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ISBN : 2707329835
Éditeur : Editions de Minuit (01/09/2016)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 332 notes)
Résumé :
Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter.
Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davant... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (117) Voir plus Ajouter une critique
Sando
22 octobre 2016
Que faire quand la vie nous échappe, quand on réalise qu'on est en train de passer à côté et qu'il n'y aura peut-être pas de retour possible ? Comment s'en sortir lorsque le dialogue avec son propre enfant s'est perdu, laissant place à une incompréhension totale et que l'on assiste impuissant à sa dérive ? Comment réagir quand on sent poindre lentement mais sûrement le début d'une longue descente aux enfers ? Un seul mot : continuer.
Pour Sibylle, mère célibataire enfermée dans ses angoisses qui élève seule son fils Samuel, un adolescent tourmenté, en plein décrochage scolaire, il s'agit bien de cela après le drame qui vient de se jouer et qui a bien failli faire de son fils un criminel : Continuer oui, mais différemment, en empruntant de nouveaux chemins. Hors de question que son enfant aille en pension comme le voudrait son père, non, elle sait d'instinct qu'en faisant cela elle le perd à jamais.
Alors, pour l'éloigner des fréquentations toxiques qu'il est en train de nouer, pour lui ouvrir le coeur et l'esprit, Sibylle choisit de l'emmener au Kirghizistan, ce pays d'Asie centrale où l'on peut se perdre dans les grands espaces, où les gens n'ont rien mais vous donnent tout, où le danger rôde, comme partout… Un voyage de plusieurs mois qu'ils vont entreprendre à cheval, seuls afin de se libérer du superflu, de se concentrer sur l'essentiel et tenter ainsi de renouer avec leurs racines, avec des valeurs plus authentiques et peut-être avec eux-mêmes...
Encore finaliste pour le prix Femina, « Continuer » fait partie de ces romans qui vous happent, vous transpercent et vous bouleversent par la justesse de leur propos, l'intelligence de leur réflexion et la beauté de leur langue. Ici, la relation mère/fils est au coeur de l'histoire et Laurent Mauvignier prend le temps de décrire son évolution : le lien que l'on croit rompu, l'absence de dialogue, l'incompréhension, la colère mêlée de haine qui cache au final un amour absolu et inextinguible ainsi qu'un besoin de reconnaissance mutuel.
le ton est juste, réaliste et rend à merveille la dureté de ce fils mêlé malgré lui à une aventure dont il ne comprend pas le sens. Une dureté contrebalancée par la tendresse et la détermination de cette mère prête à tout pour sauver son enfant de lui-même. Des personnages extrêmement attachants de par leur vulnérabilité et leurs failles, mais qui cachent une grande force de caractère et que l'on se prend à admirer et à encourager avec une véritable empathie.
Dans cette aventure née de l'amour maternel, c'est aussi nous, lecteur, que Laurent Mauvignier interroge, en pointant du doigt les travers d'une société rendue malade par la surconsommation, aveuglée par la surmédiatisation et l'importance donnée à l'image et gouvernée par une individualisation poussée à l'extrême. Des travers propices à la violence, la méfiance, la haine, la superficialité et l'isolement que l'on retrouve nécessairement dans notre quotidien… Un roman qui donne à réfléchir sur le monde actuel et fait naître le désir de prendre sac à dos et chaussures de randonnée et de partir à l'aventure en quête de grands espaces !
Bref, vous l'aurez compris, « Continuer » fait partie de mes gros coups de coeur de cette rentrée littéraire car, en plus de me faire voyager, c'est un roman qui m'a émue aux larmes, m'a bouleversée par sa force et sa beauté, m'a donné à réfléchir sur le monde dans lequel on vit et sur les choix que l'on peut faire pour changer les choses. En deux mots donc : lisez-le !
Un grand merci à Babelio et aux éditions de Minuit pour cette très belle découverte !
