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Critique de kedrik


kedrik
  18 janvier 2012
Le Concile de fer, donc. Comment le définir ? C'est de la weird fantasy jaurésienne. Une histoire prolétaire avec des communards, un animateur de golem, des catins décaties, des miliciens serviles, un pseudo-dieu oublieux, des militants qui basculent dans la lutte armée, une ville qui se déchire, une course en avant… bref c'est un mouvement social qui dépasse l'entendement. Une grève qui devient mythique et qui inspire les générations suivantes. le tout vécu de différents points de vue à des moments différents. Et comme toujours avec Miéville, c'est d'un foisonnement incroyable : on croise des créatures étranges, des praticiens bizarres, des races méconnues. Pris isolément, chaque élément semble improbable, mais tout s'emboite au quart de poil de cul près. Pour rendre tout cela possible, il n'y pas seulement une imagination débridée, il y a une langue qui fait feu de tout bois sans jamais faiblir. le lecteur est canardé, assiégé par la narration de Miéville qui canonne sa mitraille linguistique à chaque page. Ce n'est pas toujours limpide, ce n'est pas le genre de livre qu'on lit fatigué pour se vider la tête. Ça demande de l'attention et de la persévérance.

Car comme à chaque fois avec cet auteur, les premiers chapitres m'ont déstabilisé. Il me faut toujours un temps d'adaptation avant de retrouver le rythme miévillien. J'ai du me faire violence pour dépasser les 50 premières pages exigeantes. Mais une fois mon souffle retrouvé, quel voyage ! Des quartiers sordides de Nouvelle-Crobuzon aux terres étranges où se cache le Concile, c'est un tel dépaysement. Ce n'est pas la resucée d'un énième truc fantasy : c'est vraiment nouveau. Bizarre. Mais doté d'une vie propre, d'une logique interne. Et le pire, c'est que Miéville ne perd jamais de temps à expliquer son univers : tout va de soi, ça s'explique tout seul avec le temps. Des mots qui entrent en collision pour donner des néologismes auto explicatifs. Il fait vivre sa création en emportant le lecteur avec lui. Ça pue, ça colle aux doigts et c'est assourdissant. Et c'est surtout passionnant.

J'ai vu dans ce Concile de fer une allégorie de ce Mai 68 qui hante chaque début de commencement de prémices de contestation. Alors qu'on ne semble pas foutu de se mettre d'accord sur ce que l'on exige et qu'on a du mal à s'unir pour défendre le bien commun, j'ai vu cette quête du Concile comme une nostalgie socialiste. L'éternel espoir que ça serait possible. Parce que dans le temps, ils faisaient trembler le monde en exigeant des congés payés. le Concile de fer, c'est un petit peu le Midnight Express : l'espoir qu'il existe un moyen de sortir de cette impasse.

Pour finir, je tiens une fois de plus à saluer le travail de traduction de Nathalie Mège. Chapeau bas, madame.
Lien : http://hu-mu.blogspot.com/20..
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