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Luna tome 1 sur 3

Gilles Goullet (Traducteur)
EAN : 9782207134955
464 pages
Denoël (16/03/2017)
3.97/5   162 notes
Résumé :
2110. Sur une Lune où tout se vend, où tout s’achète, jusqu’aux sels minéraux contenus dans votre urine, et où la mort peut survenir à peu près à n’importe quel moment, Adrianna Corta est la dirigeante du plus récent des cinq «Dragons», ces familles à couteaux tirés qui règnent sur les colonies lunaires. Elle doit l’ascension météoritique de son organisation au commerce de l’Hélium-3. Mais Corta-Hélio possède de nombreux ennemis, et si Adrianna, au crépuscule de sa ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
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Quelle découverte sympathique que ce premier tome de la trilogie intitulée Luna de Ian McDonald.
Nous allons découvrir notre satellite colonisé par des humains qui ont aménagé les règles et les lois à leur convenances… ici, tout se règle à coup de couteaux, de poisons et autres inventions du même acabit…La loi qui prédomine est la loi du plus fort….Bon, tout ce préambule était là histoire de planter le décor….
Plusieurs familles (les cinq dragons pour être précise) se partagent le pouvoir. Nous allons suivre plus particulièrement les Corta, d'origine brésilienne, derniers arrivés dans cette « cour des grands ». C'est grâce à leur matriarche, Adriana, qu'ils en sont arrivés là…Ses cinq enfants sont les dignes héritiers de cette femme de poigne et fort ambitieuse….
En parallèle, nous suivons l'histoire d'une « Joe Moonbeam » (nouvelle arrivante sur la Lune), Marina, qui peine à survivre malgré des compétences et des qualifications professionnelles fort élevées….
Elle va, bien involontairement, déjouer une tentative de meurtre et sa carrière va connaitre un bond inattendu puisqu'elle va être embauchée par les Corta ….Elle va découvrir une famille soudée, certes, mais dont les interactions sont bien plus compliquées que les apparences …
J'ai bien aimé cet univers créé par Ian McDonald, avec un vocabulaire propre aux habitants de la Lune (avec un lexique en fin de volume en prime) et un fonctionnement fort original. Ici, rien ne se perd, tout se recycle et on peut même en arriver à vendre son urine…
Ce premier tome se termine avec un coup de théâtre qui laisse présager que la suite sera mouvementée pour les Corta…et pour le lecteur….


Challenge Mauvais Genres 2021
Challenge Séries 2021
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Sans l'excellente critique d'Apophis, je n'aurais jamais eu l'idée de sélectionner ce roman, lors de la dernière Masse critique de Babélio (que je remercie d'ailleurs au passage ainsi que les éditions Denoël pour cette lecture). En effet, avec Luna, je sors complètement de ma zone de confort. Je suis rarement allée lorgner, en littérature, du côté de la Planet Opera. Et pourtant, aucune appréhension au début de ma lecture! Les raisons ? Une confiance aveugle en Apophis et un roman estampillé "Luttes de pouvoir » façon Game of Thrones. Je n'ai pas hésité longtemps!

Dans un futur très proche, la Terre a connu de graves crises économiques. Les Hommes décident alors de coloniser la Lune et de l'exploiter afin d'assurer la survie de leur espèce et maintenir à leur niveau, leurs besoins les plus élémentaires que sont l'électricité ou le chauffage. Parmi les pionniers, cinq grandes entreprises, les Dragons se partagent le gâteau et dominent les 1,5 millions d'habitants de la Lune :
- Mackenzie Metals, issus d'Australie et Costa Hélio, originaire du Brésil, exploitent les sols pour son minerai et leur transformation en énergie.
- VTO, une entreprise russe, assure les transports.
- AKA, société ghanéenne, prend en charge la nourriture.
- Taiyang de Chine a développé les technologies de pointe.
Mais, sur la Lune, la vie est difficile. Tout se vend, s'achète et se recycle : de l'air que l'on respire, en passant par son urine d'où l'on tire les sels minéraux jusqu'à son corps complètement réutilisé après avoir trépassé.

Une fois n'est pas coutume, je vais débuter ma chronique en râlant. En effet, il s'agit du premier tome d'une trilogie mais cela est précisé sur... la quatrième de couverture, noyé dans le synopsis! Pourquoi n'avoir pas mis un petit "1" ou "I" à côté du titre, sur la première de couverture pour l'indiquer clairement? On aurait pu croire à un One-shot...

