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EAN : 9782823617177
380 pages
Editions de l'Olivier (07/01/2022)
3.77/5   37 notes
Résumé :
En 1935, les troupes de Benito Mussolini envahissent l'Ethiopie avec le soutien des ascari, ces combattants érythréens enrôlés dans l'armée coloniale italienne. Vaincu, l'empereur Hailé Sélassié s'exile en Angleterre. En son absence, la résistance s'organise. Telle est la trame historique de ce roman qui a pour héros Kidane - un chef de guerre glorieux -, sa femme Aster et Hirut, une orpheline récemment devenue leur servante. Lorsque Kidane lève une armée et part au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Dans le cadre du book-club de mai-juin du groupe Instagram du Prix Bookstagram, le livre proposé était « le roi fantôme », écrit par l'écrivaine éthiopienne, Maaza Mengiste. Vu que je suis une totale novice en matière de littéraire éthiopienne, je me suis dit que c'était l'occasion de rectifier le tir.

Au final, cela a été une excellente idée car, en plus, le livre retrace tout un pan de l'histoire du pays du 20ème siècle. Alors qu'on peut trouver un florilège de livres traitant de la Seconde Guerre Mondiale en long et en large sur les combats en Europe, les livres sur ce qui s'est déroulé en Afrique à la même période ne sont que peu nombreux.

Pourtant, Maaza Mengiste a écrit un livre qui mérite d'être découvert et lu. Mettant l'accent sur les femmes combattantes, c'est un véritable hommage qu'elle leurs offre, pour leur combativité et leur courage. J'avoue que je ne connaissais pas du tout cette invasion de l'Éthiopie par l'Italie et cela m'a fasciné…

Les quelques difficultés que vous pourriez éprouver à sa lecture (de par le nombre conséquent d'informations et de détails égrenés), vous seront mises de côté et rapidement oubliées par la force d'écriture de l'auteure.

Doté d'une plume fluide, le récit est parfois dur par la cruauté de l'époque et des combats. Malgré tout, ce roman alliant fiction et réalité ne pourra que vous captiver.

Lien : https://www.musemaniasbooks...
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Années 1970. Hirut attend, sur le quai d'une gare, quelqu'un. Dans les mains, elle a une lettre, qu'elle va transmettre. Mais avant que l'on ne sache qui est le destinataire de cette transmission, l'on remonte le temps jusque dans les années 1930, en Éthiopie, alors que Mussolini et ses troupes sont en train d'envahir le pays, menant à la fuite d'Haïlé Sélassié Ier après quelques mois de conflit, et à la résistance de ceux qui ont choisi de rester contre la menace fasciste. Parmi ces combattants, le chef de guerre Kidane, qui parvient à monter une armée, vite rejoint par une autre armée, celle de femmes dirigée par son épouse, Aster, et dans laquelle une certaine Hirut, au départ servante du couple, va prendre une place de plus en plus importante.

Pour raconter cette Histoire de l'Éthiopie, de ce qui l'a menée à cette situation face à l'Italie, des conséquences de la résistance du pays africain face à son oppresseur européen, Maaza Mengiste s'inspire de ses archives familiales, et ainsi lui donne une histoire plus personnelle, plus touchante, d'hommes et de femmes qui vont faire face avec une incroyable force à la monstruosité fasciste - le sort, en effet, réservé, aux prisonniers de la résistance, était monstrueux -.

Elle alterne de fait entre les voix de Kidane, d'Aster - par l'intermédiaire d'un choeur épique qui nous renvoie aux textes guerriers antiques -, d'Hirut, d'Haïlé, d'Ettore, photographe italien qui doit rendre compte des exactions fascistes pour la propagande, alors qu'il est lui-même juif, voix qui vont se compléter, parfois se confondre, pour mieux faire prendre conscience de toute la complexité et de toute l'horreur de la situation.

