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Critique de Emnia


Emnia
  01 janvier 2015
A l'occasion de la sortie du film A Dame to Kill For, Dark Horse a publié pour la première fois en un volume l'intégrale de la saga culte. 1360 pages, 9 cm d'épaisseur, plus de 6 kg : impossible de le lire au lit, mais dans une bibliothèque, il faut avouer que ça claque.

Sin City, c'est avant tout cette dichotomie dramatique et puissante du noir et blanc, un contraste qui sied à merveille pour évoquer la vie nocturne, les lumières froides et crues de cette ville du péché où s'enchaînent les morts violentes. le trait, d'abord incisif, nerveux, brutal, s'épure et se précise au fil des tomes. Miller ose le synthétisme et ne laisse parfois subsister des silhouettes de ses personnages que les seuls contrastes d'ombre et de lumière, au point de flirter avec l'abstraction. Tantôt éclat de noir dans un océan de blanc, tantôt éclat de blanc dans un océan de noir, les compositions des pleines et doubles pages, habilement étudiées, sont d'une beauté et d'une finesse incroyables. La perfection formelle de chaque vignette, de chaque page, est un délice pour les yeux.

Les sujets, empruntés au roman et au film noirs, donnent lieu à des dialogues et à une narration, pour une part stéréotypés, crus, argotiques, presque minimalistes, et pourtant, dans toute cette violence verbale on sent, dans l'agencement des termes, dans ce travail incroyable sur l'oralité, quelque chose qui ne serait pas loin de prendre le nom de poésie.

Cette vision de Sin City ne concerne à mon regret que la première partie du volume. Si rassembler les sept tomes en un seul livre a ses avantages, cela a surtout l'effet de mettre en avant la différence de niveau monumentale entre les quatre premiers tomes : The Hard Goodbye, A Dame to Kill For, The Big Fat Kill et That Yellow Bastard, et les trois derniers : Family Values, Booze, Broads & Bullets et Hell and Back.

Dans The Yellow Bastard, l'introduction de la couleur avait été finement jouée et ajoutait un degré d'horreur supplémentaire, qui aurait dû, pour conserver sa force, demeurer dans la saga un unicum. Déjà, dans ce quatrième tome, pointaient dans le texte ces répétitions qui allaient persister et horripiler dans les volumes suivants. L'histoire, malgré sa beauté graphique incroyable, reposait de plus sur une incohérence : comment se fait-il que Roark ait besoin de Hartigan pour retrouver Nancy alors que celle-ci est dans l'annuaire…

Tout change à partir du cinquième tome : Familly values. le trait devient brouillon, incertain, le ton vaguement comique, la qualité du texte baisse, cependant, le noir et blanc persiste. Booze, Broads & Bullets, recueil de chapitres épars, pour la plupart sans grand intérêt, renoue, pour le pire, avec la couleur, apposée par touches sur certains personnages. On ne voit plus que ça. La couleur devient, dans la caractérisation des personnages, qu'elle soit physique ou psychologique, une espèce d'énorme raccourci, une ficelle peu subtile, la voie, peut-être, de la facilité. Nancy et Ava n'avaient eu besoin d'aucune touche de couleur pour éblouir et envahir les pages en déesses. To Hell and Back poursuit cette baisse de qualité, pire, l'auteur s'éloigne de l'ambiance film noir pour ne plus donner que dans l'action bête et méchante, au point que les onomatopées en viendraient presque à supplanter les dialogues ; s'oublie dans un délire psychédélique multicolore d'un mauvais goût extrême ; comprime dans ses pages trop de texte, trop d'images, au point de multiplier à outrance les vignettes, pour des compositions de doubles pages très chargées et dans l'ensemble assez médiocres. On ne comprend même plus ce que cette histoire d'enlèvement et de trafic humain vient faire ici tant elle s'intègre mal au reste. La fin de ce tome, censée clore l'ensemble sur une note d'espoir, peine à convaincre.

De Sin City, je ne garderai donc que l'image dessinée par les premiers tomes, celle d'une ville atemporelle, presque une uchronie ou une vision de l'enfer dans laquelle les personnages sont autant de héros tragiques.
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