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Jean-Paul Sartre (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070419207
Éditeur : Gallimard (20/11/2002)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 23 notes)
Résumé :

« J'ai entrepris cet inventaire de la condition du colonisé d'abord pour me comprendre moi-même et identifier ma place au milieu des autres hommes Ce que j'avais décrit était le lot d'une multitude d'hommes à travers le monde. Je découvrais du même coup, en somme, que tous les colonisés se ressemblaient ; je devais constater par la suite que tous les opprimés se ressemblaient en quelque mesure. » Et S... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Luniver
  07 juin 2013
Comment s'organisent les rapports entre colons et colonisés ? La base de la relation est une domination économique. le colon est le roi : vie moins chère, justice favorable, passe-droits administratifs. Les colonisés fournissent une main d'oeuvre extrêmement bon marché, d'où découlent tous les profits de la colonie.
Pourtant, le colon sait qu'il est un intrus : la seule vue des colonisés lui fait prendre conscience qu'il n'est pas chez lui. Difficile également de ne pas se rendre compte de tous les avantages injustifiés dont il profite. S'engage alors un délicat processus de justification de sa présence : dénigrement du caractère des colonisés (voleur, fainéant, sale) tout en laissant la situation en l'état (salaire de misère, travail abrutissant, aucun travail d'aménagement effectué).
Les sentiments d'humanisme n'aident en rien : le colon ne se sent pas proche du colonisé et n'est pas prêt à partager son sort, ni même à renoncer à ses avantages. Et les « droits des peuples à disposer d'eux-mêmes » devient gênant quand ledit peuple ne songe pas à s'organiser de la manière dont vous voulez.
La description du colonisé a été la plus intéressante, car plus actuelle. La colonisation ne s'arrête pas à une déclaration d'indépendance. Pendant plusieurs décennies, la culture des colonisés a été mise en pièce : leur langue n'était pas parlée, les fêtes religieuses et nationales étaient celles du colon, ... Quand celui-ci part, il faut retrouver une identité propre : que ce soit en allant rechercher des traditions d'avant la colonisation, plus vraiment adaptées au monde moderne, mais qui ont le mérite de lui appartenir pleinement ; en refusant de suivre le modèle de vie proposé par le colon, quitte à s'enfermer... dans des clichés coloniaux ! « En pleine révolte, le colonisé continue à penser, sentir et vivre contre et donc par rapport au colonisateur et à la colonisation ». Et elle ne s'achèvera vraiment que quand son omniprésence dans les pensées cessera.
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dido600
  24 décembre 2018
Juif de Tunisie en contact avec les colonisateurs aussi bien qu'avec les colonisés, proche des seconds bien plus que des premiers, Albert Memmi entreprend, démontre qu'ils sont dans une perpétuelle interdépendance, liée au système colonial, qu'ils ne peuvent se définir que les uns par rapport aux autres. Deux parties, étroitement reliées, deux faces d'une même réalité. Pour Memmi, tout colonisateur ne peut être qu'un privilégié, fût-ce relativement, par rapport aux indigènes ; et il est toujours un «usurpateur», puisque ses privilèges ne sont pas légitimes, et il le sait. D'où, d'une part, une mauvaise conscience, qui atteint son paroxysme chez l'homme de gauche. Et, d'autre part, un mépris de soi, du fait de sa médiocrité, consubstantielle au système colonial, qui incite le colonialiste à s'appuyer sur son prétendu patriotisme et sur le prestige de la métropole pour essayer de se justifier à ses propres yeux ; conformément à ce que Memmi appelle le «complexe de Néron», il recourt aussi à tous les stéréotypes racistes, qui sont autant de mystifications visant à naturaliser l'oppression et à dresser des barrières inamovibles entre les races. Ce faisant, il manifeste des tendances fascisantes.
le colonialiste fait du colonisé un portrait mystificateur. Mais le colonisé, dépourvu de tout droit, constamment soumis et humilié, et en état permanent de carence, est souvent amené à se conformer au miroir qu'on lui tend. J-P Sartre écrivait dans la préface de la première édition : «Une impitoyable réciprocité rive le colonisateur au colonisé, son produit et son destin». Certains (colonisés) tentent bien de s'assimiler, et donc de s'aliéner culturellement, mais l'assimilation, refusée par le colonisateur, n'est qu'un mirage. La révolte est donc inévitable. Pour assurer la cohésion du mouvement de révolte, l'élite des colonisés en arrive souvent à la dépasser et à basculer dans la révolution pour tuer totalement «le colonisé». Nationaliste, «parce qu'il devait lutter pour l'émergence et la dignité de sa nation», il ira jusqu'à affirmer les «valeurs refuges», régressives, que sont la tradition, la famille et, plus encore, la religion, ce qui est lourd de dangers, une fois l'indépendance obtenue.
