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EAN : 9782754828048
200 pages
Éditeur : Futuropolis (26/08/2020)
3.61/5   23 notes
Résumé :
Maximus Ohanzee Wildhorse, rebaptisé "Maximus Wyld" par Hollywood, était un comédien talentueux, prisé, admiré. Sa filmographie est une anthologie du cinéma : Vertigo, le Faucon maltais, Sunset Boulevard, la Prisonnière du désert, Rebecca... Visage cuivré, beauté inédite et présence animale, il ouvrit la voie aux stars "de couleur" dans un climat ségrégationniste. Après lui, Sydney Poitier, Harry Belafonte, Yul Brynner, ont pu accéder au rang de stars. Son charisme ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Bdotaku
  25 septembre 2020
Le septième art se nourrit souvent de la bande dessinée car maints albums trouvent leur adaptation sur grand écran. Mais on a tendance à oublier que la réciproque existe également. Il n'est que de songer aux collections lancées par Glénat : « 9 1/2 » ou Dupuis « Les Etoiles de l'histoire » consacrées aux biopics de réalisateurs et acteurs célèbres mais aussi à deux parutions récentes marquantes : « Hollywood menteur » de Luz chez Futuropolis et Freaks parade de Fabrice Colin et Joëlle Jolivet chez Denoël Graphic qui relatent deux tournages mythiques , celui des « Misfits » de John Huston et du « Freaks » de Tod Browning.
Avec « Black-out », paru aux éditions Futuropolis également, Loo Hui Phang et Hughes Micol combinent les deux exercices : ils réalisent une biographie fictive d'un acteur des années quarante et retracent ainsi l'histoire de l'âge d'or du cinéma hollywoodien à travers l'évocation de tournages mythiques. Dans ce magnifique roman graphique fort de plus de 200 pages, ils montrent les grandeurs et les misères de cette industrie dont ils dénoncent également les faux semblants.
Il était une fois Hollywood
Tout commence comme un conte de fées : Cary Grant repère un jeune garçon dans un club de boxe d'un quartier déshérité de Los Angeles. Subjugué par sa gueule d'ange et son aplomb, il lui fait passer un bout d'essai à Hollywood. Ce pauvre orphelin, Maximus Ohanzee Wildhorse, est d'origine comanche, afro-américaine, mexicaine et chinoise. Son visage, « comme un diamant à mille facettes » peut tout incarner d'après Frank Capra qui l'engage aussitôt. le garçon entame alors une carrière fulgurante comme le second rôle ethnique de service : il joue ainsi un tibétain dans « Horizons perdus », un turc dans « le faucon maltais », un égyptien dans « La terre des pharaons » , un indien dans « La flèche brisée », un latino dans « Vertigo » ou encore un domestique noir dans « Autant en emporte le vent ». Il incarne les premiers rôles dans les « race movies » d'Oscar Micheaux mais cela ne lui suffit pas : il veut être un jeune premier tout court dans les grandes productions blanches et sortir toutes les minorités dont il est la quintessence de leur anonymat à l'écran. Il caresse un moment son rêve du doigt puisque Louis B Mayer le prend sous son aile et lui promet qu'il sera Othello.
Tel une bonne fée, le magnat veille à sa transformation et l'on assiste donc à la métamorphose de Maximus dans l'usine à rêves d'Hollywood. Il est rebaptisé Maximus Wyld avec un « y » pour gommer le côté agressif, prend des cours de chant, de danse, de diction et de technique dramatique, doit suivre un régime, un entraînement sportif et subir un relooking intégral. On réécrit sa biographie car « chaque acteur sous contrat devenait une fiction inscrite dans l'American dream ».
