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ISBN : 2253083593
Éditeur : Le Livre de Poche (14/11/2018)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 29 notes)
Résumé :
A Mégapolis, les habitants, tous aveugles, circulent grâce à des capteurs électro-acoustiques. Gabr recouvre la vue et découvre une telle misère qu'il pense être sujet à des hallucinations. Le ministère du Contrôle où il se rend diagnostique chez lui une psychose des espaces lointains. A la suite de sa rencontre avec Oksas, chef révolutionnaire, il a des doutes sur la sincérité du ministère.
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Le_chien_critique
  14 novembre 2017
Une dystopie sur la vérité. Une réécriture de la célèbre allégorie de la caverne de Platon.
Plus de deux milles ans après, un questionnement toujours d'actualité.
Prêt à retirer ses oeillères ?
On entre de plein coeur dans le quotidien de Grab, jeune aveugle ayant des hallucinations remettant en question toute sa vision du monde inculquée depuis sa tendre enfance. Dès lors, son destin semble lui échapper, il n'aura de cesse de tenter de trouver sa propre voie. La première fois qu'il voie réellement la mer est sublime, décrivant avec ses mots obsolètes un univers dont le vocabulaire ne lui permet pas de comprendre ce qu'il a devant lui : la mer et ses vagues, l'horizon, les nuages et les mouettes. Bref, ce fameux espace lointain.
L'auteur, pour créer son univers, aurait pu opérer un simple changement d'état des personnages, passant de voyant à non-voyant, mais il a préféré à mon plus grand bonheur modifier en profondeur notre société pour la faire correspondre à l'état de cécité de ses personnages. de l'architecture à la vie politique en passant par la technologie, l'éducation et le vocabulaire ou la psychiatrie, tout est au service d'un monde aveugle. Pour nous immerger, le récit de Gabr Silk est entrecoupé d'extraits de journaux, manuels, de journaux intimes, de poésie, d'émissions de radio ou de télévision et de rapports d'Etat. Loin de provoquer une rupture dans l'histoire, ces intermèdes se produisent au moment opportun, nous permettant de mieux comprendre cette société totalitaire.
L'auteur se refuse à nous donner des repères géographiques ou historiques pour cadrer sa dystopie, cela ne m'a pas dérangé, le texte étant surtout une fable philosophique.
Petit bémol cependant sur la psychologie du personnage principal à quelques moments, ce dernier changent d'opinion un peu trop rapidement du fait d'ellipse sans que le lecteur comprenne réellement les raisons de ces revirements.
Refusant tout manichéisme, Jaroslav Melnik renvoie dos à dos pouvoir politique totalitaire et opposants, à chacun de trouver son chemin. La fin ouverte ne pouvant être qu'une conséquence de cette liberté. Devant certains choix moraux à effectuer devant la vérité, le libre arbitre n'est pas la panacée.
Une forme et un fond au service du thriller et des idées, une belle découverte pouvant plaire aux fans de dystopies et à ceux qui désireraient une réflexion profonde sur la vérité, le contrôle social, le pouvoir et le libre arbitre.
Lu dans le cadre d'une opération Masse critique Babelio
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encoredunoir
  02 septembre 2017
« J'aime ces nouvelles sensations, je me sens différent. C'est comme si je m'étais réveillé. Je n'ai pas envie de sombrer à nouveau dans le sommeil. Cependant, je ne sais pas comment vivre avec mon nouvel état. J'ai chaque jour plus envie de me servir de mes yeux : c'est tellement plus pratique, plus simple, incomparable avec l'espace proche ! Mais alors, qui suis-je au sein de cette mégapole ? Au sein de l'Union gouvernementale ? Quelle est ma place ? Je ne la trouve pas. »
Psychose de l'espace lointain ? C'est en tout cas ce qu'affirment les médecins du ministère du Contrôle de l'Union gouvernementale qui examinent Gabr Silk, jeune étudiant brillant qui, dans un monde où la population est aveugle, vient inexplicablement de ressentir de nouvelles et étranges sensations grâce à ses yeux. Car la population de la Mégapole vit dans un « espace proche ». Privée depuis des temps immémoriaux de la vue, on lui a appris que rien ne pouvait exister au-delà de l'endroit où elle vit. Or, en recouvrant la vue, Gabr doit se rendre à l'évidence : s'il n'est pas sujet à des hallucinations, alors il existe un espace lointain et donc la possibilité d'un ailleurs. Un ailleurs d'autant plus attirant lorsqu'il s'aperçoit que la Mégapole n'est qu'un immense empilement de niveaux recouverts de câbles et de tuyaux dans lequel une population de loqueteux vit dans des bunkers crasseux.
