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ISBN : 2757872338
Éditeur : Points (13/04/2018)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 85 notes)
Résumé :
Le Sud américain, dans les années cinquante.
Aux marges de la société, l'alcoolisme et la misère se répandent. Sorti de prison, considéré comme un raté par sa famille, Suttree vit tant bien que mal sur les berges de la rivière Tennessee, dans la banlieue de Knoxville. A travers ses errances, ce sont les voix de tous les laissés-pour-compte de la société américaine qui se font entendre. Celles des repris de justice, des vieux paysans désabusés, des chômeurs de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Herve-Lionel
  06 avril 2014
N°531– Juillet 2011.
SUTTREE – Cormac Mac Carthy – Actes Sud
Traduit de l'américain par Guillemette Belleteste et Isabelle Reinharez.
Il est des romans qui possèdent en eux un souffle émotionnel unique. Suttree est de ceux-là. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si son auteur a mis vingt ans à l'écrire en puisant dans sa vie personnelle. C'est le propre des écrits à ce point intimes que d'être laborieux, comme si les mots ne voulaient pas sortir alors que l'auteur porte en lui, dans sa chair et dans sa vie, la trame même de l'histoire.
Nous sommes dans le sud des États-Unis pendant les années 50. Cornélius Suttree vient de sortir de prison et tente comme il peut de survivre sur les bords de la rivière Tennessee en pêchant. Il mène dans la banlieue de Knoxville une vie de marginal sur une péniche délabrée. Il a tourné le dos à sa famille et à sa richesse, mais aussi à sa femme et à son fils. Pour cette raison, elle le considère comme un raté, un moins que rien. le roman s'ouvre sur une sorte de poème en prose où les mots s'entrechoquent en altérations surréalistes. Pour en goûter toute la musique, il faut le lire à haute voix. Il s'adresse à un inconnu, au lecteur peut-être, comme une sorte d'avertissement et dessine un décor un peu glauque mais surtout réaliste [« Nous voici arrivés dans un monde au coeur du monde »]. Pour que son interlocuteur comprenne bien, il poursuit par une scène assez sordide où on sort un noyé de l'eau, un suicidé ! Tout le reste de ce long roman sera baigné par une sorte de souffle épique où la mort, la souffrance, la violence et la pauvreté sont omniprésentes. Mac Carthy, tout au long de ce long texte alterne avec bonheur les passages poétiques et les scènes d'un réalisme cru et pathétique qui décrivent les bas-fonds et leur faune désespérée. Suttree donne l'impression d'être victime de sa vie, un paria, et, à travers diverses analepses, l'auteur nous le présente comme soumis à une malédiction qui pèserait sur lui, comme la mort de son fils aux obsèques de qui il ne peut assister que de loin.
A travers une histoire initiatique, Mac Carthy donne à voir, et sans aucune concession, la descente aux enfers puis la renaissance de Suttree et à travers lui la vie des laissés-pour-compte de cette Amérique profonde qui est bien loin du rêve américain. Suttree, comme les personnages de « La Route » (La Feuille Volante  n° 530) marchent ou plutôt errent dans un décor hostile. La rivière Tennesse fonctionne comme une sorte de miroir qui renvoie un image de la vie de cette ville mais aussi celle de l'âme. lI y a de la compassion dans ces évocations de déshérités, dans cette lumière qui baigne ces scènes sans compromis où la misère voisine avec la violence.
La prostituée amie de Suttee se fait philosophe, mais ses questions font d'elle un personnage plus proche des idées intellectuelles que de sa fonction. Elle aussi, à sa manière est un personnage à la fois sordide et décalé. Décalé, Harrogate ne l'est pas moins, lui qui fait l'amour aux pastèques et que Suttree protège parce qu'il lui rappelle son défunt frère jumeau. Cet adolescent rêve de piller les banques de la ville en creusant un souterrain à partir de son sordide habitat. de décor dans lequel évolue Suttree donne asile à tout une faune de marginaux, ivrognes, chômeurs ou repris de justice, prostituées. Son histoire est celle d'un désespéré, un de ces blessés de la vie qui, pour se consoler, fréquente les prostituées, les sorcières et les diseuses de bonne aventure, des femmes qui peuvent lui faire croire, l'espace d'un instant que la vie est non pas exactement belle mais viable, malgré les épreuves. C'est quelqu'un qui ne se suicidera pas, peut-être à cause de l'espoir un peu fou de voir les choses s'arranger, que la chance puisse lui sourire enfin, avec alcool et patience. Ces êtres supportent la vie avec abnégation et fatalisme et leur stoïcisme plonge ses racines dans les replis insondables du mystère. Autour de lui il y a la mort, omniprésente qui le guette et il le sait, mais il poursuit son chemin. Il supplie même Dieu de le délivrer de ce fardeau qu'est sa vie.
