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ISBN : 1495232883
Éditeur : CreateSpace Independent Publishing Platform (17/01/2014)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Lucian Negrișor est amoureux de la femme chocolat. Passez votre chemin si vous êtes à la recherche des saveurs habituelles proposées dans une certaine littérature roumaine, où l'éveil des sens se contente d'évoquer les « spécificités nationales ». Quand il ne s'agit pas des privations ou pénuries de toutes sortes, la joie ou la jouissance découle de viandes et d'alcool labellisés cuisine nationale (mititei, sarmale, muraturi, dorobant, braga). La sensualité de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Cannetille
  09 septembre 2019
Années trente en Roumanie. Negrisor, le narrateur, est un amoureux transi : incapable d'exprimer clairement ses sentiments, il cumule tellement les maladresses que son comportement en devient loufoque et cocasse, lui faisant rater toutes les occasions de bonne fortune qui se présentent à lui. Se réfugiant entre songes éveillés et velléités suicidaires, il n'en poursuit pas moins à sa façon le tendre objet de ses désirs : l'appétissante Eleonora à la peau couleur chocolat, amusée et incrédule, pas si indifférente en définitive, même si les incohérences de Negrisor semblent donner l'avantage à son détesté rival Modreanu.

Quel surprenant petit livre, à mi chemin entre la nouvelle et ce qu'on imaginerait facilement devenir une pièce de théâtre, et surtout, quel déconcertant personnage que Negrisor, que la lucidité fait constamment osciller entre désespoir et auto-dérision, et qui, au plus profond de son drame personnel, ne parvient jamais à être pris au sérieux. Pourtant, que d'imagination et de poésie dans la tête de ce clown malgré lui, véritables exutoires qui ne font que rendre encore plus illisibles les comportements de cet homme trop sensible et touchant.

Comment ne pas être tenté d'y voir certains traits de l'auteur, qui, comme l'explique la traductrice dans sa préface, rédigea « l'essentiel de l'oeuvre romanesque de son pays à son époque » , mais qui, jugé « discret, effacé », à la vie « sans relief », reste aujourd'hui méconnu ?

Incisif et moqueur, noir et sans illusion, imagé et poétique, novateur et flirtant parfois avec l'absurde, ce texte singulier révèle une plume qui méritait de sortir de l'oubli, ce à quoi contribue brillamment la traduction française de Gabrielle Danoux.

Merci à elle de m'avoir fait découvrir cette oeuvre, au cours de ce qui est pour moi presque une première rencontre avec la littérature roumaine, si l'on excepte Eugène Ionesco.

Vous pouvez lire sur mon blog mon interview de Gabrielle Danoux, romancière et traductrice de La femme chocolat, mais aussi de nombreux autres ouvrages de la littérature roumaine :
https://leslecturesdecannetille.blogspot.com/2019/09/interview-de-gabrielle-danoux.html