Hollywood menteur
C'est d'ailleurs une des excellentes raisons qui justifient l'invention du personnage de Maximus : en quelque sorte, Loo Hui Phang et Hugues Micol ne font que reproduire les pratiques des studios qui créaient de toutes pièces des personnages (publiques) à partir des personnes. Cet acteur fictif est la représentation de la fabrique de mensonges qu'est Hollywood. La fiction devenant ainsi vérité. On notera donc que gravitent autour de Maximus de vraies personnalités de l'âge d'or hollywoodien dont les destins entrent en résonnance avec le sien : Julia Turner repérée dans un drugstore rebaptisée Lana et relookée ; Margarita Cansino dont on a totalement changé l'implantation capillaire au prix de terribles souffrances et arraché les molaires pour lui creuser les joues avant de raccourcir son prénom et de lui trouver un patronyme plus glamour (Rita Hayworth) ou encore Ava Gardner qui dut batailler ferme pour perdre son accent campagnard et Vivien Leigh dont on gomma les aspérités et l'immoralité en lui interdisant de fréquenter son amant Lawrence Olivier pendant le tournage d' «Autant en emporte le vent »…
Mais « Black-out » permet surtout de montrer comment Hollywood réécrit l'histoire. Dans ses films, les maîtres entretiennent tous des liens affectueux avec leurs esclaves et les conditions de travail pénibles dans les plantations ainsi que les exactions du Klan disparaissent sur pellicule pour laisser la place à une vision ô combien paternaliste. On comprend aussi comment les westerns ont évolué puisqu'au temps du muet les indiens étaient montrés comme des sages et après la crise de 1929 la grande crise en a fait des barbares de fiction … Comme le dit O Selznick dans l'album : « nous avons besoin de mythes fondateurs. le cinéma est là pour ça ! » Hugues Micol s'était déjà penché sur les mythologies américaines dans « Scalp » ou dans son exposition de peintures « Americana ». Ici, les deux auteurs dénoncent la propagande effectuée par le 9e art américain et nous présentent le hors-champ de la belle image dispensée par Hollywood en son âge d'or. le prologue, comme dans les tragédies antiques, en énonçant la destinée de Maximus souligne d'emblée que son avenir ne sera pas celui qu'il escomptait et le reste de l'album va déployer à la fois la vie du héros et les mécanismes d'Hollywood (et de l'Amérique) qui vont l'amener à sa perte en transformant le rêve en cauchemar.
L'envers des rêves
De nombreuses planches de ce roman graphique présentent un geste de dévoilement : Maximus dans une pleine page révèle ainsi en soulevant une draperie ce qui se trouve derrière le Shanghaï en toc de « Shanghaï Gesture » et dans la planche suivante, avec le même rideau créant une équivalence, il montre comment le mariage de Ava Gardner et Mickey Rooney est aussi une mascarade orchestrée par les studios. L'album souligne aussi le processus d'invisibilisation et d'uniformisation à l'oeuvre : Les homosexuels n'ont pas le droit de cité et les acteurs (dont Cary Grant) doivent cacher leur orientation sexuelle pour ne pas être mis au ban, les femmes sont totalement réifiées et les minorités reléguées au rôle de figurants. le héros, héraut de ces opprimés, s'élève contre cela et va mener un combat pour briser l'hégémonie masculine blanche et hétérosexuelle régnant sur le grand écran.
Initialement, l'album devait s'appeler « Palm Springs » du nom de la ville huppée de Californie où les stars des années 40-60 se faisaient bâtir de somptueuses résidences. Les auteurs ont finalement choisi « Black-out », titre polysémique évoquant pêle-mêle l'ostracisme (les noirs dehors ou les noirs hors-jeu), le fait de couvrir quelque chose et l'évanouissement ou la perte de mémoire. La lutte principale du personnage est d'occuper l'espace, d'occuper l'écran sous toutes les formes et de créer une stratégie de visibilité. Cette lutte pour la représentation des minorités au cinéma entre bien évidemment en écho avec des problématiques toujours actuelles : on pensera au discours des césars de Aïssa Maïga et à tous les événements récents ayant eu lieu aux Etats-Unis et dépassant bien largement le cadre du cinéma. La préface de Raoul Peck , l'auteur célébré de « I Am Not Your Negro » film documentaire retraçant la lutte des Noirs américains pour les droits civiques, prend alors tout son sens : l'album se mue ainsi en essai sur la représentation des minorités au cinéma et en un violent réquisitoire contre le déni de l'Amérique blanche.
