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EAN : 9782080249647
220 pages
Flammarion (02/03/2022)
4.26/5   120 notes
Résumé :
"Parce que je suis une femme, j’ai peur de sortir seule la nuit, de porter des vêtements qui me plaisent, d’exprimer mon opinion ou mes émotions. Ces peurs sont à l’origine d’une immense colère que j’essaie de contenir tant bien que mal. Cette colère, ça fait désormais trente-quatre ans que je vis avec et qu’elle me ronge les tripes, au point de se retourner régulièrement contre moi. Lassée d’être seule à en subir les conséquences, j’ai donc cherché à comprendre que... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Un livre en forme de cri, de hurlement. En forme de vocifération.
Un livre qui réussit l'exploit de combiner à l'expression brûlante voire violente d'un ressenti la construction fine d'un cheminement personnel qui doit pourtant résonner chez bon nombre d'entre nous et d'une réflexion aussi passionnante que nécessaire. Il y a une forme d'urgence dans "Vénère" qui rend cet essai à la fois beau et fulgurant en plus de son utilité politique.
Dans "Vénère" donc, Taous Merakchi qui pour cet ouvrage a renoncé au pseudonyme qui l'a fait connaître (Jack Parker, les trentenaires qui lisaient Madmoizelle savent) revient sur la colère qu'elle porte en elle, cette colère qui menace d'exploser, de tout faire jaillir comme un volcan et de faire de ce(ux) qui l'entoure(nt) ce que fit le Vésuve de Pompéi. A moins qu'elle ne la ronge puis la tue de l'intérieur. Il est des colères-serpent qui étouffent à en crever. Et c'est là que c'est fort: cette colère qui la bouffe et la dévore, elle a beau appartenir à l'auteure, découler de son vécu et de certaines de ses souffrances, on finit par se rendre compte qu'elle nous possède nous aussi. Qu'elle se tapit dans l'ombre de beaucoup d'entre nous. Et c'est une souffrance supplémentaire presque autant qu'un soulagement de penser que ce qui nous dévore dévore aussi cette auteure brillante et avec elle, sans doute, un bon nombre de femmes. Parce que les situations qui la font bouillir nous font bouillir aussi et que nous les vivons toutes au quotidien, ou presque: cet homme qui se frotte contre vous jusqu'à l'érection dans le métro, le message qu'on ne manque pas d'envoyer aux copines pour les (r)assurer qu'on est bien rentrée chez soi -saine et sauve- après la soirée, le discours abject de cet ami d'ami que le viol révolte mais qui trouve malin de préciser que quand même "t'as vu comme certaines s'habillent aussi, après faut pas s'étonner", les écouteurs sur le chemin du retour et cette musique qu'on écoute pas mais comme ça au moins on a l'air occupée, le sacro-saint discours sur les pulsions de ces messieurs qu'ils ne peuvent dompter, les "non" qui doivent être répétés voire hurlés pour être compris, l'antienne qu'on n'en peut plus de vomir "non ma mini-jupe n'est pas une invitation", les accusations d'hystérie dès que la colère pointe alors que c'est bien connu, un homme qui se met en colère, lui il est viril, il a du caractère, il s'affirme… Les regards condescendants quand on essaie de s'exprimer sur un sujet dit "masculin" et cette idée révoltante qu'il y aurait des gouts réservés: "Tu veux faire de la boxe, déconne! Une petite meuf comme toi?"...
Et des exemples, il y en a encore tellement...
Dans une écriture incisive, volontairement combattive et chapitres après chapitres -ces derniers sont par ailleurs relativement courts et très clairs- Taous Merakchi revient sur tous ces moments qui justifient sa colère et qui l'amplifient, expliquant au passage pourquoi, pourquoi tout ça lui fait bouillir le sang.
En parallèle, elle se livre aussi à une véritable introspection, cherchant à remonter aux origines de cette colère qui la déborde, évoquant son passé, son histoire. C'est ici plus intime qu'universel et c'est d'autant plus touchant, poignant qu'on s'aperçoit que cela nous pousse à remonter à la source de notre côté aussi, à créer notre propre cheminement pour dompter nous aussi cette colère que Taous Merakchi dissèque avec feu et intelligence et dont elle nous invite à nous emparer à notre tour.
Salvateur.

