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Critiques sur De purs hommes (16)
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Bookycooky
  26 juin 2018
La fascination des actes criminels diffusés par les médias, la cruauté, l'intolérance couplée de primitivisme et face à ce spectacle, Ndéné, un prof de littérature française, un sénégalais. Une vidéo sur un portable qui va déclencher une quête existentielle, chez cet homme de retour dans son pays et déjà à moitié chemin de perdre toutes ses illusions.

Dans un Sénégal musulman où les interdits deviennent encore plus attrayants, les « goor-jigéens » (homosexuels) sont au coeur de ce livre. L'auteur avec une exhumation violente et un spectacle de Sabar( manifestation folklorique sénégalaise) torride, nous jette tout de go, dans les braises d'une communauté, qui fascine autant qu'il révulse (?)....... Ndéné, pris entre un père musulman orthodoxe, imam de surcroît, qui condamne les homosexuels, et un mail du Ministère de l'Education interdisant l'enseignement de tout écrivain dont “ l'homosexualité est avérée, même soupçonnée”, en est fasciné. Soumis à de terribles préjugés dont Verlaine qu'il enseigne et qui “fait partie de la grande propagande européenne pour introduire l'homosexualité....”au Sénégal, quelle voie va-t-il prendre, celle de sa conscience ou celle de la communauté ?

Jusqu'où peut-on être lucide, conscient de reconnaître ses véritables pensées, sentiments, désirs, pulsions, et avoir le courage de les exprimer et les vivre ouvertement en société ? La question est générale, bien que traitée ici dans un contexte et sujet particulier. L'approche de l'auteur n'en est en aucun cas critique, au contraire indulgent , pleine de compassion , «....la peur toute humaine de n'être plus admis comme homme au sein des hommes. Je peux les comprendre, et comment ! ». Une approche qui me plait, dans ce monde où l'on critique à souhait, gratuitement, sans empathie et sans une connaissance approfondie des faits.
Un livre qui me révolte encore une fois avec l'approche ignare, inculte des musulmans orthodoxes à leur religion et à leur livre saint, et en général des hommes à toute intolérance.

Un roman sensuel servie d'une écriture puissante et visuelle. Une première approche à un excellent écrivain !

“Un vrai secret n'est jamais clair, même à sa propre conscience.”
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traversay
  15 juin 2018
L'islamisme, l'émigration, l'homosexualité : les sujets sensibles ne font pas peur à Mohamed Mbougar Sarr, écrivain sénégalais né en 1990. Pour autant, il n'écrit pas d'essais mais aborde ces thèmes dans des fictions qui se nourrissent de faits réels avant de les mettre en perspective et d'entamer une réflexion agile et sans tabous qui fait le sel de ses romans. C'est le cas de de purs hommes qui traite de l'homophobie au Sénégal, un constat social qui part de la description d'une vidéo (réelle) montrant l'exhumation sauvage d'un homme soupçonné d'avoir aimé des hommes. le narrateur du livre, Ndéné, professeur de Français hétérosexuel, va vouloir en savoir plus et ainsi entrer dans l'oeil du cyclone des rumeurs et du discrédit. Il est très rare de lire un roman aussi dense sur le fond que brillant sur la forme car au-delà de son sujet, l'écriture de de purs hommes est une vraie splendeur, dans des tonalités différentes selon les chapitres, du chatoiement sensuel à l'épaisseur dramatique, en passant par une gamme complète de styles totalement maîtrisés, sans pour autant tomber dans une préciosité quelconque. A travers le cheminement et les rencontres diverses de Ndéné, le romancier montre sans démontrer, militant résolu de la tolérance. Dans son pays (il n'est pas le seul) où prolifèrent les hommes qui n'aiment pas les hommes qui aiment les hommes, le livre aidera t-il à éveiller les consciences ? En tous cas, le romancier sénégalais prouve que l'on peut faire de la belle littérature en s'attaquant à un sujet fort, traité sans gêne mais pas sans nuances.
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boubili
  10 février 2020
Tout commence lorsque Rama, une femme libre et libérée, montre à son amant Ndéné une vidéo qui fait le tour du pays. On y voit une foule scandalisée qui creuse pour retirer un homme de sa tombe. le cadavre, un homosexuel supposé, ne mérite pas d'être enterré dans un cimetière musulman. Ce n'est qu'un « goor-jigéen » (homme femme en wolof) après tout.

