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ISBN : 2743644834
Éditeur : Payot et Rivages (19/09/2018)

Note moyenne : 3.57/5 (sur 60 notes)
Résumé :
Août 1979. Michael, douze ans, disparaît dans les bois de Rivière-aux-Trembles sous les yeux de son amie Mamie Duchamp. Il semble avoir été avalé par la forêt. En dépit de recherches poussées, on ne retrouvera qu'une chaussure de sport boueuse. Trente ans plus tard, dans une ville voisine, la petite Billie Richard, qui s'apprête à fêter son neuvième anniversaire, ne rentre pas chez elle. Là encore, c'est comme si elle avait disparu de la surface de la terre. Pour so... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  28 septembre 2018
Gros succès pour Andrée Michaud au dernier Festival America (2018) pour son livre « Rivière Tremblante. »
Auteure canadienne (Québec), elle ne cesse, depuis son premier livre, de recevoir des éloges de la presse. « Rivière Tremblante » est son dixième ouvrage, un roman très noir, dans un univers impitoyable.
Cette rivière tremblante est également appelée Nanamiu-shupu par les Indiens, à la suite d’un séisme qui avait frappé la région en 1860.
Dans ce récit à plusieurs voix, on écoute principalement celles de Marnie – de Bill (mais d’autres également).
Marnie, c’est Marnie Duchamp (qui avait été surnommée Squouirèle = écureuil par ses camarades).
Bill, c’est Bill Richard, le père de la petite Billie. Le nom de celle-ci vient de Billie Holiday, considérée comme une relique mais aussi à cause de la chanson de Michael Jackson : Billie Jean.
Tous deux ont connu des disparitions d’enfants : pour Marnie, c’est celle de Michael Saint-Pierre, un ami (en 1979), alors que, enfants, ils jouaient dans les bois de Rivière – aux -Trembles.
Pour Bill, c’est la disparition de sa petite fille Billie, qui allait avoir neuf ans et qui n’a jamais pu fêter son anniversaire.
Deux disparitions à peu près similaires, inexpliquées et pour lesquelles, même trente ans ans après, le souvenir douloureux est toujours présent. Mais Bill ne s’avoue pas vaincu. Malgré les recherches infructueuses de la police, il s’acharne pour trouver au moins une miette d’indice et faire son deuil lui est impossible car aucun corps n’a été retrouvé.
Marnie revient car son père a tout récemment décédé. Des souvenirs remontent à la surface : « Les recherches ont duré jusqu’au coucher du soleil, mais les chiens, dès qu’on les lançait dans une nouvelle direction, rebroussaient chemin (…) Toujours au même endroit, à deux kilomètres du bassin. (…) La piste de Michael Saint-Pierre, avec ses odeurs d’enfant, se perdait dans cette eau aux apparences inoffensives. » (p.38).
Pour Marnie, elle était la rescapée : « C’est ainsi qu’une vie d’enfant se termine, dans l’apprentissage de la culpabilité, dans la honte du survivant. » (p.40).
Après trop de chuchotements concernant sa possible culpabilité dans la disparition de son ami (car elle n’a pas réussi à lui porter secours), son père décide de déménager. « Nous avons roulé pendant plus de quatre heures, mon père et moi, sans presque prononcer un mot, puis nous avons traversé un pont immense pour pénétrer dans le vrombissement continu qui servirait de refuge à notre mémoire pour quelques années. » (p.74).
Mais au bout de quelques années, ils se séparent : lui pour retourner « là-bas » tandis qu’elle fait un périple en suivant la ligne des Appalaches, le Maine jusqu’en Alabama. Un périple d’un an au bout duquel elle se retrouve à New York, la Big Apple, pour voir si elle « était aussi pourrie que le Big Apricot de Jerry Siegel et Joe Shuster, les pères de Superman » (…) et peut-être essayer de voir « la silhouette fuyante de Michael Superman Saint-Pierre. » (p.75).
Elle restera à New York vingt-trois ans, jusqu’à la mort de son père et c’est ainsi qu’elle revient à Rivière – aux -Trembles.
Quant à Bill, dont le couple bat de l’aile avec Lucy-Ann (L.A.), il est toujours hanté par la disparition de sa fille. Il en était arrivé à penser qu’elle avait été enlevée, ce qui expliquerait que l’on n’ait pas retrouvé son corps.
Le retour de Marnie coïncide avec la venue de Bill Richard qui revient dans ce bled perdu après l’effritement de son couple.
Mais comme si deux malheurs n’étaient pas suffisants, un troisième enfant disparaît, ce qui ravive les anciennes blessures. Bill et Marnie vont même être soupçonnés car les circonstances sont tout aussi troublantes.
Ce drame que vivent les parents d’enfants disparus est inexprimable tellement il est atroce. C’est toujours un sujet très grave que de perdre son enfant et dans ce livre, avec ses 366 pages, on ressent un grand moment d’émotion car on voit que rien ne fera revenir ces petits anges, ce qui est encore plus difficile à supporter.
