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Henri Fluchère (Préfacier, etc.)Paul Rivert (Traducteur)
ISBN : 2070362612
Éditeur : Gallimard (27/11/1972)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 350 notes)
Résumé :
"Ceci n'est pas un livre... C'est une insulte sans fin, un crachat à la face de l'art, un coup de pied aux fesses de Dieu, à la Destinée, l'Amour, la Beauté..." En quelques phrases, Henry Miller a tout dit. Écrit à Paris, Tropique du Cancer défie toutes les lois sages de la littérature. L'œuvre, autobiographique, se veut autant un exercice de libération que d'affirmation de soi de l'écrivain, qui s'y livre tout entier, au fil de ses années vécues en France,... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
Topper67
  30 mars 2016
Ah Henry Miller ! Il y a 6 mois je ne connaissais pas cet auteur et je viens maintenant de terminer le deuxième ouvrage issu de sa plume. Comment j'en suis arrivé là ? Une collègue (prof de français, elle a quand même un moment dans sa vie posé ses fesses dans une fac de lettre) me l'a conseillé. Elle m'a dit, textuellement « tu aimes Zola ? Alors, tu aimeras Miller »
Ce postulat posé, je dois vous avouer que je n'ai vu aucun rapport entre ces deux auteurs. Si je devais classer Miller, je le ferais parmi les inclassables justement ! "Tropique du Cancer" n'est pas vraiment un roman… encore que. Ce n'est pas non plus à proprement parler un essai philosophique… encore que. Ce n'est pas 100 % autobiographique… encore que.
Dans cet ouvrage, Miller nous parle de ses années en France principalement à Paris. Ses errances, ses galères, son rapport à la femme (qui en dehors de son véritable amour dont il parle peu consiste à « lever des poules » et fréquenter des prostituées… souvent payées par ses potes, car il n'a pas les moyens), sa vision du monde, ses beuveries, ses petits boulots… Il s'avère être un personnage adorable (et il aurait sûrement haï qu'on dise cela de lui) et détestable à la fois. Il peut être un odieux con misogyne, et une personne empreinte d'une profonde humanité.
Il donne l'impression de s'en foutre de tout, rien ne compte, rien n'est grave. du moment qu'il trouve à manger tout va bien, et il sait y faire ! Il sait être copain avec les bonnes personnes qui vont le régaler, il nous livre ses petits trucs pour « taper » les copains. Quand c'est son tour d'avoir de l'argent en poche, il régale. le lendemain ? Connaît pas !
Soyons honnêtes, le lire est parfois ardu. de premier abord cela peut même être rebutant. J'ai d'ailleurs préféré "Tropique du Cancer" à "Tropique du Capricorne". Réponse de ma collègue (encore elle !) : « c'est parce qu'entre-temps tu t'es habitué au style ».
Parlons-en de son style ! Quelle plume ! Quelle écriture ! On dirait qu'il écrit sans effort (et c'est ce qu'il veut nous faire croire), que les mots arrivent comme ça, directement de ses pensées au papier. C'est parfois fouillis, parfois dense, mais c'est chaque fois magnifique !
Quand vous fermez du Miller, vous ressentirez diverses sensations : de la fierté d'être arrivé au bout, de la frustration de n'être pas sûr d'avoir tout compris, du soulagement et l'envie de lire quelque chose de plus simple doublé d'une furieuse envie de relire du Miller parce qu'à mon sens, une fois que l'on a découvert ce style, on a envie d'en reprendre une bonne tranche.
Henry Miller c'est un peu comme de la picole : on sait qu'on risque d'avoir mal au crâne, mais bon Dieu quelle euphorie quand on est plongé dedans !
