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Paolo Woods (Photographe)
EAN : 9782246736219
348 pages
Éditeur : Grasset (21/05/2008)
3.61/5   18 notes
Résumé :

Par centaines de milliers, obéissant au mot d’ordre « Sortez ! » de Hu Jintao, les Chinois se ruent vers l’Afrique. Pour le pire parfois, pour le meilleur aussi. En échange de matières premières dont le continent noir regorge (pétrole, gaz, métaux, uranium, bois, poissons), l’Empire du Milieu développe l’Afrique et l’intègre dans la mondialisation. Pékin séduit de nombreu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
YvesParis
  16 août 2012
Les études africaines connaissent leurs modes. le renforcement des liens économiques et politiques entre la Chine et l'Afrique en est une. Serge Michel – prix Albert Londres 2001 et ancien correspondant du Monde à Dakar – et le journaliste suisse Michel Beuret ont cédé à la tentation facile de la formule-choc et intitulé leur ouvrage "La Chinafrique". Or, la relation franco-africaine et la relation sino-africaine ne sont en rien comparables. Si la France et l'Afrique ont, après la colonisation, maintenu une relation symbiotique étroite et parfois malsaine, rien de telle dans la relation sino-africaine. Dans un cas, on est face à un véritable système, la Françafrique, fruit d'une longue connivence linguistique, culturelle, politique, financière ; dans l'autre, ce qui frappe, c'est au contraire la diversité des acteurs et des stratégies.
Certes, la politique africaine de l'Etat chinois, quasi-inexistante depuis la Conférence de Bandoeng et la tournée de Zhou Enlai en 1964, a connu depuis dix ans des développements fulgurants. Alors que le Président Hu Jintao et son premier ministre Wen Jiabao multiplient les visites sur le continent , le troisième forum sur la coopération Chine-Afrique (Focca) se tient à Pékin en novembre 2006 et réunit 48 pays (sur 53 au total) et 41 chefs d'Etat ou de gouvernement. La publicité qui a été faite autour de ce sommet, au cours duquel la Chine a promis de doubler son aide aux pays africains et de leur accorder des prêts importants à des taux préférentiels, a largement nourri le soudain intérêt pour la « nouvelle question sino-africaine » .
Certes encore, cette percée chinoise en Afrique coïncide avec la prise de conscience par les dirigeants chinois de leurs immenses besoins énergétiques. En 1996, la Chine devient importatrice nette de pétrole ; en 2005, elle est le deuxième importateur au monde devant le Japon et derrière les Etats-Unis. Rien d'étonnant dès lors à ce qu'on retrouve les grandes entreprises pétrolières chinoises en Angola, au Nigeria et plus encore au Soudan où elles profitent de l'embargo des Occidentaux. Parallèlement, les Chinois pillent le bois d'Afrique centrale sans considération pour les équilibres écologiques.
Pour autant, on ferait fausse route en croyant que la Chine poursuit en Afrique une politique cohérente qui accoucherait d'un système semblable à la Françafrique foccartienne. Antoine Kernen – qui est un rare spécialiste de la Chine à s'être intéressé à un sujet traditionnellement traité par les seuls africanistes – a raison de dénoncer cette lecture paranoïaque de la percée chinoise qui croit deviner derrière la présence économique et humaine croissante des Chinois sur le continent l'exécution soigneusement planifiée d'une politique expansionniste. « Il est nécessaire, dit-il, de déconstruire cette catégorie par trop globalisante de ‘Chinois en Afrique' » Des travaux de terrain pointus, menés par des géographes, des sociologues ou des anthropologues, dévoilent la variété sinon l'impréparation des parcours des immigrants chinois. Sylvie Bredeloup et Brigitte Bertoncello ont ainsi étudiés les migrants chinois au Sénégal et au Cap-Vert et en tirent la conclusion que : « La diaspora chinoise essaime un peu partout dans l'ensemble régional africain sans programmation arrêtée de ses parcours migratoires, sans stratégie élaborée »
Rédigé dans un style journalistique très alerte, l'ouvrage de Michel & Beuret nous fait certes rencontrer ces nouveaux colons « des forêts menacés du Congo aux karaokés du Nigeria, le long des pipelines du Soudan et des chemins de fer d'Angola ». Mais l'accumulation de ces récits, aussi vivants soient-ils, contredit le projet du livre sans même réaliser cette contradiction. Nulle part la Chinafrique n'apparaît ; nulle part voit-on Pékin – où les auteurs ne semblent guère s'être rendus que pour assister, à distance respectueuse, au Focca de novembre 2006 avant d'aller interviewer, aux fins fonds du Sichuan, la mère d'un ouvrier chinois kidnappé au Nigeria qui n'avait rien à leur dire – se lancer « à la conquête du continent noir ».
