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EAN : 9782246146544
339 pages
Éditeur : Grasset (12/06/1996)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Au début du siècle, près de Rouen, une grande bourgeoise, Madame Herpain trompe son mari avec un autre notable, le docteur Guérin. La bonne société normande condamne la "mauvaise mère". De ses trois jeunes enfants, c'est Denise très liée à son père, qui souffre le plus cet adultère. En grandissant, cette ravissante, orgueilleuse, exaltée, grandira en se forgeant plus qu'une morale, une mystique, l'indignité de sa mère en décidant de ne jamais lui ressembler.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
florigny
  22 février 2021
Publié en 1932, le cercle de famille est un roman qui pourrait légitimement avoir vieilli et sentir la naphtaline, être caractérisé par le style hypertrophié propre aux productions du début du XXème siècle, ou propager des idées moralistes ou misogynes. Or, il n'en est rien, et c'est bien ce qui m'a frappée lors de cette lecture : le cercle de famille est un roman intemporel et donc moderne, tant dans son style que dans son intrigue.

L'écriture d'André Maurois m'a époustouflée ; elle correspond quasi-parfaitement à l'idée que je me fais de la perfection : des phrases dégraissées au plus près de l'émotion ; un vocabulaire à la fois riche mais sans boursouflure ; des phrases composées de l'exact nombre de mots, ni plus ni moins ; un usage modéré des adjectifs ou adverbes ; la métaphore légère et appropriée... Bref, un enchantement que l'auteur ne pollue pas de son ego surdimensionné ou de mièvreries nombrilistes n'intéressant personne. Si j'ajoute la syntaxe irréprochable et sans lourdeur, une concordance des temps qui transforme l'imparfait du subjonctif en une gourmandise, et une histoire à la portée universelle, le tableau est complet.

L'auteur – né dans une famille de drapiers - a choisi de mettre en scène une famille bourgeoise et provinciale dont la fortune s'est édifiée sur le commerce du coton, puis qui a sauté plus tard avec plus ou moins de succès dans le train lancé à toute vitesse de la colonisation après avoir fourni du drap garance ou bleu horizon aux soldats français ainsi déguisés en cibles. le récit s'étend de la fin du XIXème siècle au mitan des années trente et le personnage principal est Denise, l'aînée des 3 filles Herpain, qui a découvert tôt dans l'enfance que sous la surface hypocrite et lisse de la vie familiale, couvent mensonges, trahisons, adultères. Denise constate que personne ne dit la vérité, et que les êtres qu'on lui a appris à considérer comme sacrés agissent mal : sa mère est frivole, trompe son mari faible, silencieux et fatigué avec le médecin de Pont de l'Eure, alimentant les cancanages des grenouilles de bénitier bien pensantes promptes à juger une femme et ricaner du cocu qui nie les problèmes pour éviter de les résoudre.

Denise se rebelle et se jure de ne jamais reproduire un tel modèle. Dotée d'un fort caractère teinté d'exaltation religieuse et voulant échapper à l'asservissement des femmes dans une vie conjugale, maternelle et domestique, elle fait des études, partage un temps des idées progressistes en vogue dans le milieu étudiant, pour finalement épouser sans amour un homme falot dont la seule qualité est d'être un riche héritier, qu'elle finit par tromper. Mais rongée par la culpabilité, elle s'abandonne à « une dépression mystique » dans une luxueuse villa de la Côte d'Azur.

Et voilà ! Denise qui s'était promis de transformer le cercle de famille en cercle vertueux, se contente au final de perpétuer le cercle vicieux. Faut-il comprendre que l'on ne peut échapper au déterminisme social capitaliste  ? Je suis tentée de répondre et ce n'est que mon avis, qu'il est risqué pour Denise de fuir son milieu d'origine riche, aisé, privilégié, dominant... D'ailleurs, au moment du choix crucial, elle opte pour la sécurité plutôt que d'aller goûter de la vache enragée avec un amoureux pauvre. Sacrée Denise qui aurait voulu faire croire aux lecteurs qu'elle allait tout faire péter et révolutionner son petit monde douillet alors que l'aisance matérielle est si confortable, quel qu'en soit le prix à payer, et que la religion, si souple grâce à la confession, permet d'absoudre les péchés de chair et tous les autres.

André Maurois dresse un portrait vitriolé de la bourgeoisie d'un réalisme stupéfiant. le roman est émaillé de brèves considérations saisissantes qui plantent avec justesse le décor historique et politique  : 1ère guerre mondiale, crise de 29, colonisation en plein essor... Au final, une lecture savoureuse.