Le thème du parcours cahoteux est récurrent dans ce livre. Il est spectateur de sa vie comme de celle des autres qu'il croise comme on croise des fantômes, un peu comme si tout cela n'était qu'une vision, un décor de théâtre, mais un décor agressif. Quand il rencontre l'amour, qu'une femme lui fait l'hospitalité de son corps et qu'il peut envisager l'avenir sous un meilleur jour, la mort est forcement au bout du parcours. Tout cela fait de lui un malheureux définitif.
Il y a aussi un retour vers l'enfance, le paradis perdu comme dans « La Route ». Avec lui la mesure de la fuite inexorable du temps, la misère, la marginalité, la mort. La mort, signe indélébile de la condition humaine est encore présente dans la disparition de Wanda, l'amante de Suttee, écrasée par l'effondrement d'un mur. La solitude aussi, autre pendant le cette « humaine condition » dont chaque être porte en lui la marque comme le disait si bien Montaigne, se rencontre dans le personnage de Joyce, une autre prostituée
Comme dans tous les romans de Mac Carthy, il y a une symbolique religieuse. Suttree m'évoque tous ces prophètes que Yahweh a abandonné pour les éprouver. le printemps pluvieux fait inexorablement penser au déluge et son fragile esquif à l'arche de Noé voguant sur une tempête liquide. La typhoïde qui lui vaut l'extrême-onction lui fait haïr le prêtre qui vient la lui donner est aussi, par sa guérison quasi miraculeuse, la marque de la renaissance et du changement de vie... comme Job. Pourtant, son approche de Dieu n'a rien de religieux.
Je reste fasciné par le souffle poétique de ce long roman, par son réalisme pathétique. Ils doivent sans doute beaucoup à une traduction somptueuse. L'univers de l'auteur, sa démarche d'écriture entre gouaille populaire et authentique poésie, tissent pour le lecteur, un attachement et même une sorte de complicité. L'image qu'il donne de l'homme nous est familière, soit que nous la connaissions, soit que nous la déplorions, mais elle est réelle.
  ©Hervé GAUTIER – juillet 2011.http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Loutre_des_Rivieres
  14 juin 2013
Avec Suttree, Cormac Mccarthy fait le portrait d'un homme par le biais de sa vie tumultueuse mais il fait surtout un portrait d'une Amérique, à mille lieues, de celle rêvée et imaginée. Il décrit ces oubliés du rêve américain, ces laissez pour compte, ces hommes et ces femmes, vivotant entre magouille et labeur pour survivre malgré tout.
Nous sommes dans le Tenessee à Knoxville dans les années 50. Suttree fait parti de ces hommes là, personnage mystérieux au passé incertain et flou : une brisure dans sa vie, un mariage et un enfant abandonné, une rupture avec sa famille un peu plus aisée, un passage en prison. le lecteur n'en sait guère plus...
Suttree vivote sur une barge bricolée en cabane non loin de Knoxville, survivant tant bien que mal en pêchant la truite et le poisson chat et en noyant sa solitude et son désespoir dans l'alcool.
Entre son passé lourd à porter et son penchant pour les soirées arrosées entre ivrognes, Suttree est un homme blessé mais profondément généreux, sociable et humain, toujours prêt à faire de nouvelles rencontres et à vivre de nouvelles aventures.
D'une saison de pêcheur de moules avec une famille ultra catholique, à l'aide précieuse prodiguée au jeune Harrogate lors de son séjour en prison, d'une séance de sorcellerie à ses nombreuses visites à ses amis indigents, Suttree nous entraîne dans ses pérégrinations inattendues.
Cormac Mccarthy livre avec ce roman un pavé éblouissant, qu'il a mis plus de vingt ans à écrire. Loin de la trilogie des confins et de la route, Suttree se rapproche peut être plus de ses écrits des débuts : l' importance apportée à l'ambiance et les nombreuses descriptions, le décalage entre lyrisme et oralité dépasse l'histoire en elle même.
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bgbg
  12 mars 2016
Suttree, par Cormac McCarthy. Comme d'autres romans de Cormac McCarthy, Suttree secrète une beauté captivante, un débordement imagé et retenu dans l'écriture, une richesse, un magnétisme, une noirceur mêlées dans la description des décors ou des âmes. Avec cela, il a le pouvoir de retenir le lecteur, lui imposant des figures poétiques qui pourraient le rebuter si elle n'ajoutaient pas au sens, ne serait-ce que dans leur musicalité.