Lien : https://leslecturesdecanneti..
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popie21
  07 juillet 2019
En lisant le titre, j'ai immédiatement pensé à Mathias Malzieu et à sa version de "La Femme Chocolat".
Celle de Gib I. Mihăescu est bien antérieure, elle est très différente et tout aussi jolie. En effet, nul besoin pour Eleonora de se gaver de chocolat car sa peau est déjà chocolatée. Il n'en faut pas plus pour allumer le désir des hommes. Mihăescu ne se revendique d'aucun style et pourtant depuis ma "perspective" naïve et intuitive, son roman m'a semblé empreint de romantisme et de réalisme fantasmagorique.
Par certains aspects, son héros Negrişor m'a rappelé "l'enfant du siècle" De Musset, mais dans son désir d'absolu, c'est Raphaël de Valentin dans "La Peau de Chagrin" De Balzac qu'il m'a évoqué.
Negrişor est un obsessionnel déchiré entre l'amour et la mort. Il semble prêt à tout pour sa déesse de chocolat, qui ne joue pas innocemment de ses charmes. Ses pérégrinations oscillent entre hallucinations morbides étrangement "réelles" et tentatives de conquérir la vie en goûtant le chocolat tant convoité. Lequel de ces Negrişor va l'emporter sur l'autre ? Ou bien est-ce "La Femme chocolat" qui finalement décidera de son sort ?
Extrêmement poétique et sombre le roman de Gib I. Mihăescu, tel un envoûtement, entraîne le lecteur dans les circonvolutions et autres tourbillons de l'esprit de Negrişor, plus fascinant pour moi que "La Femme chocolat". Pris au piège du grand talent de l'auteur, on finit par être happé par ce roman court mais intense.
C'est la première fois que j'ai l'occasion de lire et d'apprécier un auteur roumain, ceci grâce à l'excellente traduction de Gabrielle Danoux qui a permis à tous les amateurs de bonnes lectures de pouvoir enfin déguster cette "Femme chocolat" en France.
Merci de tout coeur à Tandarica pour m'avoir offert cette belle découverte.
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Cricri124
  01 avril 2017
1924. L'histoire démarre dans le salon de mademoiselle Eleonora. Negriþor s'est réfugié comme il se plait à le faire à la fenêtre. Il aime particulièrement s'y suspendre pour observer ce qui se passe en bas, ou peut être, tel un gamin désobéissant, pour attirer inconsciemment l'attention de celle qui semble ne plus le voir dès que Modreanu est dans les parages. Lui, préfère cependant se voir comme "un acrobate de cirque sur un cheval lancé à vive allure". Mais ce jour là, le mugissement de la scie mécanique en train de débiter du bois en bas de l'immeuble, va emballer son imagination au point de l'effrayer...
J'ai été décontenancée au départ par les brusques passages entre l'imaginaire et le réel. C'est d'autant plus accentué que nous découvrons les pérégrinations de Negriþor à travers son unique perception. Mais on s'y fait assez vite finalement. Désir, temps, obsession, jalousie, fatalité s'y mêlent à tour de rôle. Negriþor est viscéralement subjugué par la femme couleur chocolat. Elle est comme une gourmandise au fondant doux-amer à laquelle il ne peut résister. Et sa maladresse pour exprimer ses sentiments et les extérioriser est vraiment touchante. Sa vie intérieure, riche et tumultueuse, ne lui facilite pas les choses. Car notre Negriþor vit sa vie comme un songe éveillé. Il s'enferme dans des obsessions qui nourrissent et enflamment son imagination foisonnante, et attend que la fatalité ou le destin décide de la route qu'il empruntera.
Il est dit dans la préface que l'auteur "admirait les romanciers Russes". Je ne suis pas surprise. Par certains aspects, on en ressent l'influence. Décédé prématurément en 1935 à l'âge de 41 ans, il n'a sans doute pas pu révéler toute l'étendue de son talent. Pourtant, ce court roman de 80 pages en offre déjà un aperçu significatif. A mi chemin entre le roman psychologique et le roman fantastique, les mésaventures de Negriþor auraient même pu faire une formidable pièce de théâtre. Et peut être y en t-il eu une. Assurément, un livre à découvrir. Étrange et fascinant.
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gouelan
  27 juin 2016
Étrange et captivant. D'un goût subtil et fondant, comme une friandise qui nous nargue et nous torture derrière une vitrine, inaccessible. C'est ainsi que cet homme vit sa passion dévorante, pour cette femme à la peau couleur chocolat. Entre fantastique et imaginaire, avec une pointe d'humour, on suit les mésaventures amoureuses de cet homme obsédé par cette femme chocolat. Cette femme qui ne comprend rien à l'envoûtement qu'elle suscite, et s'en amuse parfois. Cet homme maladroit qui ne sait pas dire les choses clairement, qui les vit plus dans sa tête que dans la réalité. Un homme dont les sentiments sont trop intenses pour exister.
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Tandarica
  19 avril 2015
Effectivement bref : quatre-vingts pages. Le narrateur autodiégétique, Negrișor est une sorte de mentaliste. Imaginez que dans cette étrange nouvelle série, il tournerait, au lieu de Teresa Lisbon, autour de Madeleine Hightower. Inconcevable, pensez-vous. Vous aurez alors saisi à quel point l'auteur était novateur dans la Roumanie des années vingt-trente. Quant au prix, si l'on parlait à Mihăescu de l'encre électronique, il arborerait sûrement un sourire inquiétant...

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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
CannetilleCannetille   09 septembre 2019
Les minutes s’écoulaient lentement. Cette rue formait un véritable désert : pas un pas ne résonnait sur le trottoir bitumé. Les minutes accrochées au mur, quant à elles, battaient la cadence, produisant une douce musique aux sonorités faïencées. Pendant un moment, il les observa qui surgissaient de l’éternité, sautaient, puis s’agrippaient à la grande aiguille qui les soulevait avec un bruit sourd. Lorsqu’elles achevaient leur existence, Negrisor entendait distinctement un léger cliquetis et il lui semblait qu’un souffle s’éteignait sur un bras de la chaîne du balancier qui descendait.

(…)

Les minutes ici présentes, avec leurs vies équivalentes, égalisées en longueur comme un fagot de brindilles, l’attristaient vraiment. On entendit plusieurs fois le son de la pendule, Negrisor vit qu’il était vingt-deux heures, et, ce qui l’intéressait beaucoup maintenant, c’était de voir par où de nouvelles minutes pourraient encore grimper, alors que la grande aiguille entamait sa descente. Par le bras de la chaîne qui montait, bien sûr. Ensuite, elles se laissent entraîner par les petites roues du mouvement, glissent sur la tige et attendent derrière le cadran blanc, comme les âmes recroquevillées devant le gouffre qui les sépare de l’infini. Ensuite, l’horloge annonce leur destinée, elles se glissent l’une après l’autre vers la flèche de l’aiguille, comme un enfant chevaucherait une poutre qui penche vers d’abyssales noirceurs. A chaque nouveau tic-tac, une nouvelle cabriole.