"A quoi nous servira d'avoir maintenu en France un îlot relativement tranquille si nous sommes éclaboussés, submergés par un désastre universel ? Si le reste croule, croyez-vous que nous tiendrons ?"
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Marcuyttendaele
  10 août 2017
Quel plaisir ! L'histoire de Denise Herpain, traumatisée dans son enfance par les infidélités de sa mère, blessée par la faiblesse de son père et bien décidée à mener une autre vie, loin de cette ville de province, industrieuse et étriquée qui l'a vue naître. Elle bâtit sa vie en ligne droite, fait des études, renonce à un mariage qui l'aurait ramené dans la ville de son enfance et, ne croyant pas à l'amour, épouse un banquier, bien décidée à lui être fidèle. Elle est, à ses côtés, comme une coéquipière attentionnée et solidaire. Elle le trompe, cependant, une première fois et s'en rend physiquement malade. Par la suite, elle le trompera encore mais de manière « bourgeoise » et non ostensible. Parallèlement, elle multiplie les amitiés masculines, en toute liberté, chastement mais sans égard pour sa réputation. Elle est une femme libre pour son milieu et son époque. Mais lorsqu'elle voit dans les yeux de ses enfants un regard qui évoque le sien, petite, elle éprouve le besoin de revenir dans la ville de son enfance. Elle constate qu'elle a cessé d'haïr sa mère. Elle est, enfin, en paix et, o grand paradoxe, elle constate que sa mère - qui a épousé son amant de l'époque - vit précisément ce grand amour qu'elle n'a pas connu. Un magnifique roman d'époque, prémisse du féminisme. Il témoigne de la manière dont les blessures de l'enfance orientent une vie. Il révèle aussi que le bonheur n'est possible qu'en dépassant, qu'en digérant ces blessures. Celles-ci sont la vérité d'un moment et il faut oser le comprendre et l'assumer, pour donner à son existence la liberté et l'espace qui seuls peuvent en offrir la réussite. Comme dans « Climats », André Maurois livre, avec une très belle écriture, le portrait intimiste d'une époque tout en brossant des sentiments qui demeurent universels.
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lauriassie
  04 août 2017
Ce roman est un des meilleurs d'André Maurois; il lui a été inspiré par une connaissance de son épouse qui, après avoir été traumatisée enfant par l'adultère de sa mère, ne pouvait s'empêcher de reproduire dans sa propre vie sentimentale les mêmes égarements.
Mais il ne s'agit pas seulement d'un roman psychologique ; en effet, l'héroïne, Denise, est en avance sur son temps en essayant de conquérir son indépendance par les études, en recherchant un amour libre et absolu, et en tentant de s'affranchir de toute contrainte, y compris celle de la maternité: c'est une féministe avant l'heure.
Et André Maurois, loin de l'abandonner au cercle vicieux des répétitions familiales, lui permet à la fin de trouver une solution pour s'en échapper, afin, peut-être, de parvenir à la sérénité.
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Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
florignyflorigny   21 février 2021
On guérit certaines maladies ; d'autres surgissent... On invente des vaccins ; les microbes s'endurcissent... La lutte de l'homme contre le monde ne cessera jamais... C'est ce qui est beau.
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florignyflorigny   20 février 2021
- Il ne faut jamais juger les symptômes comme s'ils étaient des causes, dit la voix précise du docteur Guérin... Dans une maladie, les symptômes peuvent être les signes d'un désordre caché dans un coin du corps très éloigné de celui qui semble atteint. Un mal de tête peut être la conséquence d'une maladie de reins... Il en est de même des troubles psychiques.
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florignyflorigny   20 février 2021
Au temps de Balzac, la Province était peut-être un monde à part ; ce n'est plus vrai. Les femmes qui vivent ici lisent les mêmes livres, voient les mêmes pièces, vont aux mêmes concerts que celles de Paris. Tu méprises le snobisme bourgeois, mais quoi de plus snob et de plus vulgaire que le mépris de la vie provinciale? ...
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florignyflorigny   20 février 2021
L'atroce impression des enfants qui ressentent l'angoisse sans la comprendre m'accabla.
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florignyflorigny   20 février 2021
Toute sa vie il avait nié les problèmes pour éviter d'avoir à les résoudre.
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Video de André Maurois (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de André Maurois
Les grandes conférences : La littérature et la vie par André Maurois.1ère diffusion : le 20 avril 1953 sur la Chaîne Nationale. Par Radiodiffusion Télévision Française (RTF).
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