Dès lors, Gabr est placé face à un profond dilemme que viennent encore aggraver ses rencontres avec un groupe de terroristes composés d'anciens voyants que l'Union gouvernementale s'est employée à rendre de nouveau aveugles, puis avec les voyants qui dirigent ce monde. Doit-il dire à ses anciens congénères que leur bonheur est factice, entretenu par leur aveuglement, et donc le briser ? Doit-il détruire ce monde dans lequel les aveugles ne sont, sans le savoir, que des pions au service d'une minorité ? Ou bien, doit-il accepter les choses telles qu'elles sont, abandonner ses proches et rejoindre les voyants ?
Dystopie vertigineuse et extrêmement bien menée à travers un exercice réussi d'écriture qui mêle récit à la troisième personne, coupures de presses, extraits d'émissions radio ou télédiffusés, fragments de textes interdits par les autorités, articles encyclopédiques et journaux intimes, Espace lointain est une métaphore subtile du monde sécurisé – sécuritaire – dans lequel nous vivons aujourd'hui. Jaroslav Melnik, lui-même fils de déportés au goulag, sait à quel point le glissement du sécuritaire au totalitaire peut-être un mouvement lent, indolore, mais inéluctable. Il parle ici de l'acceptation qui relève moins de l'approbation que du simple désir d'éviter tout inconfort et qui finit par ressembler à un renoncement et, bien entendu, des choix cornéliens face auxquels se trouve le lanceur d'alerte. Enfin – surtout – Melnik n'offre pas de solution définitive et force ainsi le lecteur à se poser lui aussi ces questions inconfortables (ou à les remiser dans un coin perdu de son esprit pour éviter de les regarder en face). Autant dire qu'en ces temps troublés, Espace lointain se révèle être, plus qu'un beau et très réussi roman, un livre salutaire.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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Maks
  05 décembre 2018
Je vous l'annonce tout de suite, je ne connaissais pas du tout ce roman, jamais entendu parlé avant sa sortie poche (il était sorti en grand format chez "Aguillo" mais je ne sais pas pourquoi je ne l'avais pas repéré), et au final c'est une excellente dystopie à la croisée de "1984" de George Orwell et de "L'aveuglement" de José Saramago, ce qui n'est pas rien, deux oeuvres phares du genre.

Tout au long de ma lecture j'ai pu m'identifier au personnage principal en me posant constamment la question "mais qu'est-ce que je ferai ? ça doit être terrible comme situation", ne jamais avoir eu la vue comme sens (à l'instar du reste de la population), ne même pas savoir que cela existe ou a existé, et d'un seul coup y voir !! Être pris pour un malade en pleine crise de démence !

De plus visuellement, même si ce n'est pas "beau", au contraire, on est plongé dans ces lieux par l'auteur de manière à ce que chaque détail nous saute aux yeux (sans mauvais jeu de mots avec le sujet du livre) dans une mégapole ultra high-tech (un peu comme dans Futu.Re de Dmitry Glukhovsky), justement car le roman est écrit comme quelqu'un qui découvre la vue, immersion totale garantie. Empathie accentuée au vu des événements que subit la population.

Complexe philosophiquement parlant, très facile d'accès à la compréhension tout de même, ce roman ne fait pas dans la demi-mesure, on accroche au sujet ou pas, mais l'indifférence est impossible. Les lectrices et lecteurs en recherche d'une dystopie axée "adultes" avec des questionnements d'éthique, de philosophie et de politique seront servis. À lire.
Sur le blog :
Lien : https://unbouquinsinonrien.b..
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jeinus
  17 septembre 2017
"Si nous nous considérons comme des êtres libres, nous ne pouvons pas rejeter l'idée que l'impossible existe. Pourquoi devons-nous réprimer notre imagination? Supposons que les hallucinations dues à tes glandes lacrymales soient la réalité.. Tu perçois ce que personne ne peut percevoir"
Mégapolis. Dans une société futuriste peuplée d'aveugles où même le mot "voir" a disparu, et où les habitants se déplacent grâce à des capteurs acoustiques, le jeune Gabr Silk, brillant étudiant, recouvre mystérieusement la vue.