Le roi fantôme est de fait un roman d'une grande force, qui décrit à la perfection la force dont a fait preuve la résistance éthiopienne face à l'Italie, et qui met en pleine lumière une population souvent oubliée de cette résistance - et ce n'est pas le cas qu'en Éthiopie, il suffit de regarder sous son propre nez, en France - les femmes, qui sont magistralement symbolisées par une épouse et une servante, qui parviennent toutes deux, malgré les exactions, les épreuves, le désir de les ignorer, à devenir les véritables héroïnes de l'histoire.

Sans surprise, j'ai adoré ce roman, qui mêle avec brio Histoire et histoire comme je l'apprécie.
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Avec une plume racée, Maaza Mengiste narre une épopée éthiopienne méconnue qui fait écho au combat de Memnon contre Achille. Memnon en grec ancien signifie « celui qui tient bon ». Et il s'agit bien ici d'une histoire de résistance farouche, celle d'un peuple avili contre un envahisseur bien plus puissant et mieux armé. En 1935, les troupes de Benito Mussolini envahissent l'Éthiopie, appuyées par les ascari, ces soldats érythréens engagés dans l'armée coloniale italienne. L'empereur Hailé Sélassié, impuissant face à cette invasion, fuit le pays pour se réfugier en Angleterre. La résistance est alors menée par Kidane, un chef de guerre décidé à mobiliser tous les hommes vaillants et à réquisitionner toutes les armes disponibles pour combattre l'envahisseur.

L'originalité de ce récit est de rendre aux femmes combattantes la mémoire qu'elles méritent. Car même oubliées par l'Histoire, les guerrières abyssiniennes ont bien existé. Dans son roman, l'autrice compose le portrait de deux femmes de caractère : Aster l'épouse rebelle de Kidane, et Hirut leur jeune servante orpheline. Toutes deux voudront combattre aux côtés des hommes, ne pas rester en arrière. La complexité de leur psychologie et les antagonismes qui les opposent à Kidane sont intéressants à suivre. Tout aussi captivants sont les personnages secondaires de cette histoire, dont les doutes et les faiblesses sont habilement captés. L'Empereur éthiopien déchu, hanté par son passé et sa couardise ; le colonel envahisseur Carlo Fucelli, bientôt qualifié de boucher de Benghazi ; Ettore le photographe et soldat juif italien contraint de capturer les images de la honte, du sang et de la mort ; jusqu'à ce vieux paysan du nom de Minim qui devra porter le costume du roi fantôme.

J'ai aimé ces jeux de focale, ces prises à témoin du lecteur, ces effets narratifs qui immergent tantôt dans l'action, tantôt dans l'introspection. Les chapitres sont courts, entrecoupés d'interludes, de descriptions de photographies, de choeurs. Malgré quelques longueurs initiales, ce roman finit par adopter un rythme nerveux où la voix des femmes est mise en valeur.
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****

En 1935, l'Ethiopie est envahie par les soldats de Mussolini. Malgré la fuite de leur empereur, les soldats éthiopiens organisent le front, la résistance, le combat. Ils ne laisseront pas leur pays, leurs terres, leurs villages aux mains des italiens. Ils vont se battre. Ils se dressent alors avec pour seules armes leur courage, leurs espoirs et leur audace. Aux côtés de Kidane et de ses fidèles soldats, les femmes décident de ne pas rester dans l'ombre…

Le roi fantôme est un roman tout aussi percutant qu'efficace. L'écriture, incisive et tranchante, nous saisit. C'est sur le champ de bataille, entre violence et cruauté, que nous assistons à l'héroïsme méconnu des éthiopiens.

Comme dans toute histoire, les points de vue divergent. Que ce soit le regard d'un colonel sur ses devoirs de guerre, celui d'un chef armé sur sa résistance, ou encore celui apeuré d'un simple soldat qui se doit d'obéir, les images qu'ils nous offrent sont intolérables. Chaque camp cache des horreurs, des peurs, des hontes. Chaque faction a de bonnes raisons de se battre et justifie ses actes.

