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Michelle Herpe-Voslinsky (Traducteur)
EAN : 9782264035561
144 pages
10-18 (04/09/2003)
3.58/5   102 notes
Résumé :
Ces trois nouvelles– deux brèves, une plus longue– triptyque savamment agencé, semblent jaillir d'une nuit profonde, asphyxiante, bruissante de souffles et de plaintes muettes : la couleur de la verte Irlande est ici le noir, d'abord. Une Irlande contemporaine, mais pas forcément d'aujourd'hui : sa blessure presque intemporelle, comme en témoigne Une grève de la faim, qui évoque les très sombres "années Thatcher".Colum McCann pratique son art avec une exigence rare ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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Avec cet excellent recueil de nouvelles (trois exactement), voilà un excellent moyen de découvrir la prose et le talent de Colum McCann pour ceux qui ne le connaisse pas encore par ces romans.

Trois nouvelles donc très noires, désespérées qui se passent dans cette Irlande déchirée par ces conflits. Trois portraits d'adolescents (tes) pour montrer les ravages de la guerre, de la haine de l'autre. Cette haine viscérale qui rend aveugle les pères tandis que les enfants secrètement espèrent des jours meilleurs ou paix et réconciliation effaceront les malheurs du peuple irlandais. Chaque nouvelle nous imprègne de cette fatalité du malheur. On voit déjà ce qui fera la force de ces futurs écrits, sa force narrative bien sur, son talent incroyable pour donner vie à des personnages complexes, réalistes. Son souffle romanesque est déjà là, sa sensibilité à fleur de peau aussi, un regard sur son pays sans complaisance mais juste.

Colum McCann est un formidable auteur, « Ailleurs en ce pays » le montre admirablement.

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En anglais, "Everything in this country must".

Mon premier coup de coeur de l'année, celui que j'attendais, et pourtant découvert tout-à-fait par hasard à l'occasion de la Saint-Patrick, à la médiathèque.

En trois nouvelles, dont deux très courtes, Colum McCann nous ramène dans l'Irlande des années 80, celles des "troubles" en Irlande du Nord et celles des années Thatcher, dévastatrices pour cette partie du pays.

Pour autant, pas de mitrailles, d'assassinats, de cailloux jetés ni de trahisons, mais plutôt leur écho dans la vie des gens, la résonnance des marches orangistes qu'on entendrait au loin et les blessures toujours ouvertes dans le coeur des parents et de leurs enfants. Ce conflit qui divise l'Irlande du Nord en deux depuis des décennies aigrit l'âme des adultes et implante, malgré leur incompréhension, la rancoeur dans celle des enfants en héritage. Cette guerre résonne jusque dans la paisible Irlande du Sud, où viennent s'isoler le jeune garçon de la dernière nouvelle et sa mère alors que son oncle, prisonnier politique, commence une longue grève de la faim, celle bien réelle de 1981 en protestation contre la gestion politique du conflit par la première ministre britannique.

Trois nouvelles et trois enfants à qui la situation ne laisse que peu d'ouverture, trahir leur père en pardonnant, ou s'enfouir eux-mêmes dans la haine des représentants de l'autre camp.

J'ai lu ce recueil de nouvelles en anglais, et j'ai été très émue par la force évocatrice de Colum McCann, par la violence et la mélancolie qui s'en dégagent, sa capacité à décrire des situations simples, quotidiennes, complètement lavées par ces années de violence.

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Dans ce recueil composé de trois nouvelles Colum McCann nous dépeint le conflit irlandais vu par trois adolescents.

Dans la première nouvelle Ailleurs en ce pays nous assistons au sauvetage de la jument d'un paysan coincée dans un torrent, par des soldats anglais sous les yeux de sa fille. La haine de l'oppresseur anglais est si forte pour ce paysan irlandais qu'il ne supportera pas l'idée que sa jument préférée doive la vie sauve à un soldat anglais.

Dans la seconde nouvelle, une femme et son fils fabriquent à l'insu du père de famille handicapé des hampes pour les bannières du défilé orangiste. La femme et le fils faisant preuve d'un réalisme économique certain en contradiction avec l'aveuglement idéologique farouche du père à cette idée.

Dans la dernière nouvelle nous assistons à la nouvelle vie d'une mère et son fils originaire de l'Irlande du Nord (britannique) réfugiés en République d' Irlande suite à l'arrestation de l'oncle de l'enfant pour terrorisme. Ils essaient de vivre tout en suivant au jour le jour la grève de la faim entamée par l'oncle.

