AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2081425106
Éditeur : Flammarion (23/08/2017)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 430 notes)
Résumé :
4° de couverture

Depuis qu'il est enfant, Daniel Mendelsohn sait que son grand-oncle Shmiel, sa femme et leurs quatre filles ont été tués, quelque part dans l'est de la Pologne, en 1941. Comment, quand, où exactement ? Nul ne peut lui en dire plus. Et puis il découvre ces Lettres désespérées écrites en 1939 par Shmiel à son frère, installé en Amérique, des lettres pressant sa famille de les aider à partir, des lettres demeurées sans réponse…
>Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (68) Voir plus Ajouter une critique
Erveine
  17 juillet 2014
C'est un très beau livre. Daniel Mendelsohn nous explique l'objet de sa recherche.
Shmiel, son grand-oncle, sa femme et leurs quatre filles ont été tués, durant la seconde guerre mondiale, dans l'est de la Pologne, en 1941. Il va parcourir le monde et faire des allers-retours, de Bolechow en Ukraine, en Australie, en Suède, au Danemark et en Israël, puis une dernière fois, revenir à Bolechow, pour marcher dans les pas de Shmiel.
Il nous parle des ‘Aktions' allemandes lors de l'extermination des Juifs, celles des Allemands, mais aussi des Ukrainiens et du paradoxe des contextes de ‘temps ‘, celui de la guerre et de l'après guerre. Les bons Ukrainiens d'aujourd'hui dont l'accueil est si chaleureux et les mauvais Ukrainiens d'hier, ceux des milices, idem, des bons et des mauvais Juifs. Mais, qui est-on pour juger et surtout que savons-nous, qu'aurions-nous fait, nous, en de pareilles circonstances ?
Non ! Il ne juge pas, il ne veut pas juger. D'ailleurs, on ne lui dit pas tout, on ne peut pas tout lui dire et il y a des choses qu'on ne sait pas, tout simplement. Mais qu'est-ce qu'il cherche en fait ? Il en va de l'espoir au désespoir, celui de ne rien trouver là et de trouver ici des éclaircies qui lui donnent accès à des périodes de sérénité et même de ravissement, à l'évocation de souvenirs qui lui sont restitués, comme : « elle avait de belles jambes, elle était très jolie, elle était amoureuse... » Des périodes de son enfance : « les chaussures bien rangées, alignées à l'extérieur, à l'entrée de la maison. Non ! On ne pénétrait pas chaussé à l'intérieur... » Et jusqu'à ces souvenirs des savoirs faire en cuisine, des saveurs et des repas traditionnels, voire, ceux des rituels, puis les mots. Ces accents qui sont les reflets d'une parenté, d'un passé bien précis et de cette vie d'ailleurs, celle de ces gens-là. Non ! Ce n'est pas à proprement parler celle de l'oncle Shmiel, mais des moments d'intimité des autres familles, des familles qui se rapprochent de la sienne et donc, une intimité qui a pu être, la sienne, à Shmiel, comme celle toute semblable qu'il partageait avec son grand-père, celui qui savait si bien lui transmettre, de son être, de cette part de lui, à travers les histoires qu'il lui racontait et qui le transportait, lui, le petit Daniel. Cet enfant qu'on regardait bizarrement et dont la ressemblance avec Shmiel provoquait les pleurs, une attitude qui ne manqua pas de le troubler et d'attirer justement son attention sur cet oncle, celui, dont on ne parlait pas, dont on ne parlait plus, un silence, qui attisera sa curiosité jusqu'à cette détermination.
Écrire un livre. Ne pas renoncer. Aller jusqu'au bout de ses résolutions.
