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EAN : 9782824711973
300 pages
Bibebook (07/06/2013)
4.39/5   32 notes
Résumé :
La vie de la grande dame (Grande d’âme), égérie de La Commune de Paris, passionaria du peuple, poétesse, institutrice, chercheuse et oratrice de la cause anarchiste. Louise Michel est un personnage inoubliable, par son abnégation, son courage et son amour de l’humanité.
(disponible uniquement sur le site de Denis éditions)

EXTRAIT

“Souvent on m’a demandé d’écrire mes Mémoires ; mais toujours j’éprouvais à parler de moi une répugn... >Voir plus
Que lire après Mémoires de Louise Michel écrits par elle-mêmeVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Je l'avoue, je ne suis pas très calée en Histoire.
Pourtant certains personnages de notre Histoire m'interpellent plus que d'autres.
C'est le cas de Louise Michel.

J'ai fait sa connaissance en 2003 en lisant « Fille de la colère » de Michel Peyramaure.
Puis j'ai vu le film, sorti en 2010 « Louise Michel » avec Sylvie Testud.
Je me suis ensuite lancée dans la lecture de « La Misère » de Louise Michel et Marguerite Tinayre. Je n'ai pu venir à bout, à ma grande honte, de ce pavé indigeste de 1198 pages.
Et, enfin, j'ai décidé de lire « Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même ».

Ce ne fut pas une lecture facile pour moi et ce, pour plusieurs raisons :
-- Son style est très particulier. je dirais qu'elle écrit comme on parle, sautant d'un sujet à l'autre et ce n'était, pour moi, pas facile à suivre.
-- le contexte historique, très fouillé, bien sûr, puisqu'elle l'a vécu, ne m'était pas familier. Il a donc fallu que je dresse un tableau chronologique de sa vie avec le nom des endroits par elle fréquentés ainsi que le nom des personnes par elle rencontrées, sinon, pour moi, le livre était impossible à suivre.
-- Même en prenant cette précaution, de nombreuses personnes citées m'étaient inconnues surtout que, pour corser la chose, le nom des personnes encore vivantes n'était qu'une initiale, afin de les préserver.

Bref. Il s'agissait pour moi, en quelque sorte, d'un défi.

J'ai donc pris tout mon temps, lisant un chapitre par jour, ce qui était largement suffisant pour ma comprenette...

Michel Peyramaure a raison en disant que Louise Michel est une femme en colère. L'injustice la révolte. Elle prend toujours le parti des plus faibles, des plus vulnérables, des plus démunis. Elle exècre toute forme de pouvoir. En cela, c'est une anarchiste.

C'est aussi une féministe, une révolutionnaire qui se sert de sa plume comme d'une arme.

C'est une femme forte et déterminée qui a consacré toute sa vie à défendre ses idées.

C'est une poétesse ( d'ailleurs le livre est ponctué de nombreux poèmes ) mais ses poèmes sont le plus souvent militants.

C'est une femme sensible qui sait apprécier la beauté de la nature. Elle fait des descriptions magnifiques des paysages de Nouvelle-Calédonie.

C'est aussi une fille, tout simplement, qui éprouvait un immense amour pour sa mère et souffrait de la faire souffrir.

Qu'ai-je retiré de cette lecture ?

Une admiration sans borne pour Louise Michel et ses compagnons, tous prêts à sacrifier leur vie pour un idéal, cet idéal étant de rendre le monde meilleur et plus juste.
Merveilleuse utopie !