Cormac McCarthy ne raconte pas une histoire. Il écrit. L'intrigue n'a jamais vraiment été son fort. Il préfère laisser à sa prose – à laquelle la poésie du détail confère une formidable puissance – et à ses protagonistes – très bien vus en surface, jamais psychanalysés – le soin de raconter l'histoire véritable. Il place son héros dans un décor et il raconte le décor, avec un goût particulier pour les détails, la description précise, parfois très technique, des objets, avec des envolées poétiques ou surréalistes. Il procède de même pour décrire les personnages, leurs actions, composées de gestes précis, décomposés à l'infini.
Suttree est un marginal, gardant d'une possible ascendance aristocrate, une réserve, une distinction, une classe qu'il ne délaisse qu'avec l'abus de boisson. Ce qu'il est, il l'est par choix, librement. Par choix, il est sans-logis, mais il a investi une baraque au bord de la rivière où il peut dormir au chaud en hiver, chauffer sa nourriture, se mettre à l'abri du monde. Il donne l'impression de contempler, avec affection, la lie de la société, celle que l'on relègue à la périphérie des villes - ici, Knoxville -, mais il ne se contente pas d'observer, il en est, avec de l'intelligence, en gardant son indépendance et sa dignité. Par choix aussi, il est sans-emploi, même s'il pêche et vend ses poissons-chat au marché. Suttree est un marginal, un homme libre qui ne renoncera jamais à ses valeurs, amitié, solidarité, libre-arbitre. Il est celui à qui on peut tout raconter, sur qui on peut compter. Confronté à de la violence - et l'alcoolisation des pauvres bougres, comme la sienne, peut vite dégénérer - il y va, il se lance dans la bagarre. Il lui arrive aussi de quitter sa baraque, d'espérer s'enrichir dans la moule perlière, ou d'errer, de partir dans les montagnes en autosuffisance.
L'univers de Cormac McCarthy est celui de la damnation, donnant le sentiment que la malveillance règne à Knoxville, ville folle, désordonnée, mêlant modernité et vétusté, et dans ses environs, sa banlieue, lieu de tous les périls, où se condense tout ce que la ville rejette : les personnages sont damnés, même si Suttree garde toujours une certaine innocence (en lien avec l'enfant qu'il fut ?), le décor est damné, donnant à voir une nature abandonnée, flétrie, des usines désaffectées, une rivière, le Tennessee, véritable personnage à soi seul, éboueur charriant toutes sortes de résidus, des cadavres bouffis - un jour, même un bébé mort -, mais aussi pourvoyeur de pauvres richesses - poissons-chat à consommer ou à revendre, moules perlières sans valeur...
Quelques personnages secondaires ne manquent pas de relief. Ainsi Harrogate, grand adolescent un peu simple, que Suttree protège de son mieux, et qui s'est retrouvé en maison de correction car il violait des pastèques. À sa sortie il s'installera sous un pont, commettra quelques larcins, puis se lancera dans la percée d'un tunnel sous la ville pour atteindre les coffres-forts d'une banque. Voulant faire tomber un mur rebelle, il s'y prendra avec de la dynamite, avec pour résultat la rupture de canalisations issues de fosses d'aisance, et l'engloutissement du jeune homme dans « une lave montante de merde liquide ». Les amis de Suttree qu'il va retrouver dans des bars, sont aussi des marginaux, des ivrognes, des chômeurs, des repris de justice. Là, éclatent parfois des bagarres qui enflent dans une sauvagerie inouïe.
Certaines scènes sont inoubliables comme les obsèques de son fils, dont il écarté, violemment, et qui sont comme un coup de poignard et l'occasion d'une méditation sur la mort et l'innocence. Les amours de Suttree, dissemblables, avec Wanda et Joyce, Wanda une adolescente, une vierge, folle de lui, qui l'émeut, mais qui trouvera la mort dans l'éboulement d'un mur, Joyce, une catin qui l'extrait de sa misère mais ne parvient pas à le sortir de sa solitude. le passage de l'errance dans la montagne qui le laisse dépourvu de tout pendant plusieurs jours, sauf de la beauté du monde, du mystère des cavaliers fantômes et de l'existence d'un cimetière de jeunes morts. Suttree est alors mis à l'épreuve de la réalité quand il croise un chasseur dont il doute de la consistance. Il sera plus tard mis à l'épreuve de la mort et de la renaissance quand il sera hospitalisé pour une fièvre typhoïde.