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Il y a des livres qu'on ressent plus qu'on ne les lit...

En tout cas heureux hasard du calendrier que d'exprimer mon ressenti sur cette lecture en cette journée pour le droit des femmes !

Les premiers chapitres portent des noms évocateurs qui figurent assez bien l'esprit du livre: Je suis un volcan, La rage au ventre, Pourquoi la colère.

Le thème du livre, vous l'aurez compris : la colère féminine. Enfin plus précisément celle de l'auteure. Pourquoi est-elle aussi " vénère" ?
Parce que la place de la femme n'est pas, et ne seras probablement jamais, aussi confortable que celles de nos homologues masculins.Que parfois notre vie ressemble plus à de la survie. Et que notre quotidien est gentiment ponctué de petites peurs et grands combats offerts par la gent masculine.
Et que le dire nous fait passer pour des hystériques.

Pourtant Taous Merakchi a choisi de faire partie de celles qui ne baissent pas la tête. de celles qui dérangent.

" Je ne suis pas une femme, je suis un volcan. Sous mes côtes bouillonne un lac de lave en fusion, et je passe ma vie à endiguer ses rives pour empêcher des éruptions trop violentes."


Dans de nombreux exemples du quotidien elle décrit parfaitement comme il est dur de ne pas courber l'échine devant des regards, des comportements, des réflexions ou des gestes inappropriés.
Elle raconte aussi avec justesse les sentiments de peur, d'injustice, de colère qui nous habite quand on fait le choix d'affronter ceux qui nous les font subir...
Taous aborde aussi parfaitement comme cette violence ordinaire est communément accepté, banalisé et justifié par des lithanies du genre : " les hommes sont comme ça". Comme si dire cela suffisait à clore le sujet.

" Et donc oui, j'ai peur des hommes, et je déteste ce constat, que je considère encore comme un aveu de faiblesse alors que ce n'est qu'une triste réalité logique. J'aimerais leur dire qu'ils ne me font pas peur, qu'ils ne me feront jamais peur, que j'ai le pouvoir de tous les combattre, un par un, sans y perdre de plumes, mais c'est faux. Et ils le savent. Et ils aiment ça."

Ce livre a une résonnance particulière puisqu'on entre enfin dans ce que j'espère être une nouvelle ère, pour nous les femmes: celle de la prise de conscience, de la non acceptation, de la parole libérée...mais aussi de l'écoute de la part d'une grande majorité des hommes, cet ennemi qui n'en est pas un.

L'auteure a raison quand elle dit qu'il n'existe que deux façon de réagir : fuir ou défier.
Comme beaucoup de femmes j'ai pris conscience tardivement de ce que j'ai accepté insidieusement depuis que je suis en âge d'intéresser les hommes.
Que moi aussi j'ai du choisir un camp sans en avoir pris conscience. Ceux qui me connaissent un peu savent de quel côté penche la balance 😁
Et je me rends compte du sentiment de crainte qu'exerce sur nous les hommes ( inconnus ), cet état de vigilance quasiment constant dans lequel nous vivons. le livre regorge d'exemples concrets, qu'on connait toutes au quotidien et cela remets en lumière qu'il n'existe certainement aucune femme sur cette terre n'ayant pas connu une situation de danger face à un homme.


Pour conclure ( parce que je tâche de m'arrêter là...C'est un sujet passionnant dont je pourrais parler des heures) je crois que l'auteure a mis en exergue ma colère sur le sujet, et cela à travers la sienne.
Je vais tâcher de me calmer un peu ( ou pas ! #puissancefeminine )

" Ce texte est autant une déclaration de guerre qu'une lettre d'amour. "
Car évidemment tous les hommes ne sont pas des bêtes...

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Je suis de plus en plus intéressé par ce type d'essai féministe et après avoir lu La chair est triste hélas d'Ovidie, j'ai décidé de me lancer dans la lecture d'autres essais sur ce thème.