Bref, pour en revenir au roman, je dois bien avouer que les choses avaient un peu mal débuté.
- En effet, le dramatis personae au début du roman est tellement dense qu'il m'a fallu du temps (environ 100 pages) pour visualiser chacun des personnages.
- Idem pour le vocabulaire (oko, hwaejang ou zashitnik, etc...) à appréhender mais au final, je me suis vite adaptée.
- Et enfin, le style littéraire qui m'avait un peu rebutée au départ (il me paraissait haché), s'est révélé par la suite, très fluide.

Puis, une fois, plongée au coeur de l'action, impossible de lâcher le livre jusqu'au bout tant j'ai été happée (je l'ai quasiment lu en une journée). J'irais même plus loin en affirmant que ma lecture s'est avérée être un petit coup de coeur.
- A cela, l'adoption du roman choral faisant intervenir tour à tour les protagonistes : j'adore ce style littéraire. Je trouve que cela confère beaucoup de dynamisme au récit et permet aussi au lecteur d'être acteur dans le sens où il peut être surpris par un personnage tout en modifiant sa perception de ce dernier.
- La "Lutte des pouvoirs" est également un thème que j'affectionne particulièrement. le jeu de dupes en est pour moi, le point d'orgue et j'adore lorsqu'un auteur s'y adonne (c'est d'ailleurs, ce qui m'avait beaucoup plu dans Les piliers de la terre de Ken Folett ou Gagner la guerre de Jaworski) : ce sera le plus malin et le plus machiavélique qui, au final, remportera la partie.
- Enfin, l'univers est également très intéressant : on sent que l'auteur s'est penché sur la question pour le faire vivre et le rendre presque "crédible", si je puis dire. Je citerais ainsi la faible apesanteur lunaire qui participe directement au récit. Je ne saurais dire si le worldbuilding est original car je lis peu de Planet Opera mais, pour ma part, cela m'a beaucoup plu.

En conclusion, le premier tome Luna s'est avéré être un petit coup de coeur et sans nul doute, je répondrai présente pour la suite. Un grand merci à toi Apophis pour la découverte!
Lien : https://labibliothequedaelin..
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Ce livre, quelle baffe ! Il frôle la perfection de tellement près que c'en est presque incroyable. Rythme, ambiance, personnages, intrigue, univers, thèmes, dialogues, tout est maîtrisé, passionnant de la première à la dernière ligne. Ah ça, ces derniers temps, nous avons eu droit, tous éditeurs confondus, à d'excellents romans de SF, mais ce nouveau McDonald les écrase tous. Game of Domes, Dallas de l'espace, déclare l'auteur. Certes, les comparaisons avec l'oeuvre de G.R.R. Martin en SFFF sont la plupart du temps abusives… mais pas là. C'est exactement ça (mais mélangé à du Kim Stanley Robinson -en plus nerveux-, entre autres). Luna vous happe dès les premières lignes et ne vous lâche plus jusqu'au dernier mot. Vivement la suite !

Retrouvez l'argumentaire complet sur mon blog.
Lien : https://lecultedapophis.word..
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Il est plongé dans son bouquin et a du mal à le lâcher, ce qui est rare. 'En quelque sorte, Games of thrones sur la Lune' m'a-t-il résumé.
Poussée par la curiosité, à peine l'a-t-il refermé que je le lui emprunte. Voyons donc ce qu'il en est...
Ian McDonald a imaginé une jeune société sur la Lune où la vie est pour le moins compliquée et rugueuse ; le droit y est particulier : aucune loi n'existe, tout est question de compromis. L'économie y est partout : même l'air permettant de respirer doit être payé. Les relations y sont moins codifiées que sur Terre : open bar, du moins tant qu'aucun contrat n'officialise la relation. La gravité y est moindre que sur Terre : tous les récents immigrés s'y déplacent maladroitement... Voilà de magnifiques ressorts narratifs.
A travers de nombreux personnages -il faut un peu s'accrocher au début- se dessine le conflit qui va voir se déchirer deux des cinq grandes familles de la planète. Les personnages sont marquants, en particulier trois des personnages féminins loin d'être cantonnés à des rôles subalternes – Ariana, fondatrice de la lignée Corta, sa fille Ariel, et Mariana, ingénieure nouvellement arrivée sur la Lune illustrent des rôles très forts et rares. Moins remarquables car plus classiques sont les personnages masculins, bien qu'intéressants dans leurs complexités.
Et un final qui coupe le souffle. Et qui appelle, comme souvent, un tome suivant.
Oui, j'ai vraiment beaucoup aimé. Et je vais chercher à lui piquer la suite ;).
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« Luna » est un roman de Ian McDonald, publié le 16 mars 2017 en France, dans la collection lunes d'encre des éditions DENOEL. Traduction de l'anglais par Gilles Goullet et illustration de couverture de Manchu. il s'agit du premier tome d'une série qui en comportera trois. Celui-ci s'intitule « Nouvelle Lune ».