Pensant être sujet à des hallucinations, car le concept même de ce sens est oublié, il se rend au Ministère du contrôle où on lui diagnostique une "psychose de l'espace lointain".
Cet espace lointain est considéré comme une véritable maladie au sein de cette société d'aveugles qui ne peut simplement pas comprendre cet état car elle a été conditionnée depuis l'enfance à concevoir uniquement son espace proche.
Seulement ce que l'ouïe, le toucher, l'odorat et le goût peuvent percevoir.
Ce changement de paradigme pour Gabr va tout d'abord le terrifier, puis, s'y habituant, son sens critique et son libre arbitre se développant, une envie d'ailleurs va grandir en lui. Car si l'espace lointain existe bel et bien, cela signifie que la Mégapole n'est pas tout ce qui Est, comme il l'a toujours cru.
La vue aidant, il découvre l'envers du décor dans lequel il a grandit, la saleté, les enchevêtrements de câbles et de tuyaux qui s'empilent sur des dizaines de niveaux, les conditions de vie déplorables des citoyens qui vivent dans des bunkers insalubres comme des loqueteux, rampant quasiment sur le sol.
A la suite de sa rencontre avec un chef révolutionnaire, son destin va prendre une tournure pour le moins inattendue.
Dystopie géniale et réflexion philosophique des plus poussée, qui sous la plume de Jaroslav Melnik prend simultanément la forme d'un récit à la troisième personne, de fragments de textes interdits par les autorités, de recueils de poésie, d'extraits de journaux intimes, d'émissions de radio et de télévision, de coupures de presse, ce roman est un véritable pied de nez aux régimes sécuritaires et autoritaires qui step by step réduisent les libertés individuelles des citoyens.
C'est un récit qui possède en son sein de nombreuses pistes de réflexion, à tel point qu'il peut être difficile d'en parler, car chacun trouvera des éléments qui le feront réfléchir, il faut le lire pour le croire ! Cette prouesse démontre la qualité de l'auteur, car bien souvent les plus grandes dystopies sont celles, qui, malheureusement, se rapprochent le plus de la réalité, en tout cas d'une réalité à venir.
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Ingannmic
  03 décembre 2017
Je ne sais plus sur quel blog j'ai découvert le billet qui m'a donné envie de lire ce titre, mais depuis, je le vois fleurir sur les étals de toutes les librairies où il est mis en évidence, et c'est tant mieux, car "Espace lointain" est en effet un excellent roman.
Gabr a perdu la félicité des ingénus depuis qu'il a recouvré la vue. Il vit dans un monde peuplé d'aveugles qui s'ignorent, puisque la cécité est un état devenu "naturel" sans doute des siècles auparavant. le concept même de vision a disparu.
L'Union gouvernementale dirige la Mégapole où vivent ces individus. Ils y circulent grâce à un système acoustique perfectionné, leurs déplacements se limitant aux trajets séparant leur habitation de leur lieu de travail.
La perte du sens visuel a modifié la perception de l'environnement, en amputant les êtres de la capacité à l'abstraction, à imaginer l'ailleurs, le lointain. Ils ne conçoivent pas le monde en-dehors de leur espace proche -les quelques mètres qui les entourent-, auquel se limite leur environnement. de même, ils vivent dans l'immédiat, ce qui n'est pas perçu par l'ouïe ou le toucher n'existant pas.
Sans curiosité, sans joie, terrorisés par l'inconnu, ils sont dépendants des installations leur permettant d'évoluer dans la zone restreinte de leur quotidien, et leurs sentiments, faibles et routiniers, sont eux-mêmes conditionnés par leur espace proche, puisque leur attachement, déterminé uniquement par la proximité physique, ne peut viser que celui ou celle qui leur tient compagnie dans cet espace. Incapables de "visualiser" l'autre en son absence, car amputés de la notion d'ailleurs et d'apparence -qui permet de concevoir que les choses ou les individus existent par eux-mêmes-, ils ne ressentent ni l'éloignement, ni la séparation permettant de renforcer les liens, d'aimer autrui en tant qu'entité distincte, pour ce qu'il est, et non par rapport à l'espace qu'il remplit autour de nous.
Ils sont, enfin, privés d'Histoire, d'idéologie : passifs, ignorant qui a bâti la mégapole et qui l'a organisée, ils se soumettent sans aucun questionnement à l'autorité de cette nébuleuse entité qu'est l'Union gouvernementale. Leur sécurité et leur bien-être sont de fait associés à la notion de "limite".
