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Florence Weber (Préfacier, etc.)
ISBN : 2130554997
Éditeur : Presses Universitaires de France (05/10/2007)

Note moyenne : 4/5 (sur 62 notes)
Résumé :
« Quelle est la règle de droit et d’intérêt qui, dans les sociétés de type arriéré ou archaïque, fait que le présent reçu est obligatoirement rendu ? Quelle force y a-t-il dans la chose qu’on donne qui fait que le donateur la rend ? ». En réalité, à partir de cette étude menée sur la nature des transactions humaines de la Mélanésie à l’Alaska et dans les sociétés indo-européennes anciennes, Marcel Mauss constate que « la morale et l’économie qui agissent dans ces tr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
kielosa
  03 novembre 2017
D'Épinal, dans les Vosges, nous gardons tous, comme enfants, de très bons souvenirs de ses images légendaires et peut-être également de ses fameuses "devinettes d'Épinal", où il fallait trouver un objet caché justement sur une image fort coloriée d'Épinal. Qu'il y ait eu une Fabrique de Broderie Mauss-Durkheim est déjà moins généralement su, pourtant ces noms se réfèrent à 2 savants géants français : Marcel Mauss (1872-1950), considéré comme le père de l'anthropologie française et son oncle, Émile Durkheim (1858-1917), père de la sociologie française. Un autre beau record "familial" pour le Livre Guinness des records ! Rosine, la mère de Marcel, était effectivement la soeur aînée d'Émile. Un record familial, en somme, qui fait penser à celui du Nobel Isaac Bashevis Singer, son frère Israel Joshua Singer et sa soeur Esther Kreitman, tous les 3 des écrivains réputés.
Comme son oncle maternel, Marcel Mauss était un esprit brillant. Après des études de religion comparée et de Sanskrit, à 29 ans, il occupait déjà la chaire d'histoire des religions à Paris, pour être nommé plus tard professeur de sociologie au Collège de France. La production d'écrits sortant de sa plume est tout simplement prodigieuse et en même temps il était politiquement actif au Parti Socialiste, comme ami de Jean Jaurès, l'apôtre de la paix, lâchement assassiné fin juillet 1914 à Paris, juste avant la première tuerie mondiale.
Pour faire la chronique d'une oeuvre de Marcel Mauss, j'avais donc l'embarras du choix. J'ai retenu son "Essai sur le don : Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques" pour 2 raisons : d'abord pour le sujet lui-même, bien sûr, mais aussi parce que l'oeuvre est librement disponible sur internet : http://bit.ly/2yDkoRM
Le fait que cette oeuvre ait été publiée en 1923-1924 n'enlève rien à sa qualité intrinsèque. Ce que l'auteur nous raconte est tout simplement fascinant. L'ouvrage est présenté par Florence Weber, anthropologue et sociologue, directrice des sciences sociales à l'ENS (École Normale Supérieure) et auteure de "Brève histoire de l'anthropologie", parue chez Flammarion en 2015. Dans son avant-propos, la sociologue indique que Marcel Mauss est célèbre partout dans le monde comme "l'un des principaux fondateurs de l'anthropologie sociale", mais regrette - à juste titre d'ailleurs - que son oeuvre reste, en France, méconnue des étudiants et du grand public.
Rien que l'énumération des endroits où notre savant a poursuivi ses recherches, devrait cependant mettre l'eau à la bouche des amateurs de dépaysement les plus exigeants : Polynésie, Samoa, Nouvelle Calédonie etc. Michel Mauss n'était à ces antipodes géographiques évidemment pas en vacances, mais pour y étudier le phénomène du don et des échanges
. le don revêt une importance bien plus considérable que l'on croirait à première vue, car "un cadeau donné attend toujours un cadeau en retour". Ou en d'autres termes, le don constitue la base des échanges. Dans une société primitive le genre de cadeaux est relativement réduit. "Ce qu'ils échangent...ne sont pas exclusivement des biens et des richesses...des choses utiles économiquement. Ce sont avant tout des politesses, des festins, des rites, des services militaires, des femmes, des enfants, des danses, des fêtes, des foires dont le marché n'est qu'un des moments... " le marché est un phénomène humain propre à toute société connue, seul son ampleur et organisation différent de société dite arriérée à société archaïque. L'introduction de la monnaie, peut être considérée comme la principale invention.
