AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2351787005
Éditeur : Gallmeister (05/09/2019)

Note moyenne : 4.51/5 (sur 40 notes)
Résumé :
À la frontière du Mexique, au cœur d’un Texas désertique où quelques colons tentent d’importer la civilisation, de grands guerriers se font face. Le puissant chef comanche Buffalo Hump prouve que son peuple est loin d’être asservi tandis que de l’autre côté de la frontière, Ahumado, mystérieux brigand, sème la terreur. Face à eux, Gus McCrae et Woodrow Call, Texas Rangers mal équipés et sous-payés, officient sous les ordres du fantasque capitaine Inish Scull. Dans c... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
nebalfr
  16 octobre 2017
VERS LONESOME DOVE

Lonesome Dove est un roman (fleuve) extraordinaire – un western parfait, d'une ampleur, d'une force, d'une intelligence, d'une sensibilité incroyables. le genre a produit bien des merveilles, sans doute – comme Warlock, d'Oakley Hall, ou Little Big Man de Thomas Berger, et, côté nouvelles, il faut mettre en avant l'extraordinaire Dorothy M. Johnson, d'abord et avant tout pour Contrée indienne. Mais Lonesome Dove, qui a valu à Larry McMurtry son Pulitzer, se hisse au moins au niveau de ces merveilles, et les dépasse probablement, tant qu'à faire.

Mais, Lonesome Dove, ce n'est en fait pas que le roman qui porte ce titre ; en effet, Larry McMurtry avait écrit trois autres romans autour des mêmes personnages, une « suite », Streets of Laredo, et deux « préquelles », La Marche du Mort et Lune comanche ; l'ensemble a connu un beau succès outre-Atlantique, et débouché sur plusieurs adaptations sous forme de mini-séries télévisées. En France, toutefois, seul le roman initial était disponible, il y a peu encore… Heureusement, les excellentes éditions Gallmeister (tournées vers la littérature américaine et le « nature writing », elles ont par ailleurs publié d'excellents westerns, signés par exemple par Dorothy M. Johnson, ou Glendon Swarthout, etc.) y ont remédié, ou ont commencé à le faire, complétant le Lonesome Dove originel (dans leur collection poche « Totem », en deux volumes) par ses deux « préquelles », La Marche du Mort l'an dernier, et Lune comanche cette année – en attendant Streets of Laredo pour l'an prochain ? Je l'espèce, de toutes mes forces !

Situons un peu les choses. À s'en tenir aux dates de publication, Lune comanche, une fois de plus un beau pavé (750 pages en grand format), est le quatrième et dernier des romans de la série, précédé, dans l'ordre, par Lonesome Dove, Streets of Laredo et La Marche du Mort. Par contre, au regard de la chronologie interne de la série, il arrive en deuxième position : La Marche du Mort le précède, et, ensuite, il y a Lonesome Dove, puis Streets of Laredo.

Par ailleurs, l'approche de la série, dans Lune comanche, diffère de celle dans La Marche du Mort, d'une certaine manière. Ce dernier roman, en guise de liens avec Lonesome Dove, développait surtout les deux héros de la série, Woodrow Call et Augustus McCrae, tout jeunes alors, et c'était l'occasion de lever le voile sur leur passé dans les Texas Rangers – Lonesome Dove y faisait maintes fois allusions, mais sans en dire davantage. La position intermédiaire de Lune comanche change la donne : non seulement les événements, finalement assez proches, de la Marche du Mort sont-ils rappelés à notre bon souvenir, via des personnages toujours présents notamment (outre nos héros, des figures telles que Buffalo Hump, Kicking Wolf, Clara Forsythe, etc.), mais aussi les événements, bien plus lointains dans l'avenir, de Lonesome Dove, sont-ils annoncés, via le nom même de Lonesome Dove, d'ailleurs, et surtout via des personnages tels que Joshua Deets, Jake Spoon… ou le petit Newt, qu'on ne peut plus envisager de la même manière. Autant de liens marqués, et en même temps d'un parfait naturel dans le cours de la narration – avec cet effet redoutable… que j'ai envie de relire Lonesome Dove, maintenant ! Satané romancier…