Oui ! C'est bien cela qu'il cherche Daniel, à travers tous ces récits, la reconstitution de son héritage affectif, de ces familles et de la sienne propre. Ce prolongement du grand-père qu'il a tant aimé et qui lui manque. C'est aussi ce que cherchent, tous ceux qui n'ont pas connu leurs vrais parents. Surtout au moment d'accueillir une nouvelle descendance. La femme, quand elle a tant besoin, avant d'enfanter, d'augmenter ces repères, comme si une conscience aveugle lui dictait qu'elle avait à transmettre à son tour et qu'il lui manquait, à elle, ses propres connaissances.
Il va même se battre contre le temps, ce temps qui passe et qui efface tout. Il s'attachera à Madame Begley jusqu'à son dernier instant, celui d'après, juste après qu'elle lui dise : « je vous aime, vous savez ».
C'est une belle oeuvre dont la construction est très agréable à lire. Les faits sont retranscrits de façon véridiques et sans exagération, sans extrapolation. Daniel fait mention des passages de la bible qui nous éclairent intelligemment et qui ont un effet réparateur, si je puis dire, l'effet de tempérer l'atmosphère autant que de l'expliciter, quand à l'esprit de la fratrie, par exemple, quand Cain tue Abel et puis des faits de théologie qui nous éclairent autant que la philosophie peut nous aider à comprendre que précisément, le fait de comprendre n'est pas absoudre, si ce n'est en nous, le refus d'être cela, c'est-à-dire d'accepter que nous soyons aussi nous-mêmes capables de tuer. Ce qui revient à dire que s'il n'est pas question de nier, il n'est pas question non plus de ne pas renier par un effort de compréhension que nous puissions être finalement, que cela.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          545
CorinneCo
  23 juillet 2014
J'écris cette mince appréciation au fil de la pensée (je viens de terminer le livre), donc cela risque d'être assez décousu et chaotique. J'ai toujours été sensible au "sauvetage" de la mémoire quel qu'elle soit. Tout en ayant à l'esprit que la mémoire est perfectible, mouvante, subjective, sélective, qu'elle doit se confronter au fleuve de la vie et à son érosion. Je dis d'emblée que je n'ai rien appris (au sens général) sur ce qui fut nommé "la Shoah par balles" ayant déjà une littérature historique sur le sujet derrière moi mais là en écrivant je me reprends tout de suite, car n'ayant jamais lu de témoignage sur ce qui se passa pour les juifs de la petite ville de Bolechow j'ai donc de ce fait appris quelque chose de plus. Je reviendrai, un jour, (sûrement à travers le livre du Père Patrick Desbois "Porteur de mémoire" ) sur cette période de l'extermination des juifs.
Daniel Mendelsohn part dans une enquête, une quête sur sa "mishpuchah " (famille). Il part au sens propre et figuré sur les trace du frère de son grand-père maternel adoré Abraham. Son grand-oncle Shmiel Jäger et sa femme Ester Schneelicht et de leurs quatre filles : Lorka, Frydka, Ruchele, Bronia, assassinés par les nazis. Cette affirmation énoncée souvent par les personnes les plus âgées de la famille de Daniel Mendelsohn, affirmation teintée de douleur, de mystère dont on parle sans parler. Et puis lui, Daniel il ressemble tant à Shmiel entend-il souvent....
Ce livre est une Odyssée. Récit très dense abordant l'histoire familiale, L Histoire, la Philosophie, la réflexion biblique. C'est aussi une méditation sur la part de hasard et d'inéluctable inscrit dans la vie de chacun. Collectant au fil des années auprès des membres de sa famille mais aussi d'organismes divers une somme considérable d'informations sur la famille de sa mère et de son père (certificats de naissance, certificats de décès, archives de registres de commerces, témoignages écrits et oraux, données généalogiques...) Il le dit lui-même, la seule zone d'ombre, la lacune récurrente est ce grand-oncle et sa famille (à part de très rares photos qu'il dissèque sans rien en retirer de probant). Une phrase, un mot, un nom inconnu, une réflexion anodine le persuade de pousser ses recherches, d'être plus méthodique et plus opiniâtre à sortir cette famille de l'oubli de leur vie.
