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ISBN : 207078021X
Éditeur : Gallimard (23/01/1990)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 32 notes)
Résumé :

"C'est que vivre a quelque chose de terriblement élémentaire. Chaque matin l'âme se réveille toute nue, et le travail, la douleur, les gens, l'absence sont debout, bras croisés, à l'attendre avec un dur regard d'exterminateur. Mais chaque soir, quand la fatigue ne l'a pas anesthésié, Thierry Metz note la part respirable des heures qu'il a traversées. Ce que nous pouvions prendre pour un univers de médiocri... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
gouelan
  30 juillet 2017
Le journal d'un manoeuvre, ou plutôt le journal d'un poète qui maçonne les mots avec un ciment magique. Ses mots survolent le chantier, les hommes, comme des petits oiseaux de papier.
Dans sa brouette il y met des rires, des silences, des gestes, des ordres, des parpaings, des nuages, des poignées de main, des instants, des regards. Et il en sort des arcs-en-ciel, des cerfs-volants, des rouges-gorges, des graines, comme autant de soifs d'hommes.
Il donne la voix à ceux qui n'ont pas les mots, à ceux qui ploient sous le poids de la pioche, à ceux qui creusent sans rien trouver au bout de leurs pelles. Il regarde là-haut sur l'échafaudage, rassemble les mots pour en faire un livre. Pour dire. Sans tricher. Des mots bruts, des phrases courtes. Peu pour dire beaucoup.
Son langage fait fleurir les roses sur le chantier au milieu des orties. Sa voix est cerf-volant, elle plane, malgré la pioche, la pelle, et les chaussures de sécurité. Malgré les ordres qui le rattachent au labeur, à l'absence par les gestes répétés.
Un poète incroyable, pourtant, si peu connu. Et comme m'a dit ma fille (12 ans), qui m'a lu quelques passages à haute voix : « il devrait ». Oui, il devrait l'être. On devrait l'écouter ce poète qui construit des mots pour faire de nos instants des miracles. On devrait le lire sur le grand chantier du monde depuis le manœuvre jusqu'à l'architecte. On devrait parfois poser la pioche, la pelle, ou lever les yeux des plans, pour se demander ce que l'on cherche, ce que l'on veut. Vraiment.
« le chef ne fait que dire le chantier. Rien d'autre.
Si on l'écoute : où est le monde ? qu'est-ce qu'on fait ?
Comment savoir ?
On parle de rien ici.
C'est comme ça tous les jours. »
J'essaierai de faire lire cette pépite à mon mari qui travaille sur les chantiers. Quand il sera en congés. C'est pas gagné. On peut toujours essayer. Je ne comprends pas toujours pourquoi chacun de nous n'est pas sensible à des mots si vrais, si simples, si beaux. Il y a parfois un petit effort à faire, il faut se laisser glisser dans cet univers d'images, oublier ce qui nous entoure, nos façons de penser terre à terre, mais en échange, tellement à récolter.
À lire et à relire, car il s'en cachent des petits trésors dans ce journal.
Une pensée aussi pour cet homme trop tôt disparu et dont la plume aurait pu nous enchanter encore longtemps.