C’est en pensant à eux qu’Andrée Michaud a écrit cet ouvrage dont les pièces s’assemblent petit à petit.
L’auteure arrive à ajouter un peu d’humour que l’on retrouve d’ailleurs dans ses « Remerciements » : « Un dernier merci, enfin, aux membres du fonds Gabrielle-Roy, dont la confiance m’a permis de terminer ce roman dans un lieu pour moi paradisiaque, ainsi qu’au Conseil des arts du Canada et aux membres du jury qui m’ont accordé une bourse sans laquelle je pataugerais encore dans les eaux de la « Rivière Tremblante. » Pas de violences non plus mais des accidents, de grands moments de « pas de chance. »
Je voudrais rajouter que, bien que malheureusement, ce soit une histoire d’enfants disparus, l’auteure a écrit sans aucune forme de voyeurisme, et elle réussit à nous tenir dans l’angoisse, la froidure et la noirceur, ce qui démontre, si cela était nécessaire, son talent, sa délicatesse.
Elle mêle aussi parfois des descriptions assez poétiques ou douces dans ces paysages glacés. Un exemple : « C’est ce désir de vivre aussi longtemps que possible dans une illusion les protégeant de l’immensité du monde et de l’incohérence du temps qui pousse les enfants à réclamer « Les trois petits cochons » quatre soirs de suite. Enfin, je suppose. On oublie tellement de choses essentielles quand on vieillit qu’on se demande parfois ce que ça donne d’avoir été petit si on est trop con pour se souvenir de quoi peut être constituée la joie, la vraie joie, celle qui éclate devant un cornet de crème glacée à trois boules surmonté d’une cerise siliconée. »
Andrée Michaud avait été récompensée par le prix des lecteurs Quais du polar 2017 pour son livre « Bondrée » et ici elle nous démontre que son talent est resté intact.
Ce talent, elle le possède bel et bien, ce qui est confirmé dans cette œuvre magistralement élaborée, avec des mots qui nous font mal, certes, des descriptions à en pleurer, un intense moment de lecture.
Heureusement que ce n’est qu’une histoire mais l’actualité est là pour nous faire savoir qu’il arrive d’autres faits tragiques. La honte soit sur ceux qui s’attaquent à des petites victimes innocentes qui ne demandent qu’à vivre dans l’insouciance de leur enfance.
Reste aux parents de pouvoir survivre après de tels faits tragiques et c’est très difficile.
J’ai remarqué une petite critique, quelques mots, mais qui valent la peine d’être cités :
« D’une puissance rare. Attention, révélation. » (Hubert Artus, Lire.)
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iris29
  27 janvier 2019
C'est le genre de roman qui me laisse perplexe , une fois refermée la dernière page: ai-je aimé ? Couci - couça… Pourrai- je le conseiller ? Ça dépend à qui ...
La première chose qui frappe , c'est la qualité d'écriture.
L'auteur a un style très personnel, et vous entrainera dans son monde , un monde plein de poésie, de nature, mais aussi de chagrins , de deuils impossible à surmonter .
Une rivière, une forêt , la neige, ponctuées d'expressions canadiennes, comme autant de pierres semées par un Petit Poucet nommé Andrée A. Michaud, comme autant de couleurs exotiques , qui ont amusé la lectrice française que je suis et qui permettent de reprendre son souffle après des passages poignants
Parce que l'histoire " vendue" comme un thriller n'en est pas vraiment un. Et c'est surement pourquoi, j'ai été très déçue.
En Août 1979, le petit Mickael disparaitra dans la forêt , seule son amie Marnie est présente, mais elle ne saura pas ( malgré les interrogatoires de la police) , expliquer cette disparition et se verra clouée au pilori par les habitants de RIvière - aux Trembles. Trente ans après , elle revient dans sa ville.
Et , dans une autre ville, la petite Billie, 8 ans, disparait entre son cours de danse et son domicile. Sa disparition demeurera sans réponse. Son père, ivre de chagrin viendra habiter Rivière - aux Trembles, sans se douter qu'un autre enfant va y disparaitre .
Et pendant 261 pages , on suivra ces deux personnages ballotés par la vie, le malheur, l'incompréhension et une douleur infinie.
Souvenirs , chagrin, errance…
Et c'est long (261 pages sur 363 !). C'est éprouvant…
Ah oui, mais les chants tristes sont souvent les plus beaux , oui, mais c'est long...
Et c'est donc à la page 261, que s'ouvre enfin "L'enquête" avec des flics complétement obtus, qui n'ont pas d'autres suspects à se mettre sous la dent que des personnages que nous ne pouvons imaginer coupables.
Ne comptez pas sur Andrée A. Michaud pour vous proposer une fin claire, nette et précise, elle sera à la mesure de cette forêt, opaque et de cette rivière : trouble, tremblante et floue.
Je me suis sentie un peu flouée, un peu sur ma faim.
D'autres lecteurs apprécieront cette ambiance oppressante , plombante servie par une écriture puissante et poétique.