Les 5 étoiles attribuée ne le sont pas pour son oeuvre littéraire, mais pour sa vie, sa passion et son abnégation.
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Louise Michel est une femme complète. Son intelligence s'étend brillamment sur plusieurs domaines. Son esprit est ouvert en permanence au monde, sa flore, sa faune, ses hommes, ses femmes, ses enfants. Son coeur est assez grand pour accueillir les misérables de son siècle industriel et dur pour le petit peuple, les peuples d'origine et de coutumes différent de l'Occident comme les Canaques de Nouméa qu'elle rencontre et apprend à connaître alors qu'elle est déportée après la Commune de Parsi de 1871.
Louise Michel souhaite ardemment, de tout son coeur, de toute son intelligence, de toute sa compassion que le pain ne manque sur aucune table, que les filles puissent accéder à l'éducation, que les femmes soient les égales des hommes.
Préface de 1886: "Ceux qui l'approchent pour la première fois sont tout stupéfaits de se trouver en face d'une femme à l'abord sympathique, à la voix douce, aux yeux pétillants d'intelligence et respirant la bonté. Dès qu'on a causé un quart d'heure avec elle, toutes les préventions s'effacent, tous les partis pris disparaissent: on se trouve subjugué, charmé, fasciné, conquis. On peut repousser ses idées, blâmer ses actes ; on ne saurait s'empêcher de l'aimer et de respecter, même dans leurs écarts, les convictions ardents et sincères qui l'animent." Elle vouait une véritable adoration à sa mère que pourtant ses périlleuses aventures, ses engagements risqués ont fait vieillir prématurément. L.M. "a conservé une jeunesse de coeur et d'allures, une fraîcheur de sentiments qui lui donnent un charme incroyable: câline, tendre, affectueuse, se laissant gronder par ses amis et les tourmentant, de son côté, avec une mutinerie de jeune fille."
Louise Michel est une femme de tant de richesses!
Sa sensibilité l'a faite poète. Ses poèmes sont nombreux, certains sont perdus. Ses pages décrivant la flore de Nouméa sont absolument magnifiques. Cette nature qu'on croit statique bouge sous sa plume, évolue, va, vient, se transforme et renaît dans un mouvement perpétuel merveilleusement rendu où les formes et les couleurs vous sautent aux yeux.
Sa curiosité scientifique l'a faite botaniste. Déportée en Nouvelle-Calédonie, elle vaccine des papayers avec la sève de papayers malades de la jaunisse, les papayers vaccinés attrapent la maladie et en guérissent… avant Pasteur!
Lisez ce témoignage pour l'enfance de cette femme hors du commun, son amour pour les animaux, les enfants, ses réflexions sur la mort, son écriture qui semble simple mais qui est pleine de sentiments et de pensée.
Louise Michel et les misérables: "Si seulement les enfants avaient du pain à l'appétit de leurs jeunes dents avides de petits loups humains, qui ne trouvent rien, même en sortant du bois ! Rien ! Je me trompe, ils trouveront la maison de correction, où la dureté avec laquelle ils sont traités prépare de futurs condamnés à mort ou au bagne."
Louise Michel et les femmes: "S'il est opportun à certaines gens que la fille du peuple soit dans la rue sous la pluie et la honte pour sauvegarder la fille du riche, s'il leur plaît de conduire par troupeau les femmes au lupanar; nous, qui ne voulons plus d'achat et de vente de chair humaine, nous disons bien haut: Plus de questions personnelles ni de questions de sexe!"
Louise Michel et le mariage: Alors qu'elle a douze ou treize ans, Louise Michel est demandée en mariage à ses grands-parents par deux hommes d'un certain âge, successivement. L. M. refuse le premier en citant une farce de Molière ! et le deuxième, qui a un oeil de verre, en lui demandant, faussement naïve: "Monsieur, est-ce que l'autre est en verre, aussi?" Plus sérieusement, elle en tire des réflexions sur le mariage: Ces deux prétendants "faisaient la paire. Même idée de choisir une fiancée toute jeune et de la faire repétrir comme une cire molle pendant quelques années avant de se l'offrir en holocauste."
Louise Michel et la révolution: "L'être, comme la race, monte et s'épanouit en feuilles et en fleurs. Pareils aux fruits verts, nous ne serons bons qu'à engraisser le sol, mais ceux qui viendront après nous porteront semence pour la justice et la liberté. La sève qui monte, à notre époque de transition, est puissante. Il ne peut naître aujourd'hui que des croissements humains, à travers des vicissitudes infinies, que des races révolutionnaires, chez ceux mêmes qui nient l'imminence de la Révolution… Salut à l'humanité libre et forte qui ne comprendra pas comment si longtemps nous avons végété, pareils à nos aïeux des cavernes, ne dévorant plus la chair les uns des autres (nous ne sommes plus assez forts), mais dévorant leur vie."
Louise Michel et les femmes de la Commune : "La femme, cette prétendue faible de coeur, sait plus que l'homme dire: Il le faut! Elle se sent déchirée jusqu'aux entrailles, mais elle reste impassible. Sans haine, sans colère, sans pitié pour elle-même ni pour les autres, il le faut, que le coeur saigne ou non."
Louise Michel et l'avenir: "Dominer, c'est être tyran, être dominés, c'est être lâches!... Et le lendemain? dit-on. Eh bien, le lendemain, il est l'humanité nouvelle, elle s'arrangera dans ce monde nouveau : est-ce que nous pouvons comprendre ce lendemain-là ?… En révolution, l'époque qui copie est perdue, il faut aller en avant."
Lien : https://www.gabrielle-dubois..
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Quelle femme, mais quelle femme ! Un personnage comme chaque siècle n'en produit qu'une poignée. Anarchiste féministe, elle défend indifféremment les femmes, les pauvres, les animaux, la nature et s'élève au péril de sa vie contre toutes les injustices.Que l'on adhère ou pas à ses vues, on ne peut que lui reconnaître une détermination et une sincérité entières, un dévouement total à sa cause: accéder à une humanité meilleure. Une femme si tenace qu'elle a vécu les 17 dernières années de sa vie avec une balle logée dans le crâne que les chirurgiens n'arrivaient pas à lui extraire. S'il faut lire une autobiographie: c'est bien celle-ci !
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Une vie d'anarchiste, un destin exceptionnel, une volonté hors du commun, voici de multiples raisons de lire les mémoires de cette militante révolutionnaire à tous points de vue.
Malgré les souffrances endurées, l'amère Michel a écrit un vibrant plaidoyer pour son combat en faveur d'une société plus juste...
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
Plus de drapeau rouge mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions.