Mendelsohn qui se décrit comme sentimental, digresse fréquemment, ses passions, ses souvenirs d'enfance, se mêlent souvent au récit.
Peu à peu, de ces témoignages émergera un monde effacé, annihilé, le monde des Shtetls.
C'est une course à travers le globe (on peut appeler cela ainsi puisque souvent l'âge avancé des témoins, impose à Mendelsohn un timing serré). Ce qui importe le plus et ce qui s'imposera de plus en plus dans les questions de Mendelsohn se sera de connaître la vie, d'avoir un nuage de la vie de ces six personnes. Il veut l'écoulement de leur quotidien, l'impression futile du souvenir (il était « toyb » (sourd), fier ; il avait la première radio de la ville ; elle avait de jolies jambes, elle était bonne cuisinière, elle portait son cartable comme ça, etc...).
Bien sûr inutile de rappeler que ceux qui témoignent, les vieilles juives et les vieux juifs de Scandinavie, d'Israël, d'Australie soit, ont pu partir à temps, soit se sont cachés jusqu'à la fin de la guerre. Ce sont donc des témoins "par défaut". C'est une parole réappropriée, passée au tamis de la distance de la réalité. Ce n'est que le récit d'une réalité. Ceux qui l'ont vues et vécues ne sont plus là.
Daniel Mendelsohn pense que malgré tous ses efforts, tous ces kilomètres engloutis, ces pays parcourus, toutes les questions posées et les réponses reçues, il ne saura jamais comment toute cette famille si lointaine et si proche, presque entrée dans son propre mythe a disparu. Même les vieilles et les vieux Ukrainiens de Bolechow sont bien vagues. Combien d'Aktion à Bolechow ? Deux, trois ? Qui a été tué en premier ? La fille la plus jeune ? Avec qui s'est caché Shmiel Jäger ? Ces deux filles les plus âgées ? Qui les a dénoncés ?
Daniel Mendelsohn décide donc de retourner une dernière fois à Bolechow (lui qui déteste revenir dans un endroit qu'il connaît déjà, il le fait presque par acquis de conscience). Il faut clore l'histoire, achever l'accomplissement de la quête. Et puis « genug ist genug ».
Daniel Mendelsohn a la réflexion sensible, « sentimentale », drôle parfois, érudite, douce et respectueuse. Il écrit sur la démarche de chercher,qu'il lie à l'action de création et Création. de cette démarche parfois infime en sortira une chose importante, banale peu importe, mais cette chose obscure et invisible qui pour lui a toujours été là est rendue visible et lisible de part la décision de chercher.
Dans ce retour morne qu'il raconte comme la fin d'une énigme policière, avec un sens indéniable de la narration mais surtout de la « chute », soudain le puzzle s'emboîte. Il trouve.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          368
mariech
  13 septembre 2012
Daniel Mendelsohn entreprend un travail de titan en écrivant ce livre , c'est un témoignage personnel sur une partie de sa famille qui a été exterminée pendant la seconde guerre mondiale , son oncle , sa tante et leurs quatre filles , dont il ne subsiste rien à part quelques photos en noir et blanc .
Une quête qui paraît ne devoir jamais prendre fin à la recherche de traces de vies disparues à tout jamais , ce livre est un travail de mémoire , pour que sa famille revive un peu à travers cette fresque gigantesque , nous partageons un peu le quotidien de cette famille avant sa disparition brutale , son effacement total au monde .
C'est ce qui rend ce récit unique , touchant sans jamais tomber dans le pathos , grâce à ce livre , la famille disparue revit un peu , les quatres jeunes filles au destin tragique ont un peu une seconde chance , celles de ne pas être oubliées à jamais , nous partageons leur quotidien des jeunes filles avec leurs rêves et leurs espoirs .
Ce livre est très bien écrit , pour ma part je l'ai dévoré , malgré le terrible sujet , l'auteur fait preuve d'un réel talent de conteur plein d'humanité .