Challenge Mauvais Genres 2018/19.
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isabelleisapure
  06 septembre 2018
Il y a bien longtemps que je ne suis pas ressortie à ce point bouleversée à la lecture d'un thriller. Mais peut-on qualifier ce roman de thriller ? Je n'en suis pas sûre.
Bien sûr, il y a la disparition mystérieuse de deux enfants qui laisse supposer une enquête, des soupçons, des fausses pistes, un dénouement.
Lorsque Mike se volatilise à l'orée d'une forêt, il semble en transe, son amie Marnie peine à le reconnaître, il répète des mots sans signification : « Mauvais temps, madame, mauvais temps » avant de s'évaporer comme happé par quelque monstre aussi terrifiant que mystérieux.
Trente ans plus tard, Billie sort de l'école pour se rendre à son cours de danse distant de quelques centaines de mètres, elle n'y arrivera jamais, laissant ses parents dans une souffrance abyssale.
Qu'est-il arrivé à ces deux enfants ? Peut-on disparaître sans laisser de traces ?
Pour le savoir, le lecteur devra faire preuve de patience, de beaucoup de patience, tant l'action se déroule lentement comme endormie sous la neige qui recouvre le paysage canadien tel un épais manteau.
Andrée A. Michaud prend le parti du regard croisé des deux êtres qui vont à jamais souffrir dans leur chair, face à tant de questions et de douleurs.
Marnie, la fillette peine à grandir sans comprendre ce qui est arrivé à son ami et Bill le papa Billie fou de chagrin continue à illustrer les histoires qu'il invente pour sa fille disparue.
A partir de là, j'ai poursuivi ma lecture presque en apnée, en oubliant tout le reste.
J'ai été subjuguée par la qualité de l'écriture tellement précise qu'elle en devient quasi cinématographique.
Les sentiments sont disséqués, j'ai souffert avec les personnages, certains passages m'ont laissée au bord des larmes par les émotions et les angoisses qui s'en dégagent
La nature glaciale et étouffante crée une atmosphère envoûtante, voire hypnotique qui m'a pratiquement collé à la peau sans plus me lâcher.
Je ne suis pas sûre, je l'ai dit, d'avoir un lu un thriller, j'y ai vu plutôt un roman sur le chagrin, l'impossibilité de faire son deuil lorsque trop de questions se bousculent.
Il n'est pas facile d'en dire davantage sans prendre le risque de spoiler une histoire que l'auteur prend plaisir à rendre opaque.
Plus qu'un coup de coeur, ce livre a été un coup AU coeur.
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monromannoir
  03 février 2019
Même s'il ne fait aucun doute que le talent est au rendez-vous, il faut également prendre en compte la notion d'expérience et de travail pour expliquer cette sensation d'envoûtement émanant d'un ouvrage comme Bondrée (Rivages/Noir 2016) qui a suscité un bel enthousiasme auprès des nombreux lecteurs qui se sont lancés, ou plutôt immergés dans l'univers littéraire somptueux d'Andrée A. Michaud qu'il convient de découvrir impérativement. Afin d'avoir une meilleure vue d'ensemble de l'oeuvre de cette auteure québécoise et connaître la dizaine de romans noirs ou policiers qu'elle compte à son actif,
les éditions Rivages ont édité Lazy Bird (Rivages/Noir 2018) et Rivière Tremblante faisant l'objet d'une parution en grand format. Parce qu'il y a la forêt en toile de fond, parce qu'il y est question de disparitions, Rivière Tremblante, rédigé deux ans avant Bondrée, présente quelques thématiques similaires, quand bien même la façon de les évoquer demeure résolument différente.
A Rivière-aux-Trembles, nul ne sait ce qu'il est advenu de Michael Saint-Pierre, âgé de douze ans, qui a soudainement disparu un après-midi d'été en 1979 alors qu'il jouait dans la forêt avec sa camarade Marnie Duchamp. Hormis une chaussure de sport, découverte bien loin des lieux de la disparition, les recherches ne donnent aucun résultat, comme si la forêt avait absorbé le jeune garçon. Dans une localité voisine, trente ans plus tard, c'est au tour de Bill Richard de s'interroger sur la disparition de sa fille Billie qui venait de fêter son neuvième anniversaire. Aucune trace, aucune explication. La petite fille s'est littéralement volatilisée. Même si les circonstances sont différentes, il y a ce même traumatisme, ces mêmes questions sans réponse et cette même résignation chimérique qui ronge l'âme. Pour surmonter cette épreuve, chacun emprunte une trajectoire différente, mais la convergence des destins fait que Marnie et Bill se retrouvent à nouveau à Rivière-aux-Trembles, au moment même où l'on s'inquiète de la disparition du jeune Michael Faber.