Jamais je n'ai compris qu'il y eût un sexe pour lequel on cherchât à atrophier l'intelligence comme s’il y en avait trop dans la race.

Il y a entre les propriétaires des maisons de prostitution échange de femmes, comme il y a échange de chevaux ou de bœufs entre agriculteurs ; ce sont des troupeaux, le bétail humain est celui qui rapporte le plus. […] Si les grands négociants des marchés de femmes qui parcourent l’Europe pour leur négoce, étaient chacun au bout d’une corde, ce n’est pas moi qui irais la couper. […] Est-ce qu'il n'y a pas des marchés où l'on vend, dans la rue, aux étalages des trottoirs, les belles filles du peuple, tandis que les filles des riches sont vendues pour leur dot ? L'une, la prend qui veut ; l'autre, on la donne à qui on veut. La prostitution est la même […] Esclave est le prolétaire, esclave entre tous est la femme du prolétaire.

Maintenant, les jours d’enfance sont esquissés et voilà, étendu sur la table, le cadavre de ma vie : disséquons à loisir.

Ces matins de la vie, la destinée, les ailes pliées comme une chrysalide, attend l’heure de les livrer au vent qui les déchire.

Même idée de se choisir une fiancée toute jeune et de la faire repétrir comme une cire molle pendant quelques années avant de se l’offrir en holocauste.

Et dire qu’il y a de pauvres enfants qu’on eût forcées d’épouser un de ces vieux crocodiles ! Si on eût fait ainsi pour moi, je sentais que, lui ou moi, il aurait fallu passer par la fenêtre.

Combien de fois on devait croire le jour arrivé de les jeter aux chiffons, les loques de l’Empire, et toujours il durait ! Rien de solide comme les ruines, rien qui dure plus que les haillons.

Elle s’assit au piano et, ses mains glacées glissant sur les touches froides elle commença je ne sais quelle invocation au Dieu d’Israël ; on y sentait le désert, le calme de la mort et ce calme allait jusqu’au cœur.

Les êtres, les races et, dans les races, ces deux parties de l’humanité : l’homme et la femme, qui devraient marcher la main dans la main et dont l’antagonisme durera tant que la plus forte commandera ou croira commander à l’autre réduite aux ruses, à la domination occulte qui sont les armes des esclaves.

Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine.