UNE FRESQUE, PLUS QU'UNE ODYSSÉE

Ces liens ont leur importance – et d'autres traits témoignent de la parenté entre les romans. Mais ils diffèrent par d'autres aspects sans doute pas moins significatifs. Il en est un que j'aimerais mettre en avant, même si de manière pas bien assurée, et qui distingue (peut-être) Lonesome Dove et La Marche du Mort, d'une part, et Lune comanche d'autre part. Les trois romans ont en commun une ampleur certaine – Lonesome Dove est le plus long, La Marche du Mort le plus (relativement) bref, et Lune comanche, à cet égard, se situe pile entre les deux – comme dans la chronologie interne, tiens. Cependant, Lonesome Dove et La Marche du Mort ont tous les deux un caractère d'odyssées, en mettant l'accent, même à titre de prétexte, sur un voyage, considérable et entrecoupé d'autres choses, néanmoins tendant vers un but – aussi absurde soit-il dans les deux cas : le roman originel narre comment Augustus et Woodrow convoient un troupeau de Lonesome Dove, à la frontière entre le Texas et le Mexique, au Montana, 5000 kilomètres plus au nord, au bas mot ; La Marche du Mort, sur un mode de l'odyssée peut-être plus strict encore d'une certaine manière (car le voyage, c'est aussi le retour), accompagne la désastreuse « Texas Sante Fe Expedition » de 1841, et en ramène les survivants chez eux. le cas de Lune comanche est un peu différent, car il est davantage constitué d'allers-retours indécis, souvent interrompus en fait, sur une zone sans doute conséquente, mais sans commune mesure avec ce qu'on trouvait dans les deux autres romans ; en contrepartie, le roman, plus flexible, s'étend sur une période bien plus longue – on traverse en fait deux décennies ou presque, les années 1850 et 1860, avec des ellipses parfois conséquentes (nous commençons donc en gros une dizaine d'années après La Marche du Mort).

Ceci dit, très clairement dans Lonesome Dove, sans doute aussi dans La Marche du Mort, ces voyages sont à maints égards des prétextes – et il reste quelque chose de cet esprit dans Lune comanche, oui. Mais à plusieurs reprises, du coup !

Le roman débute quelques années avant la guerre de Sécession, alors que nos Texas Rangers – survivants de la Marche du Mort mais aussi petits nouveaux qui tétaient le lait de leurs mères il y a peu encore – traquent l'agaçant voleur de chevaux comanche Kicking Wolf, plus ou moins associé au redoutable chef Buffalo Hump (deux personnages importants de la Marche du Mort). La chose à ne pas faire, sans doute – car Kicking Wolf en profite pour commettre son plus grand forfait : voler le magnifique cheval du capitaine des Rangers, Inish Scull ! On ne le connaît pas sous le nom de Big Horse Scull pour rien. Un personnage haut en couleurs, légendaire aussi bien parmi les Blancs que parmi les Indiens… Kicking Wolf, grisé par son audace, décide de se rendre au sud, dans le Mexique, pour y accomplir un exploit de plus en offrant le cheval au tristement célèbre Ahumado – un bandit sanguinaire, le pire de tous… et avec lequel Inish Scull avait déjà eu maille à partir. Une occasion rêvée, pour l'aventurier bostonien, de revenir à l'héroïsme individuel, en traquant ceux qui l'ont dépossédé, à pied (hein ?) et accompagné d'un unique compagnon, l'éclaireur kickapoo Famous Shoes. Et ses Rangers ? Eh bien, il les laisse tomber – en confiant à la hâte à Woodrow Call et Augustus McCrae, ses deux meilleurs éléments, le grade de capitaines ; hop, là, comme ça. Nos deux héros font l'apprentissage amer des responsabilités – et Gus, tout particulièrement, qui souhaitait tant être récompensé de la sorte, doit bientôt constater que cela ne lui facilite pas la vie autant qu'il le croyait…

Lune comanche est un roman monstrueux, à sa manière ; sur cette base viennent se greffer bien d'autres histoires, d'autant que des années, voire des décennies, séparent le début du roman de sa fin. Mieux vaut ne pas en dire davantage ici, même si la fresque, du fait de son ampleur, n'en serait probablement qu'à peine abîmée.
FIGURES MYTHIQUES