Avec Rivière Tremblante on se retrouve rapidement happé par ce déferlement de mots, ce torrent de phrases généreuses enrobant un récit qui se décline sous une forme narrative afin d'appréhender en alternance les ressentis de Marnie et de Bill qui donnent leurs noms à la succession de chapitres rythmant l'intrigue d'où émane cette sensation d'envoûtement qui nous absorbe complètement mais qui pourra dérouter certains lecteurs en quête de récits trépidants ou de rebondissements singuliers. Bien au fait des codes du polar, Andrée A. Michaud ne compte pas livrer toutes les explications à cet ensemble de disparitions qui émaillent le roman, bien au contraire puisque justement elle s'emploie à mettre en scène la difficulté de surmonter une épreuve telle que la disparition d'un proche sans que l'entourage puisse être en mesure d'en comprendre les tenants et les aboutissants. C'est sur cette palette de sentiments d'impuissance, de désarrois et de culpabilité que l'auteure déploie tout son talent en saisissant pleinement l'impact de ce vide qui plonge l'âme de ses personnages au coeur de l'abîme. L'enjeu du récit réside donc plus dans la manière dont les deux protagonistes vont surmonter les épreuves auxquels ils doivent faire face plutôt que dans les investigations concernant la disparition du jeune Michael Faber qui ravive les tensions au sein de la communauté de Rivière-aux-Trembles.
Assurément, Rivière Tremblante est un roman d'atmosphère où la forêt devient une espèce d'entité mystérieuse saisissant la destinée de l'ensemble des personnages évoluant dans un contexte à la fois réaliste et poétique avec l'évocation d'une nature ensorcelante et inquiétante au coeur de laquelle, Andrée A. Michaud distille une intrigue prenante, chargée d'une force émotionnelle absolument bouleversante. Une belle réussite pour ce roman exigeant qui se mérite en confirmant le talent d'une grande romancière de la littérature noire.
Andrée A. Michaud : Rivière Tremblante. Editions Rivages/Noir 2018.
A lire en écoutant : Don't Leave Me Now de Supertramp. Album : Famous Last Words.
Lien : http://monromannoiretbienser..
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Cigale17
  06 octobre 2018
Paru aux Éditions Québec Amérique en 2011, antérieur donc à Bondrée, le roman Rivière tremblante d'Andrée A. Michaud atteste de la grande maîtrise de cette auteure québécoise qui a déjà onze romans à son actif, dont au moins deux ont reçu plusieurs prix.