Si le diable existait, il saurait que si l’homme règne, menant grand tapage, c’est la femme qui gouverne à petit bruit. Mais tout ce qui se fait dans l’ombre ne vaut rien ; ce pouvoir mystérieux, une fois transformé en égalité, les petites vanités mesquines et les grandes tromperies disparaîtront ; alors il n’y aura plus ni la brutalité du maître, ni la perfidie de l’esclave.

Les meilleurs traités de commerce d’une nation ne protègent que les exploiteurs !

Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent.

On m’a souvent accusée de plus de sollicitude pour les bêtes que pour les gens : pourquoi s’attendrir sur les brutes quand les êtres raisonnables sont si malheureux ? C’est que tout va ensemble, depuis l’oiseau dont on écrase la couvée jusqu’aux nids humains décimés par la guerre. Car j’avais vu, la nuit, des gens qui vivent de proie ou qui sont proies eux-mêmes : une nuit de ce qu’on appelle la société civilisée.

Oui, les Russes ont raison, l’évolution est finie, il faut la révolution ou le papillon mourrait dans sa tunique de nymphe.

Toujours l’homme est obligé de briser la loi dont il s’enveloppe comme d’un filet et qu’il étend sur les autres.

Je n’attends ni douleur ni joie, je suis bonne pour le combat.

En révolution, l’époque qui copie est perdue, il faut aller en avant. La Commune, enserrée de toutes parts, n’avait que la mort à l’horizon, elle ne pouvait qu’être brave, elle le fut. Elle a ouvert la porte toute grande à l’avenir ; il y passera.

Les vengeances personnelles disparaîtront comme les gouttes d’eau dans les vagues déchaînées. On ne compte pas les vicissitudes des grains de sable ; ils roulent avec les autres, ils y sont tous.

Par-delà notre temps maudit viendra le jour où l’homme, conscient et libre, ne torturera plus ni l’homme ni la bête. Cette espérance-là vaut bien qu’on s’en aille à travers l’horreur de la vie.

Les femmes, je le répète, ne commirent pas de lâchetés : cela vient de ce que, ni les unes ni les autres, nous n’aimons pas nous salir les pattes. Peut-être sommes-nous un peu de la race féline.

J’ai vu les cavaliers défoncer les rassemblements avec les poitrines de leurs chevaux ; la bête, meilleure que l’homme, lève les pieds de peur d’écraser, fonce à regret sous les coups.

Il y avait longtemps que je ne croyais plus ou que je m’étais rendu compte qu’en doutant on ne croit plus.

[…] l’être multiple qu’on appelle l’humanité et qui arrivera à ce progrès que nous regardons sans le comprendre, pareil à une lointaine lumière…

Pendant la démarche courageuse des francs-maçons, en 1871, j’éprouvai l’impression de fantômes se dressant sur les remparts devant les royalistes égorgeurs de la Révolution : c’était grand et froidement beau comme ce qu’on éprouve devant les morts.

La solitude repose, surtout quand on a passé une grande partie de sa vie à avoir toujours besoin d’une heure de silence sans la trouver jamais, si ce n’est la nuit.

Peut-être aussi dans ce beau pays de France, la mode d’attribuer à un cas pathologique tout caractère de femme un peu viril est-elle complètement établie ; il serait à souhaiter que ces cas pathologiques se manifestassent en grand nombre chez les petits crevés et autres catégories du sexe fort.

Au milieu de la forêt Ouest, dans une gorge formée de petits mamelons encore imprégnés de l’âcre odeur des flots, est un olivier immense dont les branches s’étendent horizontalement comme celles des mélèzes ; jamais aucun insecte ne vole sur ses feuilles noirâtres au goût amer. Quelle que soit l’heure et la saison, une fraîcheur de grotte est sous son ombre, la pensée y éprouve, comme le corps, un rafraîchissement soudain.

La mer, pareille à une nuit, élève jusqu’aux rochers où je suis, d’énormes griffes d’écume toute blanche ; il y a dans les flots comme une poitrine qui râle.

Je découvrais les sacrifices faits pour moi par ma pauvre mère, simplement, sans se plaindre ; elle m’eût donné son sang comme elle m’avait, miette à miette, laissé prendre ce que nous possédions, pour des idées qui n’étaient pas les siennes.

