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ISBN : 224667221X
Éditeur : Grasset (01/10/2005)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :

Voltaire est une suite de tableaux écrits " allegretto ", bien dans le ton de l'auteur de Zadig, ce modèle de l'esprit français. En vingt-deux courts chapitres, André Maurois raconte l'enfance du philosophe, ses succès et ses succès et ses persévérances, sa liaison orageuse avec Madame du Châtelet et ses liens avec Frédéric II de Prusse. Au passage, il commente Candide et s'arrête sur des œu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Bibalice
  25 mars 2012
Présentation de l'ouvrage
"Voltaire", biographie publiée en Angleterre en 1932, est la troisième biographie que Maurois consacre à une personnalité littéraire et/ou politique de premier plan, mais correspond paradoxalement à un certain tournant dans l'oeuvre de Maurois.
Si l'Angleterre semblait auparavant au centre des préoccupations de Maurois (Maurois avait déjà rédigé la biographie de Shelley en 1923 puis celle de Benjamin Disraeli en 1927 ), la parution de "Voltaire" inverse le processus: il ne s'agit plus d'écrire sur une personnalité britannique marquante et de l'exposer en France, mais à l'inverse donc, de prendre une figure majeure de la littérature et de la pensée française et de la publier, dans un premier temps, en Grande-Bretagne -la parution du livre à Londres précédant de près de trois ans la publication française.
Lors de la publication de cet ouvrage, Maurois a alors 47 ans et s'il continue d'écrire sur les sujets les plus vastes, il semble désormais prendre le chemin de ce qui sera considéré comme son oeuvre maîtresse: la rédaction de ses biographies. Voltaire n'est ainsi que la troisième biographie d'une oeuvre qui en comptera pas moins d'une dizaine.
Critique
L'une des caractéristiques de cette biographie de Voltaire réside dans son rythme, incroyablement soutenu. La structure même semble particulièrement audacieuse et pourrait passer à première vue pour terriblement désinvolte, l'auteur ayant ambition de retracer la vie et les oeuvres de Voltaire en une vingtaine de chapitres longs de 4 à 6 pages grand maximum. de cette faiblesse apparente, l'ouvrage tire sa plus grande force, celle de la synthèse et de l'efficacité du récit.
"Voltaire" , composé d'à peine 100 pages, est ainsi divisé en 22 courts chapitres agencés de manière chronologique suivant Voltaire de la naissance jusqu'à la mort.
Il faut cependant tout de suite mettre en évidence les premier et dernier chapitres qui servent respectivement d'incipit et excipit, le premier évoquant les traits du XVIIIe siècles, et le second (le dernier chapitre donc, l‘‘épilogue'') servant de prétexte à un portrait psychologique fouillé du personnage, presque à une mise à nue des grandeurs et des faiblesses de son âme au moment même où le récit vient de s'arrêter sur sa mort.
Le reste de l'ouvrage, ainsi encadré par deux chapitres hors du temps, repose sur la chronologie pure et simple des évènements de la vie de Voltaire. le récit est conduit par une sorte de simplicité apparente, résultant de l'efficacité du style de Maurois : les phrases sont courtes, souvent pertinentes et parfois porteuses de bons mots. Maurois ne s'arrête ni sur les dates ni sur les détails. Les événements semblent se bousculer même si Maurois rend aussi compte des temps de travail, de réclusion ou d'absence de Voltaire.
Au fil du récit, Maurois se permet également d'ajouter une mise en relief ainsi qu'une analyse souvent pertinente de l'oeuvre de Voltaire, celle-ci ne pouvant se dissocier de sa vie. Pour comprendre l'une, il faut s'attarder sur l'autre, et vice-versa. On note ainsi, ou plutôt on insiste sur le lien qui est fait dans le récit même. Il n'y a pas de séparation entre la vie et l'oeuvre du sujet comme cela était encore le cas dans les biographies jusqu‘au XVIIIe voir au XIXe siècle.
Une biographie moderne
De fait, les biographies de Maurois, et celle-ci en premier lieu, s'inscrivent véritablement dans le cadre de la biographie moderne qui émerge presque en même temps que l'oeuvre biographique de Maurois. Ainsi on retrouve dans Voltaire comme dans de plus en plus de biographies du XXe siècle, quelques caractéristiques communes: le portrait psychologique est plus poussé, plus fin, plus subtil; le cadre morale, le dogme imposé recule, le but n'étant plus de proposé un modèle mais bien de faire le portrait d'un homme le plus véridique possible. Il ne s'agit pas d'accumuler sans fin les détails de la vie d'un homme mais de créer un profil psychologique à travers plusieurs vérités.
Portrait d'un intellectuel
Si ce dernier ne qualifie jamais Voltaire d'intellectuel, c'est que la chose semble soit totalement acquise, soit à l'inverse complètement ignorée. Il s'agit probablement d'un peu des deux : Maurois se place dans l'horizon des contemporains de Voltaire, pas dans celle des écrivains, biographes ou philosophes du XXe siècle. Ainsi si l'impression que nous renvoie Voltaire aujourd'hui est celle d'un intellectuel total, intervenant dans de nombreux faits divers, et correspond ainsi tout à fait à la définition de l'intellectuel donnée par Pascal Ory et Jean François Sirinelli « d'homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d'homme du politique, producteur ou consommateur d'idéologie », il est vu par ses contemporain en une sorte de « patriarche » (indice important: Maurois utilise ce terme pour un chapitre XX qui succède directement à celui de l‘affaire Calas et celui de l'affaire du Chevalier de la Barre), comme de « puissance spirituelle » toujours chapitre XX. Maurois n'utilise pas d'autres termes que ces derniers.