(…)

Mais Sari ne revenait toujours pas. Elle ne se rendait pas compte que son retard coûtait nombre de nouvelles têtes de minutes culbutées sous l’intransigeant couperet du temps.
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TandaricaTandarica   06 septembre 2019
– La suite, la suite ! gémit avec insistance mademoiselle Eleonora.
Negrişor paraissait résolument embarrassé et mademoiselle Eleonora d’autant plus impatiente et curieuse.
– Eh bien, vous vous êtes arrêté à l’épisode crucial, l’encouragea-t-elle avec une indicible douceur. Je comprends votre hésitation. Je comprends, je comprends tout. Vous pouvez tout me raconter, vous savez, allez-y, courage. Non, je ne le dirai à personne, pauvre malheureux, à personne, je garderai tout pour moi, je serai muette comme une tombe.
(p. 38)
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Francharb3Francharb3   14 septembre 2014
En définitive, le sort n'était pas si rancunier et si stupidement farceur, comme tant d'autres l'en accusaient. Negrişor avait remarqué, au fil de ses années, bien assez nombreuses pour que la somme finale soit jugée rondelette, que, si ce vieillard déluré, ce birbe à qui l'on a confié la charge de la maîtrise du temps et des trajectoires des hommes, lui infligeait un malheur ou deux, il prenait néanmoins ensuite le soin de retourner soudain la veste de la chance. Le barbon doit être plutôt égrillard et grippe-sou : face à celui qui ne se révolte jamais contre ses canulars, il est capable de sortir de ses gonds en redoublant de ténacité ; tandis que celui qui se ramollit, il finit par lui taper sur la tête et l'achever. En revanche, contre celui qui lui oppose résistance et l'accuse ouvertement, il se fâche, pour avoir été trop hostilement morigéné. Lorsqu'on fait des gaudrioles sympathiques, cela l'enchante comme tout grison qui ne met pas votre patience à rude épreuve. Que voulez-vous ? Nous vivons dans un monde qui s'est trop éloigné de ses origines, comme si nous étions les enfants d'hommes trop anciens et usés. Tout est fêlé dans cet univers expulsé de l'ordre préétabli ; possible que ce soit la raison pour laquelle Dieu souhaite sa perte, et sa transfiguration.
Mais là commence une toute autre histoire, et seul le diable sait qui pourra encore la suivre. Celui qui, en revanche, sent la raison d'être des choses se doit, qu'il le veuille ou non, de s'y conformer. Puisque l'univers est timbré, que peut-il de plus, Negrişor, hormis commander encore un espresso, et disposer, de façon symétrique, autour de la tasse, sur la soucoupe, quelques mégots de cigarettes, en attendant la nouvelle facétie du vieillard aux ciseaux.
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TandaricaTandarica   12 novembre 2014
La rue ensoleillée se déroulait devant lui, les parfums colportés par les filles coulaient à flots dans le caniveau, les jambons suspendus aux devantures des épiceries et les tonneaux de tarama, de harengs fumés et de fromage dressaient le tableau de l’abondance et du bonheur universels comme le bruit de la rue, le bourdonnement des abeilles, les chevaux décharnés des cochers et même cette merveilleuse statue équestre de Matthias Corvin qui se trouvait juste là, bien installée sur son socle.
Il était adossé au cadre jaune d’une vitrine, en compagnie d’une bande d’amis, lorsqu’il la vit passer dans un groupe de filles. Le groupe des garçons salua avec de grands gestes, de sorte que toute la rue détourna le regard pour elle. Elle portait un tailleur bleu, aux lignes épurées, et un chapeau de velours noir aux larges bords. Elle s’avançait avec sa démarche royale, distribuant sans compter des fleurs de sourires. Elle réserva à Negrişor un sourire si particulier qu’ils se retournèrent tous pour le regarder.
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Cricri124Cricri124   30 mars 2017
Cette rue formait un vrai désert : pas un pas ne résonnait sur le trottoir bitumé. Les minutes accrochées au mur, quant à elles, battaient la cadence, produisant une douce musique aux sonorités faïencées. Pendant un moment, il les observa qui surgissaient de l’éternité, sautaient, puis s’agrippaient à la grande aiguille qui les soulevait avec un bruit sourd. Lorsqu’elles achevaient leur existence, Negriþor entendait distinctement un léger cliquetis et il lui semblait qu’un souffle s’éteignait sur un bras de la chaîne du balancier, qui descendait. [...] Tout était à sa place, tout allait donc pour le mieux, tout comme dans le monde d’ici-bas, mais Þari ne venait toujours pas. Elle ne se rendait pas compte que son retard coûtait nombre de nouvelles têtes de minutes culbutées sous l’intransigeant couperet du temps.
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