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EAN : 9782221156803
270 pages
Robert Laffont (10/09/2015)
3.43/5   67 notes
Résumé :
Comment préparer nos esprits, et plus encore ceux des jeunes générations, à lutter contre toutes les formes d'endoctrinement ?
En commençant par penser par nous-mêmes, ainsi que le préconise avec humour ce Manuel d'autodéfense intellectuelle.

Jeune enseignante, Sophie Mazet a dû se fabriquer un profil « tout-terrain » pour faire face au niveau très variable des élèves de son lycée de ZEP (qui va de la classe de « remobilisation » − compo... >Voir plus
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Un essai à la fois facile d'accès et intelligent, plein d'enseignements. Restent à l'issue de sa lecture des idées forces, salvatrices qu'il faudrait convoquer à chaque raisonnement que nous élaborons. Ce livre est d'abord un appel à la vigilance, et avant tout envers nous-mêmes. Est épinglée notre propension naturelle à évacuer l'importance du hasard et des coïncidences et à surestimer nos capacités de raisonnement - en gros, à chercher des formes dans les nuages, on finit par les trouver ;-) - notre amour pour les clichés et stéréotypes qui rassurent et ordonnent notre vision du monde. Où l'auteur nous explique aussi que si c'est gratuit, c'est nous le produit, pourquoi la file d'attente d'en face est toujours plus rapide que la nôtre, pourquoi Google entretient bien malgré lui les théories du complot, que sciences dures et humaines répondent finalement aux mêmes mécanismes de validation/réfutation, et plein d'autres choses, tout cela étayé avec clarté, avec beaucoup d'exemples simples, ludiques et compréhensibles par tous. Eclairant, vivifiant, inspirant, un livre pour tous.
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Il m'a fallu attendre le dernier chapitre de ce livre pour trouver (en partie) ce que j'y cherchais, à savoir un exposé sur les origines cognitives de nos erreurs de raisonnement. Les références de cette partie du livre me seront donc très précieuses.

Pour le reste, l'auteure survole différents sujets avec plus ou moins de pertinence, et en évitant avec plus ou moins d'efficacité certaines erreurs de raisonnement. Je n'y pas vraiment trouvé de solution aux problèmes abordés, certains "problèmes" n'en étant d'ailleurs pas forcément. D'une manière générale, il faudrait être capable de faire un bilan rigoureux de l'histoire de l'humanité pour comparer les avancées apportées par certaines lubies et illusions, aux biens réels dommages que d'autres (ou les mêmes) ont occasionnés. Et à une échelle plus personnelle, on peut se poser la même question...

Mais je partage la frustration que l'on peut ressentir face à certains discours complètement irrationnels. Écoutez quelqu'un qui vous explique que la Terre est plate et vous aurez envie de le secouer ! :-) Mais quelles sont dans ce cas les parts de l'erreur et de la mauvaise foi ? Et dans les cas les plus tragiques comme le génocide du Rwanda qui a personnellement touché l'auteure, est-ce que les génocidaires croyaient vraiment que leurs victimes étaient des "cafards" ? Ou ce genre de folies de masse n'est-il pas plutôt le produit de l'instinct grégaire, le troupeau devenant une meute trouvant à exprimer une certaine férocité terrée au fond de l'âme humaine ?

Par contre, il est tout à fait intéressant de chercher les différentes sources de nos illusions, qu'elles proviennent d'erreurs de raisonnement ou bien que nous y trouvions certains avantages plus ou moins conscients, comme les malades imaginaires. Pour y arriver, plutôt que de papillonner entre différents sujets, dont chacun mériterait un livre, l'auteure aurait peut-être gagné à se consacrer à un seul en essayant d'en analyser tous les tenants et aboutissants. Bref, chercher sincèrement le doute et la complexité, justement ce que ne font pas nos "conspirationnistes".
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Jeune enseignante, Sophie Mazet a dû se fabriquer un profil « tout-terrain » pour faire face au niveau très variable des élèves de son lycée de ZEP (qui va de la classe de « remobilisation » − composée d'adolescents sortis du système scolaire − à l'hypokhâgne). Très vite, elle se trouve confrontée à des jeunes gens capables de croire sans réserve aux informations les plus farfelues, voire les plus effroyables. L'actualité récente l'a souligné, on ne peut compter uniquement sur l'école pour former des citoyens éclairés et, face à la complexité du monde, des repères sont plus que jamais nécessaires. En 2011, puisant son inspiration dans une déclaration du célèbre linguiste Noam Chomsky, selon lequel un « cours d'autodéfense intellectuelle devrait être obligatoire dans tout système d'éducation qui se respecte », elle se lance et invite les élèves de son lycée à s'initier avec elle à l'« esprit critique ». le cours est un succès qui déborde les frontières de l'établissement. Des intellectuels tels que Tzvetan Todorov, Caroline Fourest, Abdelwahab Meddeb et Catherine Kintzler acceptent d'y participer. France Inter lui consacre une émission. Son adaptation sous forme de livre grand public s'impose alors naturellement.