De prime abord, la vidéo ne le choque pas. Il ne se considère pas homophobe, mais presque.

Mine de rien, cette démonstration de haine et de violence se met à le hanter. Qui était cet homme ? Quel âge avait-il ? Que faisait-il dans la vie ?

Ndéné, professeur de littérature française à l'université, va commencer à se remettre en question et réaliser l'homophobie de son pays.

L'auteur Mohamed Mbougar Sarr aborde ici un sujet complexe mais s'en tire à merveille. La langue est belle, le style est maitrisé. Ce livre offre un vrai dépaysement, un voyage au Sénégal. le sujet de fond, quant à lui, est abordé sans manichéisme et permettra peut-être d'éveiller certaines consciences.
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JeanPierreV
  11 décembre 2019
"Après tout, ce n'était qu'un góor-jigéen"....
Rama son amie vient de lui montrer une vidéo qui fait le buzz, comme on dit, une vidéo qui va de portable en portable, une vidéo dont tout le monde parle...le film d'un cadavre qu'on déterre, qu'on arrache de nuit à la terre sacrée du cimetière...terre musulmane réservée uniquement aux bons musulmans...Il était sans doute un "góor-jigéen", un homme-femme en sénégalais...un terme de mépris comparable à notre "pédé"
Un "après-tout" prononcé par la narrateur, un "après-tout" qui résume le livre...un "après-tout"t qui peut traduire le dégoût devant de tels actes, mais aussi les justifier...
Ndéné Gueye, narrateur est un jeune professeur d'université, il est tolérant et ne porte pas de jugement sur l'homosexualité. Il enseigne la littérature à ses étudiants et parle sans aucune difficulté des poètes maudits, Verlaine et Rimbaud...malgré les interdictions du ministère, qui ne souhaite pas que la vie dissolue de ces deux homosexuels soit présentée...
Car c'est bien connu, ce sont les Blancs et la colonisation qui ont introduit l'homosexualité dans le monde musulman...une pratique inconnue auparavant....!
Ndéné Gueye va tenter de tout connaître de cet homme, de rencontrer ceux qui l'ont connu. Il approchera le monde de la nuit, le monde des travestis, qui font les belles soirées de Dakar, ces soirées dans lesquelles la foule s'amuse. Là, peut-être, trouvera-t-il les réponses attendues.
Son intérêt subit pour ce monde est mal compris de tous, depuis son amie Rama, jusqu'à sa famille, notamment son père qui dirigea la prière du vendredi soir en remplacement de l'imam, malade.
Un roman fort et dérangeant qui dénonce avec courage l'hypocrisie acceptée de tous, une hypocrisie promue par la religion, une hypocrisie au nom de l'islam.
"Nous sommes très nombreux dans ce pays à être de formidables comédiens sur la scène religieuse, histrions déguisés, masqués, grimés, dissimulés, virtuoses de l'apparence...."
Au delà du roman et de la recherche de la vérité, le texte aborde d'autres questions plus philosophique ou culturelles nées de cette quête, notamment la naissance des rumeurs, les jugements d'autrui nés de suppositions, de ces on-dit, mais aussi ces discours répétés par des perroquets incapables d'analyse.
Après-tout si un homme rencontre et parle à des homos, c'est peut-être.... c'est certainement parce qu'il est lui aussi homo...
Non?
Les dernières pages bousculent le lecteur, l'interrogent et le mettent face à de possibles contradictions.
J'ai lu ce livre au lendemain d'autres lectures récompensées par des prix littéraires, qui ne me paraissaient pas totalement justifiés, pour certains d'entre eux.
Je ne comprends pas comment une telle écriture dérangeante et courageuse ait pu passer à côté de ces récompenses et rester dans un anonymat qui me déçoit.
Surtout également parce que ce roman met en évidence des faits de société, des dérives idéologiques, qui éloignent certains pays et certains peuples de la tolérance, de l'acceptation des différences...tout ça au nom d'une religion, ou plutôt au nom d'interprétations de textes religieux....de l'intégrisme religieux !
"Un bon pédé est un pédé mort"
Ces dérives et ce rejet de la différence tuent dans le pays de l'auteur. Il mérite beaucoup plus de lumière
"Méfiez-vous des personnes qui prétendent ne pas vous juger : elles l'ont déjà fait, peut-être plus durement que les autres, même quand elles sont sincères, surtout quand elles sont sincères."
Lien : https://mesbelleslectures.co..
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BULFAY
  20 juin 2018
Un auteur à suivre, une très belle découverte! son écriture est magnifique. Jeune auteur sénégalais, Mohamed Mbougar Sarr sait manier les métaphores, la poésie des mots pour explorer l'intimité de notre humanité: la violence qui nous lie, la folie de la rumeur mais surtout le poids de l'héritage, des traditions d'une société que l'on aime et respecte mais dont on voudrait s'émanciper sans trahir nos aiëux. Si le sujet en fond est celui de l'homosexualité au sénégal c'est avant tout un magnifique roman sur l'humain et une écriture à découvrir absolument!
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krol-franca
  06 avril 2019
Le roman démarre sur un fait divers : la vidéo montrant le cadavre d'un homme déterré puis traîné hors du cimetière pour la simple raison que les homosexuels, les goor jigeens n'ont pas droit à être enterrés dans un cimetière musulman. Ils profanent la pureté de la foi.