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berni_29
  19 mai 2019
Il n'est pas facile de parler de ce livre : Le journal d'un manœuvre. Je ne sais pas vraiment par quel bout le prendre et comment vous en parler. Je l'ai adoré, comme d'autres livres de Thierry Metz. J'y reviens de temps à autre.
C'est une chronique sur quelques jours, quelques semaines, de juin à septembre, le temps d'un chantier, une construction, le temps du gros œuvre... Un immeuble ici s'élèvera bientôt vers le ciel.
C'est en effet un journal tenu au quotidien, qui traduit le réel d'un homme qui s'exprime avec sobriété, la langue vise à l'épure.
Ce texte est intense. Il frémit.
Thierry Metz éclaire la vie ordinaire, ces jours qui se succèdent et pourraient paraître d'une médiocrité accablante. Mais les mots de Thierry Metz, sa poésie, ont une lumière folle, qui vient chercher l'indicible, les gestes, ce qu'il y a aussi autour des gestes, après et plus loin.
Il nous parle de la vie sur les chantiers, le travail, le soir dans la chambre, la fatigue, la douleur, ce qu'il reste après lorsque l'âme remonte comme le bruit d'une pierre jetée au fonds d'un puits.
Les corps parlent aussi dans ces chroniques quotidiennes.
Les corps
Broyés
Harassés
Criblés.
Les phrases vont à l'essentiel.
L'exercice de ce métier de manoeuvre est dur. Il faut dresser l'échafaudage, manier la pelle et la pioche sous le soleil infernal, faire couler le béton ; les mots viennent après, le soir, dans la fatigue, lorsque le corps ne répond plus. C'est souvent là que les mots viennent sur la page.
Ces chroniques sont comme des respirations de l'âme qui viennent apaiser le corps rincé...
Ici les mots ressemblent à des fracas d'ailes.
Il y a aussi l'amitié qui naît sur les chantiers. Manuel, Antoine, Ahmed... et les autres...
Parfois les mains se reposent autour d'une bière ou d'un café.
Parfois, il suffit d'un pas de côté pour le quotidien s'émerveille. La vie et sa manière de l'approcher, tout n'est qu'une question d'angle.
De temps en temps, un oiseau se pose sur le fil de la page. C'est magique.
C'est une poésie faite de lumières et de bruits. Une radio au loin diffuse de la musique dans ce jour d'été.
Le manœuvre, c'est souvent celui qui aide les autres sur les chantiers. Il est indispensable.
Le journal d'un manœuvre est un journal où s'engouffre la vie et ses respirations.
Parfois nous voudrions convoquer les mots de Thierry Metz pour enchanter notre quotidien, dire ce qui est merveilleux ici et là. Peut-être que nos jours manque-t-il de respirations ? Mais voilà, les mots de Thierry Metz se sont tus, se sont éteints à jamais avec lui, ou peut-être survivent-ils encore malgré tout. Je voudrais le croire.
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moravia
  12 octobre 2014
De connaître la fin tragique de l'auteur a quelque peu modifié ma lecture. Une empathie s'est créé en lisant la dédicace apposée sur la page de garde.
Livre étonnant, banal, récit d'un ouvrier travaillant sur un chantier, qui devient par de soudaines fulgurances une folie poétique qui nous entraine aux confins de l'abstraction.
Thierry Metz a su me surprendre avec cet objet littéraire non identifié (OLNI) sans pour autant m'enthousiasmer totalement.
Il sera nécessaire que je lise d'autres ouvrages pour affermir mon jugement.
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trust_me
  26 juin 2014
Le manoeuvre sur un chantier, c'est l'arpète, le grouillot. Celui qui est constamment au service des différents corps de métier, qui pousse la brouette, manie la pioche, la pelle et le marteau-piqueur.

A la fin des années 80, Thierry Metz, recruté comme manoeuvre par une agence d'intérim, passe huit mois à « transformer une fabrique de chaussures en résidence de luxe ». Suite à ce chantier, il décide d'écrire un journal relatant cette expérience pendant la période où il perçoit des indemnités de chômage. Il décrit la fatigue, la répétition des gestes, les relations avec les autres ouvriers, les jours de repos, le soulagement quand s'en vient le vendredi (« La pioche est moins bavarde le vendredi. On sent dans les reins qu'on a porté du poids toute la semaine. On sent qu'on approche. Ce sont les derniers mètres avant la halte, avant de retrouver le livre d'images dans le poing fermé du dormeur ») et la dure réalité du lundi (« le lundi est une eau froide, une pluie glacée. On s'y risque à petits pas comme des oiseaux traversant une flaque, en sautillant. Nos gestes, encore engourdis, ne déplacent pas plus d'une brindille à la fois »). Il parle du caractère abrutissant de son activité, insiste sur les silences dans lesquels il s'enferme pour mieux supporter la tâche (« Tout devient geste. On n'entend plus que nos pelles qui raclent l'inépuisable. Ici, après neuf heures, on ne pense plus à rien »). le journal se compose de courts textes, parfois réalistes, à d'autres moments beaucoup plus poétiques.

C'est pas un scoop, j'aime quand la littérature salit ses mains auprès des sans grades, quand elle traîne avec les ouvriers et se place à hauteur d'homme. Ici, la forme ultra-courte et les phrases sèches donnent à l'écriture le coté « taciturne » qui convient parfaitement au propos. Pas un mot de trop pour traduire de l'intérieur le ressenti de celui qui aura vécu le chantier de A à Z, entre souffrance, incrédulité et lucidité.

Thierry Metz a multiplié les emplois manuels : bâtiment, entrepôts, abattoirs, terrassement, etc. Parallèlement, il a commencé à écrire des poèmes et a obtenu le prix Voronca en 1988. En 1996, rongé par l'alcoolisme, il décide de se soigner en demandant à être interné dans un asile psychiatrique. Il se suicide le 16 avril 1997, à 41 ans… Sa voix restera une voix à part, celle d'un ouvrier poète, d'un digne représentant de la littérature d'expression populaire, de cette « littérature prolétarienne » que j'aime tant.

Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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SamA
  05 novembre 2010
Un superbe livre sur les longues journées d'un manoeuvre pendant la construction d'un immeuble. Une écriture sobre et parfois ellipttique qui parle directement au coeur de chacun. Par la description des choses et des hommes Thierry Metz dit l'étrangeté et la difficulté de vivre comme un être vivant ici et maintenant. On sent que le poète a réussi à dire ce qu'il ressentait et on a le sentiment de comprendre tout ce qu'il dit alors que jamais personne n'a réussi à le dire de cette manière. Un point de vue inoubliable...
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan   29 juillet 2017
Le chef est italien, dur d'accent, dur de caractère. [...]
Il manie la pioche comme un bâton [...]
Ses mains déployées en disent long.
Il parle peu mais toujours du travail. D'une coulée de gestes qu'il dirige vers nous par le plus court chemin.
Discuter l'énerve, le déconcerte.
- Tu connais le travail ? Alors si tu connais le travail, tu le fais. Pourquoi me raconter des histoires? Tu dis que t'es maçon ? Et tu fais un travail qui n'est pas de niveau ! Autant appeler un passant dans la rue...
Il parlait d'un homme que l'entreprise avait embauché sur un autre chantier. Et qu'ils n'ont pas gardé.
Ici on n'attend pas. Il faut suivre ou rester avec les oiseaux.
Ici on ne trace pas l'arc-en-ciel autour de sa soif.
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gouelangouelan   01 août 2017
25 juillet - Il fait chaud à ne pouvoir dormir. Les matins commencent tôt et avec l'habitude... Je me suis levé avec le coq pour réveiller un liseron près du grillage puis j'ai marché pieds nus vers d'autres herbes.
Pas de jardin ici, rien d'entretenu, aucune fleur savante, domptée. Pourquoi faire ? L'ortie géologue est partout, ce qu'elle sait de la terre et des autres plantes : il suffit de lui demander. Mais demander provoque la morsure, qui fait rougir, qui brûle.
Le manœuvre ne sait désigner que la friche, c’est là qu’il travaille avec les éléphants, les pelleteuses – avec les mots d’une préhistoire. Qu’irait-il faire, pour l’instant, dans un jardin ?

J’écris dans l’ortie, pas dans la rose. Pas encore mais j’y viendrai. La prochaine étape si elle a lieu : c’est le tournesol.
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alzaiaalzaia   01 septembre 2013
citation trouvée sur le site "Terres de femmes" à visiter abs-o-lu-ment!
____________________
4 juillet. — Du café pour le camarade, du thé pour moi. Samedi à la maison. On discute au bord de la table, dans la proche banlieue d’un repas, sous une voûte. On serait mieux sous une feuillée mais tant pis, on campera devant la fenêtre avec nos mots. Quelques mots à peine qu’on a glanés à l’usine, au chantier mais plus loin aussi, dans les archipels d’une mémoire, dans le langage d’une mère.
— Tu comprends…
— Oui…
— Si on pouvait…
— On peut essayer.
— Pas facile.
— Je sais.
— Quelque chose se refuse. Toujours.
— Pas sûr. On m’a donné une pioche.
— Mais d’autres ont des tambours.
— Pour attirer notre silence. Pour nous montrer un bruit derrière. Un tapage.
— Et derrière le tapage : une voix ?
— Plusieurs : les nôtres.
— Mais que disent-elles ?
— Elles nous montrent un absent, l’ange peut-être…

Impossible d’aller plus loin, de toucher la pierre pourtant si proche, la roche percée, qui se dresse dans la voix du temps. Et qui chante.
Samedi trop court pour le buveur de thé. Trop court d’une rêverie… La soif reste entière.
Le compagnon est parti, laissant une poignée de ses mots sur la table et le rire de ses mains. Pour moi commence ce long détour par le soir où l’ange explore des raccourcis.
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gouelangouelan   30 juillet 2017
Tu viens me rejoindre. Tu es là. Je t'aime.
Tu m'apportes quelques beignets dans une assiette. Du cidre. On parle un peu. On a le temps aujourd'hui. Qui pourrait venir ? Et moi je n'ai as à m'absenter...
Te regarder.
T’écouter.
C’est tout.
Tu vois : nous sommes pauvres.
Tu es l’aile que l’ange envie dans sa ténèbre.
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gouelangouelan   31 juillet 2017
Je voulais marcher, c’est tout. Sortir un instant de ces besognes qui n’écoutent pas ce que nous sommes.
Marcher, dériver…
Lentement j’ai suivi le soleil…
Lentement…
Qu’importe ce que j’ai trouvé. Du vent et des ombres. Je passais.
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Videos de Thierry Metz (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Thierry Metz
Terre – Thierry Metz lu par Lionel Mazari
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