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          450
Hanha
  21 janvier 2015
Curieux, Daniel Mendelsohn l'a toujours été et comment ne l'aurait-il pas été, lui dont le visage rappelait tant à certaines personnes quelqu'un qui était mort depuis longtemps, qu'elles se mettaient à pleurer en le voyant. Et qui étaient ces personnes, celles qui étaient mortes et celles qui pleuraient, quels liens les unissaient à lui ?
C'est parce qu'il n'aimait pas être confronté à cette masse de relations indifférenciées qui le plongeaient dans la confusion qu'il a passé des années à faire des recherches généalogiques sur sa famille puis à parcourir le monde pour découvrir comment son grand-oncle Shmiel, sa femme et ses quatre filles étaient morts en Pologne dans les années quarante et pour au final organiser le savoir accumulé en écoutant et interrogeant les uns et les autres. Il répondait ainsi à son double désir de connaître et de mettre en ordre ses connaissances, penchant intellectuel apparu dès l'enfance, source de plaisir lorsqu'il il y parvenait mais aussi de douloureuse angoisse quand il se retrouvait devant une masse d'informations réfractaires à l'organisation. Une impulsion du même ordre que celle qui pousse à écrire, imposer un ordre au chaos des faits en les assemblant dans une histoire qui a un début, un milieu, une fin.
De là est né le livre, récit d'une enquête à la recherche d'une histoire aussi horrible soit-elle qui donne un sens à la mort de Shmiel et de sa famille, une histoire qui restitue les pages incomplètes du passé, de celles qui rendent les vivants fous de ne pas savoir, une histoire qui porte réparation à ceux qui ont disparu, une histoire authentique que l'on peut transmettre à ses enfants,et qui devenait incidemment quête à travers ses ancêtres d'une identité juive perçue comme culture plus que comme religion.
Au terme de ses recherches, s'est posée à Daniel Mendelsohn la question de savoir comment reconstruire cette histoire de la manière la moins subjective possible.Il lui fallait rester sur ses gardes, la force des clichés et des habitudes mentales est telle qu'en opérant des suppositions inconscientes à propos des gens, on commet des erreurs dans l'interprétation des événements historiques.
Car où sont les faits, où est la vérité ?Ces témoignages sont des histoires pas des faits, des histoires qui font appel à la mémoire de personnes qui parfois mélangent tout après tant d'années, une mémoire qui joue des tours, élimine ce qui dérange et suit les contours de ce qui lui plaît, des histoires variables d'une personne à l'autre parce que chacun se place au centre de l'histoire qu'il raconte,des histoires qui ne sont pas à l'abri des erreurs et même les textes sur lesquels s'appuient les recherches parfois peuvent en comporter . Comment faire la différence entre une pure confidence arrachée au passé et une rumeur de troisième main érodée et déformée par des années de manipulations ou par les rancunes personnelles ? Comment être au plus près de la vérité ? Personne n'était là pour observer ce qu'il était réellement advenu lors des massacres, on pouvait se faire une image mentale de ce qui s'était passé mais personne ne pouvait savoir ce qu'ils avaient réellement ressenti.
Rapporter l'histoire, c'est le triomphe inéluctable du narrateur qui, suivant sa personnalité et son caractère, conçoit le plan général auquel vont être subordonnés les détails arrivés en temps réel dans l'histoire réelle. Comme tout un chacun, ce narrateur ne peut être que lui-même, prisonnier du temps, des lieux, des circonstances et quelque soit son désir d'apprendre et de savoir, il ne pourra jamais voir que de ses propres yeux, entendre de ses propres oreilles et la façon dont il interprète ce qu'il voit et entend,dépend en dernier ressort de ce qu'il est et pense déjà savoir ou désire savoir.
