autres, et ayant pourtant des résultats tout aussi excellents au bac, leurs chances d'accéder aux meilleures écoles s'en retrouveraient dès lors minorées dès les classes préparatoires...Je trouve l'argument des résultats au bac peu pertinent : je ne pense pas que ces derniers permettent de prendre réellement la mesure des différences qui existent dès le lycée entre les élèves modestes et aisés, et qui se soulignent en classes préparatoires sans y être créées.
L'étude concernant le redoublement est à mon sens bien plus intéressante : il est vrai que bon nombre d'élèves des grandes écoles sont des "5/2" ou des "cubes", c'est-à-dire des élèves ayant décidé d'effectuer une troisième année pour maximiser ses chances au concours. Les statistiques d'HEC sont d'ailleurs révélatrices puisque près de 30% des admis seraient des cubes. Et passer une troisième année n'est pas donné à tout le monde, matériellement et psychologiquement parlant.
La proposition de l'auteur de fournir une bourse aux élèves modestes qui voudraient tenter une troisième année prend donc tout son sens, contrairement aux autres mesures suggérées : une admissibilité conservée briserait la logique des concours et des classements, et réduirait mécaniquement le nombre de places disponibles pour les 3/2 (élèves passant les concours en 2ème année), tandis qu'augmenter le nombre de classes étoiles les supprimeraient de facto.
Au-delà des avis de chacun, ce court et édifiant petit essai a le mérite de se pencher avec sérieux sur des sujets souvent débattus sans être proprement et sérieusement étudiés et chiffrés, et de proposer une analyse fine et explicitée pas-à-pas, où l'auteur détaille ses hypothèses tout en les confrontant avec d'autres explications : un vrai souci du travail bien fait, et un bouquin que l'on rêverait d'envoyer au ministère de l'éducation et à tous les politiques qui prennent position sur ces sujets !
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Acerola13Acerola13   28 septembre 2021
En s'opposant sur la nature des élèves, ces deux visions s'affrontent également sur le rôle des enseignants. Si les capacités des élèves sont fixées une fois pour toutes à la naissance, nul besoin d'être un grand pédagogue pour faire ce métier : il suffit de maîtriser sa discipline et de savoir repérer et protéger les élèves à fort potentiel. Si, en revanche, les capacités d'apprentissage des élèves dépendent de la façon dont on les sollicite, alors le métier d'enseignant n'est plus simplement affaire de vocation, il s'apprend et s'enseigne. Les meilleurs enseignants cessent d'être nécessairement ceux qui maîtrisent le mieux leur discipline.
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Acerola13Acerola13   28 septembre 2021
Après l'interdiction du voile, la proportion de mariage mixte est quasiment multipliée par deux pour les femmes du groupe musulman (passant d'environ 12 % à 22 %), tandis qu'elle progresse de façon beaucoup plus modeste pour les hommes (de 25 % à 30 %). Combinée à un meilleur niveau de diplôme, la possibilité de ne pas porter le voile semble élargir le spectre des conjoints potentiels pour les jeunes femmes issues de familles musulmanes et accélérer leur intégration familiale. À la suite de l'interdiction du voile, on observe également une augmentation sensible de la proportion de celles qui, à 30 ans, ont des enfants.
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Acerola13Acerola13   21 septembre 2021
En vingt ans, entre les dernières générations « pré interdiction » et les premières générations « post-interdiction », on constate une amélioration sensible du niveau de diplôme pour les femmes du groupe musulman, alors que le niveau des hommes reste inchangé par rapport à leurs alter ego non musulmans. Avant que commence le processus d'interdiction du voile, les filles d'origine musulmane ont autant de difficultés scolaires que leurs homologues garçons, mais ce n'est plus le cas après que le processus est achevé. Elles ont alors quasiment comblé leur retard sur les filles d'origine non musulmanes, quand leurs frères souffrent de difficultés inchangées.
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Videos de Eric Maurin (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Eric Maurin
La structure sociale de la société - Débat Maurin/Chauvel(5) .Débat avec Eric Maurin (La peur du déclassement, République des idées / Seuil, 2009), et Louis Chauvel (Les classes moyennes à la dérive, République des idées / Seuil, 2006), animé par Sylvain Bourmeau (Médiapart).Retrouvez l'intégralité de ce débat sur Médiapart (http://www.mediapart.fr) et sur le site de la République des idées (http://www.repid.com).
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