Concernant l'auteur, Ian McDonald est né en 1960 à Manchester, il vit désormais en Irlande. Ces romans et nouvelles sont imprégnés de conflits entre différents groupes sociaux. Conflits basés sur la religion, les origines… C'est mon premier roman de cet auteur, mais c'est typiquement le genre de thème que j'affectionne.

Justement, qualifier le genre de Luna n'est pas si simple. C'est de la Science-Fiction, parfois hard, mais c'est aussi de l'anticipation sociale et du cyberpunk.

Vous l'aurez compris l'action se déroule sur la lune, dans 100 ans . Sur notre satellite, tout se vend, tout s'achète. Il n'y a pas de droit pénal, tout est régi par contrat. Tu peux payer ? C'est à toi. Tu ne peux pas payer ? Tu dégages. C'est rude. Une nouvelle conquête de l'ouest.

Cinq grandes familles, cinq corporations, se partagent l'essentiel des richesses et du pouvoir.

Il s'agit des cinq dragons :

Les Corta, des Brésiliens, propriétaires de Corta Helio, spécialisé dans l'extraction d'Hélium ; les Mackenzie, des Australiens, propriétaires de Mackenzie Metals, spécialisée dans l'extraction de métal ; les Sun, des Chinois, propriétaires de Taiyang, spécialisée dans les technologies de pointe ; les Asamoah, des Ghanéens, propriétaires de Aka, spécialisée dans l'agriculture et enfin les Vorontsov, des Russes, propriétaires de VTO spécialisée, dans le transport.

Chaque grand famille possède sa ville, ses exploitations, une carte est fournie.

Comme si tout ce petit monde ne suffisait pas, il y a bien sûr d'autres factions, par exemple la LDC (Lunar Development Corporation) avec à a sa tête « l'aigle », organisme qui a le monopole de tout ce qui est organique, et en haut de l'organisation institutionnelle de la lune.

Il y a un dramatis personae fournit en début de livre, indispensable et détaillé.

Le récit se déroule essentiellement autour de la famille Corta, la plus jeune famille, souvent qualifiée de parvenus. le roman débute sur le rite initiatique de Lucashino, fils de Lucas – cadet de la famille -. Rite qui n'est autre qu'une course de quinze secondes, à poil, à la surface de la Lune, avec tout ce que cela implique.

La famille organise ensuite une fête pour célébrer le passage du rite par Lucashino. Lors de la fête, une tentative d'assassinat sur Rafa, l'ainé des Corta, est déjouée. Il est sauvé in extremis par une Joe Moonbeam, (comprenez : Joe Rayon de Lune, une nouvelle arrivée).

Ce terme n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. L'univers est riche d'argot, de mots empruntés à une multitude de langues : chinois, portugais, russe, yoruba, espagnol, arabe… Un glossaire est fourni en fin de livre, tout aussi indispensable et détaillé que le dramatis personae.

Cet attentat ravive les tensions entre les Corta et les Mackenzie, directement incriminé. La dernière guerre entre ces deux familles n'est pas si loin.

Bien sûr, cette attaque n'est qu'un point de départ des tensions. Mais il va être question d'alliances, de nikahs (contrat de mariage), entre les grandes familles. Les nikahs sont importants, les gamins des grandes familles sont traités comme de la marchandise, des éléments de négociation, mariés de force.

Même au sein des Corta le récit ne va pas être simple. La matriarche, Adriana, qui a construit l'empire familial prépare sa succession. Rafa, l'ainé, est impétueux, Lucas, le cadet, a soif de pouvoir. Ariel, la fille de la fratrie est avocate et se moque de l'extraction d'Hélium. Il y a tout un tas d'histoires dans l'Histoire. C'est foisonnant.

Je pense qu'il est nécessaire de ne pas aller plus loin dans la trame du roman, pour ne pas gâcher l'intrigue et la découverte.