La grande force de Larry McMurtry, m'est avis à en croire ces trois romans, ce sont ses personnages – et leurs dialogues, sans doute. Woodrow Call et Augustus McCrae en tête, mais pas au point de reléguer leurs comparses dans l'ombre, sont d'une humanité exemplaire, d'une complexité authentique – personnages qui peuvent s'avérer tragiques, ou drôles, ou les deux, en même temps si ça se trouve ; et admirables aussi bien qu'agaçants… Des personnages, enfin, qui sonnent juste, et interpellent avec astuce le lecteur, qui s'y attache très vite, y compris, si ça se trouve, pour les plus répugnants d'entre eux. Lune comanche ne déroge sans doute pas à la règle – mais ce roman m'incite, davantage que les deux autres, à opérer une distinction qui vaut ce qu'elle vaut : c'est que, dans le contexte plus ou moins crépusculaire de Lune comanche, certains personnages se parent des atours des héros, voire de figures proprement mythologiques ; un phénomène peut-être pas absent des deux autres romans (la gamine dans Lonesome Dove, la putain magnifique et la cantatrice lépreuse de la Marche du Mort), d'autant que deux d'entre eux figuraient déjà dans le roman précédent. J'ai tout de même l'impression qu'on est cette fois un cran au-dessus. Quatre personnages me paraissent devoir être envisagés sous cet intitulé, mais c'est bien sûr à débattre.

Commençons par Inish Scull, capitaine des Texas Rangers de son état ; un cas rare d'officier compétent dans une série souvent guère tendre à l'encontre des donneurs d'ordres (et cela vaut aussi pour le présent roman, bien sûr)... C'est un personnage qui détonne au sein de cette troupe qu'il mène au combat : Scull est un Yankee, issu de la meilleure société bostonienne ; plus qu'un soldat, il est d'abord et avant tout un aventurier – mais il sait très bien que les galons peuvent être porteurs d'aventures, à condition d'être au bon endroit au bon moment. Au milieu des combats, par ailleurs, Scull est un érudit – qui cite volontiers les poètes, récite en grec ou en latin, et dont les allusions culturelles saugrenues laissent systématiquement perplexes ses hommes : hein, quoi, Napoléon ? Et qui c'est, ça, Hannibal ? Scull, d'une certaine manière, a en fait tout pour être agaçant, et même insupportable. Seulement voilà : c'est un héros. Oh, rien de « moral » à cet égard, notre homme n'est pas le dernier à faire couler le sang, et, s'il jure par « la Bible et l'épée ! », sans doute est-il plus épée que Bible ; enfin et surtout, son ego surdimensionné ne l'amène guère à prendre en considération les autres… Qu'importe : ce qui compte, c'est qu'il est tellement haut en couleurs, tellement plus grand, tellement plus fort, tellement plus tout… le charisme écrasant du bonhomme paralyse ses comparses comme le lecteur, qui ne peuvent tout simplement pas en dire du mal, et sont même régulièrement portés à l'admirer pour l'exception qu'il est. Sans doute était-ce le seul homme à pouvoir véritablement se confronter à Ahumado. Et il lui fallait une femme au moins aussi haute en couleurs… Mais je parlerai d'Inez Scull un peu plus tard.

Kicking Wolf, nous l'avions déjà croisé dans La Marche du Mort. Ce Comanche se définit par sa fonction : il vole des chevaux. C'est le meilleur à ce petit jeu. Personne ne vole des chevaux comme Kicking Wolf. Nulle vantardise, ici, rien que des faits – ce qu'il démontre avec une certaine forme de classe en soustrayant peu ou prou sous ses yeux le cheval légendaire du légendaire Inish Scull, pourtant lancé sur sa piste justement pour mettre fin à ses larcins… Kicking Wolf, ici, est celui par qui tout commence, d'une certaine manière. Et je crois que ça lui confère des attributs peu ou prou mythiques – à la façon d'un trickster, disons ? Pas de manière générale, certes. Mais il en a le défaut récurrent : une certaine arrogance, derrière la malice… S'emparer du cheval de Scull était en soit un exploit, mais qui ne lui suffit pas – désireux de briller davantage encore, il se rend auprès du redoutable Ahumado pour lui faire don du cheval légendaire. Une très mauvaise idée… Mais cela participe de son essence, au fond : tellement doué dans sa partie que la manière dont il s'y prend relève peu ou prou du surnaturel, Kicking Wolf ne se montre pas toujours très malin en dehors… Ou bien est-ce qu'il est également, voire avant tout, un rêveur ?