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Paco
  02 novembre 2011
Je commence par une introduction frappante de l'oeuvre par l'auteur, qui en dit long sur ce qui nous attend
"Je n'ai pas d'argent, pas de ressources, pas d'espérances. Je suis le plus heureux des hommes au monde. Il y a un an, il y a six mois, je pensais que j'étais un artiste. Je n'y pense plus, je suis! Tout ce qui était littérature s'est détaché de moi. Plus de livres à écrire, Dieu merci! Et celui-là alors? Ce n'est pas un livre. C'est un libelle, c'est de la diffamation, de la calomnie. Ce n'est pas un livre au sens ordinaire du mot. Non! C'est une insulte démesurée, un crachat à la face de l'Art, un coup de pied dans le cul de Dieu, à l'Homme, au Destin, au Temps, à la Beauté, à l'Amour! ... à ce que vous voudrez. Je m'en vais chanter pour vous, chanter en détonnant un peu peut-être, mais chanter. Je chanterai pendant que vous crèverez, je danserai sur votre ignoble cadavre..." Henry Miller
Un mot sur l'auteur ne sera pas de trop non plus pour comprendre ce roman totalement hors norme, façonné de pensées décousues d'un homme anticonformiste, complètement révolté et atypique, voir inclassable.
Henry Miller est un romancier américain né en 1891 à New-York. Il s'est éteint le 7 juin 1980 en Californie. Ses oeuvres sont largement autobiographiques, dont le style cru et choquant a suscité une série de controverses dans une Amérique puritaine. La jeunesse de Miller est marquée par l'errance; enchainement de petits boulots, brèves études. En 1924, il abandonne tout et décide de se consacrer à la littérature.
En 1928, délaissant femme et enfant, il se rend en Europe et s'installe en France jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Il vit misérablement, dort dans la rue, lutte contre le froid et la faim. Mais comme il le dit sur plusieurs supports que j'ai parcourus, c'est comme cela qu'il se sent heureux et surtout libre.
Ce roman "Tropique du Cancer", publié en 1934, entraînera aux Etats-Unis des procès pour obscénité, selon les lois contre la pornographie en vigueur à l'époque. En 1964, la Cour Suprême casse le jugement de la Cour d'Etat en affirmant la valeur littéraire de l'oeuvre de Miller. Ce choix de l'auteur de lutter contre le puritanisme fit beaucoup pour libérer les tabous sexuels dans la littérature américaine, à la fois d'un point de vue moral, social et légal. Il continuera à écrire des romans, tous censurés aux Etats-Unis pour obscénité.
Mon avis sur cette oeuvre
Un conseil de lecteur, il faut s'accrocher! Approcher et aborder pour la première fois un roman d'Henry Miller demande à mon sens un peu de concentration et une largeur d'esprit malléable. Si vous voulez faire connaissance avec l'une de ses oeuvres, mettez de côté votre esprit cartésien et oubliez votre caractère rationnel! Je m'y suis lancé car je voulais absolument approcher ce classique de littérature dite étonnante et fascinante. Ce "roman" sans style précis est totalement impossible à classer, à définir. L'auteur nous emmène dans son antre malsain, dur et choquant. Henry Miller enchaîne les mots, avec adresse, mais sans réellement suivre un fil rouge. Une série de mots, de phrases, de paragraphes pour exprimer son quotidien dans un Paris qu'il découvre. Henry Miller s'est lancé le défit de ne rien corriger, ne rien supprimer et de laisser couler sa plume. C'est remarquablement difficile à suivre.
Le narrateur - l'auteur - débarque à Paris en laissant derrière lui sa vie américaine. Sans le sou, d'une chambre d'hôtel à une autre, Henry Miller nous dévoile de quelle manière il gère son quotidien dans la capitale française, tout en nous livrant sa façon de voir le monde. Il vivra au dépend des autres, profitant de la charité des amis qu'il rencontre, sans pour autant être envahissant. C'est un peu sa façon de voir les choses, vivre au jour le jour. Si quelqu'un veut bien l'aider à pouvoir manger, avoir un endroit où dormir ou à obtenir un peu d'argent, tant mieux, le cas échéant, il se débrouillera autrement. Il trouvera quelques petits boulots pour gagner un peu d'argent, afin de pouvoir se taper des "grues" et se remplir un peu la panse.