Et puis il y a l'oeil de ces femmes… Toutes celles qui refusent l'ombre. Toutes celles qui se tiennent droite, debout, malgré les coups qu'on porte à leur corps comme à leur âme. Toutes celles qui, malgré un coeur brisé, se relèvent et affrontent leurs démons… Elles peuvent être aussi cruelles qu'aimantes, remplies de colère comme de compassion. Elles sont la lumière dans les ténèbres de cette guerre, de ces haines, de ces trahisons.

Hirut, fille de Getey et de Fasil, née dans un temps de moisson bienheureuse, ta mémoire perdurera. L'oubli ne t'effacera pas. Tu as ta place parmi les hommes, parmi les forts et tu mérites toute notre admiration…
Lien : https://lire-et-vous.fr/2022..
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Cette épopée puissante nous emmène en Ethiopie, envahie par les troupes de Mussolini, en 1935, jusqu à la victoire miraculeuse de ce peuple de combattants et de combattantes héroïques.
Sans être le moins du monde adepte des récits de guerre, j'ai été happée par le souffle lyrique de Maaza Mengiste, par le rythme de cette narration si particulière, composée de récits de bataille grandiloquents, entrecoupés d'interludes et de choeurs, échappés du théâtre antique. On plonge alors dans des anaphores saisissantes et des métaphores hallucinées, sans jamais perdre de vue la réalité éthiopienne et les drames qui s'y jouent.

L'auteure a voulu rendre hommage aux femmes éthiopiennes qui ne se sont pas contentées de nourrir les soldats, mais ont choisi de prendre les armes." L'histoire de la guerre s'est toujours écrite au masculin, mais la vérité est différente – en Éthiopie, et de tout temps, dans tous les conflits. Les femmes ont toujours été là." Elle a bâti son roman sur son histoire familiale et sur les archives de son arrière grand-mère.

Sans vouloir esthetiser la guerre ou promouvoir une image d'Amazones, elle fait le portrait de femmes qui prennent leur revanche sur la domination masculine et l'esclavage comme Hirut qui « a laissé derrière elle la servitude et fait de son corps une arme ».
C'est en prenant part aux combats que Aster, la femme du guerrier Kidane et Hirut sa servante se libèrent de l'emprise de celui qui les a violées. Mais si les femmes et leurs combats sont admirables, elles restent des personnages de chair et de sang avec leurs faiblesses et leurs souffrances.
Le même traitement est réservé aux héros masculins, sans la moindre trace de manichéisme.
Le guerrier Kidane est un violeur mais c'est parce qu'on lui a appris qu'une femme doit "être prise" et ses tentatives de tendresse échouent parce qu'elles arrivent trop tard.
Ettore, le photographe italien est un lâche qui collabore avec le pouvoir fasciste mais c'est aussi un personnage tourmenté qui craint pour sa vie parce qu'il est juif et qui éprouve de l'empathie pour les victimes.
L'empereur Haïlé Sélassié qui a fui son pays pour se réfugier en Angleterre, obsédé par l'Aida de Verdi, incarne lui aussi cette complexité et cette ambivalence qui font la richesse de chacun des personnages, soignés par la plume de l'auteure.
Quant au roi fantôme, ce paysan jumeau de l'empereur, une fois son rôle achevé, il retourne à l'anonymat auquel il était prédestiné, son nom signifiant " rien".