Buffalo Hump, lui aussi découvert dans La Marche du Mort, aurait sans doute bien des choses à dire à ce sujet. En fait, le voleur de chevaux l'irrite régulièrement – et si les deux Comanches se croisent plus qu'à leur tour, liés par le sang et la tribu, ils ne s'apprécient guère. Ils s'estiment, pourtant, d'une certaine manière : le voleur reconnaît en la personne du bossu le dernier grand chef des Comanches, et ce dernier ne saurait nier le génie dont fait preuve Kicking Wolf à l'occasion – ils ont tous deux cette stature mythique qui les élève au-dessus des autres Comanches. Mais Buffalo Hump, c'est sans doute la classe au-dessus encore : il est littéralement le dernier des Comanches. Un chef aussi brutal qu'intelligent, prompt à violer, torturer, tuer, prompt à vaincre enfin – la pire des menaces planant sur les Texas Rangers, qui vivent dans la crainte permanente de tomber dans une de ses embuscades. Woodrow Call et surtout Augustus McCrae n'y ont réchappé que par miracle, dans La Marche du Mort ; ce souvenir les hante, et les pousse à admirer, en même temps, leur si redoutable adversaire – lequel, ainsi que ses hommes, en a autant à leur service : Silver Hair McCrae, et plus encore Gun-in-the-Water, sont connus de tous les Comanches – et, parmi les Texans, seul Inish Scull peut en dire autant. Mais la gloire de Buffalo Hump est d'un autre ordre – et, bien au-delà de ces affaires personnelles, il entend offrir à son peuple un baroud d'honneur, une grande offensive concertée qui pousserait jusqu'à la mer… Meurtres, viols, destructions : le chef comanche n'est pas un tendre, il est même tout sauf ça – nulle vision Bisounours des guerres indiennes, si l'auteur ne fait bien sûr pas non plus dans la charge unilatérale, et consacre à ses personnages indiens la même attention, extrême, qu'à ses personnages texans, aussi sont-ils aussi marquants. Mais viendra enfin, pour Buffalo Hump, le temps de mourir – il se sait vieux, et d'un autre monde… Il est la Lune comanche. Notez qu'ici, comme en d'autres endroits, Larry McMurtry, s'est inspiré de personnages et de faits réels, mais sans y asservir son récit : il y a bel et bien eu un chef comanche du nom de Buffalo Hump, et dont le plus grand fait d'armes fut, en 1840, un grand raid dans tout le Texas, que la mer seule a arrêté… Les dates ne correspondent pas, il ne faut pas trop s'attacher à cette image (comme dans le cas de Bigfoot Wallace dans La Marche du Mort), mais je suppose que ça méritait tout de même d'être relevé.

Évoquons une dernière figure mythique – la plus troublante peut-être… Il s'agit d'Ahumado, et il est une véritable incarnation du mal – mais sur un mode plus brutal que le Juge dans Méridien de sang, de Cormac McCarthy, plus intemporel aussi. En fait, c'est un personnage insaisissable, littéralement, et dont on ne sait pas grand-chose. le bandit mexicain, surnommé « Black Vaquero », sème la terreur avec sa bande cosmopolite, dans le nord du Mexique et le sud du Texas. L'horrible personnage prise les supplices raffinés, les tortures les plus atrocement inventives : il terrifie tout le monde, et d'abord ses propres hommes – qui restent pourtant à ses côtés, sans doute justement parce que cette peur omniprésente ne leur laisse pas d'alternative. Mais qui est-il ? À deux ou trois reprises, on semble avancer qu'il serait un Maya (si cela veut dire quelque chose au milieu du XIXe siècle ?) ; il semble bien entretenir une relation avec les jungles loin au sud, et Jaguar – paysage et animal-totem dont les Texans comme les Comanches n'ont tout simplement pas idée. Mais cela renforce son caractère anachronique – et terrifiant, comme une ombre surgie du passé… Un homme (un homme ?) qui a son destin entre ses mains. Un homme sans pareil – car le mal est trop banal chez les autres. Il faudra bien un Inish Scull pour ne serait-ce que le déstabiliser temporairement... et encore le Yankee n'en sortira-t-il certainement pas indemne.

D'autres figures du roman ont quelque chose de mythique, mais leur statut de seconds rôles me dissuade d'en faire davantage état ici – pensez à ce couple de Français qui tient un saloon désert en un endroit paumé du nom de… Lonesome Dove ; mais j'y reviendrai !

FIGURES HUMAINES

Cependant, à ces figures qui me font l'effet d'être mythiques, il faut bien sûr en associer d'autres, qui brillent quant à elles par leur humanité. le lecteur est fasciné par ceux qui précèdent, mais ils sont au-delà de l'identification – ceux dont je vais parler maintenant en sont par contre des véhicules tout désignés. Ils n'en sont pas moins complexes – car c'est au fond cette complexité qui fait les bons personnages, puisqu'elle fait l'humanité.