Le premier tour de force de Ian McDonald est de fournir une intrigue riche, sans perdre le lecteur et sans donner un rythme lourd ou trop alambiqué. le tout se déroule rapidement avec actions et rebondissements.

La vie sur la lune est fascinante. Tous les habitants ont un chib, une lentille de contact permettant, entre autres, de vérifier l'état de ses quatre fondamentaux : l'air, l'eau, le carbone et les données.

Autre idée géniale, les assistants, des familiers visiblent uniquement en réalité augmentée. Tout le monde en a un et le trimbale toujours à proximité. Il fait office d'IA personnelle, de Google, d'assistants. Il est personnalisable et ça coûte de l'argent, un peu comme des skins dans un jeu vidéo. le porteur communique avec lui par subvocalisation. Cet aspect offre des possibilité folles.

La vie sur la lune est rude. Les relations contractuelles régissent tout. Comme le dit la couverture, il y a mille façons d'y mourir. Si vous n'avez plus d'air ou d'oxygène, la LDC vous recycle. Si vous êtes victime d'une dépressurisation à la surface, la LDC vous recycle. Les combats sont menés à l'arme blanche, au couteau, le reste est trop risqué. C'est violent et impitoyable.

Ian McDonald s'est vraiment penché sur tous les aspects de la vie, même la sexualité. Sur la lune, les notions d'hétéro, ou d'homo n'existent pas. Chacun est potentiellement le partenaire sexuel d'un autre individu. Il y aussi des asexués et des autoséxués.

Il est difficile de faire le tour des idées fascinantes portées par l'auteur et son univers, tant elles sont nombreuses. Et il convient d'en garder pour les futurs lecteurs.

Luna est pour moi une grande découverte de Ian McDonald, un auteur brillant qui traite la Science-Fiction sous un prisme social. Son style est rude, humain, sans tomber dans la vulgarité, pourtant il traite de sujets sensibles. La lune devient un laboratoire social.

Le livre est souvent comparé à Game Of Thrones, c'est sûr que ces cinq grandes familles qui se battent pour le pouvoir ramènent facilement à la saga qui fait vendre. Mais, l'univers posé par Ian McDonald est plus rude encore, la vie sur la lune exacerbe tous les sentiments. Il y a des intrigues de cours, des morts et de la violence, je pense que la comparaison s'arrête là.

Si vous aimez les livres riches, foisonnant de bonnes idées, Luna est fait pour vous. Si les intrigues de cours, les coups fourrés et les luttes de pouvoir vous intéressent, foncez aussi.

Malgré la complexité apparente, la présence d'un dramatis personae et d'un glossaire, le tout est fluide.

Un livre à mettre entre toutes les mains, la lune n'est là que pour ajouter de l'adversité à une fresque sociale fascinante.

Pour ma part, il va falloir attendre la suite. Je vais me consoler avec la maison des derviches, du même auteur, qui semble tout aussi riche et intéressant.