Ce roman nous ouvre les yeux sur la réalité de ce que vivent les homosexuels dans certains pays du monde, ici le Sénégal. La religion dans ce cas, tue l'humanité. La religion et la bêtise humaine, l'intolérance et le poids des coutumes… autant d'obstacles à la liberté de chaque être humain.

La particularité de l'écriture de ce roman réside dans son magnifique cheminement. Plus l'histoire se déroule et plus elle se fait envoûtante, frénétique, jusqu'à l'apothéose. Les réflexions se font de plus en plus philosophiques, et remuent ce qu'il y a de plus profond en nous, concernant nos préjugés. C'est un livre qui interroge sur l'humain, sur les relations humaines et sur ce qui fait qu'on peut se regarder ou pas dans une glace. Que devons-nous faire de notre existence ? Doit-on aller jusqu'au bout de ses convictions, au risque d'y perdre sa vie ?

Un livre à lire pour combattre l'obscurantisme.
Lien : https://krolfranca.wordpress..
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Philbast
  04 juin 2018
Ce court livre (moins de 200 pages) se lit d'une traite.
Qu'est ce qu'être un homme ?
La réponse à cette question est plus ambiguë qu'il n'y paraît dans un pays, le Sénégal, qui a trouvé de nouveaux boucs émissaires, les goor jigeens, les hommes-femmes.
L'auteur dénonce les préjugés qui loin de s'être atténués se sont ici renforcés.
Il le fait d'un point de vue original, celui d'un universitaire qui découvre qu'il est justement plein de préjugés.
En s'interrogeant sur une victime, qui en est morte, le professeur de littérature va se remettre en cause profondément.
Dans une langue magnifique, profondément maîtrisée, sensuelle et poétique, "de purs hommes" nous conduisent à un questionnement sur la nature profonde des hommes.
"La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" a écrit René Char. "De purs hommes" est un livre sur la lucidité, une lucidité incandescente et brillante.
Une lecture prégnante et superbe.



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Ingannmic
  07 juin 2019
C'est une vidéo qui déclenche chez Ndéné Gueye, le narrateur du roman de Mohamed Mbougar Sarr, une douloureuse prise de conscience dont nous suivons la maturation tout au long du récit, cette vidéo montrant l'exhumation nocturne du cadavre d'un homosexuel jugé indigne de demeurer dans la terre sacrée d'un cimetière musulman.

Plusieurs actes homophobes antérieurs à cette profanation ont révélé un durcissement de la société sénégalaise vis-à-vis de ceux que l'on ne considère même pas comme des hommes. Les individus qui choisissent d'assumer une sexualité différente s'y exposent au double risque de la vindicte populaire (qui peut s'exprimer avec une violence frénétique parfois mortelle) et d'une sanction pénale. Jugés comme une menace pour la cohésion sociétale et pour la morale, les homosexuels sont en effet passibles de prison. Les familles sont souvent les plus virulentes envers ceux qu'elles comptent dans leurs rangs : il s'agit de se protéger de l'anathème populaire, de se laver du soupçon de receler le gène transmissible du gay, en excommuniant, si elles ne peuvent le cacher, le -ou la- responsable de leur honte. Les poètes et écrivains homosexuels sont bientôt censurés à l'université où Ndéné enseigne la littérature...