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paulallan380
  16 août 2020
Un livre acheté à une époque où je devais me contenter de ce que je trouvais dans les rares librairies locales. Aujourd'hui, je le laisserais dans son rayon. Un des auteurs est un journaliste du quotidien « le Monde » et je considère que nous sommes suffisamment intoxiqué par l'idéologie de « gauche » du matin jusqu'au soir par des médias financés avec l'argent arraché aux contribuables. Inutile d'être assez bête pour mettre encore la main à la poche pour de la propagande supplémentaire. Sans surprise donc, on a droit à quelques couplets contre la colonisation. L'auteur oubliant, comme à l'accoutumée, que ce sont ses « frères » de « gauche » qui en sont à l'origine. Je passe sur les inepties tiers-mondistes parsemées de ci de là.
Il y a des inexactitudes dans la description des troubles politiques en Côte d'Ivoire, ce qui rend suspicieux sur le crédit qu'on doit accorder aux autres informations.
De toutes les façons, pas de grandes révélations dans l'ensemble. du copier-coller plutôt que de l'investigation. Et l'ouvrage datant de 2008, beaucoup de données ont changé depuis.
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miriam
  23 février 2013
La Françafrique fout le camp ! Déroute de BenAli en Tunisie, et propositions calamiteuses de M Alliot –Marie, voyage provocateur de Vergès et Dumas au secours de l'Gbagbo, enlèvements au Niger…La Chinafrique va-t-elle remplacer les anciens colons ?
L'affirmation de Dambisa Moyo « les Chinois sont nos amis » m'avait interpellée.
C'est donc avec beaucoup d'intérêt que j'ai ouvert La Chinafrique de Michel et Beuret. Leur enquête passionnante est le récit d'un périple à travers le continent africain avec des allers-retours en Chine, chaque étape ciblant un problème politique ou économique particulier– procédé qu'Orsenna avait utilisé avec beaucoup de talent dans le Voyage au Pays du Coton et L'Avenir de l'Eau. Des chiffres, certes il en faut pour donner à comprendre les ordres de grandeurs des sommes investies, mais finalement assez peu. Des rencontres avec des hommes et des femmes, surtout, avec des Africains, dirigeants insouciants ou intellectuels parfois désabusés, mais aussi ouvriers et syndicalistes. Des rencontres avec des Chinois, parfois mutiques, parfois prolixes d'une langue de bois si spéciale, des confidences aussi des exilés…
En conclusion, p.412 et p.413 une carte raconte « le Grand Bond en Afrique » et résume les thèmes abordés : document d'une limpidité remarquable.
L'écriture est cinématographique : le décor est planté, un karaoké dans un restaurant chinois de Lagos, les forêts du Congo, ou un chantier de construction d'autoroute en Algérie, le terminal pétrolier de Port-Soudan, un train angolais, une mine de cuivre en Zambie. Les acteurs présentés, les dialogues savoureux…Et c'est du cinéma d'action ! On se croirait dans un James Bond quand les journalistes cherchent à s'introduire dans les entreprises chinoises soigneusement verrouillées. Episodes parfois cocasses comme ce coup d'état au Tchad raté en 2006 parce que les rebelles armés par la Chine se trompent de palais présidentiel, ou encore le jour du mariage de Nicolas Sarkozy et de Carla…Emouvants, ces enfants métis qu'on cache….
