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Sabine Berritz (Traducteur)Marcel Duhamel (Traducteur)
EAN : 9782070406593
283 pages
Gallimard (23/10/1998)
3.91/5   124 notes
Résumé :
Voici l'histoire d'un homme qui a entrepris de dire, d'écrire et d'imprimer la vérité. Forcément c'est une histoire courte, et logiquement, elle devrait mal finir. Ce livre de Mac Coy est le réquisitoire le plus violent, — le plus dépourvu d'espoir aussi — qui puisse être dressé contre ce qu'on appelle « l'ordre établi ». Un réquisitoire, d'ailleurs, qui dépasse de beaucoup l'époque de la civilisation qu'il vise, — notre époque, notre civilisation, — pour aller atte... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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Si ce linceul n'a pas de poche, Horace McCoy , lui, a rempli les siennes avec des fioles de vitriol. Faute d'éditeur aux Etats-Unis, il est publié en Angleterre en 1937 puis en France après la guerre, portant le dossard n°4 dans la mythique Série Noire.
Violente critique de la presse américaine hypocritement célébrée comme libre et indépendante, ce très bon roman noir met en scène Mike Dolan, un journaliste qualifié par son rédacteur en chef de « Don Quichotte », qui, las de voir ses articles passer à la trappe, claque la porte de la salle de rédaction pour fonder un hebdomadaire, le Cosmopolite, qui ne sera pas soumis aux diktats des annonceurs. Enfin libre, il décide de rendre publique son enquête sur des sportifs professionnels corrompus, qui avait été censurée par son précédent employeur. le succès aidant, Dolan s'attaque à un médecin qui pratique des avortements clandestins et cause la mort de ses patientes, puis aux « Croisés », un groupuscule d'extrême-droite mené par des notables qui appliquent à la ville de Colton les méthodes du KKK. Mais le journal dérange et les milieux corrompus où s'exerce le pouvoir vont le lui faire savoir.

Portrait sans concession d'une société américaine des années 30 où la liberté de penser et de dire est illusoire, Un linceul n'a pas de poches est un roman lucide dans lequel McCoy dit toute son amertume. le très entier Mike Dolan a la révolte chevillée au corps. Il nous rappelle Johnny Hill, le personnage secondaire marquant de son roman J'aurais dû rester chez nous, scénariste à Hollywood, viré de son emploi sous la pression d'un consul allemand pour avoir montré dans l'un de ses scénarios les visées d'Hitler. Décidément, McCoy, comme Hammett, aimait dénoncer les ratés du rêve américain.

Extrait:  
« Il y avait un Carlisle dans chaque ville, mais que des millions et des millions de de gens étaient trop crétins pour s'en soucier, et que c'était pareil dans le monde entier: des millions et des millions de gens prenaient Hitler pour un grand bonhomme, sans savoir (ou sans s'en inquiéter) que c'était un fou qui battait de la grosse caisse, pauvre malade délirant, conduisant un immense troupeau (ces mêmes millions de crétins) à l'abattoir, et qu'il finirait sûrement par nous y conduire tous (Hemingway avait raison de dire que dans la prochaine guerre, la T.S.F. servirait à propager une hystérie collective); songeant qu'il serait grand temps de les liquider, tous ces Carlisle et ces Hitler; oui, bien sûr, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, dans ce superbe, ce merveilleux paradis que sont les Etats-Unis d'Amérique, seul pays où la radio est libre et ne connait pas la censure, où la parole, la presse, sont libres et ne connaissent pas de censure - parfaitement, un homme a le droit de dire tout ce qui lui passe par la tête, quand ça lui chante- tu parles- essaie seulement et on te rafle ton journal.
L'espèce
de saloperie
d'enfant de putain
se dit-il, en songeant à Carlisle (mais songeant en même temps à Hitler). »
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Puisque j'affectionne régulièrement plonger dans le roman noir, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de me taper le numéro 4 de la mythique collection "Série Noire".

Non, ne cherchez pas vainement un crime et en enquêteur habituel, ici, rien n'est habituel. Les crimes, se sont les notables de la ville qui les commettent avec leurs magouilles. Leurs complices ? Les journaux complaisants qui détournent la vérité ou la maquille.