Bonne lecture.
Lien : http://lecture42.blog/luna-f..
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critiques presse (2)
Syfantasy
12 janvier 2022
Le style est simple mais efficace, il nous tient en haleine tout au long du roman, avec une fin explosive.
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Telerama
08 mars 2017
Le roman est porté par une écriture élégante qui crée, sans lourdeur, un monde proche et lointain du nôtre.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Lyoto était quelqu’un d’engagé. Il descendait sur Praça de Sé poser des affiches et occuper l’espace. Il croyait que ça me laissait indifférente. C’était faux, du moins en ce qui concernait les gens de ma connaissance. Je me fichais que des compagnies chinoises achètent des provinces entières et chassent les gens de leur terre. Je me fichais des réfugiés des campagnes, que même les favelados méprisaient. Je n’arrivais à me soucier que de ce que je connaissais. Ma famille, mes amis, la famille que j’aurais un jour. La famille d’abord, toujours.
J’avais peur pour lui. Je regardais YouTube. Je voyais l’escalade des manifestations. Des cris aux pierres aux cocktails Molotov. À chaque étape, la police réagissait : des boucliers antiémeutes aux gaz lacrymogènes aux armes à feu. Je lui ai dit que je n’aimais pas qu’il aille là-bas. Je lui ai dit qu’il risquait de se faire arrêter, ou d’aller en prison et de se faire enlever son CPF, ce qui l’empêcherait jusqu’à la fin de ses jours de demander un crédit ou de décrocher un véritable boulot. Je lui ai dit qu’il se souciait davantage des étrangers que des gens qui tenaient à lui. Que de moi. On s’est séparés quelque temps. En continuant à coucher ensemble. Personne ne se sépare jamais vraiment.
Au début, je ne savais pas ce qui s’était passé. Il y a eu tout à coup une dizaine de messages. Mon Dieu. La police qui tirait. Des gens abattus. Des coups de feu. Lyoto blessé, Lyoto indemne, Lyoto abattu. Dont une vidéo : un corps traîné à l’abri d’une devanture. Puis des sirènes, l’arrivée des ambulances. Tout ça en images saccadées, tremblotantes. Toujours floues. Au loin, des coups de feu. Vous en avez déjà entendu ? J’imagine que non. Il n’y a pas d’armes à feu sur la Lune. Ça fait un petit bruit méchant. Toutes ces informations qui me tombaient dessus, mais impossible de démêler le vrai du faux. J’ai essayé d’appeler Lyoto. Pas de signal. Puis les rumeurs ont commencé à converger. Lyoto avait pris une balle. On l’avait conduit à l’hôpital. Lequel ? Vous imaginez comme je me sentais impuissante ? J’ai appelé tous les gens qui, à ma connaissance, avaient un jour été en relation ou n’importe lequel de ses amis activistes. L’hôpital Sírio-Libanês. J’ai volé une bicyclette. Il m’a fallu quelques secondes pour hacker la puce de pistage. J’ai pédalé comme une folle dans la circulation de São Paulo. On ne m’a pas laissée le voir. J’ai attendu aux urgences, il y avait des policiers partout, et des caméras de télévision. Je me suis installée au fond sans rien dire. La police m’aurait interrogée, et après elle les journalistes. J’ai écouté, j’ai tendu l’oreille au maximum, mais je n’ai rien entendu sur son état de santé. Sa famille est arrivée. Je ne l’avais jamais rencontrée, je ne savais même pas qu’il en avait une, mais j’ai compris tout de suite qui c’était. J’ai attendu et attendu en essayant de surprendre des conversations. Jusqu’à ce qu’on apprenne qu’il était décédé aux urgences. La famille a été anéantie. Le personnel de l’hôpital a tenu la police à l’écart. Les caméras ont eu toutes les bonnes images. Il n’y avait rien à faire. Rien à reprendre. La mort garde tout. Je me suis éclipsée sur mon vélo volé.
Lyoto est mort, cinq autres aussi. Comme il n’était pas le premier à se faire abattre, personne n’a retenu son nom. Personne n’a bombé sur les murs et les bus : « N’oubliez pas Lyoto Matsushita. » Personne ne se souvient du deuxième type sur la Lune. Je me rappelle que j’étais choquée, prostrée, terrifiée, mais surtout en colère. J’étais en colère d’avoir tellement peu compté pour lui qu’il s’était mis en danger de mort. J’étais en colère qu’il soit mort aussi bêtement. Je me rappelle la colère, mais je n’arrive pas à sentir la nausée, la tension des muscles, la pression derrière les yeux, l’impression de mourir et mourir encore de l’intérieur. Je suis vieille. Je suis très loin de cette élève ingénieure à l’université de São Paulo. La colère a-t-elle une demi-vie ?
Je me demande ce que Lyoto aurait pensé de moi, s’il avait vécu. Je suis riche et puissante. D’un mot, je peux éteindre toutes les lumières sur Terre, la plonger dans les ténèbres et l’hiver. Je ne suis même pas le 1 % : je suis le 1 % du 1 % : ceux qui ont quitté la Terre.
En une semaine, nous avons oublié Lyoto Matsushita, le deuxième martyr. Il y a eu d’autres émeutes, d’autres morts. Le gouvernement a fait des promesses sans en tenir une seule. Il y a eu ensuite une série de krachs, chacun plus nuisible que le précédent au pays et à l’économie, jusqu’à ce qu’elle s’écroule, complètement détruite.