Aussi, l'acquisition de la vue est d'abord, pour Gabr, un immense traumatisme. Il faut dire que la Mégapole offre une image d'horreur : inextricable forêt d'armatures sombres, multiplication de pylônes à perte de vue, superposition de strates métalliques, de dalles de fer suspendues dans le vide formant rues et avenues... une fourmilière sans fin, gigantesque usine de vie, monstrueuse machine d'assistance artificielle où évolue une masse d'individus courbés, vêtus de haillons, habitant d'obscurs et sales bunkers.
Mais Gabr découvre aussi, hors de la Mégapole, la mer, l'horizon, le vol des mouettes... voir est douloureux, mais aussi grisant. Il ne peut concevoir d'être dorénavant privé de la vue...
Abordé par un groupe de terroristes constitué d'anciens voyants qui veulent bouleverser l'organisation de la mégapole et révéler la vérité aux citoyens, pourchassé par les forces de l'ordre de l'Union qui veulent le "soigner" (le rendre de nouveau aveugle), il se sent perdu. Ses proches -sa fiancée, notamment- comme les autorités sont en effet persuadés qu'il est malade, atteint d'hallucinations.
Contraint de remettre en cause toutes ses certitudes quant au sens de son existence, aux relations qui l'unissent aux autres, au système même qui a déterminé son mode de vie et de pensée, Gabr est désespérément seul. Il ne se sent plus d'appartenance à la communauté dont il est issu, ne peut s'empêcher d'éprouver pour ses anciens semblables une compassion mêlée de mépris. Son monde familier lui est devenu étranger, insupportable. Il ne sait que faire de cette vérité qu'il détient désormais et que, par peur, étroitesse d'esprit, ou simple impossibilité à la concevoir, ses semblables refusent d'entendre.
Par ailleurs, la découverte de l'espace lointain lui a donné soif de nouveaux horizons...
Vous l'aurez compris, "Espace lointain", au-delà de sa dimension fictionnelle, interroge sur le caractère parfois douloureux de la liberté et de la responsabilité que confèrent la connaissance et la lucidité. Etre voyant -ou visionnaire- est à la fois merveilleux et terrifiant, l'ignorance pouvant à l'inverse sembler bien confortable.
Dans un monde d'aveugles où les voyants sont rois, dans quelle mesure incombe-t-il à ces derniers d'instruire leurs concitoyens, de leur transmettre une part de leur savoir ? Il est facile et tentant, sous prétexte que la vérité peut se révéler insupportable, de maintenir dans l'ignorance ceux que l'on peut ainsi asservir sans peine...
Un roman à la passionnant et fort intelligent.
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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critiques presse (1)
LeMonde   01 septembre 2017
On vit sans voir à Mégapolis. Un jour pourtant Gabr recouvre la vue. Pour son malheur ? Jaroslav Melnik signe un prenant roman initiatique.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Le_chien_critiqueLe_chien_critique   14 novembre 2017
Nous avons plaisir à être protégés : tous sans exception nous aimons cette puissance, comme une femme la virilité de son amant. Et si quelqu'un risquait un mot hardi : «Réveillez-vous ! Vous vous complaisez dans votre servitude ! Vous êtes incapables de faire un pas sans être commandés ! N'avez-vous donc aucune estime pour vous-mêmes ? » Oh! On taillerait l'impertinent en pièces pour le punir de son insolence. Car nous avons suffisamment d'amour propre pour ne pas souffrir un tel manque de respect à notre égard. Et alors, nous prendrons le parti de nos créateurs tout-puissants, car, selon eux, nous sommes dignes de considération et nous incarnons la plus haute des vertus : nous sommes des citoyens honnêtes. Nous ne nous laisserons pas humilier de la sorte. Et nous n'avons aucune raison de nous remettre en question. C'est plutôt toi, insolent, que nous allons réduire en miettes !
Seulement, voilà : peu importe l'opinion de la majorité, la vérité et l'esprit sont indestructibles. Ce n'est pas parce que nous ne trouvons pas d'alternative à notre vie actuelle que cette alternative n'existe pas.