Le sommaire est un scénario
1. Tapis rouge pour le continent noir récit d'un sommet à Pékin
2. Les Chinois ont trouvé leur Far West au Nigéria, commerces en tout genre
3. Dans les forêts du Congo le bois est nécessaire à l'industrie chinoise
4. Petite histoire de la Chine-Afrique(1421-2008)
5. Les élites noires s'amusent, les Chinois travaillent Algérie
6. La Chine enterre la Françafrique Cameroun , Côte d'Ivoire, Sénégal
7. Ruée vers l'uranium du Sahara Niger
8. Une invasion de pacotille Cameroun, Sénégal, Egypte
9. Armes pour dictateurs, made in China Tchad Zimbabwe
10. Au Soudan, pays conquis
11. Priorité pétrole
12. le nouveau « grand jeu »
13. Quand la locomotive chinoise se met à tousser Angola
14. L'amitié entre les peuples, sauce aigre-douce Zambie
Si on ne peut pas éluder les drames du Darfour ou les massacres des Grands Lacs, ce livre ne fait pas dans l'Humanitaire, ni dans le compassionnel. Au contraire ! Aux sempiternelles rengaines de l'Afrique mal partie ou de l'Afrique maudite, de l'Afrique de la famine et du Sida, les auteurs opposent un continent riche de ses ressources minières, courtisé par les grandes puissances où les enchères montent autour des concessions minières et pétrolières, où des routes et des barrages sont construits. Une dynamique occultée par le discours qui a cours habituellement.
La stratégie gagnant-gagnant est- elle une solution pour sortir l'Afrique du sous-développement ? Ou ce slogan cache-t-il une colonisation qui ne dit pas son nom ? Les Chinois en important non seulement des capitaux et des produits fabriqués mais aussi des travailleurs reproduiront-ils les erreurs des anciennes puissantes coloniales. La conclusion laisse de l'espoir pour l'Afrique qui aura peut-être le dernier mot.
En conclusion, p.412 et p.413 une carte raconte « le Grand Bond en Afrique » et résume les thèmes abordés : document d'une limpidité remarquable.

Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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Behemoth
  09 juin 2021
Comme son titre l'indique, ce livre-reportage effectué par des journalistes, traite de "l'invasion" chinoise du continent africain.
On ne peut pas vraiment parler de néo-colonialisme car, contrairement aux Français, Belges, Portugais ou autres Anglais et Américains, les Chinois ne se positionnent pas en donneurs de leçons sur les droits de l'homme ou en évangélistes. Ils sont là uniquement pour le business. Et en cela, tous les dictateurs africains leur sont reconnaissants.
Dans les faits, cela n'est pas si simple. En effet, sur le terrain des innombrables chantiers africains (routes, voies ferrées, stades, écoles, urbanisme, pipelines etc.), les Chinois se comportent en chefs tyranniques racistes et parfois violents vis à vis de la main d'oeuvre africaine, qu'ils dirigent par gestes, ne parlant ni français, ni anglais ni aucun dialecte africain. de plus, la Chine s'est également engagée dans les ventes d'armes à tous les belligérants africains...
Par contre, elle voit très loin. Elle envoie en Afrique des millions de paysans chinois dont elle ne sait que faire sur son sol, pour faire des affaires qui font marcher le commerce.
Elle utilise pour cela des pots de vins et consent d'énormes investissements parfois à perte. La conséquence étant que l'Afrique s'endette envers la Chine, qu'elle paie grâce à la réduction des dettes consenties par les Occidentaux qui eux, en sont pour leurs frais.
A noter que ce livre est paru en 2008, ce qui par rapport au sujet, constitue une éternité. Depuis, la Chine est encore plus fortement enracinée en Afrique et, forte de cette première expérience de conquête économique, elle a su se diversifier, rattraper son retard, et conquérir bon nombre de nouveaux marchés juteux sur l'ensemble du globe.
Bref, ce grand pays est en passe de reprendre la première place qu'il occupait jadis.
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carob06
  09 septembre 2013
Ces journalistes nous racontent, au fil de nombreuses anecdotes et photographies, comment la Chine a réussi à s'imposer en Afrique au détriment des pays européens (et notamment de la France) qui semblait pourtant mieux partis pour cela. Ce livre nous donne à réfléchir sur l'avenir de la Chine en développant un aspect encore assez peu connu de sa puissance.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
BouquetdeNerfsBouquetdeNerfs   08 octobre 2010
"Les Chinois nous offrent du concret et l'Occident, des valeurs intangibles. Mais ça sert à quoi la transparence, la gouvernance, si les gens n'ont pas d'électricité, pas de travail? La démocratie, ça ne se mange pas."

- Serge Mombouli, conseiller de la présidence congolaise, Brazzaville -
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Vidéo de Serge Michel
5 questions posées à Serge Michel à l'occasion de la parution de son livre Marche sur mes yeux (Grasset).
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