Au premier chef, il faut bien sûr citer nos héros, Woodrow Call et Augustus McCrae – en rappelant toutefois que Larry McMurtry use d'une multiplicité de points de vue, changeant sans cesse mais avec une grande habileté narrative, ce qui fait que les deux capitaines ne se voient finalement pas accorder beaucoup plus de champ que tous les autres personnages du roman (mais peut-être vaudrait-il mieux l'exprimer à l'envers). Cependant, ils sont nos compagnons, depuis La Marche du Mort jusqu'à Lonesome Dove (et après ?). Et ce sont toujours des personnages aussi magnifiques – y compris dans ce qu'ils ont d'agaçant. Membres des Texas Rangers depuis une dizaine d'années maintenant, ils ont considérablement plus de bouteille que les petits cons qu'ils étaient quand ils avaient intégré la milice, à l'époque de la Marche du Mort. Ils sont sans doute de bons Texas Rangers, meilleurs que beaucoup. La décision d'Inish Scull de les nommer capitaines a beau être précipitée, on peut supposer que le fougueux Bostonien n'aurait pas pu tomber mieux. Mais la nouvelle n'enchante finalement pas tant que ça nos deux amis, qui c
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          41
Arakasi
  12 juillet 2017
Quinze ans se sont écoulés depuis « La Marche du Mort » et Woodrow Call et Augustus McCrae sont maintenant des texas rangers aguerris. Ils ont arpenté la Frontière de long en large, combattu et tué comanches et pistoleros jusqu'à l'écoeurement, et tout ça pour un salaire de misère et une reconnaissance encore moindre. Les voici maintenant bombardés capitaines puisque leur ancien officier, l'excentrique capitaine Inish Scull, vient de leur fausser compagnie pour partir à la poursuite son cheval enlevé par le célèbre voleur de chevaux comanche Kicking Wolf. Face à leurs nouvelles responsabilités, nos deux larrons restent fidèles à eux-mêmes : Call prend son nouveau poste comme il prend toute chose, c'est-à-dire mortellement au sérieux, et Gus s'en fiche éperdument et profite juste de son nouveau statut pour asticoter davantage ses comparses. C'est peut-être là l'ultime sagesse. Dans le monde atroce de la Frontière où les enfants sont massacrés, les femmes violées à tour de bras, les colons scalpés ou écorchés pour un oui ou pour un non, la seule solution est peut-être d'en rire. Car si on n'en riait pas, on en deviendrait surement complétement fêlé…
Horreur et humour, violence et burlesque, il n'y a que McMurtry pour concilier avec autant de talent ses extrêmes. Sur une même page, il parvient à nous arracher un hoquet d'horreur et un sourire d'attendrissement. Une séquence de torture particulièrement épouvantable peut être suivi par une hilarante séance d'arrachage de poils de nez et ceci sans la moindre fausse note, sans la moindre trace de mauvais goût. Miraculeux, je vous dis ! le souffle épique qui m'avait tant transportée dans « Lonesome Dove » est bien toujours là mais est doublé d'un délicieux sentiment d'absurdité. Pendant 700 pages, on voit Call et Augustus zigzaguer du Mexique au Texas pourchassant bandits et comanches sans jamais réussir les croiser. Ils ratent la grande attaque de Buffalo Hump sur Austin, arrivent systématiquement en retard à chaque affrontement, ne participeront même pas à la Guerre de Sécession, manquant complétement leur rendez-vous avec l'Histoire. Par conséquent, le sous-titre un brin pompeux choisi par Gallmeister, « Lonesome Dove : l'affrontement », me fait doucement rigoler.
Niveau personnages, c'est avec un immense plaisir que l'on retrouve nos vieilles connaissances de « Lonesome Dove » plus jeunes de vingt ans et avec beaucoup de plomb dans la cervelle en moins. Sans être arrivés au sommet de leur maturité, loin s'en faut, Call et Augustus commencent à beaucoup ressembler à ceux qu'ils seront vingt ans plus tard. Ils ont déjà leurs petites manies et leurs indécrottables défauts, leurs habitudes de vieux couple, passant leur temps à se chamailler et à se chercher mutuellement des poux – enfin, surtout Augustus, Call lui subit en faisant la gueule. Ils sont batailleurs, courageux, têtus, très cons par moment, surtout avec les femmes, mais toujours irrésistiblement humains.