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Kittiwake
06 mai 2017
De temps en temps, on a la chance de tomber sur un roman, qui , bien que n'ayant rien à voir avec le genre thriller, nous tient en haleine sans répit.
Inspiré d'un fait divers, l'auteur met en scène un ado et sa mère. Rébellion, qui prend la forme de délinquance, solitude et désespérance de la quarantaine avec un bilan très mitigé, ces deux là sont mal dans leur peau.
Au delà des bouderies ordinaires avec casque soudé aux oreilles, Samuel se retrouve impliqué dans une affaire qui se termine au commissariat. C'est une erreur fatale : les parents se déchirent sur les sanctions à appliquer. Mais Sybille tient bon : elle partira avec son fils au Kirghizistan, pour une randonnée de trois mois à cheval.
C'est là que le titre prend tout son sens.
Continuer malgré le poids des échecs passés, des espoirs perdus, qui ont au delà du manque scellé un anathème.
Continuer malgré le danger, réel, des rencontres inopportunes, des pièges qu'un sol inconnu tend au voyageur novice, de la lourdeur des silences qui masquent le blâme.
Mais continuer pour un sourire et une main tendue, une soirée de partage dans la chaleur d'une yourte, pour la beauté d'un paysage grandiose, pour la communion au-delà des mots avec les chevaux, qui sont bien plus qu'un moyen de se déplacer.
Continuer parce que le retour en arrière est impossible, continuer pour que demain ne soit pas pire qu'hier.
La beauté des paysages, la communion avec les chevaux inscrivent ce roman dans le genre nature-writing, le nombrilisme en moins le charme de l'écriture ciselée en plus.
Fortement recommmandé

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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rabanne
04 mai 2017
J'ai été vraiment happée par ce roman, le premier que je lis de l'auteur.
Que ne ferait pas une mère pour sauver son fils de seize ans, parti complètement à la dérive ?... Elle croit que c'est au coeur de la nature sauvage du Kirghizistan, à des kilomètres de leur vie douloureuse, et à dos de cheval, qu'ils pourront trouver la réponse vers un chemin de réconciliation. Confrontés ensemble à l'inconnu et aux éléments, ils n'auront pas le choix que d'affronter leurs contradictions et leurs limites, si lourds de silence, de colère et douleur enfouis...
Une plume ciselée d'une justesse de ton que j'ai beaucoup aimée, décryptant les sentiments avec énormément de profondeur et de réalisme. Mise à l'épreuve de deux êtres qui s'aiment mais ne savent plus comment (se) le dire, comment se reconnaître. Un voyage, rempli de belles rencontres, qui va faire tomber leur résistance physique, affective et psychologique, vers un chemin de consolation / réparation mutuelles. Et cet amour maternel, à déplacer des montagnes, à franchir des ravins... Tout simplement magnifique !!
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fanfanouche24
05 décembre 2016
Un immense coup de coeur pour ce roman, où la nature , les chevaux ont la part belle...mais cela serait bien superficiel de ne se contenter que de ces éléments ... qui sont toutefois le tremplin d'un "road-movie" entre une
mère à la vie "défaite" et un fils, au bord de la délinquance, habité par un désarroi intense.Une très belle histoire d'apprivoisement entre une mère
et un fils, enfant ballotté entre des parents divorcés, non apaisés.
Coup de coeur démultiplié puisque je lis cet écrivain pour la toute première fois. Je "lorgne " ce roman de cette rentrée littéraire depuis sa parution, que j'imaginais à tort trop sombre... mais c'est tout le contraire.

Prendre sa vie en main; ne pas accuser autrui de ses propres renoncements ou défaillances. Prenons notre vie à bras-le-corps et faisons du mieux possible pour honorer nos rêves pour ne pas se retrouver comme notre héroïne, Sibylle, à qui on prédisait un avenir brillant de chirurgien. Belle, engagée à gauche, libre, indépendante, courageuse... elle se retrouve infirmière, épuisée moralement, dénigrée par un mari macho, et insipide... qui lui reproche ses idées, ses fragilités, ses projets farfelus comme cette marche en solitaire sur le G.R de Corse, et où elle a failli perdre la vie... Elle était partie marcher , reprendre goût à la vie, décanter une période de lassitude, par cette échappée.. que son ex. lui reproche,"en boucle".