Par son acuité et sa documentation rigoureuse, il s'oppose ainsi par exemple à la série « Hollywood » de Ryan Murphy qui mêle, comme lui, faits réels et inventés, personnages ayant réellement existé et purs personnages de fiction mais pèche par son révisionnisme et son édulcoration de la ségrégation. La série Netflix envoie le message qu'avec un peu de courage on triomphe des obstacles permettant, dans une uchronie sirupeuse, à Ana May Wong d'obtenir une statuette et à Rock Hudson d'effectuer son coming-out dès 1946 en s'affichant au bras d'un scénariste noir en pleine cérémonie des Oscars ! Dans « Black-Out », Ava Gardner obtient le rôle de métis qui aurait dû revenir à la chanteuse afro-américaine Lena Horne ; les films qui ne respectent pas le code Hayes et montrent des relations interraciales sont brûlés ; les amours de Maximus et de Rita Hayworth sont clandestines et broyées par le système comme la carrière de Paul Robeson. A contrario de l'optimisme de mauvais aloi de la série, le roman graphique martèle la violence qui s'exerça en continuum sur les minorités aux Etats-Unis à Hollywood comme ailleurs…
Il faut enfin parler du dessin de Micol qui présente en noir et blanc, de véritables eaux-fortes, où règnent le macabre, l'humour noir et l'onirisme. Elles sont d'une époustouflante beauté et bénéficient d'une belle mise en valeur grâce au grand format adopté par l'éditeur pour leur rendre justice. On saluera le fantastique travail réalisé en chara design pour représenter les icônes de l'époque et surtout la magnifique mise en page. Les planches montrent une constante invention dans le découpage et développent un équivalent visuel à la métaphore du vertige et de la chute qui parcoure l'album. On évoquera ainsi les pleines pages hallucinées dans lesquelles Maximus tombe dans le chignon de Kim Novak dans une reprise inspirée du tourbillon de l'affiche de « Vertigo », les rencontres récurrentes (et anachroniques) en de splendides doubles pages entre le héros et Peg Entwistle la starlette qui, pour avoir trop souvent été coupée au montage, se jeta du « H » du Mont Lee. On citera aussi l'évocation de la célèbre séquence surréaliste du rêve mise en scène par Dali dans le « Spellbound » d'Hitchcock ou le héros incarne l'homme masqué ainsi que les pages oniriques dans lesquelles Maximus voit son ancêtre comanche comme une Nemesis ou les intrigantes pages syncrétiques d'ouverture. On y plonge littéralement dans la psyché et les cauchemars du héros qui transcendent et transforment le rêve hollywoodien en lui rendant sa part d'ombre (ce que signifie d'ailleurs son patronyme amérindien).
Ce roman graphique est donc une somme. On ne sait si l'on est devant une évocation historique des années 1940-60, un ouvrage de vulgarisation présentant de petits topos sur le cinéma (le code Hayes, les race movies, les minstrel shows…), une satire du rêve américain et de sa réécriture des origines , un roman de formation, une contre-histoire du 7e art, un essai sur la place des minorités dans le cinéma, un brûlot politique, un ouvrage onirique. « Black-out » est tout cela et un peu plus … Réalité et fiction se mélangent dévoilant mensonges et vérités dans une narration vertigineuse et de toute beauté au dessin habité. Un ouvrage érudit, exigeant et parfois déroutant à la langue ciselée et aux multiples niveaux de lecture qui fait indubitablement partie des albums immanquables de la rentrée.
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jamiK
  07 novembre 2021
Black-out ressemble à un documentaire, un témoignage sur le cinéma hollywoodien.
Maximus Wyld est un acteur métis, de sang indien, noir, asiatique, européen. Il perce à Hollywood dans les années 30 à 50, dans la mesure où un métis peut le faire. A travers cette biographie, on découvre la perversion et l'hypocrisie de cet univers, le racisme passif, ou plus ouvert, son éthique douteuse, et aussi l'anticommunisme avec son apogée à l'époque du MacCarthysme.
Le graphisme est en noir et blanc, inspiré du style brut des comics pulp au dessin réaliste des années 50. Il nous immerge dans l'ambiance de l'époque.
Ma lecture a été assez heurtée au début, les dialogues ne sont presque que des discours militants, des griefs, des revendications. Il n'y a pas vraiment de rythme, le récit n'est qu'un amoncellement de faits, de rencontres, j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire. Mais sur la fin, cela s'emballe un peu, cela devient alors plus politique, avec la lutte contre le communisme qui vient s'ajouter au racisme institutionnel.
