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Critique de MarieKey


MarieKey
29 juillet 2017
Pas de fioritures, pas de grandiloquences, rien de particulièrement démonstratif, La nuit, la mer n'est qu'un bruit ne repose que sur de l'ordinaire, un ordinaire au style froid et presque clinique parfois, dans la nonchalance des personnages et les longues descriptions marines, mais dans lequel on accepte facilement de se poser en spectateur pour observer le drame qui se joue.

Le roman est l'histoire d'une fuite. Fuir en tant qu'épouse, fuir en tant que mère, fuir en tant que fille. Fuir lorsqu'on ne sait plus où se placer.
On y découvre les premiers pas du couple que forment Maud et Tim, leurs différences, le début de leur vie à deux et immédiatement, on est frappé par le personnage de Maud, par sa distance, sa passivité, par ce personnage toujours en retrait, qui semble absent, comme une ombre durant toute la première partie de l'histoire. Tim se pose d'ailleurs en narrateur durant tout le début du roman, Maud n'existe qu'à travers son regard, son amour, ses attentions. Et à travers leur passion commune : la navigation. On a du mal à se prendre d'empathie pour cette femme si distante de ses parents, de son compagnon, puis ensuite de son enfant. Pourtant, à mesure que la tragédie approche, le rôle du narrateur s'inverse progressivement, jusqu'au drame, moment où Tim s'efface à son tour pour laisser Maud s'imposer et se révéler.

Face à la tragédie, Maud décide de s'enfuir, d'embarquer sur le Lordstar, leur bateau à Tim et elle, et de partir à la traversée de l'Atlantique. On découvre alors le personnage sous un autre jour. Avec la navigation comme véritable amour, Maud se révèle au contact de la mer, laisse entrevoir les fissures, regagne cette humanité qu'on peine à lui trouver dans les premières pages du récit.

Je me suis laissée happée par cette fuite cathartique, par le ton du récit qui restitue l'histoire sans chercher à l'embellir mais sans être dénué de joliesse pour autant. Chez Andrew Miller, les émotions et sentiments sont à l'image de son style : complexes avec simplicité. En parallèle, le vocabulaire sur la navigation n'est pas toujours facile à assimiler, mais la maîtrise de l'auteur de son sujet est indéniable et j'ai fini par me laisser porter par les passages en mer, non sans garder mon dictionnaire à portée de main, néanmoins.

Si je dois émettre une note négative, ce serait sur mes réserves concernant la fin qui m'a semblé se détacher de l'histoire, cesser à un moment donné d'en être la continuité. On s'égard dans une sorte d'aparté qui ne donne pas de réelle suite au récit, laissant le lecteur s'imaginer ce qu'il souhaite. Cette fin ouverte m'a un peu frustrée, j'aurais aimé en savoir plus sur le cheminement de Maud.

La nuit, la mer n'est qu'un bruit est un roman sur la difficulté d'aimer, de s'accorder, sur le deuil et le besoin de s'enfuir. Armé d'un style où joliesse rime avec simplicité et où beaucoup de choses sont tacites, l'auteur nous offre un récit plein d'humanité et transcende l'ordinaire.
Lien : https://libellulelivresque.w..
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