Un couple désassorti, désuni, se bagarrant, avec un petit garçon au milieu de cette hostilité familiale. Divorce...et Sibylle élève comme elle peut, Samuel ; prénom qu'elle a choisi en pensant à un de ses écrivains de prédilection, Beckett; car OUI, en plus de ses rêves de devenir chirurgien, elle avait en elle un autre rêve qui lui tenait à coeur: écrire un roman, ce qu'elle avait entrepris énergiquement, et là encore, abandon, et travail féroce pour poursuivre, en priorité, ses études de médecine...
Mais pourquoi Sibylle à qui tout souriait, se retrouve à la quarantaine dans cette vie terne et si peu satisfaisante... L'auteur saura maintenir chez lecteur le suspens quasiment jusqu'au bout...Un évènement terrible très lointain aura brisé une grande partie de son élan et de son envie de vivre... Je n'en dirai pas plus !!!
Sibylle veut sauver sa vie qui va à la dérive, mais surtout celle de son fils qui va très mal, dépourvu de projet et d'envie pour débuter la construction de son avenir...
Elle se décide à vendre la maison de ses parents, en Bourgogne, à laquelle elle tenait par dessus-tout. Et avec cet argent, elle veut emmener Samuel, loin, plusieurs mois dans les montagnes du Kirghizistan. En dépit des réticences et du jugement péjoratif de son ex-mari, elle partira à cheval dans cette nature sauvage, immense mais où les Kirghizes ont un vrai sens de l'hospitalité, et s'intéressent vraiment aux autres, aux voyageurs !!
Ce long périple est la possibilité pour que la mère et le fils se connaissent et surtout se reconnaissent... dans cette nature magnifique, tour à tour bienveillante ou hostile, le soin et la complicité avec leurs chevaux, les nécessités à assurer au quotidien...
Ce "road-movie" est aussi prodigue en leçons, apprentissages dont la solidarité, le respect de la nature et des animaux, la tolérance et l'écoute de l'autre avec ses coutumes, sa façon de vivre...le refus du racisme, de l'intégrisme
"-Si on a peur des autres, on est foutu. Aller vers les autres, si on ne le fait pas un peu, même un peu, de temps en temps, tu comprends, je crois qu'on peut en crever. Les gens, mais les pays aussi en crèvent, tu comprends, tous, si on croit qu'on n'a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. Aller vers les autres, c'est pas renoncer à soi." (p. 231)
Un style nerveux, poétique... de longues phrases coulant avec naturel...du suspens, des personnages attachants, des thématiques riches et diversifiées qui résonnent fort dans notre présent et notre actualité...
Un très beau moment de lecture au pays des Kirghizes, sous leurs yourtes, à écouter les uns et les autres, le grand souffle des immensités sauvages et des montagnes, sans oublier les compagnons si précieux que se révèlent les chevaux...sans omettre notre "duo" bouleversant de la mère et du fils rebelle...se redécouvrant et s'apprivoisant !
On peut percevoir les fragilités que peuvent ressentir des jeunes à l'orée de leur existence, ne sachant pas encore ce qu'ils souhaitent faire de leur vie, dans le repli et la peur de l'autre, qui peuvent se laisser entraîner et dériver dans des opinions et comportements radicaux...
Une seule impatience désormais: lire et découvrir les autres écrits de Laurent Mauvignier !!! Pour les "fans" de cet écrivain, je serai heureuse de connaître vos préférences...