L'Auteur : Ecrivain et philosophe franco-tunisien. Né en décembre 1920 à Tunis de père juif italien et de mère juive sépharade d'ascendance locale. Langue maternelle : l'arabe. Etudes universitaires à Alger puis à la Sorbonne. Enseignant. Une grande oeuvre tournant autour de la difficulté de trouver un équilibre entre Orient et Occident. Fondateur du concept de judéité au début des années 70, comme base de son travail d'exploration de l'être juif. Ce concept, dont il jeta les bases, sera ensuite utilisé par de nombreux philosophes. Plusieurs oeuvres dont un premier roman (largement autobiographique), en 1953, avec une préface de Albert Camus. le «Portrait du colonisé (précédé) du Portrait du colonisateur» a été publié en 1957 (Buchet-Chastel), avec une préface de Jean-Paul Sartre. Il est apparu, à l'époque, comme un soutien aux mouvements indépendantistes.
Avis : «Une grande voix singulière de l'anticolonialisme»... un texte étincelant de vérités, peut-être incompréhensible pour les nouvelles générations car, avec la mondialisation–globalisation (même des pouvoirs politiques) et les Tic, d'autres formes de «colonialisme» sont nées. Il peut, aussi, être mal interprété, par les «anciens», qui vont, peut-être, le mettre (ou mettre certains extraits) au service de leur (s) cause(s).
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Cularo
  20 décembre 2011
Excellente analyse d'Albert Memmi,qui décrit ce qui se passe dans l'intériorité d'un individu qui a connu la colonisation;son infériorité ce syndrome est tellement intériorisé que le mal continu en lui même quand il est libre.
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anthonyt101
  06 mai 2013
J'ai la vieille version avec un chapitre sur la question des québécois, à savoir s'ils sont colonisés.
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Ximo
  08 mars 2019
un must-read pour comprendre une parti de l'histoire de la colonisation.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   03 juin 2013
S'accepter comme colonisateur, ce serait essentiellement [...] s'accepter comme privilégié non légitime, c'est-à-dire comme usurpateur. L'usurpateur, certes, revendique sa place et, au besoin, la défendra par tous les moyens. Mais, il l'admet, il revendique une place usurpée. C'est dire qu'au moment même où il triomphe, il admet que triomphe de lui une image qu'il condamne. Sa victoire de fait ne le comblera jamais : il lui reste à l'inscrire dans les lois et dans la morale. Il lui faudrait pour cela en convaincre les autres, sinon lui-même. Il a besoin, en somme, pour en jouir complètement, de se laver de sa victoire, et des conditions dans lesquelles elle fut obtenue. D'où son acharnement, étonnant chez un vainqueur, sur d'apparentes futilités : il s'efforce de falsifier l'histoire, il faut récrire les textes, il éteindrait des mémoires. N'importe quoi, pour arriver à transformer son usurpation en légitimité.
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LuniverLuniver   07 juin 2013
Pendant comme avant la révolte, le colonisé ne cesse de tenir compte de colonisateur, modèle ou antithèse. Il continue à se débattre contre lui. Il était déchiré entre ce qu'il était et ce qu'il s'était voulu, le voilà déchiré entre ce qu'il s'était voulu et ce que, maintenant, il se fait. Mais persiste le douloureux décalage d'avec soi.
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LuniverLuniver   05 juin 2013
Il existe, enfin, d'autres possibilités d'influence et d'échanges entre les peuples que la domination.
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dido600dido600   24 décembre 2018
«Celui qui n'a jamais quitté son pays et les siens ne saura jamais à quel point il leur est attaché «(p 139),
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dido600dido600   24 décembre 2018
Mais quels privilèges, quels avantages matériels méritent que l'on perde son âme ?»(p 148).
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Video de Albert Memmi (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Albert Memmi
A l'occasion de la réédition du "Mirliton du ciel" aux éditions Chemins de tr@verse, Albert Memmi revient sur ce livre (son seul recueil de poésie !), sa signification pour lui, et son rapport à sa Tunisie natale.
Dans la catégorie : ColonisationVoir plus
>Science politique>Migrations internationales et colonisation>Colonisation (28)
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