Ce chant épique, porté par des voix multiples qui s'entrecroisent, est non seulement un moment d'histoire et un hommage à des femmes courageuses, mais aussi un roman magistral.
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critiques presse (1)
LeMonde
06 janvier 2022
Dans un savant dosage de détails documentés et de références homériques, Maaza Mengiste orchestre scènes de combats, d’exactions et d’arrière-front, tandis qu’un chœur chante la gloire ou porte les drames des protagonistes.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Et puis, venues d'on ne sait où, les tendres voix des femmes. Carlo se remet debout, chancelant, et de nouveau braque ses jumelles. Mise au point, réglage, réglage, réglage, car il y a ces tanks, majestueuses bêtes abattues, car ils sont d'acier et de caoutchouc et d'obus, car l'homme est un miracle, mais tout cela ne laisse nulle place aux femmes ni au chant. C'est l'impossible pur, songe-t-il en repérant, sur le champ de bataille fumant, une floraison de robes blanches dont les jupons ondulent au vent. Elles dévalent la colline au mépris des lois de la gravité, au mépris des pierres coupantes et de la chair tendre des pieds, comme si un corps humain pouvait ainsi Se propulser à des angles si improbables avec une grâce si naturelle. II les voit sans pouvoir y croire. Il les entend sans pouvoir les assimiler. Le lieu où il se trouve, parmi le fer et les débris et les balles et le sang, n'autorise ni distosion ni faille. Ce ne sont pas des femmes, décrète-t-il, mais des visions. C'est un mirage, un simple miroitement sur ce sommet dominant la vallée bouillonnante. Ce qui est réel, ce sont les trilles lointains des avions. Ce qui est probable, c'est I'attaque qui s'abattra de ces machines volantes fuselées. Pourtant, les voix persistent.
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Le temps s'est effondré et voici ce qui reste: une invasion. Haile Sélassié relit le télégramme et dévisage son conseiller stupéfait. Il n'a pas envie de demander : Mais comment ? Il ne peut se résoudre à dire: Aussi simplement que ça ? Il ne peut que scruter le bout de papier en disant: La rivière Gash, c'est là que Ménélik a tracé la frontière avec l'Érythrée, il y a quarante ans. C'est ça que l'Italie retient quand elle pense à sa défaite d'alors. Il songe : Mon père m'avait emmené voir cette rivière, il me l'avait montrée fièrement, en me précisant qu'on l'appelait aussi la rivière Mareb. Je fus jadis un petit garçon debout sur la berge, qui regardait ces eaux brunes, accablé d'ennui. Il lève les yeux et replie le télégramme en appuyant fermement sur les bords.
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Les Éthiopiens sont des combattants , mais ils ont ordre de ne pas combattre ces Italiens en train de franchir la frontière pour envahir un territoire qui, selon Hailé Sélassié, est un no man's land. L'empereur leur a ordonné de laisser entrer l'ennemi pour que le monde entier puisse voir quel pays est l'agresseur. Tels sont ses ordres; mais dans la guerre de son père, le genre de guerre que Kidane a été formé à livrer, les envahisseurs auraient été attaqués sur-le-champ. Ils auraient succombé sous les balles et les javelots, leurs os brisés par les mains de guerriers vengeurs. Ils n'auraient pas eu le temps de bombarder les villes d'Adoua et d'Adigrat, de tuer des femmes et des enfants.
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Il connaît la Gash. Il sait que c'est un cours d'eau insignifiant qui naît près d'Asmara et longe l'Éthiopie. Elle a beau faire quatre cents kilomètres de long, ce n'est pas le Nil. Ce n'est pas la mer Rouge. Ce n'est même pas un affluent majeur qui délimiterait des routes marchandes et relierait des grandes villes. Ce n'est rien. Rien de plus qu'un oued qui ruisselle vaguement pendant la saison des pluies. C'est la ligne de démarcation instauré par l'empereur Ménélik il y a quarante ans pour séparer l'Erythrée de l'Éthiopie. Un simple trait tout pâle qui ne vaut pas mieux que la poussière qui l'entoure.
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Ils disent que les soldats ont atteint Aksoum et pris la ville sans tirer un coup de feu. Ils aiment à dire que tous les officiers commandant les armées d'Ethiopie, sur ordre de leur empereur, ont laissé le champ libre aux envahisseurs ferenjoch pour faire apparaître les Italiens comme des agresseurs. Ils affirment que, après quarante ans d'humiliation, Adour à enfin été prise par les Italiens, fièrement, le 5 octobre 1935, et que ce minuscule village insignifiant a accueilli les conquérants avec force révérences et youyous.
C'est ainsi qu'on q écritvl'Histoire, c'est donc ainsi qu'on la retient.
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