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lucia-lilas
24 septembre 2016
Le livre s'ouvre sur Samuel et Sibylle se réveillant entourés d'hommes agressifs et menaçants. Ils sont au Kirghizistan, Asie centrale. Ces individus veulent peut-être leur voler leurs chevaux ou les tuer, ça aussi c'est possible. le danger est là, c'est évident et ils ont peur. Pourtant Sibylle murmure à Samuel qu'il faut continuer. Elle se le dira souvent, très souvent…
Sibylle est la mère de Samuel. Ils vivent à Bordeaux depuis son divorce. Samuel ne va pas bien, il sombre peu à peu dans la délinquance. Ils ne communiquent plus, ne se regardent même plus. Elle perd son fils, elle le sent.
Alors, avant qu'il ne soit trop tard, elle prend une décision pour le sortir de là où il est en train de sombrer : ils vont partir au Kirghizistan, acheter des chevaux et parcourir le pays, traverser des paysages sublimes, vivre des expériences fortes, rencontrer des gens et laisser tout le reste derrière eux. Elle vend sa maison d'enfance, celle à laquelle elle tenait tant.
Le père de Samuel, averti du projet, rit au nez de Sibylle: quelle expérience stupide ! Elle qui a failli mourir en Corse lors d'une simple rando va traverser des espaces inconnus, sauvages, dangereux et tout va bien se passer ? C'est ridicule ! D'ailleurs, dit-il à Samuel, sa mère n'a jamais eu que des projets foireux de ce genre, tout ce qu'elle fait échoue. Encore une preuve de sa médiocrité ! Il demande à son fils de lui envoyer un SMS si quelque chose tournait mal, ce dont il ne doute pas.
Et ils partent.
Ce livre est mon coup de coeur de la rentrée littéraire : il m'a bouleversée. Et si j'en ai aimé d'autres, le livre de Karine Tuil par exemple, je place celui-ci au dessus. Pourquoi ?
Tout d'abord parce que j'en ai aimé l'écriture. Lorsque Mauvignier décrit des chevaux qui galopent, la phrase en fait autant, elle se fait mouvement, course, vitesse, elle traverse l'air, la poussière, se heurte aux cailloux, aux rochers, contourne les arbres, traverse les cours d'eau. La phrase devient chemin, épouse le parcours accidenté de la route, s'ouvre à la beauté absolue des paysages. C'est superbe, magnifique, splendide. Sueur et souffle des bêtes et des hommes se mêlent. Ils sont unis dans ce que l'on appelle la vie et que l'écriture rend si merveilleusement.
Lorsque l'auteur évoque les sentiments des personnages, leurs émotions, la phrase fouille leur âme, se faufile au plus profond d'eux-mêmes, dans l'intime de l'intime. Je repense à des scènes fabuleuses, impossibles à oublier, des moments forts et sensuels entre la mère et le fils, celui qu'elle veut ramener à la vie coûte que coûte, des scènes où l'on côtoie la mort dans une tension extrême, où l'on sent que la terrible prophétie du père va se réaliser. On a peur pour eux tandis que leurs pensées s'emballent, se cognent aux parois de la vie, se heurtent aux tranchants du monde, cherchant dans l'affolement et la terreur un sens à tout cela.
J'ai aimé aussi la construction narrative qui va permettre de livrer bribe par bribe des éléments du passé de Sibylle, femme blessée, meurtrie, épuisée mais encore capable de faire don de sa personne, de s'offrir à l'autre, son fils, et aux autres, aux gens de passage dont elle refuse d'avoir peur. Car c'est aussi ce que dit ce livre : l'autre, l'étranger, celui que l'on ne connaît pas est une richesse. Des bons sentiments ? Non, du bon sens ! On ne peut pas vivre en se haïssant ou l'on finit par s'entre-tuer…
Ainsi, cette femme va-t-elle pouvoir mener à bout ce projet et à quel prix ? Samuel est-il capable de changer ou va-t-il rester ce garçon mutique, les écouteurs vissés aux oreilles, enfermé dans sa haine de l'autre ? Vont-ils, l'un et l'autre, tels deux pauvres désarçonnés de la vie, parvenir à remonter en selle et poursuivre leur aventure sur le chemin de l'existence ? Et puis, qui est Sibylle au fond, que cache-t-elle de si douloureux qui l'empêche de vivre ?