Le plan du livre suivant la progression de l'enquête, il ne fallait pas que le suspense créé soit l'unique fil conducteur de la lecture, il ne fallait pas chercher à découvrir à tout prix une sorte de drame pour animer la vie impossible à connaître des ces gens au risque d'en faire une caricature,il ne fallait pas les transformer en victimes héroïques dans la pure tradition américaine. Intercaler entre les pages de cette histoire individuelle des textes bibliques permettait de prendre du recul,de la hauteur, de laisser à ces êtres humains leur spécificité et de ne pas en faire des marionnettes manipulées pour les besoins d'une bonne histoire, permettait aussi d'appréhender les questions abstraites que cette plongée dans L Histoire faisait naître sur les conflits humains. Y avait-il une pérennité dans les comportements humains dans une situation donnée, pourquoi certains choisissaient-ils le bien et d'autres le mal, pourquoi un voisin proche devenait-il votre meurtrier ?
Bolechow, le berceau de la famille maternelle de Daniel Mendelsohn, était un endroit où cohabitait trois cultures et tous s'entendaient bien tant qu'ils avaient eu besoin les uns des autres. Là le cosmopolitisme, ce mot si galvaudé, était une richesse et il l'est tant qu'il ne donne pas lieu à un repli identitaire.Dans cette partie de la Pologne orientale passant successivement des mains des Russes à celles des Allemands au gré des traités, Juifs et Ukrainiens avaient en commun d'être deux peuples sans état-nation, opprimés, vulnérables dont la situation évoluait selon la logique d'une tragédie grecque : ce qui était bon pour l'un était mauvais pour l'autre. Il est difficile de croire que les exactions commises par les Ukrainiens décrits par les survivants juifs comme les plus cruels de tous, pires que les nazis, soit l'expression naturelle d'un caractère spécifiquement ukrainien,ces Ukrainiens dont les descendants recevaient aujourd'hui Daniel et sa famille avec chaleur. L'ignominie, n'est pas une caractéristique nationale. Cette généralisation-là, Daniel Mendelsohn ne peut l'accepter, sans doute parce qu'il se situe en dehors de l'événement, mais il peut concevoir qu'une classe de gens qui s'est perçue et a été subalterne d'un autre groupe, puisse éprouver un ressentiment si féroce qu'il explosera en sauvagerie bestiale contre ceux qu'elle juge responsables de sa souffrance.
Il est effrayant de voir comme d'une époque à l'autre, d'une culture à une autre, on retrouve la même source d'inspiration dans le choix des sévices infligés par les tortionnaires, comme ces pyramides de corps humains décrites par les survivants de Bolechow et celles photographiées dans les prisons d'Abou Graib soixante ans plus tard. Etrange symbole que ces pyramides qui pouvaient être considérées comme l'expression la plus précoce du mystérieux instinct de création chez l'homme,celle d'être civilisé ou le symbole parfaitement perverti de l'abandon de ces valeurs civilisées. Comme si tout était contenu dans ce petit triangle,le meilleur des instincts humains et le pire, les sommets de la civilisation et ses profondeurs, la capacité de faire du rien à partir de quelque chose et quelque chose à partir du rien.
Pourtant dans toute cette barbarie, chaque survivant avait été sauvé par un Ukrainien. Il y avait eu des actes de trahison et des actes de sauvetage extrêmement risqués.Comment savoir comment les gens vont se comporter dans ces situations extrêmes, comment ne pas juger et comment juger quand aucun de nous ne fera jamais l'expérience des pressions que certaines personnes ont subies pendant ces années de guerre, des choix inimaginables qu'il a fallu faire, n'aura jamais une idée sur les émotions ressenties. Tout est compliqué, il faut se méfier des généralisations et voir les choses dans leur complexité,là encore à travers les lunettes de la tragédie grecque qu'aime porter l'helléniste Mendelsohn. La véritable tragédie n'est pas dans une confrontation directe entre le bien et le mal mais mais dans un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables auquel il faut ajouter l'extrême fragilité de la civilisation qui peut facilement basculer dans l'ignoble quand règne la faim et la terreur.