Maintenant, les plumes qui ont déversé tant de venin sur moi peuvent fouiller jusqu’au cœur, pareilles à des becs de corbeau ; elles n’y trouveront plus que de la pierre. Et pourtant cette pierre saigne encore à certaines heures.

Pour que les institutions surannées durent plus longtemps, les Anglais les réchauffent de l’enthousiasme des femmes. Mais les branches vertes du vieil arbre ne peuvent rajeunir le tronc pourri.

Il n’est pas défendu de ne vouloir vivre qu’autant qu’on est utile et de préférer mourir debout à mourir couché. Quant à penser qu’un seul n’est rien devant tous, j’en ai toujours été persuadée ; seulement le tyrannicide n’est praticable que quand la tyrannie n’a qu’une seule tête ou un certain groupe de têtes. Quand elle est devenue l’hydre, c’est la Révolution qui s’en charge.

Cette accusation d’avoir ri n’est qu’un leurre. On ne voulait pas me condamner autrement parce qu’une femme est plus vite tuée par le ridicule. Rétablissons les faits : ce sont mes convictions qu’on poursuit en moi.

Nous voulons la liberté et nous croyons son existence incompatible avec l’existence d’un pouvoir quelconque, quelle que soit son origine et sa forme, qu’il soit élu ou imposé, monarchique ou républicain, qu’il s’inspire du droit divin ou du droit populaire, de la Sainte-Ampoule ou du suffrage universel.

Les anarchistes se proposent donc d’apprendre au peuple à se passer de gouvernement comme il commence déjà à se passer de Dieu.

Souvenez-vous de ceci, femmes qui me lisez : on ne nous juge pas comme les hommes. Il faut qu’une femme ait mille fois plus de calme que les hommes, devant les plus horribles évènements. Il ne faut pas que dans la douleur qui lui fouille le cœur elle laisse échapper un mot autre qu’à l’ordinaire. Car les amis, par la pitié qui les trompe ; les ennemis, par la haine qui les pousse, lui ouvriraient bien vite quelque maison de santé, où elle serait ensevelie, pleine de raison, avec des folles qui, peut-être ne l’étaient pas en entrant.

L’homme, quel qu’il soit, est le maître ; nous sommes l’être intermédiaire entre lui et la bête, que Proudhon classait ainsi : ménagère ou courtisane. Quand nous avons du courage, c’est un cas pathologique ; quand nous nous assimilons facilement certaines connaissances, c’est un cas pathologique.

S’il faudra du courage à vos frères pour les choses qu’ils verront, il vous en faudra cent fois davantage. Il faut aujourd’hui, qu’où les hommes pleureraient, les femmes aient les yeux secs.

La bannière rouge qui fut toujours celle de la liberté effraye les bourreaux, tant elle est vermeille de notre sang. Le drapeau noir crêpé de sang de ceux qui veulent vivre en travaillant, ou de mourir en combattant, effraie ceux qui veulent vivre du travail des autres.

D’autres ont trompé leurs maris ! Est-ce qu’ils ne les ont jamais trompées ? Si on laissait les gens se choisir eux-mêmes au lieu d’appareiller les fortunes, cela n’arriverait pas si souvent.

Tout le venin du monde peut tomber sur moi, sans que je m’en aperçoive. Ce sont quelques gouttes d’eau où tout l’océan est passé.

Il y a une chose qui vous étonne, qui vous épouvante, c’est une femme qui ose se défendre. On n’est pas habitué à voir une femme qui ose penser ; on veut selon l’expression de Proudhon, voir dans la femme une ménagère ou une courtisane !

J’ai pa
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Plus de drapeau rouge mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions.

Jamais je n'ai compris qu'il y eût un sexe pour lequel on cherchât à atrophier l'intelligence comme s’il y en avait trop dans la race.