Le roman se fait livre d'aventures, exploration de territoires physiques et psychologiques, découvertes de terres et d'âmes, plongée dans ce monde inconnu, celui du coeur des hommes, des bêtes et des espaces que l'on traverse.
Un hymne à la vie, à l'amour, une invitation à poursuivre malgré les épreuves individuelles et collectives… Comme ça fait du bien…
En cette période de prix littéraires, sachez-le, mesdames et messieurs, membres de jurys, s'il n'y en avait qu'un à prendre, je prendrais celui-là.

Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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Les critiques presse (7)
LaPresse03 novembre 2016
C'est surtout une incitation poignante à recommencer et à s'ouvrir à l'autre, étayée par le rythme soutenu d'un récit inspirant.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress19 septembre 2016
Tout en empathie et en intelligence, Mauvignier signe un grand livre sur l'amour maternel.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Bibliobs16 septembre 2016
La prose, à la fois galopante et méditative, de Laurent Mauvignier mêle ces deux aventures, l'horizontale et la verticale, comme elle prolonge toutes les obsessions de ses romans précédents.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Telerama31 août 2016
Chevauchée de la dernière chance pour une femme et son ado paumé dans la splendeur sauvage des montagnes kirghizes. Epoustouflant.
Lire la critique sur le site : Telerama
LaLibreBelgique30 août 2016
Un très beau roman de Laurent Mauvignier.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LesEchos30 août 2016
Laurent Mauvignier a souvent été salué par la critique, soutenu par un public fervent et primé à l'envi. Avec « Continuer », il pourrait bien décrocher le Goncourt.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Culturebox29 août 2016
Un roman qui commence en douceur, monte en puissance, et finit par vous happer jusqu'à la dernière ligne.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations & extraits (104) Voir plus Ajouter une citation
YANCOUYANCOU03 juillet 2016
"Et pourtant, elle sait qu'il ne faut pas renoncer, pas encore, pas maintenant ; elle ne peut pas s'y résoudre. Elle repense que ça n'a pas toujours été comme ça dans sa vie, qu'il y a eu des moments où les gens se retournaient dans la rue pour regarder cette jeune femme qui dégageait une énergie et un amour si grand qu'ils auraient tous parié que rien ne pourrait lui résister. Mais c'est tellement loin dans son esprit, dans sa vie, l'histoire d'une vie ancienne, d'une vie morte, d'une vie où elle avait cru qu'une femme comme elle pouvait être chirurgien ou écrire des romans. Et quand cette idée, ces idées-là, ce à quoi elle avait cru si fort, ce en quoi elle avait longtemps forgé l'espoir de son avenir, quand ils lui reviennent en mémoire, aujourd'hui, tous ces souvenirs, quand l'amertume de toutes ces prétentions lui reviennent à l'esprit, elle se sent rougir comme une gamine honteuse, prise la main dans le sac. Chez elle, dans la cuisine ou dans son bain, ne faisant rien, simplement en laissant refluer ces chimères pourtant enfouies si profondément qu'elles avaient complètement disparu de sa vie - Beckett, les copains de Tours, New Order et Bowie, elle rougit, disparaît dans la mousse de son bain, s'enfouit sous les draps quand elle est dans son lit ou bien détourne la tête si elle est avec quelqu'un. C'est une bouffée de honte, comme si soudain elle prenait conscience de la prétention qu'elle avait eue pendant toute sa jeunesse. Car bien sûr, ça ne sert à rien de rêver, de ne pas savoir reconnaître qu'on n'est pas capable, simplement pas capable. Bien sûr, il a raison Benoît, c'est plus dur d'assumer d'être celle qu'on est, de n'être que cette personne qu'on est. On n'est pas un autre. On n'est que ce corps, on n'est que ce désir bordé de limites, cet espoir ceinturé. Alors il faut apprendre à s'en rendre compte et à vivre à la hauteur de sa médiocrité, apprendre à s'amputer de nos rêves de grandeur, de vie au calme, à l'abri de nos rêves. Où est-ce qu'elle avait pu croire qu'une fille comme elle aurait pu écrire des livres, des romans ? Et même, un moment elle avait travaillé comme une folle à son roman, elle avait travaillé comme une folle pour devenir chirurgien, et tout le monde l'avait crue capable, tout le monde s'était trompé avec elle, oui, tout le monde lui disait qu'elle aurait fait son métier avec talent et abnégation. Tout le monde s'était trompé pour la chirurgie, et heureusement, personne n'avait su pour le roman."