Parlons-en, tiens, des femmes ! Plus nombreuses que dans « La Marche du Mort », elles sont pourtant bien à plaindre, croyez-moi… Il faut dire que si la vie est dure sur la Frontière, elle l'est particulièrement pour les femmes à qui on demande tant sans jamais rien donner en retour. Car une chose est sûre : ce n'est pas des hommes que viendra le salut ! Elle l'a bien compris, Clara, qui, tout en aimant Augustus, persiste à le repousser car elle ne lui fait pas confiance – à raison, hélas. Elle devrait le comprendre, Maggie, qui attend désespérément de Call un geste de tendresse ou de reconnaissance. Dans « Lune Comanche », on se brise le coeur non par cruauté, mais par ignorance, par incompréhension mutuelle, hommes et femmes restant de perpétuels étrangers. Comme le dit le poète, au Texas comme partout ailleurs, « il n'y a pas d'amour heureux… »
Tout ça pourrait verser dans le tragique et le pathos, mais McMurtry ne le fait jamais. Tout au long du récit, sa plume conserve sa vitalité et sa chaleur humaine. C'est triste, c'est gai, c'est horrible, c'est cocasse, c'est épouvantable, c'est merveilleux… C'est la vie, quoi ! A consommer sans modération.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
encoredunoir
  23 juillet 2017
Second prequel de Lonesome Dove, Lune comanche prend place entre La Marche du Mort et Lonesome Dove. Gus McCrae et Woodrow Call ont achevé leur mue après la désastreuse expédition de Santa Fe qui se trouvait au centre de la Marche du Mort et nous les retrouvons donc plus de dix ans plus tard, dans les années 1850. Toujours rangers, leur activité principale consiste, sous le commandement d'Inish Scull, fascinant personnage de capitaine de la bourgeoisie bostonienne obsédé par l'aventure, à traquer les Comanches.
Très vite, Larry McMurtry pose une intrigue principale en trois bandes. D'abord Inish Scull et ses rangers voudraient mettre la main sur Buffalo Hump, le légendaire chef comanche qui, depuis les jeunes années de McCrae et Call a des comptes à solder avec eux. Kicking Wolf, le voleur de chevaux de la bande de Buffalo Hump rêve de voler l'imposante monture de Scull. Dans les montagnes de la frontière entre le Texas et le Mexique, Ahumado, bandit mexicain docteur es-tortures de captifs écorche avec régularité les voyageurs qui ont le malheur de passer trop près de son repaire.
Scull a un vieux compte à régler avec Ahumado qui, quelques années auparavant, a tenté d'abattre son cheval. le vol de l'animal par Kicking Wolf qui, pour accomplir un exploit qui lui permettra d'entrer dans la mémoire de son peuple, décide de mener son butin à Ahumado est prétexte pour Inish Scull à partir à l'aventure et, pourquoi pas, à se venger du bandit mexicain. Ce départ est aussi l'occasion pour Gus McCrae et Woodrow Call de devenir à leur tour capitaines des Rangers et donc de se confronter à la dure réalité du commandement d'une institution certes respectée par la population mais tributaire d'une administration plus préoccupée par les économies et les contingences politiques.
Autour des quêtes de Kicking Wolf et d'Inish Scull se développent donc plusieurs fils narratifs secondaires : le passage de Call et McCrae aux responsabilités et leurs histoires sentimentales respectives, l'affrontement entre Buffalo Hump et son fils, Blue Duck.
Surtout, autour de ces histoires qui courent des années 1850 à la fin de la guerre civile, et ainsi que l'évoque clairement le titre de ce volume, c'est le crépuscule de la nation comanche que raconte McMurtry. Dans La Marche du Mort, Buffalo Hump se souvenait de la prophétie de sa grand-mère évoquant la fin de son peuple. Elle se réalise ici lentement. Décimés par les épidémies apportées par les colons, les Comanches ne peuvent plus que tenter quelques derniers barouds d'honneur. Collectifs comme la grande attaque menée par Buffalo Hump ou individuels à l'image de l'exploit de Kicking Wolf, ils ne suffiront bien sûr pas à rendre sa puissance à leur peuple qui choisit soit de courber l'échine et de rejoindre les réserves, soit, comme Blue Duck, de rompre avec les traditions et de s'allier avec les différents renégats qui courent la frontière pour piller et tuer.