Les recherches menées par Marcel Mauss et son équipe montrent les différences considérables qui existaient - et continuent d'exister sûrement dans d'autres endroits du globe - dans les pratiques concrètes de ces échanges, mais partant tous du don, en théorie volontaire, mais en fait obligatoirement fait et rendu. Ce qui est fascinant dans cette oeuvre ce sont justement ces différences, tellement bien observées, analysées et décrites par ce grand maître.
Grâce à l'introduction d'une qualité exceptionnelle par Florence Weber, ainsi que les nombreuses notes explicatives de bas de page, il ne faut pas être soi-même ethnologue ou anthropologue pour savourer les finesses de cette oeuvre importante de Marcel Mauss.
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Bouteyalamer
  08 avril 2016
Nous connaissons sans toujours les accepter les obligations morales, religieuses, juridiques ou politiques qui participent au lien social. Mauss postule que le don crée aussi un réseau d'obligations et que ce réseau a tissé des relations de dépendance dans de nombreuses, sinon toutes, les sociétés archaïques. L'homme qui a une surface sociale et spirituelle, une puissance, un honneur, une mana, s'oblige à faire des dons ; ces dons doivent être obligatoirement acceptés par le donataire ; ce dernier s'oblige à une contre-don : On n'a pas le droit de refuser un don, de refuser le potlatch. Agir ainsi c'est manifester qu'on craint d'avoir à rendre, c'est craindre d'être « aplati » tant qu'on n'a pas rendu. En réalité, c'est être « aplati » déjà. C'est « perdre le poids » de son nom (p 53). L'obligation de rendre dignement est impérative. On perd la « face » à jamais si on ne rend pas, ou si on ne détruit pas les valeurs équivalentes (p 53). Don et contre-don engagent la collectivité, ce que Mauss appelle une prestation totale : Il y a prestation totale en ce sens que c'est bien tout le clan qui contracte pour tous, pour tout ce qu'il possède et pour tout ce qu'il fait, par l'intermédiaire de son chef (p 10). Cette prestation totale peut être une destruction sacrificielle : L'un des premiers groupes d'êtres avec lesquels les hommes ont dû contracter et qui par définition étaient là pour contracter avec eux, c'étaient avant tout les esprits des morts et les dieux. En effet, ce sont eux qui sont les véritables propriétaires des choses et des biens du monde. C'est avec eux qu'il était le plus nécessaire d'échanger et le plus dangereux de ne pas échanger […]. La destruction sacrificielle a précisément pour but d'être une donation qui soit nécessairement rendue (p 22). Quand ce réseau d'obligations s'établit entre les hommes, don et contre-don ne relèvent pas du troc, car ils ne sont pas contemporains, ni du prêt, car ils sont dénués de valeur marchande ou parce qu'ils dotés d'une valeur/d'un prestige disproportionnés avec tout échange utilitaire. Ce réseau archaïque est général, retrouvé dans la plupart des études ethnographiques : Les hommes ont su engager leur honneur et leur nom bien avant de savoir signer (p 49). Il survit dans le droit romain. Il persiste au présent dans la politesse, la charité, la solidarité corporative, et dans les milieux de la recherche.
Mauss conclut son essai avec un lyrisme visionnaire : Ce sont nos sociétés d'Occident qui ont, très récemment, fait de l'homme un « animal économique ». Mais nous ne sommes pas encore tous des êtres de ce genre. Dans nos masses et dans nos élites, la dépense pure et irrationnelle est de pratique courante ; elle est encore caractéristique des quelques fossiles de notre noblesse. L'homo oeconomicus n'est pas derrière nous, il est devant nous ; comme l'homme de la morale et du devoir ; comme l'homme de la science et de la raison. L'homme a été très longtemps autre chose ; et il n'y a pas bien longtemps qu'il est une machine, compliquée d'une machine à calculer (p 100). Peut-être, en étudiant ces côtés obscurs de la vie sociale, arrivera-t-on à éclairer un peu la route que doivent prendre nos nations, leur morale en même temps que leur économie (p 101).