Il y a tant qui restera à jamais impossible à connaître. Cette aventure née avec le désir de savoir comment Shmiel et sa famille était mort,conduisait à découvrir comment ils avaient vécu. Ils étaient des gens ordinaires qui avaient eu une vie ordinaire et étaient morts comme tant d'autres.Les disparus, ce n'était pas seulement ces morts, ces sacrifiés dont on avait volé une partie de la vie qui leur restait à vivre. C'était aussi ces survivants interdits de bonheur parce que leur lourd passé avait irrémédiablement brisé en eux cette aptitude à être heureux et puis, dans cette grande dévastation, ces pensées qui ne seraient jamais pensées, ces découvertes jamais découvertes, et cet art jamais créé. En cela quelque part, l'holocauste est toujours en cours.Les disparus ce n'est pourtant pas un livre sur la Shoah, c'est une histoire dans laquelle est incluse la Shoah.
Tant de choses qui resteraient impossibles à connaître et "à la fin tout serait perdu mais pendant un certain temps, une partie peut être sauvée si seulement face à l'immensité de tout ce qu'il y a et de tout ce qu'il y a eu, quelqu'un prend la décision de regarder en arrière, de jeter un dernier coup d'oeil, de chercher un moment parmi les débris du passé, pour voir ce qui a été perdu mais aussi ce qui peut être trouvé.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
Allantvers
  12 juin 2015
J'ai dévoré en huit jours ce gros livre de plus de 900 pages, un livre de mémoire dont la richesse et la profondeur m'ont littéralement happée.
Bien sûr, le volet historique sur la civilisation juive disparue d'Europe de l'Est est passionnant, et je vous mets au défi de ne pas à un moment ou un autre de votre lecture googleliser tel lieu ou tel nom pour en savoir plus. D.Mendelsohn m'a d'ailleurs emmenée au-delà de l'intérêt purement historique, car en extirpant du grand tout indifférencié des victimes de l'holocauste quelques individus précis de sa famille et son entourage à Bolechow, village ukrainien proche de la Pologne, il m'a apporté ce "révélateur de réalité" que j'attendais de son livre.
Mais le récit de cette longue quête n'aurait pas été si riche de sens sans l'honnêteté intellectuelle dont l'auteur a fait preuve dans sa démarche : D.Mendelsohn n'a pas d'a priori sur ce qu'il cherche ni sur ce qu'il va trouver, et prend soin de ne jamais être dans le jugement. Grâce à cet état d'esprit, il laisse sa recherche dévoiler toutes ses richesses propres : "Je croyais et je crois encore que si vous vous projetez dans la masse des choses, vous ferez par l'acte même de chercher se produire quelque chose qui sinon n'aurait pas eu lieu".
Ce faisant, éclairant par des passages de la Bible le lien impossible entre grande et petite histoire, l'auteur déploie au fil de ses découvertes une réflexion sur la mémoire, sur le bien et le mal, sur la communauté, l'identité, le poids du temps et de la vie...
Un témoignage nourri de réflexions d'un calme étourdissant, profondément humain, où l'on va de découverte en émotion, avec le sentiment de parcourir le grand livre du monde.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          384
Citations & extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
CorinneCoCorinneCo   24 juillet 2014
C'était pendant que j'étais en train de penser à cette histoire d'imagination, d'extraction d'une histoire à partir de la chose la plus petite, la plus concrète que je me suis aperçu que Malcia et Shlomo, après notre énorme déjeuner, se souvenaient de certains aliments qu'ils avaient l'habitude de manger autrefois et que de moins en moins de gens savaient cuisiner. Ah, bulbowenik ! s'est exclamé Shlomo, Shumek faisait rouler ses yeux en signe d'approbation et les deux autres se lançaient dans une explication pour que je comprenne ce que c'était : un plat de pommes de terre râpées et d'œufs cuits au four et...
