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Note moyenne : 3.83/5 (sur 6 notes)
Résumé :
70 bibliothèques ont été incendiées en France entre 1996 et 2013. Denis Merklen, sociologue, a enquêté durant cinq ans pour tenter d’en comprendre les raisons, esquisser quelques réflexions. L’objectif n’est pas seulement de donner à voir un phénomène passé inaperçu. Il s’agit aussi d’abandonner l’idée selon laquelle ce type d’événement relève de conduites insensées, voire nihilistes. Et pour cela, le premier pas consiste à sortir les élus, les bibliothécaires et le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Luniver
  15 juin 2014
En France, dans les quartiers populaires, septante bibliothèques ont été incendiées en quinze ans. La thèse que l'auteur défend est que ces bibliothèques ont été ciblées en tant que telles, pour ce qu'elles représentaient, et pas parce qu'elles étaient le premier bâtiment public sur lequel sont tombés par hasard les incendiaires.
Cette thèse paraît surprenante au premier abord : pour les amoureux du livre, la bibliothèque ne véhicule que des valeurs positives : accès à la culture pour tout le monde, ouverture à l'autre, ... L'auteur soulève cependant quelques points qui peuvent être perçu comme des agressions par les habitants de ces quartiers.
D'une part, la bibliothèque est associée, avec l'école, à la culture de l'écrit, principal levier de promotion et de réussite sociales. Pour ceux qui ont joué le jeu sans rien recevoir en échange (par exemple, avoir terminé ses études et rester au chômage ensuite), ou pour ceux qui ont quitté très tôt le circuit scolaire, la bibliothèque est associée à ces institutions qui promettent beaucoup sans tenir parole, ou à celles qui excluent les individus et les empêchent d'accéder à de meilleures conditions de vie.
Autre point, l'appropriation de la bibliothèque par les habitants du quartier ne se fait pas sans difficulté. Elle est souvent imposée à une population qui ne l'a pas réclamée, parfois au prix de la disparition d'un espace qui avait de la valeur aux yeux des habitants. Les investissements réalisés pour sa construction peut faire grincer des dents, estimant que l'argent aurait pu être dépensé pour des besoins plus urgents (création d'emploi, ...). le personnel, qui nécessite certaines qualifications, vient souvent de l'extérieur. Il impose des règles aux usagers (bruit, attitude, ...) qui sont très différentes de celles de la rue et, de temps en temps, sanctionne et restreint l'utilisation du lieu. L'auteur souligne qu'il est difficile pour la bibliothèque de rester neutre sur le plan politique. Elle impose des normes, des critères de bonne conduite, et cherche à amener ses usagers à une certaine « qualité » de lecture.
Dernier point, les livres sont très respectés dans notre société et sont presque de l'ordre du sacré. Les individus qui veulent s'attaquer à cette société tiennent là une bonne occasion de frapper un point particulièrement sensible.
Sans jamais apporter de réponse ferme et définitive, l'auteur offre un portrait soigné de la situation dans ces quartiers : témoignages du personnel de la bibliothèque, des habitants du quartier, des élus locaux, ... Derrière un problème simple se cachent finalement des dynamiques complexes : la bibliothèque est à la fois la leur et assimilée à une structure d'État, elle entre en conflit avec d'autres lieux de rassemblement. L'essai est précis mais accessible, et très enrichissant. Je pense que les professionnels du milieu y trouveraient beaucoup de pistes de réflexion sur leur propre expérience.
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natali33
  25 juillet 2014
Ouvrage de 349 pages très complet et riche d'informations destiné à un public averti. Ouvrage hautement documenté car tiré du mémoire rédigé par Denis Merklen pour son HDR, (habilitation à diriger des recherches) et pouvoir ainsi encadrer des doctorants. L'auteur, sociologue, universitaire, a étudié durant 5 années des faits divers passant totalement inaperçus : entre1996 et 2003, 70 bibliothèques publiques ont été incendiées. Que dissimule ce geste insensé, destructeur ? Qui est visé ? Pourquoi cela n'attire l'attention de personne ?
Ouvrage destiné à faire réagir : élus, bibliothécaires, journalistes, enseignants, habitants du quartier. Que doit-on comprendre dans la disparition dans les flammes, de bibliothèques implantées dans des zones dites « sensibles » ? L'auteur souligne d'emblée qu'il ne s'agit pas d' »autodafés » ; la destruction n'est pas idéologique. le savoir n'est pas la cible.