Livre difficile, prose mêlée de lyrisme, phrases difficiles, parfois longues, alambiquées, mais ajustées aux thèmes abordés, force des paysages, des lieux décrits et des personnages captés dans leurs ombres et leurs lumières, dans leurs gestes, jamais dans leur passé ou dans l'analyse d'une quelconque souffrance. En cela, McCarthy dont plusieurs livres ont été adaptés au cinéma, est un oeil, un oeil-caméra, un peintre du réel et des dessous du réel. C'est un artiste mystérieux, ténébreux, qui tente de déjouer des angoisses universelles, cosmiques, métaphysiques, au centre desquelles se débattent le Bien fragile et le Mal rayonnant.
Lien : http://www.lireecrireediter...
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strummer
  27 octobre 2013
Je suis démuni pour parler de ce livre. Il y a un tas de mots que je n'ai pas compris. Suttree de Cormac est un livre qui se mérite, un peu comme certains films de Malick, La plume du grand Mac est telle un pinceau prenant son temps sur la toile, là où une phrase suffirait pour décrire un vol d'oiseaux lui en fait des caisses. ici on est loin de Kerouac et de ses petites ballades peinardes sur la route avec son pote quoi qu'il se passe maman est là qui lui enverra un mandat.
Ici c'est l'Amérique des paumés, tout au bord de Knoxville vivent les parias, les exclus volontaires ou non du système, il y a des putes, des alcolos, des mendiants, des aveugles, des noirs des blancs, ça se bagarre, ça picole, ça survit.
Il y a de temps en temps des rencontres fortuites, des belles voitures, des chambres pourries à 5 $ la semaine lorsque que l'hiver est trop rude et que la rivière gèle, il y a des petites combines le café, le coca arrosé de whisky frelaté, le poêle de l'épicerie autour duquel se retrouve cette cour des miracles.
Je pourrais en dire encore et encore tant ce roman est riche, beau, superbement écrit, Cormac est un génie, ceux qui aiment Céline peuvent se jeter dessus, je le déconseille à ceux qui aiment la littérature qui se laisse lire toute seule.
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Bartleby
  10 juin 2008
http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/2008/01/les-rats-des-villes-cormac-mccarthy.html
Extrait :
Nous sommes dans les années cinquante, Bud Suttree a quitté Saint Louis, sa famille sans doute fortunée pour s'installer sur les rives du Tennessee, à Knoxville, parmi les parias, les noirs et autres rebuts du rêve américain. On ne sait pas ce qui a poussé Suttree à tout plaquer. Peu importe.
Suttree s'est fait pêcheur. Suttree pêche le poisson-chat. le Tennessee en regorge. Il faut dire que le poisson-chat qui hante les bas-fonds du fleuve et qui se nourrit de déchets est pratiquement le seul poisson à pouvoir vivre dans ces eaux infectes du Tennessee qui, à Knoxville, ne sont qu'un égout charriant épaves de voitures, charognes et déjections diverses. le poisson-chat est au Tennessee ce que Suttree est à Knoxville : ils survivent comme ils peuvent dans le merdier de leur environnement.
Dès le matin, Suttree relève ses lignes et part vendre ses poissons en ville. Cela lui rapporte quelques dollars qui lui permettent de se nourrir tant bien que mal, de se souler dans les bars sordides de la ville et, si la pêche a vraiment été bonne, de se rendre dans quelque sordide bordel pour se payer une toute aussi sordide pute.
A Knoxville comme ailleurs, la police veille sur les braves gens ; difficile dès lors pour les vagabonds et les poivrots d'échapper à la prison. C'est d'ailleurs là que Suttree rencontrera Gene Harrogate. Un brave gars, ce bouseux d'Harrogate. Un peu demeuré, mais gentil. Harrogate n'a que dix-huit ans. Il se trouve là, le cul criblé de plombs, parce qu'il a vandalisé un champ de pastèques. le fermier a été obligé de porter plainte pour justifier son tir. Il aurait préféré ne pas tirer, mais il fallait faire quelque chose : tous les soirs Harrogate se choisissait une pastèque dans laquelle il faisait un trou à l'aide d'un canif afin de pouvoir la baiser… Des dizaines de pastèques polluées : il fallait que ça cesse.
Harrogate a une tête de rongeur et, lui, le rat des champs, se fait rat des villes à sa sortie de prison.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
strummerstrummer   24 octobre 2013
Et ensuite qu'est-ce qui se passe ?
Quand ?
Après que vous êtes mort.