Partant d'un constat affligeant, le manque d'esprit critique des adolescents qu'elle croise tous les jours, elle aborde des sujets variés : les séries TV, le complotisme, la laïcité, la science, etc. Elle remet en contexte les affirmations que l'on entend et nous oblige à nous poser les bonnes questions … Bref elle nous réapprend à penser par nous-mêmes !

Chacun des 9 chapitres, clairs, drôles et bien écrits, aborde un sujet précis et se termine par une « alerte paranoïa » ainsi que par un petit paragraphe « boîte à outils » qui aide à résister à la désinformation. Dès le prologue, quand elle explique qu'elle a découvert, atterrée, que ses élèves ne remettaient pas en question une information aberrante issue d'un journal américain équivalent du Gorafi, j'ai été convaincue par son ton direct, sa capacité à aborder directement les sujets qui fâchent, sans montrer le moindre mépris envers ceux qui se laissent avoir par les théories les plus fumeuses ou une simple intox : les médias sont ainsi faits, aidés par les réseaux sociaux, qu'il est difficile d'y échapper. C'est en recoupant les informations, en vérifiant les sources, en se posant les bonnes questions que l'on y parvient, mais pour cela il faut avoir les bonnes clés. le Manuel est là pour ça, et il y réussit avec brio !

Peut-on échapper à la publicité ?
Le complotisme est-il un penchant naturel ?
La vie est-elle plus belle dans les séries TV ?
Google me connaît-il mieux que mes parents ?

Tant de questions dont la réponse n'est pas si simple, et qui démontrent que finalement, « notre pire ennemi c'est nous ! ». Mais que nous pouvons être aussi notre meilleur ami en exerçant notre esprit critique, en dialoguant en réfutant de fausses théories. Bref nous avons aussi notre part de responsabilité, non seulement en ne répandant pas de fausses informations, mais en luttant au quotidien contre la désintox.

« Il est impossible d'échapper à la subjectivité. Mais le problème réside plutôt dans le fait de ne voir que les contradictions des autres et pas les siennes. Ewa Drozda-Senkowska propose une « incitation à l'infirmation » c'est à dire tenter d'informer ses opinions plutôt que d'essayer de trouver des informations qui les confirment, ou, plus simplement, essayer de se donner tort. Cela implique de diversifier ses sources, voire de chercher des sources dont on sait qu'elles offriront peut-être un point de vue opposé au sien C'est souvent difficile et le résultat n'est pas garanti. Mais essayer d'élargir sa vision du monde, et éviter de croire qu'on détient la vérité, vaut bien cette peine. »



PS : Certains des sujets abordés recoupent un documentaire passionnant que j'ai vu dernièrement : Les Nouveaux chiens de garde (adapté d'un essai de Serge Halimi, paru en 97 et actualisé en 2005, lui-même inspiré du texte de Paul Nizan datant de 1932), qui montre les accointances entre politique, économie et médias. On y retrouve par exemple la dénonciation du monopole de certains « experts » à la télévision, qui sont invités partout mais ne présentent bien sûr que leur point de vue …
Lien : https://missbouquinaix.com/2..
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Un peu déçue à cause du titre, qui m'avait fait espérer une approche manuel avec des listes de biais, de moyens de réponse, de méthodes de croisement des données, etc.

En fait il n'y a que peu de méthodologie générale, et l'approche est thématique: information, séries TV, complotisme, laïcité, santé, publicité, politique, sciences.
Ceci dit il y a à la fin de chaque chapitre une petite "alerte paranoïa" et une "boite à outil".

Le livre n'est pas si mal. Peut-être plus adapté à des adolescents ou des adultes qui ne sont pas déjà formés à la psychologie, aux biais, aux mécanismes de manipulation. Je n'y ai pas trouvé ce que j'y cherchais, ce que j'espérais, mais il pourra servir à d'autres.

