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Suzanne V. Mayoux (Traducteur)
EAN : 9782070416301
400 pages
Éditeur : Gallimard (05/01/2001)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 131 notes)
Résumé :
Le jeu subtil et pervers du harcèlement moral renvoie bien souvent celui qui en est l'objet à un juste sentiment de persécution ou au dégradant sentiment de paranoïa ; du moins avant qu'il ne soit révélé au grand jour. L'enfermement devient plus insupportable encore lorsque l'entourage, loin de compatir et de lutter de concert, fait le jeu de l'ennemi par son incrédulité. L'angoisse qui étreint la victime n'est plus alors aux yeux des autres qu'un vulgaire complexe ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  18 janvier 2018
Quelques 70 pages pour décrire minutieusement un accident de montgolfière brutalement hors de contrôle à bord de laquelle se trouvent un homme et un enfant, prêts à s'écraser, inaugurent le roman. En raison d'une pure coïncidence temporelle et spatiale et d'une prédisposition à aider, ceux qui se trouvent au sol, à se promener ou à pique-niquer, se précipitent pour tenter de retenir l'aérostat en s'agrippant à ses cordes. Qui en premier lâche prise, entraînant la mort du pilote, et la dérive de l'enfant resté seul vers des lignes à haute tension ?

Ce n'est pas le thème du roman. Puisque le thème du roman est le syndrome de Clérambault, autrement nommé « illusion délirante d'être aimé ». Au cours de cette opération de sauvetage partiellement loupée et partiellement réussie, Joe Rose, sauveteur improvisé, a croisé par hasard le regard de Jed Parry, qui voue instantanément un amour délirant et définitif à Joe. C'est le début des problèmes, puis des drames, doux euphémisme.

Avec un talent inouï, Ian McEwan prend le temps nécessaire pour isoler la micro-seconde au cours de laquelle s'est échangé ce regard, porteur de tant de conséquences, de ramifications complexes, où est né un réseau d'amour et de haine, qui n'a pas à se calquer sur la vélocité, quel talent ! La vie de Joe qui aurait aimé être chercheur mais se contente de rédiger des articles de vulgarisation scientifique, partagée avec Clarissa, universitaire qui analyse sans fin la correspondance de Keats, est finie, dévastée, car la folie fait irruption entre eux.

Joe, cartésien, lucide, informe Clarissa que Jed le harcèle téléphoniquement et physiquement, peine à lui expliquer qu'un dingo l'adore inconditionnellement et veut le sortir de son athéisme. Il se heurte à son incrédulité légitime comme il se heurte à l'incrédulité de la police qui n'enregistre aucune menace, aucune agression. En effet, le malade ne fait qu'interpréter des signes compris de lui seul, un rideau qui bouge, des feuilles de troènes qu'aurait touchées l'objet aimé qui lui envoie un signe amoureux, et même des silences qui ne sont selon lui, que des preuves d'un amour empêché par son entourage.

Tout part à vau-l'eau pour Joe et pour son couple. Jusqu'à quel point de non-retour ? A vous de le découvrir, si vous en avez envie.
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palamede
  05 février 2018
Lors d'un banal pique-nique en amoureux avec son amie, Joe Rose, aidé de quatre promeneurs, vole au secours d'un enfant. le grand-père de celui-ci ayant mis imprudemment pied à terre, il est seul à bord d'une montgolfière menaçant de s'échapper. Mais le sauvetage est une catastrophe, un homme perd la vie, et l'existence de Joe s'en trouve bouleversée.
Car pour pouvoir l'admettre, Joe, obsédé par ce drame, n'a de cesse de se demander par quel bout prendre cette histoire. de plus Perry, un des sauveteurs, le harcèle de façon angoissante et incompréhensible. L'homme à la recherche d'un contact permanent semble être tombé amoureux de lui.
Le moment où tout bascule. Voilà ce que Ian McEwan décrit avec une précision d'orfèvre. Un moment dont on se souvient puisque tout ce qui lui succède est en rupture avec le passé. Ici l'accident de ballon entraîne le héros dans la culpabilité, mais aussi dans l'enfer du harcèlement en lui faisant croiser la route de Perry, un homme atteint du syndrome de Clérambault (appelé aussi érotomanie). En effet Perry, dans l'illusion délirante d'être aimé de Joe après un seul regard, en se livrant au fil du temps aux pires excès, impacte définitivement la vie de Joe.
Une triste histoire, inspirée d'une affaire qui s'est déroulée en Grande-Bretagne, où Ian McEwan, à son habitude, fait preuve d'une exceptionnelle finesse d'analyse psychologique. Une analyse qui permet également de comprendre comment ces personnalités pathologiques s'épanouissent sur les réseaux sociaux — et souligne l'intérêt de rester vigilants dans ce qu'on livre à l'autre dans cet environnement.
« D'après un recensement, plus de la moitié des hommes souffrant du syndrome de Clérambault étaient allés jusqu'à la violence physique contre l'objet de leur obsession ».