Tout au long de cette enquête, l'auteur va alors chercher à décrypter le phénomène et à comprendre le lien entre ancrage territorial et population.
Document volumineux mais très accessible pour qui s'intéresse à ces questions de sociologie politique.
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abdelkrimt
  24 juin 2015
"Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques?" un titre qui interpelle pour un sujet important: la place d'ine institution culturelle publique dans les quartiers populaires.
Ce livre est complet, très bien documenté et permet de mettre en perspective et de prendre du recul sur des faits qui, sur le coup, suscitent l'émotion et l'indignation.
Il n'est pas à destination du grand public, car il est nécessaire d'avoir une connaissance du métier et de cet environnement pour saisir les clés de cette problématique.
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critiques presse (1)
NonFiction   11 février 2014
Une enquête sur les incendies de bibliothèques qui constitue le prétexte à une exploration de la politicité contemporaine des classes populaires.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
LuniverLuniver   11 juin 2014
Le principal problème auquel doit faire face la bibliothèque au moment d'aller vers les classes populaires résulte du fait qu'elle désocialise, et ceci sur plusieurs plans. Premièrement, parce que la lecture exige l'isolement, la concentration. Quand on est à côté de quelqu'un qui lit, on sent qu'il est ailleurs, qu'il n'est pas avec nous. Deuxièmement, la lecture renvoie celui qui ne lit pas à son image d'exclu. Et du coup, celui qui lit peut se trouver renvoyé à son tour à l'extérieur du groupe de pairs. Troisièmement, la lecture casse les collectifs qui, dans les quartiers, se constituent massivement sur d'autres pratiques plus grégaires où le partage n'est pas différé, comme dans le cas de la lecture. Tandis que le livre socialise après une lente construction de références littéraires communes, le partage que rend possible la culture populaire à travers la chanson, le sport ou le cinéma, par exemple, donne lieu à un être ensemble immédiat. [...] Enfin, parce que, dans la conjoncture actuelle, la culture écrite véhiculée par l'école – et en ceci la bibliothèque et l'école sont du même côté – est l'une des voies principales par lesquelles certains réussissent à s'en sortir. C'est-à-dire à s'inscrire dans une dynamique de promotion sociale qui extrait certains du groupe d'appartenance. Ce sont ceux qui ont le plus de chances de quitter le quartier et souvent de s'éloigner de leur milieu et même de leur famille. [...] C'est pourquoi le lecteur en milieu populaire est sanctionné par le groupe qui naturellement se défend de ce qu'il perçoit comme une menace à sa cohésion.
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LuniverLuniver   12 juin 2014
[E]n tant qu'espace public et justement parce qu'elle rend possible la communication avec des individus qui ne sont pas là, parce que le livre a été écrit ailleurs et souvent il y a longtemps, la bibliothèque rend possible une émancipation de l'individu de la contrainte locale. Ceci est effectivement très important pour les classes populaires. Comme le montrent beaucoup d'études, c'est souvent grâce à la bibliothèque que les jeunes filles arrivent, par exemple, à échapper aux représentations machistes ou religieuses qui les étouffent au sein de leur famille et du quartier lui-même ; et c'est souvent par l'expérience de l'autre qu'on informe sa propre réalité, comme lorsque les jeunes des quartiers lisent sur les jeunes Noirs de New York.
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MarinetteBMarinetteB   25 mai 2014
La bibliothèque se rapproche de l'école aussi en ce que l'une comme l'autre représentent l’État, l'autorité, les pouvoirs publics, la municipalité. Elle serait mise à mal, car elle est l'acteur, dans ces quartiers de relégation, d'une puissance politique jugée injuste et violente en raison du racisme et des discriminations, et surtout en raison du fait qu'elle revendique la légitimité de pouvoir décider lequel, parmi les jeunes, pourra continuer sa route vers le progrès et lequel restera sur place, exclu de l'école.
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natali33natali33   25 juillet 2014
Un livre bâti autour d'une hypothèse : c'est parce qu'elles sont situées au milieu d'un espace conflictuel que les bibliothèques se révèlent comme une institution éminemment politique.
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Denis Merklen. Bibliothèques et fractures sociales.
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