Je ne savais pas à l’époque que Lyoto était une des premières victimes de la guerre des classes. La grande, l’ultime guerre des classes : la disparition de la classe moyenne. L’économie financiarisée n’avait pas besoin d’ouvriers et la mécanisation conduisait les classes moyennes dans une course vers l’abîme. Si un robot pouvait faire correctement et pour moins cher votre boulot, il vous le prenait. Les machines vous obligeaient à surenchérir sur elles. Elles fournissaient même les applis que vous utilisez pour surenchérir sur elles et sur vos congénères. Si vous étiez meilleur marché qu’une machine, vous aviez de quoi manger. Tout juste. On a toujours cru que l’apocalypse des robots prendrait la forme de flottes de drones tueurs, de mechas de guerre gros comme des pâtés de maisons et de terminators aux yeux rouges. Pas d’une rangée de caisses enregistreuses automatiques à l’Extra ou à la station Alco du coin, pas de la banque en ligne, des taxis automatiques, du système automatique de triage médical à l’hôpital. Un par un, les robots sont venus nous remplacer.
Et nous voilà maintenant dans la société la plus dépendante aux machines jamais créée par l’humanité. Je suis devenue riche, j’ai bâti une dynastie basée sur ces mêmes robots qui ont réduit la Terre à la mendicité.
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De la main, Lucas Corta éparpille les documents virtuels sur la table du conseil.
« Je n’ai pas le temps. D’où ça vient ? De qui ? »
Heitor Pereira baisse la tête. Il est de vingt centimètres plus petit et de dix ans plus grisonnant que toutes les personnes présentes, excepté Adriana Corta et sa directrice financière, Helen de Braga, la volonté invisible de Corta Hélio.
« Nous n’avons pas fini d’analyser…
– On a la meilleure unité R&D de la Lune, et vous n’êtes pas en mesure de me dire qui a fait ça ?
– Ils se sont donné un mal de chien pour cacher tout ce qui pourrait permettre d’identifier le drone. Les puces sont génériques, on n’a rien pour remonter au type d’imprimante.
– Bref, vous ne savez pas.
– Pas pour le moment. » Tout le monde entend le tremblement dans la voix de Heitor Pereira.
« Vous ne savez pas qui l’a construit, vous ne savez pas qui l’a envoyé, vous ne savez pas comment il a échappé à la sécurité. Vous ne savez pas si, en ce moment même, un autre de ces machins n’est pas en train de venir s’en prendre à mon frère, à moi-même ou, Dieu nous en garde, à ma mère. Vous, le chef de la sécurité, vous ne savez pas ? »
Lucas ne le quitte pas des yeux. Le visage d’Heitor Pereira tressaille.
« On est passés en sécurité absolue. On surveille tout ce qui est plus gros qu’une squame.
– Et s’ils sont déjà là ? Ce drone a pu être introduit il y a plusieurs mois. Vous y avez pensé ? Il pourrait y en avoir une dizaine d’autres en train de se réveiller. Une centaine d’autres. Ils n’ont besoin que d’un seul coup de chance. Je sais de quoi sont capables les poisons modernes. Ils vous font attendre. Ils vous font attendre des heures pendant lesquelles vous souffrez en sachant que chaque inspiration est plus courte que la précédente, qu’il n’existe pas d’antidote, que vous allez mourir. Vous passez beaucoup de temps à voir la mort en face. C’est seulement après qu’ils vous laissent mourir. Et je sais que quelqu’un a essayé de se servir d’un de ces poisons sur mon frère. Voilà ce que moi, je sais. Et vous, qu’est-ce que vous savez ?
– Lucas, suffit. » Adriana Corta est installée en bout de table. Elle a laissé plusieurs mois son siège vide, présente uniquement par l’intermédiaire de son grand et disgracieux portrait en combiAS, Notre-Dame de l’Hélium baissant les yeux sur le conseil. Une menace immédiate de mort sur ses enfants l’a fait revenir avec toute son autorité dans la salle du conseil, Rafa à sa droite, Ariel à sa gauche. Lucas est assis à droite de son frère.
« Mamãe, si ton chef de la sécurité est incapable de nous protéger, qui en sera capable ?
– Heitor servait déjà fidèlement notre famille avant ta naissance. » Personne ne peut douter qu’elle vient de le rabrouer.
« Oui, mãe. » Lucas incline la tête en direction de sa mère.
« N’est-ce pas évident ? » Rafa comble le silence cuisant.
« C’est évident ? s’étonne Ariel.