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Il est bon de lire ce genre d'ouvrage surtout en notre époque, où ce sont les médias qui lessivent nos cerveaux..
Quant on regarde ce qui passe à la TV, c'est assez ahurissant, mais en même temps le cerveau est friand de ce genre de programme, allez savoir pourquoi..
Il est écrit dans la présentation : "un « cours d'autodéfense intellectuelle devrait être obligatoire dans tout système d'éducation qui se respecte »
Mais J'ai lu cela dans "Histoire de la France en 365 dates" : Adolphe Thiers : "Un peuple instruit est un peuple ingouvernable".
Comme quoi l'élite est peut-être plus dans cette optique de rendre le peuple stupide afin de mieux gouverner, en proposant des activités débilitantes, ou qui nous font penser à autres choses. Être endormi (lisez les deux sens : comme outil grammatical et comme substantif).





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Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
Le chiffon rouge
Cet argument trouve son origine dans la tauromachie. Pour attirer l'attention du taureau et le faire courir dans la direction souhaitée, le torero agite sa cape de couleur rouge. En réalité, c'est plutôt le mouvement qui attire l'animal, car ce dernier ne voit qu'en noir et blanc. Mais au figuré, agiter un chiffon rouge signifie dévier le débat sur un autre point sur lequel nous ne pouvons qu'être d'accord. Ainsi, on a vu apparaître en 2013 les inscriptions suivantes sur les trottoirs parisiens : « On veut du boulot, pas du mariage homo. » De cette façon, les opposants au mariage pour tous tentaient de faire diversion en attirant l'attention de l'opinion publique sur le problème du chômage, une façon de discréditer le mariage homosexuel en le faisant passer pour une question secondaire. Concernant la laicité, dire qu'il ne s'agit pas d'un problème prégnant pour les Français, et qu'on ferait mieux de s'occuper des inégalités sociales, consiste également à agiter un chiffon rouge. Une réponse à cet argument est : « Tu as raison, mais ce n'est pas la question » ou « les deux questions ne sont pas mutuellement exclusives (l'une n'empêche pas l'autre !) ».
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Les fictions médicales ne font pas de nous des "patients" mais des "impatients". Nous avons du mal à comprendre pourquoi il nous faut d'abord faire des analyses de base, moins spectaculaires mais nécessaires pour être soignés : forcément, ce n'est pas ce que nous montrent les séries.
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En 2013, nous avons dépensé environ 167 euros chacun pour financer la publicité des biens ou services que nous avons consommés. Que nous ayons regardé la télévision ou non, que nous ayons lu les journaux ou non, la dépense est la même. Le seul moyen d'y échapper serait de ne consommer aucune des marques qui font de la publicité.
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Le rasoir d'Ockham
C'est un outil critique tout simple et très efficace. Ce principe de raisonnement, que l'on appelle parfois aussi « principe d'économie » ou « principe de simplicité », a été élaboré au XIV siècle par le philosophe anglais Guillaume d'Ockham. Quand plusieurs hypothèses peuvent être choisies pour expliquer un événement, la plus vraisemblable sera la plus simple, celle qui implique le moins grand nombre de facteurs ou d'evénements. On ne sait pas exactement pourquoi ce principe est appelé un « rasoir », mais on peut penser que c'est parce que 'utiliser permet de « raser tout ce qui dépasse », c'est-à-dire les hypothèses superflues. Exemple : si il ou elle ne vous rappelle pas, il ou elle peut avoir perdu votre numéro, s'être fait voler son téléphone, avoir eu un accident de voiture. Ou bien (rasoir d'Ockham), tout simplement, ne pas avoir envie de vous rappeler.
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Lorsque Jean-Marie Le Pen a « dérapé », comme on a pu le lire dans la presse en juin 2014, en parlant de « faire une fournée » pour se débarrasser de certains chanteurs très critiques envers le FN, dont Patrick Bruel, qui est juif, pour Fdesouche, J.-M. Le Pen n'a fait qu'aller contre l'« idéologie dominante », et rien de plus. Dans cet exemple, on pourrait effectivement s'interroger sur la pertinence du mot « dérapage »: cette phrase était- elle une sortie de route, un mot malheureux que l'ancien leader du FN aurait laissé échapper, ou bien exprimait-elle clairement une pensée partagée par un certain nombre de sympathisants du parti de Marine Le Pen- et, dans ce cas, il ne s'agirait aucunement d'un dérapage? Quoi qu'il en soit, avec cette définition, tout propos raciste ou antisémite peut être légitimé comme une simple opposition au « politiquement correct » ambiant.
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Vidéo de Sophie Mazet
Sophie Mazet vous présente son livre, "Manuel d'autodéfense intellectuelle".
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