Il y a entre les propriétaires des maisons de prostitution échange de femmes, comme il y a échange de chevaux ou de bœufs entre agriculteurs ; ce sont des troupeaux, le bétail humain est celui qui rapporte le plus. […] Si les grands négociants des marchés de femmes qui parcourent l’Europe pour leur négoce, étaient chacun au bout d’une corde, ce n’est pas moi qui irais la couper. […] Est-ce qu'il n'y a pas des marchés où l'on vend, dans la rue, aux étalages des trottoirs, les belles filles du peuple, tandis que les filles des riches sont vendues pour leur dot ? L'une, la prend qui veut ; l'autre, on la donne à qui on veut. La prostitution est la même […] Esclave est le prolétaire, esclave entre tous est la femme du prolétaire.

Maintenant, les jours d’enfance sont esquissés et voilà, étendu sur la table, le cadavre de ma vie : disséquons à loisir.

Ces matins de la vie, la destinée, les ailes pliées comme une chrysalide, attend l’heure de les livrer au vent qui les déchire.

Même idée de se choisir une fiancée toute jeune et de la faire repétrir comme une cire molle pendant quelques années avant de se l’offrir en holocauste.

Et dire qu’il y a de pauvres enfants qu’on eût forcées d’épouser un de ces vieux crocodiles ! Si on eût fait ainsi pour moi, je sentais que, lui ou moi, il aurait fallu passer par la fenêtre.

Combien de fois on devait croire le jour arrivé de les jeter aux chiffons, les loques de l’Empire, et toujours il durait ! Rien de solide comme les ruines, rien qui dure plus que les haillons.

Elle s’assit au piano et, ses mains glacées glissant sur les touches froides elle commença je ne sais quelle invocation au Dieu d’Israël ; on y sentait le désert, le calme de la mort et ce calme allait jusqu’au cœur.

Les êtres, les races et, dans les races, ces deux parties de l’humanité : l’homme et la femme, qui devraient marcher la main dans la main et dont l’antagonisme durera tant que la plus forte commandera ou croira commander à l’autre réduite aux ruses, à la domination occulte qui sont les armes des esclaves.

Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine.

Si le diable existait, il saurait que si l’homme règne, menant grand tapage, c’est la femme qui gouverne à petit bruit. Mais tout ce qui se fait dans l’ombre ne vaut rien ; ce pouvoir mystérieux, une fois transformé en égalité, les petites vanités mesquines et les grandes tromperies disparaîtront ; alors il n’y aura plus ni la brutalité du maître, ni la perfidie de l’esclave.

Les meilleurs traités de commerce d’une nation ne protègent que les exploiteurs !

Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent.

On m’a souvent accusée de plus de sollicitude pour les bêtes que pour les gens : pourquoi s’attendrir sur les brutes quand les êtres raisonnables sont si malheureux ? C’est que tout va ensemble, depuis l’oiseau dont on écrase la couvée jusqu’aux nids humains décimés par la guerre. Car j’avais vu, la nuit, des gens qui vivent de proie ou qui sont proies eux-mêmes : une nuit de ce qu’on appelle la société civilisée.

Oui, les Russes ont raison, l’évolution est finie, il faut la révolution ou le papillon mourrait dans sa tunique de nymphe.

Toujours l’homme est obligé de briser la loi dont il s’enveloppe comme d’un filet et qu’il étend sur les autres.

Je n’attends ni douleur ni joie, je suis bonne pour le combat.

En révolution, l’époque qui copie est perdue, il faut aller en avant. La Commune, enserrée de toutes parts, n’avait que la mort à l’horizon, elle ne pouvait qu’être brave, elle le fut. Elle a ouvert la porte toute grande à l’avenir ; il y passera.

Les vengeances personnelles disparaîtront comme les gouttes d’eau dans les vagues déchaînées. On ne compte pas les vicissitudes des grains de sable ; ils roulent avec les autres, ils y sont tous.

Par-delà notre temps maudit viendra le jour où l’homme, conscient et libre, ne torturera plus ni l’homme ni la bête. Cette espérance-là vaut bien qu’on s’en aille à travers l’horreur de la vie.

Les femmes, je le répète, ne commirent pas de lâchetés : cela vient de ce que, ni les unes ni les autres, nous n’aimons pas nous salir les pattes. Peut-être sommes-nous un peu de la race féline.

J’ai vu les cavaliers défoncer les rassemblements avec les poitrines de leurs chevaux ; la bête, meilleure que l’homme, lève les pieds de peur d’écraser, fonce à regret sous les coups.