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Beany
  21 novembre 2018
Etudié en Anthropologie, cet ouvrage permet de découvrir les codes établis du don, qu'ils soient implicites ou non, et qui s'en suit d'un contre don. Cet aspect du don est étudié autour d'une articulation nommée triple obligation:
"donner - recevoir - rendre"
Ce triple don a pour vocation de maintenir le lien social. Le don engendre un contre don.
Marcel Mauss étudie ainsi les formes archaïques de ce contrat et met en avant ce lien qui subsiste au sein de la société et qui lui permet d'exister.
Il montre en quoi nos sociétés modernes ne sont pas uniquement enclines à être de simple société marchande avec une économie et une loi du marché totalement indépendante du lien social.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
hupomnematahupomnemata   29 juillet 2011
Voilà donc ce que l'on trouverait au bout de ces recherches. Les sociétés ont progressé dans la mesure où elles-mêmes, leurs sous-groupes et enfin leurs individus, ont su stabiliser leur rapports, donner, recevoir, et enfin, rendre. Pour commencer, il fallut d'abord savoir poser les lances. C'est alors qu'on a réussi à échanger les biens et les personnes, non plus seulement de clans à clans, mais de tribus à tribus et de nations à nations et - surtout - d'individus à individus. C'est seulement ensuite que les gens ont su se créer, se satisfaire mutuellement des intérêts, et enfin, les défendre sans avoir à recourir aux armes. C'est ainsi que le clan, la tribu, les peuples ont su - et c'est ainsi que demain, dans notre monde dit civilisé, les classes et les nations et aussi les individus, doivent savoir - s'opposer sans se massacrer et se donner sans se sacrifier les uns aux autres. C'est là un des secrets permanents de leur sagesse et de leur solidarité.
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hupomnematahupomnemata   16 juillet 2011
L'effort conceptuel de Mauss tend à présenter les politiques sociales alors en cours de construction non pas comme des dons faits aux pauvres, mais comme des contre-dons rendus aux travailleurs en échange du don initial qu'ils ont fait de leur travail et dont le salaire ne représente pas un contre-don suffisant. Ni les patrons ni la société, dit Mauss, ne sont "quittes" envers eux après le versement du salaire. On parlerait aujourd'hui d'incomplétude du contrat de travail.
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hupomnematahupomnemata   29 juillet 2011
Rien n'est indifférent. Contrats, alliances, transmissions de biens, lien créés par ces biens transmis entre personnages donnants et recevants, cette moralité économique tient compte de tout cet ensemble. La nature et l'intention des contractants, la nature de la chose donnée sont indivisibles. Le poète juriste a su exprimer parfaitement ce que nous voulons décrire:

Ici il n'y a pas qu'une roue (tournant d'un seul côté)
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AunryzAunryz   23 août 2015
l'avare a toujours peur des cadeaux.

http://wp.me/p5DYAB-1e4
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hupomnematahupomnemata   16 juillet 2011
Il en est ainsi de celui
en qui tu n'as pas confiance
et dont tu suspectes les sentiments,
il faut lui sourire
mais parler contre coeur:
les cadeaux rendus doivent être semblables aux cadeaux reçus.

Les hommes généreux et valeureux
ont la meilleure vie;
ils n'ont point de craintes.
Mais un poltron a peur de tout;
L'avare a toujours peur des cadeaux.
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Videos de Marcel Mauss (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marcel Mauss
Philosopher sur la fin du monde à l'heure de la crise écologique, c'est ce qu'Adèle van Reeth, productrice des Chemins de la philosophie sur France Culture, a proposé aux philosophes Dominique Bourg et Cynthia Fleury, et à Pierre-Henri Castel, directeur de recherches au Lier, Institut Marcel Mauss (CNRS/EHESS) et psychanalyste.
Une émission enregistrée le 12 janvier en direct et en public à l'occasion du Forum France Culture à la Sorbonne.
Retrouvez toutes les émissions enregistrées lors de ce forum : https://www.franceculture.fr/dossiers/la-planete-se-rechauffe-comment-sy-prepare
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