Ces événements l'amènent à changer le regard qu'il porte non seulement sur ses semblables, mais aussi sur lui-même, et à prendre la mesure de l'hypocrisie d'une société qui fait cohabiter l'extrême puritanisme prêché dans des mosquées où les homosexuels sont voués aux gémonies à la sexualité qui s'exprime de manière débridée lors de fêtes populaires animées par les góor-jigéen, ces "hommes-femme" dont beaucoup reconnaissent encore l'importante fonction sociale (mais qui deviennent peu à peu des parias). Une société où certains musulmans "au coeur écrasé de pureté détournent chastement leur regard des femmes qu'ils rêvent de baiser". Ndéné lui-même doit bien s'avouer que s'il se rend encore à la mosquée, c'est surtout par respect filial, car il n'est plus pratiquant, mais aussi parce qu'il est difficile, en public, d'assumer un autre discours que celui que le consensus et les imams imposent.

Il comprend d'ailleurs, dans un premier temps, les contradictions de ces hommes, conditionnés par leur culture, leur religion et leur éducation. Lui aussi éprouve spontanément une certaine répugnance pour les homosexuels envers lesquels il admet avoir déjà exercé une violence verbale. Mais les images de la vidéo le hantent, ont produit en lui un déclic. En imaginant l'individu que fut le cadavre exhumé, en prenant conscience, avec une pesante acuité, de son humanité, il passe envers ses semblables d'un jugement distancié et plutôt indulgent à un sentiment de haine, en même temps qu'il laisse s'exprimer la possibilité de sa propre ambivalence.

Ce que réalise, finalement, Ndéné, c'est que le respect de l'être humain et de son intégrité sont sacrés au-delà de tout, quels que soient les dogmes et les préjugés qui nous influencent. Et s'il pouvait encore subsister, pour certains, un doute quant à l'appartenance des homosexuels à la communauté humaine, leur implication -en tant que victimes- dans le cycle de violence indissociable de l'humanité, les y rattache de fait. Il appréhende aussi toute la difficulté à être libre, les sacrifices et le courage que représente le simple souhait de vivre selon ce que l'on est vraiment, en dépit du jugement des autres, mais aussi en dépit de soi-même, car cela implique de se détacher de ses ancrages culturels, familiaux, et d'accepter la solitude et le rejet inhérents à la revendication de sa différence dans un monde où elle est considérée comme intolérable.

Mohamed Mbougar Sarr parvient avec "De purs hommes", réquisitoire contre l'intolérance et le fanatisme, à mêler efficacité et réflexion : bien que relativement court, son récit décrit l'évolution de son héros avec intelligence, sans jamais tomber dans la caricature.
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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miriam
  26 janvier 2019
Un court roman (190 p.) poignant.

Doit-il être lu comme un témoignage? Les persécutions que subissent les gays en Afrique sont de notoriété publique. Mais comment imaginer qu'une foule hargneuse s'acharne sur le cadavre d'un jeune homme et le déterre du cimetière. Comment imaginer que le futur imam soit déchu seulement parce qu'il invite à prier pour ce jeune homme. Que Verlaine soit banni des cours de lettres l'université.

Ndéné, le narrateur est professeur de littérature. Parfaitement hétéro, c'est justement sa copine, Rama, qui lui montre la vidéo du cadavre déterré. Choqué? Pas tant que cela! A la réflexion, Rama lui fait changer de point de vue. Ndéné s'implique dans son enquête et sera à son tour victime de la rumeur.

Un roman qui se lit d'un souffle.



Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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Enroute
  28 juillet 2018
Les personnages de Mbougar Sarr prennent des risques et c'est ce qui les rend vivants. Est-on ce que l'on a toujours été ou ce que l'on décide d'être ? Il répond sans équivoque comme l'avait fait Sartre en son temps. Pour se déterminer, ses personnages osent s'affronter eux-mêmes avant d'affronter les autres. Ils renvoient le lecteur à lui-même et à sa propre existence que le roman semble absorber toute entière pour mieux la lui projeter en retour en synthèse.
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