– Qui, à part les Mackenzie, comme toujours ? » Rafa se penche sur la table. Il fulmine. « Bob Mackenzie n’a jamais pardonné à mamãe. Ce type est un poison lent. Pas aujourd’hui, ni demain, ni cette année ou même cette décennie, mais une année, un jour. Les Mackenzie rendent trois fois la pareille. Ils s’en prennent à la succession. Ils veulent que tu voies s’effondrer tout ce que tu as construit, mamãe.
– Rafa…, commence Ariel.
– Kyra Mackenzie, l’interrompt Rafa. Elle était à la fête. Quelqu’un l’a fouillée, ou on lui a fait signe de passer parce qu’elle est copine avec Lucasinho ?
– Rafa, tu crois que les Mackenzie prendraient le risque d’une guerre totale ? » demande Ariel. Elle tire longuement sur sa vapette. « Vraiment ?
– S’ils pensent arriver à briser notre monopole, pourquoi pas, indique Lucas.
– Ça recommence, tu ne t’en rends donc pas compte ? » demande Rafa.
Huit ans plus tôt, Corta Helio et Mackenzie Metals s’étaient brièvement opposés dans une guerre territoriale. Des extractrices réduites à des enchevêtrements de métal, des trains pris d’assaut et des équipements détournés, des robots et des IA mis hors service par des bombardements de code noir. Des corps à corps de lève-poussière armés de couteaux à l’intérieur dans les tunnels de Maskelyne et de Jansen, à l’extérieur sur les mers rocheuses de la Tranquillité et de la Sérénité. Cent vingt morts, des millions de bitsys de dégâts. Les Corta et les Mackenzie avaient fini par accepter un arbitrage. La cour de Clavius avait tranché en faveur de Corta Hélio. Deux mois plus tard, Adrian Mackenzie épousait Jonathon Kayode, Aigle de la Lune, PDG de la Lunar Development Corporation, propriétaire de la Lune.
« Rafa, suffit », intime Adriana Corta. La voix est grêle, l’autorité incontestable. « Nous nous opposons aux Mackenzie dans les affaires, nous les battons dans les affaires. Nous gagnons de l’argent. » Adriana se lève, visage et membres raides, usés. Ses enfants et serviteurs s’inclinent et la suivent en direction de la porte.
Carlinhos se met debout, serre en pince les doigts de sa main droite et s’incline devant sa mère. Il n’a pas prononcé un mot de toute la réunion. Comme toujours. Sa place est à l’extérieur, sur le terrain, avec les extractrices, les raffineurs et les lève-poussière. Il est le lève-poussière, le combattant. Rafa peut le surpasser en charme, Lucas l’assommer à coups d’arguments, Ariel le paralyser de son éloquence, mais aucun n’arpente la surface comme lui.
Lucas retient Heitor Pereira quelques instants.
« Vous avez fait une erreur, lui dit-il à voix basse. Vous êtres trop vieux. Vous avez fait votre temps, vous êtes fini.
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« Mais les Mackenzie… je veux dire, comme famille, nous ne sommes ni la plus grande, ni la plus riche, ni la plus puissante…
– Permets-moi de te rappeler l’histoire, dit Omahene Adofo. Tu as raison : AKA n’est ni le plus riche ni les plus ancien des Cinq Dragons. Nous n’exportons rien, nous ne permettons pas à la Terre de s’éclairer comme les Corta, nous n’alimentons pas les industries de pointe terrestres comme les Mackenzie. Nous ne sommes pas des industriels ou des géants de la haute technologie. Nous sommes arrivés sur la Lune sans soutien politique comme les Sun, sans fortune comme les Mackenzie, ni accès à des sites de lancement comme les Vorontsov. Nous n’étions ni asiatiques ni occidentaux, mais ghanéens. Des Ghanéens qui vont sur la Lune ! Quelle outrecuidance ! C’est pour les Blancs et les Chinois. Mais Efua Mensah avait une idée, elle a vu une chance à saisir et s’est démenée en actes et en paroles pour venir sur la Lune. Sais-tu ce qu’elle a vu ?
– Qu’on peut éventuellement s’enrichir en pelletant la poussière, mais qu’on le fait à coup sûr en vendant la pelle », répond Abena. Les enfants apprennent tous le proverbe dès qu’on les a équipés d’une prise, d’une lentille et d’un lien pour un familier. La sagesse des anciens lui a toujours paru assommante et louable. Des boutiquiers, des épiciers, rien de prestigieux comme les Corta et les Mackenzie avec leurs beaux lève-poussière ou les Vorontsov avec leurs délicieux jouets.
« Nous avons payé cher notre indépendance », dit Adofo Mensah. Son familier est fait de crocodiles du Siam et d’Ese Ne Tekrema, les adinkras de l’unité et de l’interdépendance. « Nous n’y renonçons pas. Nous ne nous laisserons pas malmener par les Mackenzie.