Attentez ! s'est exclamée Malcia. Je crois qu'elle était soulagée de ne plus avoir à parler du passé, après tout ce temps. Restez encore un petit moment et je vais vous en faire !
[...] Je me suis dit, pourquoi pas ? Ca aussi, ça fait partie de l'histoire. Et après tout, ce n'était pas arrivé si souvent qu'un aspect un peu abstrait de la civilisation perdue de Bolechow fût rendu aussi facilement concret. J'ai souri et hoché la tête. Ok, ai-je dit, faisons la cuisine.
Malcia m'a emmené dans la cuisine pour que je puisse la regarder faire. Nous avons râpé des pommes de terre, nous avons battu des œufs, nous avons tout mis dans un plat à gratin. Nous avons laissé cuire pendant quarante-cinq minutes. Nous l'avons sorti du four pour le laisser refroidir. Une fois le plat refroidi, je me suis dit que nous venions de faire un énorme repas, avec beaucoup de vin ; je m'attendais à faire un énorme repas pour le dîner.
Toutefois, j'avais été élevé dans un certain type de famille et je savais quoi faire. Je me suis assis à la table et j'ai mangé. C'était délicieux. Malcia était aux anges. C'est un vrai plat de Bolechow ! a-t-elle dit.
Ce n'est qu'après nous être resservis que nous avons pu nous lever pour partir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
mariecesttoutmariecesttout   10 février 2014
Mais aujourd'hui, je peux voir que la véritable raison pour laquelle je préférais les Grecs, par dessus tous les autres, aux Hébreux, c'était que les Grecs racontaient les histoires comme les racontait mon grand-père. Lorsque mon grand-père racontait une histoire- par exemple celle qui se terminait par Mais elle est morte une semaine avant de se marier- il ne recourait pas au procédé évident de commencer par le commencement et d'en finir par la fin; il préférait la raconter en faisant de vastes boucles , de telle sorte que chaque incident, chaque personnage, mentionné pendant qu'il était assis là , sa voix de baryton déchirante oscillant sans cesse, avait droit à sa mini-histoire, à une histoire à l'intérieur de l'histoire, un récit à l'intérieur du récit, de telle sorte que l'histoire ne se déployait pas ( comme il me l'a expliqué un jour) comme des dominos, une chose se produisant après une autre, mais plutôt comme des boîtes chinoises ou des poupées russes, chaque évènement en contenant un autre, qui à son tour en contenait un autre, et ainsi de suite. D'où le fait, par exemple, que l'histoire qui expliquait pourquoi sa soeur superbe avait été obligée d'épouser son cousin laid et bossu commençait, nécessairement du point de vue de mon grand-père , par l'histoire de son père mourant brutalement , un matin, dans le spa de Jaremcze, puisque c'était après tout le début de la période difficile pour la famille de mon grand-père, des années terribles qui allaient en définitive forcer sa mère à prendre la décision tragique de marier sa fille au fils bossu de son frère, en paiement du prix du passage en Amérique pour commencer une nouvelle vie, mais tout aussi tragique au bout du compte. Bien entendu, pour raconter l'histoire de la façon dont son père était mort brutalement, un matin, à Jaremcze, mon grand-père devait s'interrompre pour raconter une autre histoire, l'histoire de lui et de sa famille, à la période faste, passant des vacances dans certains spas magnifiques à la fin de chaque été, par exemple à Jaremcze, sur les contreforts des Carpates, quand ils n'allaient pas au sud mais à l'ouset, dans les spas de Baden ou de Zakopane,un nom que j'adorais. Ensuite, pour donner une meilleure perception de ce qu'était la vie à l'époque, pendant cette période dorée d'avant 1912 et la mort de son père, il repartait plus loin dans le temps pour expliquer ce qu'avait été son père dans leur petite ville, quel respect il avait inspiré et quelle influence il avait exercée; et cette histoire, à son tour, l'emmenait au tout début , à l'histoire de sa famille à Bolechow depuis que les premiers Juifs y étaient arrivés, depuis la période où Bochelow n'existait pas encore....