Il existe d'ailleurs des listes par exemple sur Babelio qui recommandent des livres similaires à ceux lus, le titre de celui-ci ainsi que ce dessin d'un briquet en feu m'ont de suite attiré.

J'ai vu que certaines personnes avaient été un peu bousculé par la colère que l'auteur a en elle, cependant de mon côté je n'ai pas été heurté par la plume et la colère mais plutôt par les faits qui sont énoncés et auxquelles toutes les femmes sont confrontés.

J'ai beaucoup perçu et je me suis reconnue dans ce sentiment d'injustice et iniquité entre les hommes et les femmes sur de nombreux domaines, salaires, charge mentale et de nombreux autres....

D'où la colère et la révolte de l'auteur qui constate et aide ses amies dans des situations un peu délicates vis à vis des hommes et le fait de constamment devoir faire attention à ce qu'on boit, à ce qu'on porte, à notre attitude etc....

Une vraie belle découverte, je n'hésiterai pas à relire l'auteur.
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Vénère, être une femme en colère dans un monde d'hommes est un essai signé Taous Merakchi. A priori, une catégorie de livres que je ne lis pas, mais il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis et ce livre de Taous Merakchi m'intéressait en raison du sujet et de son autrice.

Taous Merakchi est écrivaine. Elle est notamment à l'origine du Grand mystère des règles et de Witch please. Elle travaillait pour le mag en ligne Madmoizelle au moment où je le lisais – c'est d'ailleurs sans doute grâce à Madmoizelle que je me suis posé les questions qui ont fait de moi une féministe convaincue (et j'espère parfois convaincante).

A l'époque, Taous Merakchi écrivait sous le pseudo de Jack Parker et est devenue rédactrice en chef du magazine en ligne. Elle a aussi dirigé une publication sur le harcèlement scolaire, réalisé des podcasts, des lettres d'infos, elle pige pour des magazines féminins et tient un blog sur les films d'horreur…

Vénère, être une femme en colère dans un monde d'hommes et sans doute son livre le plus personnel et il n'a pas été simple à écrire. Entre le confinement, un accouchement, un cancer, elle a pris ses tripes à deux mains pour les coucher sur le papier afin de canaliser sa colère et de parler aux femmes. Et aux hommes.

Je vais commencer, une fois n'est pas coutume, par ce qui m'a moins plu dans le texte : le fouillis. En lisant, je réfléchissais à ma chronique pour France Bleu Touraine et je me demandais par quel bout la prendre. Et puis finalement, les élections présidentielles ont fait que ma chronique a sauté Je peux comprendre, mais quand même ! (Je plaisante, bien entendu).

En dehors de ça, je n'ai rien à reprocher à Vénère, que j'ai lu avec un grand intérêt. J'ai même pris des notes DANS le livre et corné des pages – ce que toute bonne bibliothécaire voit comme une hérésie, surtout quand, comme moi, elles doivent s'armer de patience, d'une bonne gomme, d'un pinceau et d'une pointe fine pour remettre à neuf un livre annoté, tout en maudissant sur trente-cinq générations l'auteur du méfait.

Ses réflexions sur le fait d'être née femme sont vraiment intéressantes. Être née femme revient à être considérée comme faible pour certains hommes, une proie, un objet sur lequel on se retourne, qu'on reluque, qu'on insulte, qu'on frappe, qu'on viole. Elle met le doigt sur quelque chose qui m'a vraiment fait réfléchir : quelle femme n'a jamais été agressée au moins une fois dans sa vie ?

Quand j'y pense, moi, cela m'est arrivé plus d'une fois. J'ai été suivie, attrapée par un type qui voulait me faire monter dans une voiture, un autre qui a essayé de me traîner loin de l'arrêt de bus où je me trouvais et a fini par me lécher le bras, j'ai été embrassée de force deux fois, j'ai été étranglée dans la rue et pire encore. Et il y avait toujours du monde autour de moi et personne pour m'aider.