L'enquêteur ? Mike Dolan, un jeune journaliste assoiffé de vérité qui a déniché une magouille et, puisque son patron ne veut pas publier son article sur le match de base-ball truqué, il plaque tout afin de créer sa propre revue, se disant qu'il pourra exercer son métier comme il l'entend ainsi que dénoncer tout ce qui lui semble contraire à la morale..

Mike sait que si les journaux n'osent plus appeler les enfants de salaud par leur nom, c'est à cause des pressions qu'exercent sur eux les notables de la ville et les annonceurs publicitaires. Tout le système est gangrené.

Mais ce n'est pas évident de créer sa propre revue lorsqu'on est sans le sous et criblé de dettes ! La rigueur de Mike fait peur et après quelques publications, son imprimeur se défile et sa revue est retirée des kiosques suite à un article qui a dérangé la personne visée.

Malgré plusieurs menaces, Mike est bien décidé de continuer à faire tomber les gros bonnets.

Son combat n'est-il pas perdu d'avance, lui qui voudrait nettoyer les écuries d'Augias d'un seul coup de torchon ? (non, pas au kärcher).

Plume trempée dans le vitriol, cynisme à tous les étages, personnages haut en couleur dont le "héros", rempli de défauts est un joli coeur, véritable bête noire des pères possédant une jolie fille, assoiffé de reconnaissance, voulant côtoyer les plus grands... Homme épris de justice, il me fait penser à un Don Quichotte des temps modernes.

Vous l'aurez compris, ce roman "noir de noir" est un violent réquisitoire contre la corruption et l'hypocrisie de la société américaine et de la société en général.

Écrit avant la Seconde Guerre Mondiale, McCoy nous dresse donc un portrait horriblement sinistre des États-Unis : censure de la presse, extrémisme, Ku Klux Klan.... Pays de la liberté ? Mon c**, oui !

Tout comme son personnage principal qui lui ressemblait beaucoup, Mc Coy paiera très cher cette peinture peu reluisante : son roman ne sera pas publié en Amérique, mais en Angleterre et ensuite en France, dans la mythique série noire de Marcel Duhamel.

"No pockets in a shroud" devra patienter jusque 1948 pour être édité : et encore, ce sera une version remaniée de l'édition anglaise, qui, elle-même, avait subi des coupes par rapport au manuscrit original.

La fin est brutale, mais il ne pouvait en être autrement...

Un roman qui se lit vite, les dialogues pulsent, l'action aussi, on ne s'ennuie pas et ça valait la peine d'être lu !
Lien : http://the-cannibal-lecteur...
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Dolan, journaliste bridé se lance dans la production de 'Cosmopolite', son propre hebdomadaire où il pourra enfin révéler les magouilles, matchs truqués, erreurs médicales dissimulées, secte raciste des 'Croisés' pour rendre l'Amérique aux américains..

Malgré l'aide du sheriff Mac Gonagill, de quelques collègues et le soutien de sa secrétaire Myra, il résistera difficilement aux pressions.

J'y ai trouvé un petit côté 'Steinbeck' mais moins fort, moins dépouillé, un Steinbeck de boulevard?