Challenge MULTI-DÉFIS 2018
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daniel_dz
  30 septembre 2020
Un psychotique poursuit Joe de ses assiduités, persuadé que Joe est secrètement amoureux de lui. Harcelé, Joe finit par douter lui-même de ses propres facultés mentales, menant son couple au bord de la rupture. Même si Ian McEwan n'a pas encore atteint ici toute la maturité de ses romans ultérieurs, je vous recommande ce roman pour son thème intéressant et pour la finesse psychologique qui caractérise cet auteur.
J'avais découvert Ian McEwan avec « Sur la plage de Chesil »; il avait d'emblée suscité toute mon admiration par la sensibilité qu'il parvient à transmettre dans ses textes. Et puis je me suis délecté tout autant en dévorant "L'intérêt de l'enfant".

"Délire d'amour" est antérieur à ces deux textes. Je dirais qu'il n'en atteint pas les sommets, mais je n'hésiterai toutefois pas à vous le recommander.
Le début du récit est splendide. Il raconte avec une précision quasi journalistique comment des hommes qui ne se connaissent pas accourent au milieu d'un champ pour venir en aide à un aérostier qui s'est empêtré dans les câbles de son ballon en le faisant atterrir et ne parvient pas à le retenir au sol, alors qu'un enfant est encore dans la nacelle. La tension est intense, on se sent au milieu du groupe, comme si l'on était l'un de ces hommes. L'épisode s'étend sur plusieurs dizaines de pages. Et au milieu de tout cela, l'auteur consacre juste quelques mots à deux hommes qui se frôlent, dans l'action.
Mais l'un de ces deux hommes est un psychotique, un érotomane. Il est persuadé que l'autre, Joe, qu'il rencontre pour la première fois, est amoureux de lui et qu'il lui envoie des signes pour lui exprimer ses sentiments en secret. Malgré tout le plaisir de lecture qu'elle procure, on pourrait penser que la longueur de cette première partie est excessive pour simplement introduire le personnage de l'érotomane. Mais au contraire, c'est un moyen fort habile de l'auteur pour faire ressortir la légèreté d'un geste auquel l'érotomane va donner des proportions énormes.
Pour sentir toute la folie de cet homme, lisez ce petit mot, qu'il adresse à Joe: "Quand vous êtes sorti de chez vous hier soir et que vous avez effleuré de la main le dessus de la haie, je n'ai pas compris tout de suite. J'ai longé l'allée, j'ai tendu le bras et j'ai palpé les feuilles que vous aviez touchées. Je les ai palpées une par une et j'ai eu un choc en découvrant qu'elles étaient différentes de celles que vous n'aviez pas touchées. Il y avait un rayonnement, une espèce de brûlure sur mes doigts qui venait de ces feuilles mouillées. Là, j'ai compris. Vous les aviez touchées d'une façon particulière, pour me transmettre un message."
Décontenancé par l'attitude de cet homme, il n'en parle pas tout de suite à ses proches. Et comme l'homme reste dans l'ombre, la femme de Joe commence à douter de son existence; elle s'interroge sur l'état mental de son mari, qui s'en trouve complètement déboussolé, en plus d'avoir l'esprit miné par le harcèlement du psychotique. Je vous laisse découvrir l'issue de l'histoire…
Le thème est intéressant et traité avec finesse. Ian McEwan semble s'être documenté très sérieusement sur le sujet. Il m'a également stupéfait par ses digressions scientifiques; j'étais même persuadé qu'il avait eu une formation voire une carrière scientifique avant de se lancer dans la littérature. Mais non, vérification faite. Impressionnant !
Ces digressions sont d'ailleurs une faiblesse de ce texte. Certes, elles ne sont pas inutiles pour plonger le lecteur dans la personnalité de Joe. Mais il me semble qu'elles auraient pu être réduites; de ce point de vue-là, le texte n'a pas l'efficacité que j'apprécie tant lorsque je lis des bons auteurs de nouvelles. de même, la petite histoire secondaire de l'enquête menée par Joe sur l'un des hommes du ballon contribue à tenir le lecteur en haleine mais là aussi, on aurait pu en faire l'économie; le texte en aurait sans doute gagné en force. Les deux romans que j'ai cités plus haut sont plus homogènes et plus fort. Sans doute fallait-il laisser l'auteur gagner en maturité.
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motspourmots
  26 décembre 2015
Il y avait donc un roman de Ian McEwan que je n'avais pas lu. Et pas n'importe lequel. Un roman qui rassemble déjà toutes les qualités qui m'ont rendue inconditionnelle des écrits du Monsieur. N'en déplaise à ma libraire préférée, il ne délogera pas Expiation de la première marche du podium - pour moi, il reste son meilleur et l'un des meilleurs romans de ces dernières décennies. Néanmoins, il vaut sans conteste le détour. Petit bijou d'humour noir à la cruauté si savoureusement britannique...
Bâti à partir du thème du harcèlement amoureux et d'une pathologie connue sous le nom de syndrome de Clérembault, ce roman offre surtout une réflexion magistrale sur les rapports humains en général et ceux des couples en particulier. Comme souvent chez Ian McEwan, un événement subit vient chahuter la vie bien réglée d'un héros, le transformant aussitôt en spécimen soumis aux observations sans concession de l'écrivain, telle une souris de laboratoire. Elément déclencheur, révélateur... l'auteur joue ensuite avec son sujet, le torturant sans vergogne. Opposant le rationnel à l'irrationnel. Joe le scientifique, toujours en quête d'une explication logique à Jed l'illuminé en proie à un délire amoureux incontrôlable.