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
PiatkaPiatka   20 novembre 2016
Ce que je sais à présent, c'est ceci : il y a tant de choses que vous ne voyez pas vraiment, préoccupé comme vous l'êtes de vivre tout simplement ; tant de choses que vous ne remarquez pas, jusqu'au moment où, soudain, pour une raison quelconque - vous ressemblez à quelqu'un qui est mort depuis longtemps ; vous décidez tout à coup qu'il est important de faire savoir à vos enfants d'où ils viennent -, vous avez besoin de l'information que les gens que vous connaissiez autrefois devaient toujours vous donner, si seulement vous l'aviez demandée. Mais au moment où vous pensez à le faire, il est trop tard.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          314
CorinneCoCorinneCo   24 juillet 2014
Bob nous a raconté une histoire, et de toutes les histoires que nous allions entendre pendant ce voyage, c'est celle qui a le plus affecté mon frère au cœur tendre - sans doute parce que, à la différence des autres horreurs dont nous avons entendu parler et qui défient simplement et, à mon avis, justement toute tentative, aussi bien intentionnée soit-elle, de s'identifier à elles, cette histoire-là concernait quelque chose d'assez petit, d'assez familier, pour être entièrement saisi par les membres innocents de la génération de Matt et moi.
Au moment de la seconde Aktion, à dit Bob, il a fallu que je me débarrasse de mon chien. Croyez-moi, c'est la chose la plus dure que j'ai jamais dû faire. Vous ne pouvez pas imaginer. Je l'avais depuis la naissance, j'avais l'habitude de dormir avec lui sur mon lit et, naturellement, le lit était mouillé le matin et ils ne savaient pas si c'était moi ou lui qui l'avait fait !
Il fallait qu'il emmène son chien et qu'il s'en débarrasse, de peur qu'il se mette à aboyer et ne révèle leur cachette derrière la fausse cloison. Au moment où nous l'avons entendue pour la première fois, Matt, qui adore les chiens, a été bouleversé par cette histoire ; et depuis, c'est l'histoire qu'il va raconter lorsqu'il parle de notre voyage en Australie, ce printemps-là, et veut vous faire comprendre, de façon émouvante, l'horreur que ces gens ont connue : celle de ce petit garçon qui avait dû tuer son chien.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
Under_The_MoonUnder_The_Moon   17 février 2017
Si vous êtes un Juif américain d'une certaine génération, la génération qui, comme la mienne, avait des grands-parents immigrants au début du XX° siècle, vous avez probablement grandi en entendant des histoires sur le "pays", sur des petites villes ou les 'shtetls' dont venaient votre grandpa, votre grandma, ou votre nana ou votre 'bubby' ou votre 'zeyde', le genre de petite ville célébrée par des auteurs comme Isaas Bashevis Singer et dans 'Le Violon sur le toit', le genre d'endroit qui n'existe plus. Et vous pensiez probablement, comme je l'ai pensé pendant longtemps, que c'était des endroits modestes, tous pareils plus ou moins, (...). Le genre d'endroit si ordinaire que peu de gens auraient jugé qu'il valait la peine qu'on écrivît à son sujet, jusqu'à ce que cet endroit et tous les autres comme lui fussent sur le point d'être effacés, leur caractère parfaitement ordinaire paraissant, à ce moment-là, digne d'être préservé.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
Videos de Daniel Adam Mendelsohn (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Daniel Adam Mendelsohn
Pour feuilleter «Feuilleton» .Au sommaire du premier numéro de la revue "Feuilleton" (en librairie le 22 septembre 2011), on trouve Franzen, Orwell ou encore Daniel Mendelsohn. Une vidéo promotionnelle permet de le feuilleter.
autres livres classés : shoahVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1028 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre
. .