Le récit est divisé en trois parties, elles-mêmes subdivisées en parties titrées ou en chapitres non titrées, et cette construction sert à la fois l'intrigue et l'évolution psychologique des personnages.

La première partie commence par une sorte de prologue : deux pages qui nous situent au cœur de l'action, en janvier 2009, à Rivière-aux-Trembles ; une narratrice à la première personne vient d'assister à l'enterrement de son père. On comprend qu'elle a quitté le village après un drame, il y a très longtemps. Harassée, triste et troublée, elle tente de se recueillir près de la chapelle où le corps de son père restera jusqu'au printemps quand elle entend un cri de terreur : c'est toi, Michael ?, demande-t-elle avant de s'effondrer en larmes…

Deux narrateurs à la première personne vont ensuite se succéder dans cette première partie ; ils ne se connaissent pas, mais ils ont tous les deux vécu un drame sinon semblable, du moins comparable : la disparition d'un très proche. Dans « Les histoires », Marnie, que nous venons de rencontrer adulte, raconte comment, lorsqu'elle avait onze ans en 1979, son meilleurs ami de 12 ans, Michael, a disparu. Les enfants ont entendu un cri terrible, Mike qui était près de la rivière s'est d'abord figé avant de partir en direction de la forêt après s'être retourné pour crier à la petite fille ces mots bizarres : « Mauvais temps, madame, mauvais temps… Ne plie pas le jour… ». Bill à son tour raconte comment et pourquoi il a échoué dans ce village. Il veut fuir les accusations de sa femme Lucy-Ann qui, folle de douleur, lui reproche de ne pas être allé chercher Billie à l'école pour l'emmener à son cours de danse : la petite fille, huit ans et neuf mois, a disparu pendant ce très court trajet trois ans auparavant.

Le lecteur apprendra à mieux connaître ces deux narrateurs dans « Les Noms ». En fait, les noms de chacun des protagonistes, et même ceux des lieux, ont une histoire et des couleurs particulières dans ce roman. William se transforme en Bill pour une bonne raison : « Mes livres, je les signe également du prénom de Bill, parce que je ne vois pas comment il est possible de signer William après Shakespeare, Faulkner et Blake. » On saura pourquoi la fille de Bill se prénomme Billie et pourquoi sa femme, Québécoise francophone, s'appelle Lucy-Ann. Mais il faudra attendre pour savoir pourquoi le nom de la rivière évolue (Nana-shipu, Nanamiu-shipu, Nanamassiu-shipu) en inu, et en français de rivière Tremblante à Rivière-aux-Trembles. Il faudra encore patienter jusqu'à ce que le chat Pixie soit momentanément remplacé par un Dixie. Pour sa part, Marnie doit son prénom (lourd à porter) à Hitchcock, et ses surnoms à deux animaux de la forêt dont l'un jouera un rôle crucial dans cette histoire.