Une nouvelle fois McMurtry confère à son récit un souffle exceptionnel par le biais d'une écriture riche, d'une description approfondie de chacun des personnages que l'on aura l'occasion de croiser, de leurs motivations, de leurs croyances, de la façon dont ils réfléchissent – ou pas – leurs actes. Ces personnages, d'ailleurs, sont ici particulièrement fascinants. Il y a bien entendu Gus McCrae et Woodrow Call auxquels on a eu le temps de s'attacher et que l'on regarde évoluer, et bien entendu de nouveaux, à commencer par Inish Scull et son goût de l'aventure poussé jusqu'aux limites de la folie, mais aussi Ahumado et son mystérieux goût pour la terreur, Kicking Wolf, Famous Shoes l'éclaireur à la recherche du trou duquel seraient sortis les ancêtres de son peuple ou Blue Duck et Buffalo Hump, tiraillés entre deux mondes et deux époques. Ce basculement, Larry McMurtry le fait aussi ressentir en laissant une large place aux pensées de ses personnages indiens et d'Ahumado, qui voient le monde à travers le prisme de croyances qui, de plus en plus, prennent l'apparence de sombres prophéties ou de la recherche d'une Arcadie disparue.
Voilà donc de nouveau un impressionnant roman de Larry McMurtry, sombre, touchant, pas dénué d'humour cependant et extraordinairement riche. On n'attend plus maintenant que le dernier volume de la série, Streets of Laredo, dont on espère que la traduction viendra vite.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Frunny
  20 juillet 2017
Plusieurs histoires en une, liées les unes aux autres, forment la base du roman.
Les projecteurs sont braqués sur les grands chefs Comanches.
"Kicking Wolf", voleur de chevaux émérite et impitoyable guerrier.
"Buffalo Hump" au sinistre palmarès de scalps, bien connus des Rangers pour ses sanglantes incursions dans les villes texanes.
"Ahumado" (surnommé Black Vaquero), bandit mexicain, sans foi ni loi et redoutable tortionnaire.
Sous le commandement du Capitaine Inish Scull, une troupe de Rangers au sein de laquelle nous retrouvons Augustus McCrae et Woodrow Call.
Des Rangers qui ont pour mission la défense de la Frontière du Texas (avec le Mexique) en pendant les voleurs de bétail et en affrontant les indiens belliqueux.
Mais les Grands Espaces de la prime jeunesse d'Augustus et Woodrow, sont de moins en moins sauvages.
Les colons ont emmené dans leurs bagages, les épidémies de choléra et de variole qui vont décimer les rangs des guerriers indiens.
L'armement de pointe des "tuniques bleues" et la disparition accélérée des bisons auront raison de la vaillance des Comanches et autres tribus.
Une lente agonie pour certains, la négociation pour d'autres pour accepter de s'installer dans des réserves.
La guerre de sécession (entre le Nord et le Sud) comme une parenthèse pour ces peuples autochtones.
Au delà de l'Histoire en marche, celle d'Augustus et de Woodrow est mouvementée.
Augustus McCrae n'épousera pas Clara, Woodrow ne reconnaîtra pas sa liaison avec Maggie Tilton et leur fils Newt (Newton).
2 hommes qui menacent de quitter les Rangers mais qui ne vivent que pour l'aventure.
Un immense roman qui mêlent l'Histoire de la construction des états-unis, d'un grand Peuple Indien; les Comanches et celle de nos 2 héros.
L'auteur rend hommage à la jeunesse des 2 hommes (cf. "La Marche du mort " ) et annonce les ouvrages à venir (cf. Lonesome Dove 1 et 2 déjà parus)
Lonsemone Dove n'est "qu'un endroit dégagé, idéal pour installer une ville"....dirigé par Thérèse Wang, une française au caractère bien trempé.
Quel bonheur de retrouver Gus et Woodrow, Rangers expérimentés, accompagnés de comparses attachants.
Un roman empreint de nostalgie.
Les prophéties des vieux indiens Comanches se réalisent, un peuple en voie d'extinction et des Rangers aux missions restreintes.
Je ne peux que vous inviter à chevaucher dans les vastes plaines désertiques du llano ou beauté et danger seront vos compagnons.
Une oeuvre magistrale !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
SagnesSy
  07 septembre 2019
Parution en format poche (Totem) pour cette bonne petite brique qui offre à tous les amoureux de Lonesome Dove une nouvelle plongée dans cet univers à nul autre pareil. On y retrouve Gus et Call avant les deux tomes épiques mais après leurs débuts en tant que Texas Rangers. On voit ainsi ce qui les a façonnés, ces années marquées par l'implantation inexorable de l'homme blanc. On s'intéresse aussi beaucoup aux femmes, à leur sort si peu enviable en cette époque magnifiant la violence. Et de cette violence, il est énormément question. Ahumado, coté Mexicain, passé maître dans la torture sadique, nous occasionne quelques scènes bien difficiles à supporter, quand Buffalo Hump ou Kicking Wolf tempèrent leur propre brutalité par une observation d'une certaine forme de politesse. Chez les indiens, que les texans le comprennent ou pas, l'honneur est chose importante. Les paysages sont grandioses, les espaces infinis et quelle galerie de personnages ! Monsieur et Madame Scull défient tout entendement et notre Clara, égale à elle-même, brise le coeur de Gus, tandis que Maggie s'éreinte en vain à aimer Call. On y est entièrement, et dès les toutes premières pages on se fait happer par un immense plaisir de lecture.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