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PiatkaPiatka31 décembre 2016
-T'es quand même pas devenu kirghize, non ?
-Non, c'est juste que j'ai compris un truc.
-Un truc ?
-Si on a peur des autres, on est foutu. Aller vers les autres, si on ne le fait pas un peu, même un peu, de temps en temps, tu comprends, je crois qu'on peut en crever. Les gens, mais les pays aussi en crèvent, tu comprends, tous, si on croit qu'on n'a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. Aller vers les autres, c'est pas renoncer à soi.
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PiatkaPiatka28 décembre 2016
Sa mère se faisait des illusions si elle pensait qu'elle pourrait changer quelque chose en lui, de lui, si elle croyait qu'il lui suffirait de prendre quelques semaines de grand air, accompagné de chevaux et de montagnes, de silence et de lacs, pour que soudain tout dans sa vie se déplie et devienne simple et clair, pacifié, lumineux, pour qu'il cesse enfin de se sentir écrasé à l'intérieur de lui-même, comme si on allait arrêter un jour d'appuyer sur son cœur, sur son âme, sur sa vie, comme si l'étau pouvait un jour se desserrer.
+ Lire la suite
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fanfanouche24fanfanouche2403 décembre 2016
Maintenant, une sorte de compréhension intime s'est imposée entre eux, ils se retrouvent chaque matin avec plaisir. Les chevaux hennissent, manifestent qu'ils sont heureux, chevaux et humains se comprennent et réagissent pareillement. Samuel a trouvé un lien avec son cheval- il chevauche Starman-, comme si ce dernier était devenu plus qu'un cheval, ou qu'il était devenu -enfin- un cheval, c'est-à-dire un être vivant avec lequel on peut échanger, partager au-delà de son animalité, simplement parce qu'on a en commun le froid, la faim, le calme, le temps. (p. 91)
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fanfanouche24fanfanouche2404 décembre 2016
Et puis elle regarde son fils à côté d'elle (...)- et il dort comme il dormirait chez eux, dans sa chambre. Sauf qu'ici rien ne les sépare, qu'il n'y a ni porte ni verrou, ni couloir ni appartement pour créer des séparations. Ici, elle peut regarder son fils et s'étonner de le voir si proche d'elle (...)
Elle le regarde et elle est heureuse de le voir dormir comme il est, sans colère, sans être sur la défensive, sans haine ni jugement contre elle. (p. 141-142)
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Videos de Laurent Mauvignier (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Laurent Mauvignier
http://www.librairiedialogues.fr/ Numéro 73 de l'émission Dialogues littéraires de décembre 2016, produite par la librairie Dialogues et réalisée par Ronan Loup. Invités : Laurent Mauvignier pour "Continuer" (Minuit), Laurent Gounelle pour "Et tu trouveras le trésor qui dort en toi" (Kero), puis la chronique du rayon Jeunesse par Adeline. Présentation : Caroline Mucchielli. Interviews par Laurence Bellon.
Retrouvez-nous aussi sur : Facebook : https://www.facebook.com/librairie.dialogues Twitter : https://twitter.com/dialogues Instagram : https://www.instagram.com/librairiedialogues
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