– Ni par personne, ajoute Kwamina Manu.
– As-tu ta réponse ? » s’enquiert Omahene Adofu.
Abena incline la tête et serre les doigts en pince, de ce geste lunaire signifiant l’acceptation. L’un après l’autre, les familiers du Kotoko disparaissent. Il ne reste plus que Lousika Kande Asamoah-Corta.
« Tu ne l’as pas, exact ?
– Quoi donc ?
– Ta réponse.
– Si, c’est juste que je ne suis pas…
– Rassurée ?
– Je crois que j’ai mis la famille en danger.
– Combien y a-t-il de gens sur la Lune ?
– Hein ? À peu près un million et demi.
– Un million sept. Ça paraît beaucoup, mais ce n’est pas suffisant pour que nous n’ayons pas à nous soucier du patrimoine génétique.
– Consanguinité, accumulation de mutations, dérive génétique. Rayonnement de fond. J’ai vu ça en classe.
– Et chacun de nous a adopté un mécanisme différent pour gérer le problème. Nous avons perfectionné le système abusua et toutes ces règles sur les gens qui ne peuvent pas coucher avec vous. Tu es une quoi ?
– Bretuo. Aseni, Oyoko, et bien entendu mon propre abusua.
– Les Sun épousent tout le monde et n’importe qui, la moitié de la Lune est Sun ; les Corta ont leur système bizarre de madrinhas, mais tout cela est un moyen de conserver un patrimoine génétique propre et ouvert. Chez les Mackenzie, c’est différent. Ils restent en famille, ils ont peur de polluer la lignée, de diluer leur identité. Ils se marient entre eux, endogamie et rétrocroisement : d’où crois-tu que viennent toutes ces taches de rousseur ? Mais c’est risqué… très risqué, si bien qu’ils doivent s’assurer de ce qu’ils engendrent. Ils nous payent pour mettre au point leur lignée. Ce qu’on fait depuis trente ans. C’est notre secret, mais du coup, nous n’avons rien à craindre des Mackenzie. La peur du bébé à deux têtes. »
Abena adresse à voix basse une prière à Jésus.
« Les Asamoah gardent les secrets de tout le monde. Mais attention à Lucasinho, Abena. Même si les Mackenzie n’osent pas s’en prendre à nous, ils ont la rancune aussi longue que leurs couteaux. »
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Il n’y a pas de lois sur la Lune, rien que le consensus, et le consensus proscrit les armes à projectiles. Les balles sont incompatibles avec les environnements pressurisés et les mécanismes complexes. Couteaux, gourdins, garrots, machines subtiles et poisons lents, petits assassins biologiques comme les affectionnent les Asamoah : tels sont les instruments de la violence. Les conflits sont modestes et se livrent nez à nez.
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C’était une fille habitée de fantômes, Achi. Celui de l’absence de racines. Celui de l’exil depuis un pays mort. Celui du privilège : Papa était ingénieur logiciel, maman venait d’une famille riche. Londres accueillait à bras ouverts les réfugiés comme eux. Celui de la culpabilité : elle était vivante quand des dizaines de milliers d’autres avaient succombé. Son fantôme le plus sombre était celui de la réparation. Elle ne pouvait rien aux circonstances de sa naissance, mais elle pouvait se les faire pardonner en se rendant utile. Ce fantôme-là ne la lâchait jamais, lui criait à l’oreille : Rends-toi utile, Achi ! Pendant toutes ses études à l’University College de Londres puis son troisième cycle au MIT : Règle les problèmes ! Expie ! Le fantôme de l’utilité l’a envoyée combattre la désertification, la salinisation, l’eutrophication. C’était une guerrière des trucs en « -ation ». Il a fini par l’envoyer sur la Lune. Quoi de plus utile que de protéger et nourrir un monde entier ?
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Vidéo de Ian McDonald
Ian McDonald - La Petite Déesse et autres nouvelles .A l?occasion des Utopiales 2013 à Nantes, Ian McDonald nous présente son nouveau recueil, « La Petite Déesse et autres nouvelles » publié aux éditions Denoël lunes d?encres. Pour en savoir plus : http://www.mollat.com/livres/mcdonald-ian-petite-deesse-9782207111260.html http://www.mollat.com/livres/mcdonald-ian-fleuve-des-dieux-9782070453610.html http://www.mollat.com/livres/ian-mcdonald-maison-des-derviches-9782207111307.html Notes de musique : treasureseason, Return to Dope Mountain, Fjords ®
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