"On voit ce qu'on croit. C'est la raison des divorces, des différends frontaliers et des guerres, et c'est aussi pourquoi telle statue de la Vierge pleure des larmes de sang et telle autre, de Ganesh boit du lait. Voilà pourquoi la métaphysique et la science sont des entreprises si courageuses, des inventions si saisissantes, plus cruciales que la roue, que l'agriculture, des créations de l'homme qui vont à l'encontre de la fibre même de la nature humaine. La vérité désintéressée. Mais elle ne peut nous sauver, les ornières sont trop profondes. Il ne peut y avoir de salut individuel dans l'objectivité".
Un jour donc, alors que Joe Rose vient en aide, avec quelques autres, à un aérostat à la dérive, il croise le regard de Jed. Échange anodin pour Joe, révélation pour Jed persuadé d'avoir saisi dans ce regard rien de moins que l'amour fou. Commence alors une période de harcèlement par tous les moyens - téléphone, courrier, présence immobile devant son domicile - qui va crescendo au point de devenir vraiment menaçant. Sauf que le comportement de Joe, altéré par la situation le fait paraître suspect lorsqu'il s'avise de s'ouvrir de ce harcèlement. Sa compagne, Clarissa se demande s'il n'est pas fou (et le lecteur aussi du coup), quant à la police...
Bref, plongez un sujet apparemment normal et heureux dans une situation déstabilisante et laissez-le se débattre. Regardez remonter à la surface toutes les frustrations qu'il pensait avoir laissées derrière lui, savourez ses tentatives désespérées pour rétablir un peu de logique là où il n'y en a pas du tout, observez le voile des apparences voler si facilement en éclat. Telle est l'expérience à laquelle vous convie Ian McEwan, aussi terrifiante (ce syndrome existe et a fait l'objet d'un certain nombre de romans dont dernièrement celui de Florence Noiville L'illusion délirante d'être aimé que je n'ai pas lu) que désespérément ironique. Décidément, Ian McEwan est le roi du grain de sable dont il sait mieux que quiconque décortiquer et magnifier les effets.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Rhodopsine
  28 avril 2020
Un McEwan grand cru encore une fois!
Tout commence par un pique-nique dans la campagne anglaise, un accident de montgolfière: le ballon s'échappe, un des sauveteurs improvisés s'écrase au sol. Et lorsque le l'intrigue semble se construire sur la culpabilité, le remords, Ian McEwan nous embarque dans une toute autre direction. Une histoire de harcèlement, si bien menée qu'on en vient à douter de la santé mentale de la victime, de la réalité des faits.
Et c'est le récit d'un harcèlement, qui déstabilise la victime, qui remet en question ses certitudes, son couple pourtant modèle de stabilité et d'amour, ses choix professionnels, qui le conduit à des actions qu'il n'imaginait même pas. Et parce que McEwan est un orfèvre en la matière, c'est un récit des relations humaines d'une immense délicatesse, qui déroule les méandres des sentiments et des émotions dans toute leur subtilité.
À découvrir!
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   29 janvier 2018
Il est des moments où la fatigue est le plus grand aphrodisiaque, elle annihile toute autre pensée, donne aux membres pesants la lenteur sensuelle du mouvement, pousse à la générosité, à l’acceptation, à l’abandon infini.
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palamedepalamede   24 janvier 2018
C’est notre éternel conflit : qu’est-ce qu’on donne à autrui, et qu’est-ce qu’on garde pour soi ? Cet exercice de corde raide, les limites qu’on impose aux autres et celles que les autres vous imposent constituent ce qu’on nomme la morale.
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palamedepalamede   06 février 2018
... on pouvait supposer que la religion assurait un statut, surtout à la caste des prêtres — toutes sortes d’avantages sociaux de ce côté-là. Qu’elle apportait la consolation, de l’énergie face à l’adversIté, une chance de survivre au désastre qui aurait écrasé un impie. Que les croyants y puisaient la ténacité, la force brute de la conviction.
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palamedepalamede   03 février 2018
J’ai songé que le cerveau était un organe d’une sensibilité si délicate qu’il ne pouvait même pas feindre un changement de son état affectif sans modifier le branchement d’innombrables circuits du subconscient.
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palamedepalamede   31 janvier 2018
Je n’ai jamais résisté à cette douce fierté d’être accepté que peuvent vous procurer les enfants en vous prenant la main.
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Videos de Ian McEwan (109) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ian McEwan
Avec l'ami Gilbert Chevalier de Franceinfo, de modestes conseils de lecture... Avec lalibrairie.com et LIBREST - "Mauvaise graine", Nicolas Jaillet Ziziquettes, La manufacture de livres - "Croc fendu", Tanya Tagaq, Éditions Christian Bourgois - "Le cafard", Ian McEwan, Gallimard - "La vie mensongère des adultes", Elena Ferrante, Gallimard
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