Ces qualificatifs, traditionnellement attachés à l'Église voir aussi au Roi, indiquent un rapport nouveau entretenu entre Voltaire et le peuple, Voltaire et le pouvoir (des puissances étrangères principalement), mais aussi entre le peuple et le pouvoir.
Reste que Voltaire est bien un intellectuel pour Maurois: il insiste sur le fait que les affaires défendues par Voltaire « firent plus pour sa gloire populaire que ses ouvrages » (p.95). de même, concernant les oeuvres dites mineures ou de circonstances (nombreux contes philosophiques, articles pour le Dictionnaire philosophique, pamphlets, brochures, etc) de Voltaire, dans le chapitre qui leur est consacré, Maurois rappelle leur importance si l'on veut comprendre l'influence de Voltaire sur l'opinion: Il fut aussi l'un des journalistes les plus influents de son temps, voir selon lui « le plus grand journaliste que les hommes aient connu. »(p.89)
Maurois rend ainsi compte de la place exceptionnelle, protéiforme, qu'occupait Voltaire à la fin de sa vie en s'infiltrant en quelque sorte dans l'esprit du XVIIIe siècle même si cela ne le prive pas, parfois, de quelques jugements ou de quelques commentaires anachroniques.
Jeu de miroir
Il est en en outre assez tentant d'essayer d'effectuer une certaine analogie entre Voltaire et Maurois.
Dans Aspects de la biographie, discours prononcé en Angleterre en 1928, Maurois explique le choix de ses deux sujets que furent Shelley puis Disraeli. Il s'agissait lors de ses deux premières biographies de prendre une figure, un modèle, et de s'exprimer à travers elles. le but n'était ainsi pas de rédiger la biographie ultime de ses deux personnages mais plutôt de les utiliser l'un et l'autre en tant que prisme à sa propre vie, comme une sorte de projection sublimée de ses succès comme de ses échecs.
Le choix de ses sujets témoigne en outre d'un amour ou tout du moins d'un grand intérêt pour la Grande-Bretagne, son histoire et ses figures. Or on retrouve cela, sous une forme assez semblable -en d'autres proportions certes- dans la vie de Voltaire. Ainsi lorsque Maurois retranscrit les mouvements, les humeurs, les voyages rapprochant Voltaire de l'Angleterre, on ne peut s'empêcher de penser à Maurois lui-même dans une sorte de jeu de miroirs à l'intérieur duquel ce dernier se cache, mais à travers lequel, paradoxalement l'auteur, l'homme se montre aussi. Maurois fait sienne la formule De Wilde: "L'homme est moins lui-même quand il est sincère, donnez-lui un masque et il dira la vérité." Voltaire est là son masque, comme le furent Disraeli ou Shelley, et comme le sera son propre visage lorsque sonnera l'heure de sa mort (rédaction de ses mémoires en 1949 puis 1967).
Cet intérêt pour la Grande-bretagne mais aussi le Nouveau Monde est d'autant plus remarquable que la France était alors bien plus tournée vers le continent et le monde germanique en particulier, que le monde Anglo-saxon. Il semble que Maurois trouva toujours refuge en Angleterre ou aux États-unis, un peu à l'instar de Voltaire qui, à peine libéré de la Bastille s'empressa de séjourner quelques temps à Londres. Maurois aura ainsi passé de nombreux séjours aux États-unis (on en compte une dizaine environ) et n'aura de cesse que d'essayer de renvoyer aux Français une image sublimée du monde Anglo-saxon à travers, on l'a vu, la biographie de quelques unes de leurs plus grandes figures littéraires ou intellectuelles mais aussi par la publication de nombreux essais concernant l'Amérique. Ainsi lorsque Maurois évoque la rencontre entre Voltaire et Swift et la traduction par le premier des Voyages de Gulliver du second, on ne peut s'empêcher de penser à certaines oeuvres de Maurois, empruntant toujours des sources provenant des deux côtés de la Manche (traduction du poème If de Kipling, présente dans son roman Les silences du colonel Bramble) de même la traduction des quelques oeuvres de Shakespeare par Voltaire et sa vraie "révélation" aux Français, ressemble au travail effectué par Maurois concernant Shelley et Disraeli (dans une moindre mesure).
Cette biographie de Voltaire participe à cette approche par cette volonté de créer des ponts entre la France et la Grande-Bretagne.
Ce qu'il faut retenir
Au final, avec cette biographie, Maurois dans ce style qui lui est propre, évite de se faire historien trop savant et trop ennuyeux pour se faire conteur efficace. Son esprit de synthèse fait ici merveille, et si certains passages demanderaient aux plus exigeants une étude bien plus érudite, il résulte de l'ouvrage un portrait riche bien que très élogieux par de nombreux aspects. Maurois, dans sa volonté de ne pas trop charger le récit, fais l'impasse sur de nombreux points et nombreuses controverses. On peut faire ici un parallèle avec les autres biographies de Maurois qui portent il est vrai rarement un jugement trop négatif sur ses sujets. le jugement de Maurois à la fin de sa biographie de Voltaire est cependant subtil, même s'il renseigne tout autant sur l'auteur lui-même que sur son sujet.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
BibaliceBibalice   09 mars 2012
Le biographe moderne, s'il est honnête, s'interdit de penser : "Voici un grand roi, un grand ministre, un grand écrivain ; autour de son nom a été construite une légende; c'est cette légende, et elle seule, que je souhaite exposer." Non. Il pense : "Voici un homme. Je possède sur lui un certain nombre de documents et de témoignages. Je vais essayer de dessiner un portrait vrai. Que sera ce portrait ? Je n'en sais rien. Je ne veux pas le savoir avant de l'avoir achevé." [Aspect de la biographie. p. 128 ]
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