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encoredunoirencoredunoir   02 septembre 2017
J’aime ces nouvelles sensations, je me sens différent. C’est comme si je m’étais réveillé. Je n’ai pas envie de sombrer à nouveau dans le sommeil. Cependant, je ne sais pas comment vivre avec mon nouvel état. J’ai chaque jour plus envie de me servir de mes yeux : c’est tellement plus pratique, plus simple, incomparable avec l’espace proche ! Mais alors, qui suis-je au sein de cette mégapole ? Au sein de l’Union gouvernementale ? Quelle est ma place ? Je ne la trouve pas.
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Charybde2Charybde2   20 janvier 2018
Gabr longeait le boulevard Central, concentré sur le froissement des pieds et les voix des passants. Soudain, se surprenant lui-même, il arracha les emplâtres de ses paupières. Une foule de fantômes fourmillait autour de lui : emmitouflés dans des hardes indescriptibles, recroquevillés sur eux-mêmes, ils avançaient lentement, comme ivres, titubant d’un côté ou de l’autre. Gabr était pétrifié, abasourdi : à un mètre de lui, les fantômes changeaient de trajectoire et poursuivaient leur itinéraire occulte. Leurs visages tournés vers le sol dévoilaient une préoccupation profonde. Ces chimères émergeaient à un bout de boulevard et se perdaient à l’autre. L’extrémité du boulevard paraissait si lointaine que Gabr se sentit soudain terriblement seul. Il avala précipitamment un comprimé de bicefrasole et attendit, immobile : petit à petit, son esprit s’enlisa dans une quiétude obscure, le monde rétrécit jusqu’aux dimensions de l’espace proche. Finalement, il retrouva son état normal et avança, les yeux couverts de brouillard, concentré sur les mouvements des autres passants.
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Charybde2Charybde2   20 janvier 2018
– Votre frayeur, liée à la perception de l’espace, est tout à fait compréhensible, continua la voix. Les hallucinations spatiales sont connues depuis la nuit des temps. On a même répertorié des cas de psychose massive.
– Cependant, l’espace existe, dit Gabr.
– Absolument, répondit la voix. Mais il s’agit de l’espace proche, vous le savez aussi bien que moi. En ce moment, vous et moi, nous nous trouvons dans l’espace proche. Ou que vous soyez, vous serez toujours dans la zone de cet espace proche. Les sentiments de sécurité, de bien-être sont liés à cette perception de l’espace. Vos organes sensoriels sont endommagés et provoquent des hallucinations que la terminologie médicale nomme le syndrome de l’ « espace lointain ». C’est un dérèglement très sérieux dans votre perception du monde environnant. Il arrive parfois que même les organes rudimentaires, tels que l’appendice, suppurent et nuisent à la santé du corps et de l’esprit. Les yeux ne font pas exception…
– Les yeux ne sont pas un organe rudimentaire, murmura Gabr.
– Vous avez raison, acquiesça la voix, ils ont toujours été utiles en tant que glandes lacrymales. Mais, comme vous le savez, parfois, les organes développent des facultés parallèles à leur fonction première. Même un organe digestif tel que l’estomac est capable de produire des sons, les ventriloques maîtrisent très bien cette capacité. La différence, c’est que la ventriloquie ne nuit pas à la santé mentale de l’être humain, tandis que dans votre cas votre esprit subit des préjudices considérables, ce qui vous a incité à venir nous consulter de votre plein gré, n’est-ce pas ?
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PascalPaleHardiPascalPaleHardi   12 février 2018
Et si nous vivions dans un monde peuplé d’aveugles, un monde aménagé pour vivre avec ce handicap, handicap qui n’en est plus un puisqu’aucun des habitants de la Mégapole n’a conscience de sa cécité et est persuadé que le monde se limite à son espace proche… Mais Gabr, jeune étudiant devient voyant ! Tout le monde le persuade qu’il est malade, qu’il faut soigner ses hallucinations avant qu’il ne sombre dans la folie et qu’on lui pose des caches oculaires, voire même qu’on opère une intervention plus radicale !
Le lecteur va cheminer aux côtés de ce héros, tiraillé entre les certitudes de ses proches, les révélations des terroristes s’opposant au régime qui gère la Mégapole et sa recherche de la Vérité… Et si cette Mégapole n’était qu’une métaphore de notre société ? Et si les questionnements de Gabr nous interrogeaient sur le sens que nous voulons donner à notre vie et nos engagements ?
Une écriture qui mêle les supports (récits, journaux intimes, poèmes interdits, interviews, articles de presse) pour nous faire embrasser les différents points de vue. Un roman de science-fiction bien « encré » dans notre présent qui ne manquera pas d’ébranler vos certitudes.
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