Dans ces trois nouvelles l'auteur nous montre la colère et la rage engendrés par le conflit en Irlande, en mettant l'accent sur le fait que ses personnages essaient de continuer à vivre malgré l'oppression. Un très beau recueil de nouvelles

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Ailleurs, en ce pays (Everything in this country must) est un très court recueil rassemblant trois nouvelles. Les deux premières n'excèdent pas les 20 pages, la dernière approche la centaine. Toutes les trois prennent place dans le quotidien d'irlandais qui souffrent du conflit nord-irlandais. Aucun des personnages rencontrés n'est un combattant impliqué dans la guerre et pourtant, tous subissent les Troubles de plein fouet.

Tout est implicite, rien n'est jamais vraiment nommé (et surtout pas les anglais) par Colum McCann, alors je peux comprendre que ces trois peintures sociales laissent un peu de marbre ceux qui ne possèdent pas déjà quelques connaissances des Troubles. J'imagine que ces scènes du quotidien sembleront bien anodines et insignifiantes et pourtant, elles témoignent avec beaucoup de subtilité des conséquences d'un conflit sur toute une population. Les enfants grandissent avec un poids sur les épaules, les relations entre membres d'une même famille en pâtissent et l'avenir semble plus sombre que jamais.

Ailleurs, en ce pays, est le titre de la première nouvelle. On y découvre un père et sa fille, paysans dans la campagne irlandaise ; seuls au monde suite à la mort de la mère et du fils à cause d'un accident impliquant l'armée britannique. le lecteur est projeté violemment au coeur de l'action : leur jument (leur plus grande richesse) est coincée dans la rivière par une crue et est en train de se noyer. Tous deux luttent, conscients qu'ils ne peuvent se permettre de perdre l'animal. Soudain, des phares éclairent l'obscurité, l'espoir renaît, peut-être est-ce un voisin qui passe par-là… des soldats britanniques descendent du camion et proposent leur aide. Peut-on accepter l'aide de « l'ennemi » ?

La deuxième nouvelle du recueil – baptisé le Bois – traite d'un sujet un peu similaire. On découvre cette fois une famille d'exploitants de bois. le père n'est plus en état de travailler suite à une attaque (un genre d'AVC), c'est donc la mère et le fils aîné qui se chargent de faire tourner l'entreprise. Tous les deux travaillent la nuit en secret, pour ne pas avoir à avouer au père qu'ils préparent les hampes (sortes de lances sur lesquelles sont accrochés les drapeaux) qui serviront à un futur défilé orangiste (défilés des protestants qui se déroulent chaque été, principalement le 12 juillet). Encore une fois, faut-il mettre sa rancoeur de côté, travailler pour le camp opposé et accepter son argent ?

Une Grève de la faim est la plus longue des trois nouvelles (une centaine de pages) mais c'est peut-être finalement celle qui me séduit le moins. Son titre ne laisse pas beaucoup de doute quant à son sujet, ou en tout cas son contexte. On y suit les pensées et interrogations d'un jeune adolescent dont l'oncle est emprisonné à Long Kesh (célèbre prison de Belfast) où, comme des dizaines d'autres prisonniers irlandais, il a entamé une grève de la faim. On sent à nouveau le poids du conflit sur les frèles épaules de ce garçon qui ne demande qu'à comprendre comment le monde peut en arriver là… mais le suivre au cours de ses pérégrinations – sur un kayak par exemple – a eu un petit quelque chose d'absurde qui me perd personnellement (en tout cas, qui éloigne l'émotion) et c'est dommage.

Je découvrais la plume de Colum McCann avec ce court recueil et je suis largement convaincue. Bien qu'inégales dans le fond et dans la forme, ces trois nouvelles apportent chacune un fort témoignage du quotidien des irlandais au moment des Troubles (en Irlande du Nord… et dans le reste de l'île). Ces peintures sociales peuvent sembler anodines mais tout leur intérêt réside dans les non-dits et dans l'atmosphère pesante que ceux-ci entraînent. Je lirai d'autres titres de Colum McCann, sans aucun doute !


Lien : http://bazardelalitterature...
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Ce livre contient 3 nouvelles, deux plus courtes et la dernière qui est comme un court roman. Toutes se déroulent dans un contexte similaire : l'Irlande en pleine guerre civile même si ce n'est pas totalement explicité et que je ne connais pas suffisamment le sujet pour avoir tout compris.

Dans le premier récit, un fermier et sa fille essayent de sauver leur jument pendant une crue et les soldats qui leur viennent en aide sont "de l'autre camp"... celui qui a tué la mère et le fils.

Dans le second, une mère et son fils acceptent une commande à la menuiserie familiale parce qu'ils ont besoin d'argent depuis l'accident de travail du père mais comme c'est pour "l'autre camp" ils doivent cacher cela au père.