Le plus important ne se situe cependant pas là, le tour de force de cette bande dessinée, c'est d'avoir réussi à faire passer cette fiction pour un véritable témoignage, et peut-être que ce faux rythme de narration participe à cette réussite. On a envie que cette histoire soit vraie, les faits réels se mêlent à la fiction, c'est un véritable documentaire sur le milieu hollywoodien de cette période, sur l'organisation raciale, cette forme d'apartheid, et dans tous ça, Maximus Wyld prend réellement vie, j'avoue même que je doute encore de son inexistence, et c'est justement l'objectif de cette bande dessinée, est-ce vraiment une fiction et peut-on effacer quelqu'un de l'histoire, on entre dans une problématique orwellienne, l'épilogue de cette bande dessinée est vertigineuse.
Si cette lecture a été lassante par moments, elle laisse une très forte impression au final.
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MassLunar
  18 septembre 2020
Avec Black-Out, Loo Hui Phang (scénario) et Hugues Micol (dessin) affichent un regard sans concession sur l'âge d'or hollywoodien à travers la figure fictive mais ô combien sincère d'un acteur métis MaxImus Wyld.
Maximus Wyld est davantage un symbole qu'une véritable personne. Américain doté de plusieurs origines ( amérindienne, noire, chinois ) Maximus Ohanzee Wildhorse incarne dans ce one-shot les acteurs issus des minorités durant le Hollywood des années 40-50. Des acteurs dont les rôles étaient décidés avant tout selon la couleur de leur peau que pour leur talent. Avec Black-out, Loo Hui Phang et Hugues Micol délivrent un pamphlet généreusement documenté sur cette facette plus ou moins caché d'Hollywood, à savoir le traitement des acteurs issus de minorités dans les films. le personnage de Maximus est justement un personnage qui va tenter de s'extirper de ce système factice, de ce cinéma à grand spectacle gonflé par les stéréotypes racistes, de ce cinéma de blanc conçu par des blancs pour une majorité , celle des blancs.
Ce sujet doit bien sûr être recentré dans une période plus ségrégationniste, une période encore plus discriminatoire. Toutefois, sans être naïf, il faut reconnaître que Black-out possède aussi un écho forcément moderne. Hollywood est toujours ancré dans ce perpétuel débat autour de la représentations des minorités que ce soit derrière ou devant la caméra. L'un des derniers sujets houleux est notamment le blackfacing qui est d'ailleurs évoqué dans cet album. Sans surprise, Black-out est un album critique efficace qui possède déjà un solide background. C'est un album choral dans lequel défile bon nombre de personnalités hollywoodiennes. Au hasard, on côtoie Cary Grant, Ava Gardner, le patron de la MGM ou encore John Ford ou Paul Robeson. C'est un album généreusement documenté et animé par le souffle d'une page importante de l'Histoire Hollywoodienne qui démarre avec l'Age d'or durant les années 30 ( avec notamment le fameux film Autant en emporte le vent) jusqu'à la période du Maccarthysme en passant par la censure imposé par le code Hays et l'attaque de Pearl Harbor qui provoquera l'entrée des Etats-Unis sur la scène de la Seconde Guerre mondiale tout en provoquant bon nombre de films de propagande.