Il y avait longtemps que je ne croyais plus ou que je m’étais rendu compte qu’en doutant on ne croit plus.

[…] l’être multiple qu’on appelle l’humanité et qui arrivera à ce progrès que nous regardons sans le comprendre, pareil à une lointaine lumière…

Pendant la démarche courageuse des francs-maçons, en 1871, j’éprouvai l’impression de fantômes se dressant sur les remparts devant les royalistes égorgeurs de la Révolution : c’était grand et froidement beau comme ce qu’on éprouve devant les morts.

La solitude repose, surtout quand on a passé une grande partie de sa vie à avoir toujours besoin d’une heure de silence sans la trouver jamais, si ce n’est la nuit.

Peut-être aussi dans ce beau pays de France, la mode d’attribuer à un cas pathologique tout caractère de femme un peu viril est-elle complètement établie ; il serait à souhaiter que ces cas pathologiques se manifestassent en grand nombre chez les petits crevés et autres catégories du sexe fort.

Au milieu de la forêt Ouest, dans une gorge formée de petits mamelons encore imprégnés de l’âcre odeur des flots, est un olivier immense dont les branches s’étendent horizontalement comme celles des mélèzes ; jamais aucun insecte ne vole sur ses feuilles noirâtres au goût amer. Quelle que soit l’heure et la saison, une fraîcheur de grotte est sous son ombre, la pensée y éprouve, comme le corps, un rafraîchissement soudain.

La mer, pareille à une nuit, élève jusqu’aux rochers où je suis, d’énormes griffes d’écume toute blanche ; il y a dans les flots comme une poitrine qui râle.

Je découvrais les sacrifices faits pour moi par ma pauvre mère, simplement, sans se plaindre ; elle m’eût donné son sang comme elle m’avait, miette à miette, laissé prendre ce que nous possédions, pour des idées qui n’étaient pas les siennes.

Maintenant, les plumes qui ont déversé tant de venin sur moi peuvent fouiller jusqu’au cœur, pareilles à des becs de corbeau ; elles n’y trouveront plus que de la pierre. Et pourtant cette pierre saigne encore à certaines heures.

Pour que les institutions surannées durent plus longtemps, les Anglais les réchauffent de l’enthousiasme des femmes. Mais les branches vertes du vieil arbre ne peuvent rajeunir le tronc pourri.

Il n’est pas défendu de ne vouloir vivre qu’autant qu’on est utile et de préférer mourir debout à mourir couché. Quant à penser qu’un seul n’est rien devant tous, j’en ai toujours été persuadée ; seulement le tyrannicide n’est praticable que quand la tyrannie n’a qu’une seule tête ou un certain groupe de têtes. Quand elle est devenue l’hydre, c’est la Révolution qui s’en charge.

Cette accusation d’avoir ri n’est qu’un leurre. On ne voulait pas me condamner autrement parce qu’une femme est plus vite tuée par le ridicule. Rétablissons les faits : ce sont mes convictions qu’on poursuit en moi.

Nous voulons la liberté et nous croyons son existence incompatible avec l’existence d’un pouvoir quelconque, quelle que soit son origine et sa forme, qu’il soit élu ou imposé, monarchique ou républicain, qu’il s’inspire du droit divin ou du droit populaire, de la Sainte-Ampoule ou du suffrage universel.

Les anarchistes se proposent donc d’apprendre au peuple à se passer de gouvernement comme il commence déjà à se passer de Dieu.

Souvenez-vous de ceci, femmes qui me lisez : on ne nous juge pas comme les hommes. Il faut qu’une femme ait mille fois plus de calme que les hommes, devant les plus horribles évènements. Il ne faut pas que dans la douleur qui lui fouille le cœur elle laisse échapper un mot autre qu’à l’ordinaire. Car les amis, par la pitié qui les trompe ; les ennemis, par la haine qui les pousse, lui ouvriraient bien vite quelque maison de santé, où elle serait ensevelie, pleine de raison, avec des folles qui, peut-être ne l’étaient pas en entrant.