topocltopocl   20 janvier 2018
Que les choses soient mystérieuses ne les rendait pas moins valable. Le mystère des oies volant vers le Nord l'avait toujours habité ; elle volait peut-être jusqu'au bout du monde, aussi avait-il composé un chant pour elles, car il n'y avait pas plus grand mystère aux yeux de Famous Shoes que celui des oiseaux. Tous les animaux à sa connaissance laissaient des empreintes derrière eux, mais les oies qui déployaient leurs ailes et s'envolaient vers le Nord n'en laissaient aucune. Les oies devaient savoir où vivaient les dieux, pensait Famous Shoes, et du fait de cette connaissance, les dieux les avaient exemptés d'empreintes. Les dieux ne voudraient pas qu'on vienne les voir en suivant simplement une piste, mais leurs messagers, les grands oiseaux, étaient autorisé à leur rendre visite. C'était une chose merveilleuse à laquelle Famous Shoes ne se lassait jamais de penser.
A la fin de son chant, Famous Shoes vit que le jeune Blanc s'était endormi. Au cours de la journée, il n'avait pas été assez confiant, il s'était épuisé dans d'inutiles courses. Le chant qu'il venait de terminer avait peut-être eu un effet sur les rêves du jeune homme ; peut-être qu'en vieillissant, il apprendrait à faire confiance aux mystères plutôt qu'à les redouter. La plupart des Blancs ne pouvaient pas faire confiance aux choses autour d'eux tant qu'ils n'arrivaient pas à les expliquer ; mais les plus belles, comme le vol des oiseaux sans trace, demeurait à jamais inexplicables.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
fannyvincentfannyvincent   07 juin 2017
Le capitaine Inish Scull aimait se vanter de n’avoir jamais été mis en échec dans la poursuite d’un ennemi félon – comme il se plaisait à le formuler – qu’il soit espagnol, sauvage ou blanc.
Commenter  J’apprécie          40
EveduChambonEveduChambon   04 décembre 2017
Amado coupa le dernieer pan du sac : la tête fumante d'Hector le scrutait depuis le rocher plat. Le sommet de son crâne avait été soigneusement découpé afin que sa cervelle cuise. ...... Scull contempla la grande fosse. Hector fut rapidement consommé. Les gens au fond de la fosse semblaient s'être baignés dans une pluie de sang....... Puis il tourna les talons, dégaina son couteau et entreprit de couper des morceaux de chair dans les joues de son grand cheval.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
yannjouetyannjouet   15 juin 2017
La survie, c'est plus joyeux que la torture, rétorqua Call. Prenez soin de vos armes et de vos chevaux, vous éloignez pas du groupe. Si vous respectez les consignes, la pire chose que vous aurez à subir, c'est d'écouter Gus McCrae parler de putains sept jours sur sept.
Commenter  J’apprécie          20
eirene62eirene62   29 août 2017
Kicking Wolf savait pourtant qu'avoir toutes les raisons d'être contente ne signifiait pas qu'une personne était contente, surtout si la personne en question était une femme.
Commenter  J’apprécie          20
Videos de Larry McMurtry (22) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Larry McMurtry
La Dernière Séance (The Last Picture Show), un film américain en noir et blanc de Peter Bogdanovich sorti en 1971. Trailer.
autres livres classés : westernVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les personnages de Lucky Luke

Je suis le personnage secondaire "réel" le plus présent dans la série et je fais ma première apparition dans l'album "Hors-la-loi". Dès ma deuxième apparition, dans "Lucky Luke contre Joss Jamon", je prends les traits d'un jeune bandit coléreux, petit, nez retroussé, taches de rousseurs et incisives en avant, je suis la parfaite caricature des jeunes adolescents.

Lucky Luke
Jolly Jumper
Rantanplan
Joe Dalton
Billy the Kid
Calamity Jane
Roy Bean
Buffalo Bill
Jesse James
Sarah Bernhardt
Wyatt Earp
Abraham Lincoln
Edwin Drake
Mark Twain
Allan Pinkerton

15 questions
121 lecteurs ont répondu
Thèmes : bd jeunesse , bande dessinée , bande dessinée humour , western , western humoristique , bd franco-belge , personnages , Personnages fictifsCréer un quiz sur ce livre
.. ..