La deuxième partie du roman présente successivement « Bill » puis « Marnie » de février à avril 2009 à Rivière-aux-Trembles. Enfin la troisième partie permet au lecteur de suivre « L'Enquête », puis comme il se doit « La Fin », mais il n'est pas question d'en révéler plus que je n'en ai déjà dit.

J'ai trouvé ce roman magnifique et bouleversant. Les aventures de Marnie et de Michael, presque du même âge, encore dans l'enfance mais désireux de se confronter au monde des adultes tout en percevant difficilement la réalité et en ayant recours à la pensée magique, m'ont émue et m'ont fait sourire de nostalgie… L'amour que Bill, auteur et illustrateur de livres pour enfants, porte à sa petite fille source de son inspiration, l'incapacité des parents à faire leur deuil, la douleur qui les éloigne, la descente aux Enfers de Lucy-Ann, la culpabilité des survivants renforcée par les soupçons des policiers et la malveillance des villageois, le refus d'accepter l'irréparable, l'espoir de remonter le temps, de revenir en arrière, de refaire l'histoire, la tentation du suicide, tous ces thèmes traversent cette douloureuse histoire et enrichissent les personnages et… le lecteur.

Que dire de plus… La langue colorée de nombreux québécismes qui n'entravent absolument pas la compréhension et qui se gardent de tout folklore, le quasi lyrisme des descriptions de la nature, particulièrement de l'hiver, une chouette bande-son (plutôt jazzy pour Bill, plutôt rock pour Marnie), et de l'humour, un humour omniprésent, même aux pires moments : alors que Marnie craint de devenir folle, elle se souvient des histoires que lui racontait Phil sur deux ratons laveurs qui s'appelaient Jésuite et Récollet, noms des deux communautés religieuses rivales en Nouvelle France, tant pour l'évangélisation des « Sauvages » que pour l'éducation des colons…

Merci au Grand Prix des Lectrices de Elle et aux éditions Rivages/Noir.
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critiques presse (2)
LeFigaro   21 septembre 2018
Après le succès de Bondrée, la Québécoise publie un nouveau polar psychologique réussi.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Liberation   20 septembre 2018
Au Québec, deux disparitions d’enfants provoquent la rencontre de ceux qui les cherchent. Avec «Rivière tremblante», Andrée A. Michaud retourne les cœurs.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
iris29iris29   28 janvier 2019
Il faisait tournoyer au fond de son verre la petite goutte d'alcool qui avait échappé à notre cul sec, en suivant le sens de la rotation de la terre, puis il changeait de direction, prenait le temps à rebours et recommençait. Peut- être se disait- il que si le verre pivotait assez longtemps vers l'arrière, il pourrait remonter vers le passé et obliger la terre à replier ses nuits les unes après les autres. Il aurait pourtant dû savoir qu'il ne faut pas davantage plier la nuit que le jour, qu'il faut au contraire courir et retenir ses cris, que c' est l'unique façon de sauver sa peau.
+ Lire la suite
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iris29iris29   26 janvier 2019
Mais Billie n'était plus là, c'était la seule vérité qui vaille, et le misérable semblant de survie que ma mémoire lui offrait ne valait pas cinq cennes. J'aurais beau m'imaginer berçant Billie pendant cent ans, aucune Billie ne sentirait la chaleur de mes bras fatigués. La survie des disparus dans le cœur de ceux qui les chérissent, c'est de la bullshit.
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iris29iris29   24 janvier 2019
Pendant des jours, j'ai plaidé mon innocence sur tous les tons, voyons, L.A., bordel, L.A., hostie, L.A., tu peux tout de même pas croire que j'ai fait du mal à ma puce ? Peine perdue, mon plaidoyer ne valait pas de la schnoute.
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iris29iris29   27 janvier 2019
Le seul animal domestique dont j' avais jamais partagé l'existence était un poisson rouge répondant au nom de Conrad, ce qui est une façon de parler, car si Conrad a un jour réagi à son nom, personne ne s'en est rendu compte.
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iris29iris29   30 janvier 2019
Mes livres, je les signe également du prénom de Bill, parce que je ne vois pas comment il est possible de signer William après Shakespeare, Faulkner et Blake.
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