L’homme, quel qu’il soit, est le maître ; nous sommes l’être intermédiaire entre lui et la bête, que Proudhon classait ainsi : ménagère ou courtisane. Quand nous avons du courage, c’est un cas pathologique ; quand nous nous assimilons facilement certaines connaissances, c’est un cas pathologique.

S’il faudra du courage à vos frères pour les choses qu’ils verront, il vous en faudra cent fois davantage. Il faut aujourd’hui, qu’où les hommes pleureraient, les femmes aient les yeux secs.

La bannière rouge qui fut toujours celle de la liberté effraye les bourreaux, tant elle est vermeille de notre sang. Le drapeau noir crêpé de sang de ceux qui veulent vivre en travaillant, ou de mourir en combattant, effraie ceux qui veulent vivre du travail des autres.

D’autres ont trompé leurs maris ! Est-ce qu’ils ne les ont jamais trompées ? Si on laissait les gens se choisir eux-mêmes au lieu d’appareiller les fortunes, cela n’arriverait pas si souvent.

Tout le venin du monde peut tomber sur moi, sans que je m’en aperçoive. Ce sont quelques gouttes d’eau où tout l’océan est passé.

Il y a une chose qui vous étonne, qui vous épouvante, c’est une femme qui ose se défendre. On n’est pas habitué à voir une femme qui ose penser ; on veut selon l’expression de Proudhon, voir dans la femme une ménagère ou une courtisane !

J’ai pa
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Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes.
Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se traîner au soleil la moitié supérieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants, cherchant à s’enfouir sous la terre, jusqu’à l’oie dont on cloue les pattes, jusqu’au cheval qu’on fait épuiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme.
Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent.
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CHANSON DU CHANVRE

Le printemps rit dans les branches vertes,
Au fond des bois gazouillent les nids ;
Tout vit, chantant les ailes ouvertes,
Tous les oiseaux couvent leurs petits.
Le peuple, lui, n'a ni sou ni mailles,
Pas un abri, pas un sou vaillant ;
La faim, le froid rongent ses entrailles.
Sème ton chanvre, paysan ! Sème ton chanvre, paysan !
Il ferait bon, si Jacques Misère
Pouvait aimer, de s'en aller deux !
Mais loin de nous amour et lumière !
Ils ne sont pas pour les malheureux !
Ne laissons pas de veuve aux supplices,
Ne laissons pas de fils aux tyrans,
Nous ne voulons pas être complices.
Semez le chanvre, paysans ! Semez le chanvre, paysans !
Forge, bâtis chaînes, forteresses.
Donne bien tout, comme les troupeaux,
Sueur et sang, travail et détresses.
L'usine monte au rang des châteaux.
Jacques, vois-tu, la nuit sous les porches,
Comme en un songe au vol flamboyant,
Rouges, errer, les lueurs des torches.
Sème ton chanvre, paysan ! Sème ton chanvre, paysan !
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AU BORD DES FLOTS


Voix étranges de la nature,
Souffles des brises dans les bois,
Souffle du vent dans la mâture
Force aveugle! puissante voix!
Tempêtes, effluves d’orages,
Que dites-vous, gouffres des âges,
Souffles des brises dans les bois?

Le cyclone hurle, la mer gronde,
Le ciel a crevé; toute l’onde
Se verse dans le noir tombeau.
La mer échancre le rivage,
Soufflez, soufflez, ô vents d’orage,
La nuit emplit la terre et l’eau.

La terre frémit, le sol fume,
Au milieu de la grande nuit.
La mer, de ses griffes d’écume,
Monte aux rochers avec grand bruit.
Un jour, pour ses œuvres suprêmes,
L’homme prendra tes forces mêmes,
Nature, dans la grande nuit.

Toute ta puissance, ô nature,
Et tes fureurs et ton amour,
Ta force vive et ton murmure,
On te les prendra quelque jour.
Comme un outil pour son ouvrage,
On portera de plage en plage
Et tes fureurs et ton amour.

p.37-38
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Vidéo de Louise Michel
La communarde Louise Michel a été déportée en Nouvelle Calédonie après la semaine sanglante. Près de 30 000 combattant-e-s ont été massacré--e-s par les troupes versaillaises.
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