Et enfin le troisième texte qui est sans doute le plus marquant met en scène une mère et son fils qui ont quitté la ville aux rues en feu et à l'angoisse permanente des représailles face aux manifestants. Dans la caravane qu'ils habitent dans le village d'enfance de la mère, ils doivent cacher leur identité, et sont suspendus aux nouvelles de l'emprisonnement de l'oncle qui a entamé une grève de la faim pour protester contre les conditions de détention : prisonnier de guerre ou criminel ?

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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation

A la fin de la soirée, elle chantait toujours une chanson qui parlait d'emporter son amour à travers l'océan, mais il était trop large, elle ne savait pas nager, et elle n'avait pas d'ailes pour voler.

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Une crue d’été est venue et notre jument de trait a été prise dans la rivière. La rivière se brisait contre les pierres, et pour moi le bruit était pareil à celui de serrures qu’on tourne. C’était l’époque de l’ensilage, et l’eau sentait l’herbe. La jument de trait, la préférée de Père, était sans doute entrée dans l’eau pour boire et elle était prise, elle ne pouvait pas bouger, sa patte de devant immobilisée entre les rochers. Père l’a trouvée et je l’ai entendu crier dans le gémissement de la pluie Katie ! J’étais dans la grange, j’attendais que des gouttes d’eau tombent sur ma langue par le trou du toit. J’ai couru dans le champ, laissant la ferme derrière moi. À la rivière la jument avait le regard fou sous la pluie, elle me reconnaissait peut-être. Père bougeait lentement, craintivement, comme quelqu’un qui voyage dans la neige profonde, sauf qu’il n’y avait pas de neige, seulement la crue, et Père avait peur de l’eau, il en a toujours eu peur. Père m’a dit Sur le rocher là-bas, ma fille. Il m’a donné la longueur de corde avec la boucle de harnais et j’ai su quoi faire. Depuis mon dernier anniversaire, quinze ans, je suis plus grande que Père. Je me suis déployée comme pour l’amour, j’ai posé un pied sur le rocher au milieu de la rivière, une main sur la branche d’arbre, et j’ai sauté par-dessus le flot.

Derrière moi, Père a dit Fais attention, hein ?

L’eau coulait chaude et rapide, je tenais la branche mais je pouvais encore me pencher du rocher et passer la corde au licou de la jolie jument.

Les arbres s’inclinaient dans un murmure sur la rivière, ils suspendaient leurs longues ombres au-dessus de l’eau, et quand la jument a vivement tressailli j’ai senti qu’il y aurait une mort mais j’ai tiré sur la corde pour lui maintenir le cou tout juste au-dessus de l’eau.

Père criait Tiens la corde, ma fille ! et je voyais ses dents serrées, ses yeux égarés et toutes les grosses veines de son cou, comme lorsqu’il parcourt les chemins creux de notre ferme, avec ses vaches, ses haies, ses clôtures. Père a toujours peur parce qu’il a perdu maman et Fiachra, et maintenant son cheval, le préféré, une grosse jument belge qui labourait la terre dans les champs il y a longtemps.

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Sa mère lui avait dit : ne dis pas "petiot">. Ne dois pas "petiote". Selon elle, il y avait un paysage de la langue, et pour le moment leur accent pouvait être une curiosité dangereuse. Il songea qu'il était l'enfant de deux pays, les mains dans le noir de deux poches vides. Il marcha jusqu'au bout de la digue et répéta le mot "petiot" jusqu'à ce qu'il ne veuille plus rien dire. ç’aurait pu être un cordage ou un nœud ou un winch ou même une source de joie. PETIOT! hurla-t-il, sautant de la digue et courant le long de la plage vide. Petiot.

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j'ai entendu dans la voix de Père plus de tristesse que le jour où devant les cercueils de maman et de Fiachra, plus de tristesse que le jour où ils avaient été renversés par le camion de l'armée près de la gorge, plus de tristesse que le jour où le juge a dit " Personne n'est coupable, ce n'est qu'une tragédie ", plus de tristesse que ce jour là et tous les autres qui ont suivi.

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Effrayé, il courut dans l'allée entre les roses épanouies et quand il fut loin de la maison il frotta l'endroit où elle l'avait embrassé. Il était à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de leur bonheur, se dit-il comme s'il pouvait aller de l'un à l'autre, les aimer et les détester en quantités égales, une pagaie frappant l'eau de chaque côté.

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Videos de Colum McCann (113) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Colum McCann
[DANS LES PAGES DE...] Nouvelle année, nouvelle capsule vidéo
Rendez-vous la semaine prochaine pour le premier épisode de "Dans les pages de ..." avec la participation exceptionnelle de François Busnel. Un épisode special littérature américaine avec au programme : Colum McCann, Tiffany McDaniel, Walt Whitman ou encore Jim Harrison. de quoi remplir votre bibliothèque !
Réalisation : Arthur Scanu Mixage : Antoine Daviaud
@lagrandelibrairie
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