Black-out est un album généreux qui ravira les esprits les plus curieux sur l'univers d'Hollywood. Mais c'est aussi et surtout une bd engagé à travers le point de vue de ce Maximus Wylde. Sans être virulent, le scénario de Loo Hui Phang est avant tout explicatif et très verbale. Je vais être honnête, j'ai trouvé parfois les dialogues un peu lourds et un peu rébarbatifs. Il y a beaucoup d'échanges entre Wylde et les autres acteurs, Wylde et les réalisateurs, une avalanche de répliques qui sont parfois un peu impersonnels et qui soulignent avant tout l'envie de pointer du doigt la facticité du système hollywoodien. C'est intéressant mais sur un album assez dense de pratiquement 200 pages, nous avons l'impression que le scénario et les répliques tournent un peu en boucle sans réel progression. du coup, bien que j'ai aimé le sujet, je l'ai trouvé parfois traité de manière un peu trop pompeuse, un peu trop verbale. Je pense que cela est aussi dû au fait que c'est un titre qui multiplie les personnages , les tournages, qui enchainent bon nombres de situations et de cadres sans jamais vraiment s'arrêter .C 'est un album assez dense qui oublie au final de développer son personnage principal qui est avant tout une incarnation symbolique. Même si cette fausse biographie de Maximus Wylde est une bonne base, force est de reconnaître que ce personnage reste tout de même abstrait. Plutôt que développer un personnage à part entière, avec une certaine psychologie, les auteurs en font un espèce de miroir des minorités dans le monde du cinéma au détriment de le doter d'une vraie personnalité. C'est un peu dommage car on ne s'attache pas vraiment à ce personnage mais plutôt au message qu'il incarne. Au final, j'ai trouvé le contexte et les interventions des personnalités qui entourent Max Wylde plus intéressantes que Max Wylde lui-même. le seule trait qui se démarque chez Wylde, c'est son côté séducteur intempestif à l'égard des actrices. Bon nombre de planches sont assez provocatrices avec un Wylde qui couche aussi bien avec Ava Gardner que Rita Hayworth. C'est fesse-tif.
Un autre point qui m'a un peu rebuté, c'est le choix du noir et blanc. Alors,il faut tout de même préciser que le dessin de Micol est remarquable. C'est à la fois expérimental avec des séquences hallucinées, caricaturales avec des personnages aux proportions ogresques mais aussi semi-réalistes avec notamment la représentation des véritables acteurs de cette période cinématographique. Par contre, je suis plus dubitatif avec le noir et blanc qui se marie mal avec la densité de cet album. C'est dommage que le duo ne soit pas partie sur davantage de nuance aux niveaux des couleurs comme le suggère la première de couverture. Au final, nous avons un noir et blanc très tranché avec un bon jeu de clair-obscur mais, voilà, parfois cela alourdit un peu le roman graphique. Après, nous sommes quand même dans un album doté de remarquables planches parfaitement expressifs qui évoque de véritables affiches rétro de films. de même, le noir et blanc semble s'inspirer aussi du cinéma expressionniste ce qui peut poser une mise en abyme intéressante comme si nous suivons un film. En somme, c'est suivant la sensibilité de chacun. Personnellement, j'ai trouvé son utilisation un peu lourde sur un album aussi étoffé et dense.
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nathavh
  25 novembre 2020
Hollywood - une fabrique de rêves - l'âge d'or du cinéma.
C'est la bio fictive d'un acteur métisse "Maximus Ohanzee Wildhorse". Il est d'origine comanche, afro-américain, avec des racines mexicaines et chinoises, c'est un diamant à mille facettes. Il peut tout jouer.
C'est Gary Grant qui découvre cet orphelin dans une salle de boxe de Los Angeles. Maximus va jouer tous les rôles ethniques : tibétain dans "Horizons perdus", turc dans "Le faucon Maltais", égyptien dans "La terre des pharaons", indien dans "La flèche brisée", latino dans "Vertigo", domestique noir dans "Autant en emporte le vent".
Il a les premiers rôles dans les race movies d'Oscar Michaux qui crée le cinéma pour les noirs.
Il joue, certes mais est souvent coupé, effacé au montage ou au générique. C'est l'Amérique qui fait son cinéma blanc pour les blancs, c'est qu'on ne se mélange pas...
Pas encore lui dit-on. On lui laisse miroiter qu'un jour lorsque le public sera prêt, il sera un bon "Othello" alors il change de nom et devient Maximus Wild. On le façonne à l'image d'Hollywood, on le modélise, supprime ses accents, lui fait suivre des cours de diction, de danse, d'art dramatique, du sport et lui fait subir de la chirurgie esthétique. C'est Hollywood qui crée les personnages.
Il rêve de jouer et représenter ses origines, se pose des questions mais pourquoi les indiens sont-ils toujours les méchants ? Ce n'était pas comme ça au début, encore une fois, ce sont les blancs qui écrivent l'histoire et c'est la réalité voulue par les blancs qui l'emporte.
C'est aussi la période des lois racistes, du code Hayes, de la ségrégation et du maccarthysme.
