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Critique de DETHYREPatricia


Livre lu dans le cadre du #Prix des Auteurs Inconnus 2023, catégorie Blanche dont je suis l'un des jurés. https://www.facebook.com/prixdesauteursinconnus/
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Ce livre n'entrait pas d'emblée dans mes votes dans cette catégorie et s'est retrouvé malgré tout dans les cinq finalistes présélectionnés, comme quoi il devait avoir quelque intérêt pour mes collègues jurés. Ainsi, démocratie oblige, je me suis astreinte à l'obligation qui m'était faite de lire ce livre en son entier, et je ne suis pas mécontente de l'avoir fait car cela m'a permis de découvrir une auteure avec un évident potentiel, pour peu qu'on aime son style plutôt consensuel.

Néanmoins, l'impression d'ensemble plutôt fade et maussade que j'avais eue de ce livre lors de la découverte de sa couverture (que je trouvais graphiquement trop scolaire et décalée par rapport à la thématique), de son résumé (bien que plutôt attractif, lui, car il y avait l'idée d'une enquête policière) et de son extrait présélectionné (plutôt pas trop engageant et quelque peu "plan-plan") s'est hélas confirmée à la lecture du livre complet.

Comment dire ? C'est propre, très bien écrit même si c'est dans un registre de langue plutôt courant et simple. La syntaxe est bonne ainsi que l'orthographe. L'écriture est fluide ainsi que la progression narrative... Mais, je n'ai vraiment pas été transportée dans cette histoire somme toute tellement banale des difficultés naissantes dans un couple (qui, manifestement, ne se connaît pas vraiment bien) et de leurs conséquences.

Je me suis ennuyée à l'évocation de la vie quotidienne de Clara, trentenaire, gentille petite fille de ses parents aimants, gentille petite femme soumise à son mari, vivant dans un magnifique et paisible paysage du Pays de Gex (entre Jura et Suisse) dans une belle maison cossue, sans travail ni autre enfant, et disposant de moyens financiers confortables, qui n'a somme toute d'autres préoccupations que celles de se préparer à l'arrivée de son premier enfant et de préparer le nid de celui-ci.

Une trentenaire qui ne semble pas vraiment concernée par la réalité de sa vie conjugale (on dit qu'il n'y a pas plus aveugle que celui ou celle qui ne veut pas voir) hormis celles liées aux contingences matérielles (le ménage, les courses, tout faire pour que son cocon soit le plus confortable possible), ni par les "absences" de son mari, alors même qu'il est physiquement dans sa maison.
Drôle de conception du couple, plutôt largement patriarcale ! Drôle de modèle de la femme qui pourtant, pendant des décennies, s'est battue pour obtenir l'indépendance par le travail et par la concrétisation de ses objectifs personnels et professionnels. Mais, je concède, que chacune est libre de vivre comme elle l'entend... pour peu qu'il s'agisse réellement de son choix. Et on verra que c'est loin d'être évident.

Par contre, ce qui m'a surtout intéressée c'est cette façon subtile de montrer "l'effet papillon" que peut avoir un événement lointain (dans le temps, ou dans les lieux) vécu dans une autre réalité sur sa propre réalité.
Définition (source : L'internaute.fr : Expression nous venant de l'anglais « butterfly effect » tirée d'une conférence d'Edward Lorenz. L'effet papillon est matérialisé par une chaîne d'événements qui se suivent les uns les autres et dont le précédent influe sur le suivant. Ainsi, on part d'un événement insignifiant au début de la chaîne pour arriver à une chose catastrophique (ou du moins très différente de la première) à la fin.

Car ce n'est qu'à la faveur d'une plainte déposée contre son mari par une ancienne salariée (partie suite à un burn-out) pour "harcèlement moral" et de l'enquête menée par une commissaire particulièrement impliquée (on le sait, la réalité est loin d'être celle-ci dans les commissariats) que Clara verra son quotidien se transformer de façon conséquente. Quoique, elle n'est dans un premier temps, que spectatrice subissant les événements, et reste toute convaincue de la non culpabilité de son mari. D'ailleurs, elle s'en fait la principale avocate, n'imaginant pas un instant que l'image projetée par son mari ne puisse être la réalité de sa personnalité. Crédulité quand tu me tiens !
On se demande ce qu'elle serait devenue s'il n'y avait eu, sur sa route, cette volonté d'une autre femme de faire entendre sa voix.

On verra aussi que l'effet papillon a également agi, sur un plus long terme, dans l'histoire du mari, lui-même confronté à une violence insidieuse au sein du couple de ses parents, violence qui a forgé certains aspects de sa personnalité. D'ailleurs, ce n'est pas anodin si le livre commence par une scène de violence conjugale où deux enfants se retrouvent terrorisés par les cris entendus. Ceci explique cela... Même si je crois que l'on ne peut généraliser.

Donc, en tant que lectrice, c'est plutôt par l'enquête menée par la commissaire pour découvrir la réalité de cette personnalité que j'ai été intéressée. Notamment, par l'évocation de ce qui constitue une situation de harcèlement moral dans l'entreprise et ses conséquences professionnelles et personnelles (burn-out) sur la personne qui en fait les frais. Pour l'avoir vécu, cette évocation est plutôt réaliste.

J'ai apprécié aussi la façon dont l'auteure explique ce qu'est le "chant de la grenouille" et cette métaphore très signifiante- que je connaissais déjà - qui tend à montrer et démontrer les conséquences d'être régulièrement confrontée à une violence insidieuse qui ne semble pas en être une mais qui néanmoins laisse sa marque indélébile... Comme dirait l'autre, cela a le mérite d'être dit clairement... Et toutes les lectrices (et j'espère les lecteurs aussi pour contrôler leurs réactions premières) qui en prendront connaissance seront de fait avertis et peut-être un peu plus vigilants.

Donc, un livre un peu longuet (345 pages dont à mon sens on aurait pu enlever une centaine), avec une fin certes positive mais vraiment trop peu développée, qui a le mérite d'aborder deux thèmes de société importants : le harcèlement moral en entreprise et la violence faite aux femmes dans un couple, mais qui, à mon goût, a manqué de punch, de revendication (hors la commissaire qui se bat pour d'autres), de rythme.
Peut-être que la solution formelle pour y parvenir aurait-elle consisté à intercaler des chapitres où le mari prendrait la parole et dévoilerait ainsi son côté sombre et marquerait ainsi le décalage entre perception et réalité ?

Enfin, j'ai particulièrement apprécié en fin d'ouvrage la présence d'une bibliographie sommaire détaillée permettant d'aller plus loin sur ces différents thèmes (pervers narcissiques, harcèlement moral, femmes sous emprise...) des sources précieuses pour des lectrices susceptibles, comme Clara, d'ouvrir les yeux sur leur vécu et d'agir en faveur de leur délivrance.
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