Y a rien qui s'passe. T'es mort.
Vous m'avez dit une fois que vous croyiez en Dieu.
Le vieil homme agita la main. Peut-être, dit-il. J'ai aucune raison de penser qu'il croit en moi. Oh, j'aimerais bien le voir une minute si j'pouvais.
Qu'est-ce que vous lui diriez ?
Ben, je crois que tout ce que j'lui dirais. Que j'lui dirais : Attendez une minute. Attendez une minute avant de vous mettre après moi. Avant que vous dites quoi que ce soit, il y a juste une chose que j'voudrais savoir. Et alors Lui y dirait : Qu'est-ce que c'est ? Et alors, je lui demanderai : Pourquoi donc que vous m'avez embarqué dans ce jeu de couillons, en bas ? J'ai jamais rien compris là-dedans.
Suttree sourit. Qu'est-ce que vous croyez qu'il répondra ?
Le chiffonnier cracha et s'essuya la bouche. J'crois pas qu'y puisse répondre à ça. J'crois pas qu'y ait d'réponse.
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nadejdanadejda   30 octobre 2013
Incipit
CHER AMI, maintenant qu'aux heures poudreuses et sans horloge de la ville les rues s'étirent sombres et fumantes dans le sillage des arroseuses, et maintenant que les ivrognes et les sans-logis ont échoué à l'abri des murs dans des ruelles ou des terrains vagues, que les chats vont étiques et les épaules saillantes dans les sinistres environs, en ces couloirs de brique pavés ou laqués de suie où les ombres des fils électriques muent en harpe gothique les portes des caves, nul être ne marchera hormis toi.
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Loutre_des_RivieresLoutre_des_Rivieres   14 juin 2013
Ils marchaient le long de la voie ferrée, le rat des villes un peu derrière Suttree, allongeant la jambe pour atteindre une traverse sur deux, les mains fourrées dans ses poches revolver et serrée chacune sur une maigre fesse. Il considéra le sol et secoua la tête.
_Qu'esse qui faut leur dire?
_ Leur dire?
_Ouai. Leur dire.
_Bon sang, n'importe quoi. ça n'a aucune importance, elles n’écoutent pas.
_Ben faut bien dire quèque chose. Qu'esse qui faut dire?
_Essaie l'approche directe.
_Qu'esse que c'est?
_Eh bien, comme cet ami à moi. Il a abordé la fille et il a dit je voudrais bien une petite chatte.
_Sans blague? Qu'esse qu'elle a dit?
_Elle a dit moi aussi. La mienne est grande comme vot' chapeau!
_Non merde Sut'. Allez, qu'esse qui faut dire? Bon sang elle a une sacrée paire de nichons.[...] Comment faut faire pour qu'elles enlèvent leurs habits. ça j'aimerais vraiment savoir.
_Tu les enlèves.
_Ouais? Qu'esse qu'elle fait pendant ce temps-là? Je veux dire, bon sang, est-ce qu'elle r'garde par la fenêtre ou quoi? J'y comprends rien de rien Sut. J'trouve tout ça rudement compliqué.
Ils quittèrent le chemin et s'engagèrent sur une sente à chiens, Suttree le sourire aux lèvres.
_Dis-lui qu'elle a une sacrée paire de nichon, dit-il.
_Merde dit Harrogate. Elle est capable de me flanquer une raclée.
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alberthenrialberthenri   22 août 2018
Si nos parents morts sont sanctifiés nous pouvons tout aussi bien leur adresser nos prières.
Notre Mère l'Eglise nous le recommande. Elle ne dit pas qu'ils répondront, dans les rêves ou en dehors.
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strummerstrummer   06 octobre 2013
Tu vas pas m'croire.
Menteur comme je te connais y a pas beaucoup de chances.
Quelqu'un baise mes pastèques.
Quoi ?
J'ai dit que quelqu'un...
Non. Non. Bon Dieu non. Du Diable si t'as pas l'esprit tordu.
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Videos de Cormac McCarthy (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Cormac McCarthy
Sophie Divry évoque aussi le changement de vie, mais lorsqu?il est contraint et forcé par une catastrophe (à l?échelle personnelle puis planétaire). « Trois fois la fin du monde », publié aux éditions Noir sur Blanc (collection Notabilia), est une brillantissime variation sur les mythes de Robinson Crusoé, de « La Route » (le chef d??uvre de Cormac McCarthy) et sans doute du « Procès » de Franz Kafka.
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La Route de C.McCarthy (SPOIL)

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Il y a des petits feux partout
Il est inondé
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Tous les sols sont craquelés

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