Il est probable que vous aussi, vous avez dû être agressée au moins une fois. Et ce n'est pas normal. Lorsqu'elle publiait encore sous le pseudo de Jack Parker, une histoire a fait le tour de la toile. Taous Merakchi, elle été agressée un soir en rentrant chez sa mère. Elle a écrit un article avec une photo de sa tête couverte d'hématomes appelé J'ai été agressée mais je vais bien merci, que je vous invite à aller voir si vous ne l'avez jamais lu (ou s'il ne vous laisse qu'un vague souvenir car il date quand même de 2012).

Est-il normal de se dire à la fin d'une soirée lorsque l'on rentre seule, « tu m'envoies un SMS pour me dire que tu es bien rentrée » ? Est-il normal lorsque l'on marche dans la rue le soir de tenir dans ses mains son trousseau de clés pour s'en servir au cas-où ?

Vénère nous permet de connaître un peu mieux l'autrice, les raisons de sa colère et de réfléchir à sa propre condition de femme. Attention quand même, la lecture risque de vous foutre en boule.

J'ai appris une petite chose à propos de l'autrice qui me fait dire que JAMAIS je ne l'inviterai à passer une soirée avec moi et je vous laisserai découvrir pour quelle raison. Et je sûre que vous comprendrez !
Lien : http://mademoisellemaeve.wor..
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J'ai eu quelques doutes en commençant ma lecture: l'autrice allait-elle aller au-delà du simple témoignage?
Et puis, au fil des pages, je me suis rendue compte que peu importait: ce texte parle pour son autrice, parle pour moi, parle pour toutes les femmes. Pour tenter de comprendre d'où nous vient cette peur des hommes, de l'autre, du jugement. Et comment cette peur fait naître, chez un nombre de plus en plus important de femmes (dont je fais partie) le bouillonnement de la colère.

Une lecture qui m'a permis de réaliser que je n'étais pas seule, et qui éclairera à mon sens le chemin de ces hommes qui réfléchissent, s'interrogent, et pensent ne pas appartenir au sytème.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Et donc oui, j'ai peur des hommes, et je déteste ce constat, que je considère encore comme un aveu de faiblesse alors que ce n'est qu'une triste réalité logique. J'aimerais leur dire qu'ils ne me font pas peur, qu'ils ne me feront jamais peur, que j'ai le pouvoir de tous les combattre, un par un, sans y perdre de plumes, mais c'est faux. Et ils le savent. Et ils aiment ça.
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Ma colère est titanesque, mais elle est surtout adolescente – et c’est ce que je lui reproche, plus que tout. Parce que ma colère n’est pas littéraire, poétique, politique et bien formulée. Elle est immature, illustrée par des clichés terribles, elle suinte la fin de l’enfance et les blockbusters. J’aurais rêvé qu’elle soit de celles qui reçoivent des prix, qui galvanisent, qui élèvent l’émotion au rang divin –mais non, moi j’aimerais être un loup-garou et dévorer mes ennemis, j’aimerais cracher du feu ou du venin, j’aimerais chauffer si fort que je finirais par imploser et tout ravager sur mon passage.
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Je ne suis pas une femme, je suis un volcan. Sous mes côtes bouillonne un lac de lave en fusion, et je passe ma vie à endiguer ses rives pour empêcher des éruptions trop violentes.
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Grandir en tant que fille, c'est laisser des hommes nous faire des saloperies plus ou moins poussées, plus ou moins traumatisantes, pendant des années, sans jamais l'ouvrir. Sans jamais se rebeller. En culpabilisant de se sentir mal, en se trouvant anormale de trouver ça anormal.
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« Comment pourrais-je lutter contre les hommes si je leur apparais aussi bête et aussi futile qu’ils m’imaginent ? Comment faire valoir ma parole si mes références sont plus hollywoodiennes que sorbonnesques ? Et pourtant, c’est là que j’ai trouvé, pour l’instant, la meilleure illustration de ma rage. C’est là que je vois mon reflet, que je me sens entendue, écoutée, comprise et représentée. Alors j’y vais à mon rythme, et chaque jour je lutte pour ne pas culpabiliser, pour ne pas me juger, pour ne pas me mépriser, et je me nourris des autres plutôt que de me compare à eux, et un jour, peut-être, viendra l’équilibre. Et ma colère trouvera mieux à faire ailleurs, je l’espère. » (p. 13)
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