C'est un roman graphique exigeant qui s'adresse aux érudits, aux amateurs de cinéma. C'est extrêmement bien documenté. Ce récit peut avoir plusieurs niveaux de lecture, mettant en avant le sort des minorités ethniques au cinéma dans les années 40-50 avant d'ouvrir enfin la porte à Sidney Poitier, Harry Belafonte et Yul Brynner.
Le dessin est noir et blanc en écho au thème du roman graphique. J'ai beaucoup apprécié le coup de crayon de Micol, foisonnant de détails, nous représentant l'atmosphère. Il alterne avec des pages classiques et des grands formats. Il y a des multitudes de symboles dans chaque planche, le dessin est vraiment remarquable, superbe.
Une très belle idée cadeau pour les amateurs du genre.
Ma note : 9.5/10
Lien : https://nathavh49.blogspot.c..
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rabmod
  01 février 2021
S'adressant autant aux néophytes curieux qu'aux cinéphiles expérimentés, Black-out constitue une porte d'entrée saisissante sur le Hollywood des années 50 : entre propagande anti-communiste, ségrégation raciale, femmes transformées et magnats surpuissants.
Une certaine irréalité troublante se dégage des planches, qui parviennent à traduire avec brio l'immondice d'un monde sans foi ni loi, règne de la fiction, de l'hypocrisie et des stars éphémères.
C'est pourtant un autre récit qui s'élève : celui des utopistes engagés et acharnés, poussant les barrières d'une Amérique et d'un cinéma par et pour les Blancs. C'est celui d'un homme libre, qui a tenté de tromper cette industrie titanesque, mais qui n'a laissé à l'histoire que des dizaines de films remontés.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
BdotakuBdotaku   18 août 2020
- Ma grand- mère m'avait raconté. Son père était le fils d'une femme de chambre et d'un riche propriétaire de plantation de tabac. le petit mulâtre avait grandi sous le même toit que ses frères et sœurs blancs, mais du côté des domestiques évidemment...Avant de mourir le maître a affranchi tous ses enfants illégitimes. il y en avait un paquet. L'histoire banale, quoi.
- Et ensuite ?
- Mon arrière grand-père est allé à Chicago, comme beaucoup d'anciens esclaves. Il y avait du travail dans les nouvelles usines. Je crois qu'il a réussi à se faire une vie pas trop mal, mis à part le racisme, la ségrégation, l'exploitation patronale, la pauvreté, l'invisibilité sociale. En tout cas par rapport à l'esclavage, c'était un progrès
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jamiKjamiK   02 novembre 2021
En fait, quand tu réunis tout ce que le code Hays* interdit, la nudité, les déviances sexuelles, l'homosexualité, la violence, la vulgarité et que tu le mélanges à la bible, ça fait un péplum.
* code de production du cinéma hollywoodien 1934-54 pour éviter la censure
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BdotakuBdotaku   18 août 2020
Hollywood est une fiction. Et comme toutes les fictions, elle est multiple, changeante, sincère, mensongère. Mécanique décuplée à la fluidité carnassière, elle recèle aussi des gouffres, des fêlures, des arythmies. Entre ses strates rutilantes macèrent des appétits meurtris, marécages épais dans lesquels s'engluent les martyrs du succès. Foudroyés en plein vol, ceux-ci s'abîment dans la plus amère des damnations : l'oubli.
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BdotakuBdotaku   18 août 2020
La MGM a des yeux partout. Elle te surveille, te dresse, te torture à coups de régime et de bistouri, change ton nom et ton passé, te veut sexy à l'écran mais chaste comme une nonne dans la vraie vie. Quand tu signes avec la MGM , tu lui appartiens. Moi , je suis une nègre de studio (Lana Turner)
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BdotakuBdotaku   18 août 2020
Dans les premiers films que j'ai tournés, au temps du muet, les indiens étaient montrés comme des sages. Ensuite la grande crise a fait de nous des barbares de fiction ...C'est comme ça que l'homme blanc raconte des histoires et devient un héros. (...) Nous serons toujours les sauvages qu'ils ont spoliés. Ils nous donnent le sale rôle mais ils ont mauvaise conscience. Nous sommes leurs culpabilités, leurs fantômes.
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