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Mike Dolan est journaliste à Colton, petite ville des États-Unis. Révolté par les crimes et malversations qui se multiplient, il veut faire justice de sa plume même si la tâche est énorme. « Ce qui se passe à Colton a cours également dans toutes les villes des États-Unis. Corruption, bigoterie, faux patriotisme – tout ça se retrouve partout. Colton peut être pris comme exemple-type, comme symbole de tout ce gâchis. » (p. 220) Lassé de travailler dans un journal frileux qui refuse tous ses papiers, Dolan fonde le Cosmopolite, revue qui traque et affiche la vérité. Après avoir écrit sur une affaire de triche sportive et d'avortements illégaux, il s'attaque à une entité fasciste, rémanence du Ku Klux Klan.
Mais, bien qu'avide de justice et de vérité, Dolan cherche à se faire accepter dans la société huppée de la ville. Bête noire de tous les pères ayant des jeunes filles à marier, il est pire que le loup blanc. « Vous êtes à la fois célèbre et très mal côté. Vous êtes l'enfant terrible. Vous avez la manie de vous mettre dans de sales draps. Vous êtes perpétuellement en état de rébellion, et cela parce que vous êtes ambitieux, parce que vous essayez toujours de sortir de votre milieu. » (p. 28) Dévoré par le besoin de reconnaissance et de faire la nique à un passé sordide, Mike Dolan est l'incarnation du type qui veut arriver et se faire accepter par les plus grands : « Ils représentent pour moi quelque chose que je n'ai jamais eu et que j'ai très envie d'avoir. » (p. 80)
Et il y a Myra et « ses lèvres rouges, si rouges », qui sont entrées sans ambages dans sa vie. Entre cynisme et goujaterie, l'attachement de Dolan pour cette beauté fatale est fait de heurts et d'incompréhensions. Mike Dolan ne peut être l'homme que d'une femme et il a choisi l'aveugle justice. Noble comme pouvaient l'être les chevaliers et enragé comme seuls le sont les désespérés, il rejette toute complaisance et toute demi mesure. Peu importe les pots cassés et les bombes qu'il fait exploser, Mike Dolan ouvre et trace la voie de la vérité à coup de bulldozer. « Je m'en fous, je ne regrette rien, je ne veux pas être hypocrite. C'était mon ennemi de toujours, je le vomissais et il me le rendait bien. En plus, c'était un danger public. La ville va pouvoir respirer un peu mieux. D'ailleurs, tout ça ce n'est pas mes affaires, je me demande seulement quelles répercussions ça va avoir sur le Cosmopolite. » (p. 201)
La corruption, le racisme et l'hypocrisie composent le tableau dans lequel Dolan refuse d'être figurant. Alors que les États-Unis font leurs premiers cauchemars sur la terreur rouge, le journaliste s'emploie à rédiger une critique de la société qui n'épargne personne. Don Quichotte moderne, il rêve de « nettoyer le monde en une nuit. » (p. 219) Aussi désenchanté que le légendaire sire à la triste figure, Dolan pose sur le monde un regard acerbe et désabusé. « Qu'est-ce qui ce pays a de valable à offrir à n'importe quel enfant d'homme ? Une place dans une file de chômeurs et un éclat d'obus dans le ventre ? » (p. 208)
Un linceul n'a pas de poches est paru dans la collection Folio Policier. Étrange quand on voit que les victimes, les coupables et les mobiles sont connus dès le début. Évident quand on comprend que Mike Dolan est de la race des enquêteurs et des justiciers légendaires. Finalement, il est la victime de son engagement. On sait dès le début que tout finira mal pour lui. À fouiller la boue et les ordures, il ne peut pas en tirer autre chose. Si Un linceul n'a pas de poches, c'est parce que rien ne s'emporte outre-tombe, ni l'argent, ni la santé, ni la renommée, ni le pouvoir. Un cadavre n'emporte rien de plus que sa carcasse et parfois un peu moins. J'avais beaucoup aimé On achève bien les chevaux du même auteur, roman sur une Amérique désespérée. Un linceul n'a pas de poche est un roman très noir, violent et percutant. Ici, l'Amérique est désespérée mais elle se débat encore dans ses propres filets, ignorante du fait qu'elle signe son propre arrêt de mort. Si Horace McCoy est un auteur tourmenté ? Sans aucun doute ! Mais aussi bougrement talentueux. Je vous le recommande !
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Une sacrée caboche d'Irlandais ce Mike Dolan.
Son credo "La vérité, toute la vérité et rien que la vérité". Un axiome avec lequel on ne transige pas. Avec une telle devise un journaliste se heurte à pas mal de murs. La solution est vite trouvée : démissionner de la presse complaisante et créer son propre journal "Le Cosmopolite".
Le nerf de la guerre, le financement, n'est finalement pas si difficile que cela à trouver dans les années 30 à Colton, petite ville des États Unis.
La presse régionale n'est pas une presse d'investigation (ndlr : rien n'a changé). Dolan va flinguer tous azimuts à Colton, matchs truqués, avortements clandestins par un médecin, infiltration à haut risque lors des actions punitives des Croisés (KKK). On imagine le remue-ménage.
Le rythme est mené tambour battant. À chaque nouvelle édition, un nouveau scandale est dénoncé. le reste, les femmes le mariage l'argent, les postures idéologiques, les tracasseries du quotidien, tout est évacué d'un haussement d'épaule. Pas vraiment le temps de s'attarder.
Le roman est essentiellement constitué de dialogues vifs et politiquement incorrects. Les associés de Dolan sont même des communistes. On comprend aisément l'absence d'adaptation par Hollywood. On parle de roman noir, j'ai pourtant eu l'impression d'être dans un film des Marx Brothers où l'énergie et l'absurde désamorcent allégrement les conflits sans faire dévier d'un iota la ligne de conduite du héros. Chambouler l'ordre établi sans faillir devant personne et surtout pas devant les autorités.
"Un linceul n'a pas de poches". Dolan ne croyait pas si bien dire. Une belle formule qui a fait florès. Un thème toujours brulant. Un titre excellent.

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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
- Roy est très jaloux de toi.
- Et pourquoi diable est-il jaloux ?
- Peut-être, dit-elle en le regardant avec de larges yeux innocents, parce que tu es un amant infiniment plus satisfaisant que lui.
- Ça alors, je veux bien être pendu ! s'exclama Dolan en la regardant avec stupéfaction. Tu as été lui dire ça ?
- Certainement.
- Oh ! Mon Dieu ! gémit Nolan.
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- Évidemment, nous nous ferons des ennemis. Nous nous ferons des ennemis de tous les escrocs et tous les gangsters. Mais les gens biens seront avec nous.
- Les gens bien ne sont pas au pouvoir, répliqua Lawrence.
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Je trouve que Dorothy Sherwood avait parfaitement le droit de tuer son fils de deux ans. Elle savait qu'il n'avait pas une chance sur un milliard d'obtenir dans la vie ni bonheur, ni dignité, ni même assez à manger… Et elle avait raison. Elle ne voulait pas que son fils grandît en la maudissant de l'avoir mis au monde - comme je l'ai fait moi-même pour ma mère. Et mon père. Comme je continue d'ailleurs à le faire. Quel droit avaient-ils de me faire naître? Ils n'étaient pas capables de prendre soin de moi ; ils m'ont laissé faire l'apprentissage de la vie à travers des fentes de palissades et dans des impasses obscures, que le diable les emporte tous les deux…
Je sais ce que Dorothy Sherwood a dû ressentir! Qu'est-ce que ce pays avait de valable à offrir à son fils? Qu'est-ce que ce pays a de valable à offrir à n'importe quel enfant d'homme? Une place dans une file de chômeurs et un éclat d'obus dans le ventre! Était-ce de sa faute si elle l'a tué? Pourquoi est-ce que le jury n'a pas condamné les responsables de cet état de choses à la chaise électrique? Nom de Dieu, c'est ça qui aurait été intelligent…
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(à remettre dans son contexte...)
(...) mais tout au fond de sa pensée, il y avait Carlisle - Le Cosmopolite - et l'idée qu'il fallait que ce maudit pays fût vachement pourri pour permettre un tel état de choses, et aussi qu'il y avait un Carlisle dans chaque ville, mais que des millions et des millions de gens étaient trop crétins pour s'en soucier, et que c'était pareil dans le monde entier: des millions et des millions de gens prenaient Hitler pour un grand bonhomme, sans savoir (ou sans s'en inquiéter) que c'était un fou qui battait de la grosse caisse, pauvre malade délirant, conduisant un immense troupeau (ces mêmes millions de crétins) à l'abattoir, et qu'il finirait sûrement par nous y conduire tous (Hemingway avait raison de dire que dans la prochaine guerre la T.S.F. servirait à propager une hystérie collective) ; songeant qu'il serait grand temps de les liquider, tous ces Carlisle et ces Hitler; oui bien sûr, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, dans ce superbe, ce merveilleux paradis que sont les Etats-Unis d'Amérique, le seul pays où la radio est libre et ne connaît pas la censure, où la parole, la presse, sont libres et ne connaissent pas de censure - parfaitement, un homme a le droit de dire tout ce qui lui passe par la tête quand ça lui chante - tu parles - essaie seulement et on te rafle ton journal.
L'espèce
de saloperie
d'enfant de putain
se dit-il, en songeant à Carlisle (mais songeant en même temps à Hitler).
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Quand on commence à jouer l'hymne national et à agiter les drapeaux, tout le monde entre en transes.
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