Des prostituées... Henry Miller nous parle de ces femmes de joie à profusion! Celle qui fait son travail remarquablement, sans état d'âme, en passant par celle qui bosse avec trop de sentiments, trop de tendresse - et mon Dieu que ça gâche tout pour lui! Henry Miller peut nous parler du vagin d'une prostituée en remplissant plus de dix pages de son roman! Descriptions, précisions, analyses... Franchement, lorsque je lis un bouquin j'attends autre chose qu'une description d'un organe génital... Et pourtant, je dois dire que son roman tourne beaucoup autour de ce sujet, trop à mon goût. A en attraper "la chaude-pisse", comme presque tous les personnages de ce livre. Si le lecteur suit les réflexions et le parcours de l'auteur dans la capital, il découvrira un Paris malsain et pervers. Comme les femmes décrites dans ce roman - des tas de viande - et pas que les "grues"...
Pour apprécier ce roman, il faut que le lecteur garde les passages qu'il a aimés et oublie le reste. Pour ma part, j'ai rapidement laissé une bonne partie de l'oeuvre derrière moi pour la simple et bonne raison que je n'ai rien compris! Et je soupçonne Henry Miller de n'avoir lui-même pas tout à fait saisi ce qu'il voulait parfois nous dire. J'exagère un peu bien entendu, mais est-ce qu'il n'a tout simplement pas réussi à faire passer son message? Henry Miller part subitement - sans nous prévenir! - dans des délires hors du commun. Des pensées profondes, des réflexions complexes sur le monde qu'il perçoit d'une manière pessimiste, remplies de métaphores et d'analogies. On perd le fil, obligatoirement, pas possible autrement. L'expression "sauter du coq à l'âne" prend toute sa valeur dans ce livre. Henry Miller nous décrit une scène, une rencontre, et tout à coup, il nous kidnappe et nous emmène dans son imagination, ses rêveries les plus saugrenues, les plus abracadabrantes et loufoques. Un personnage complexe, dur à cerner, déroutant. Il se qualifie lui-même d'inhumain. Et oui, rester humain c'est passer à côté de beaucoup de choses. Je vous laisse méditer et comprendre comme vous voulez.
Si j'ai aimé? Je crois bien que non. J'ai apprécié les rencontres de Miller, sa façon de nous les présenter. Les dialogues. J'ai aimé certains personnages, ces hommes et ces femmes qui vivent dans un Paris complètement différent qu'aujourd'hui. J'ai aimé son style d'écriture, bien que sybillin, lorsqu'il ne nous attire pas dans ses délires excentriques. Mais j'ai détesté ces trop nombreuses ruptures abstraites - poétiques? - qui à mon sens donnent un aspect très négatif de l'oeuvre. Je n'ai pas aimé ces parties de jambes en l'air, décrites d'une manière répugnante, abjecte et méprisable. Un chef-d'oeuvre? Pas à mes yeux, désolé.
Lien : http://passion-romans.over-b..
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Woland
  26 décembre 2007
Tropic of Cancer
Traduction : Jean-Claude Lefaure
" ... J'habite Villa Borghèse. Il n'y a pas une miette de saleté nulle part, ni une chaise déplacée. Nous y sommes tout seuls, et nous sommes morts. ..."
C'est par ce paragraphe foudroyant que débute "Tropique du Cancer", l'un des livres qui, en son temps, choqua sans doute le plus les puritains de tout poil, notamment aux Etats-Unis où la censure l'interdit carrément pour ne lever son veto que bien tardivement après guerre - dans les années soixante, il me semble.
L'auteur était pourtant américain. Mais il est vrai que, dans ce "Tropique" qui fut, je crois, son premier ouvrage "achevé", Henry Miller n'hésite pas à traiter les New-Yorkais se promenant sur la 42ème rue d'"oies aveugles" avant d'assener, à la fin du chapitre X :
" ... Il vaut mieux garder l'Amérique ainsi, toujours à l'arrière-plan, une sorte de gravure carte postale, que l'on regarde dans ses moments de faiblesse. Comme ça, on imagine qu'elle est toujours là, à vous attendre, inchangée, intacte, vaste espace patriotique avec des vaches, des moutons et des hommes au coeur tendre, prêts à enc ... tout ce qui se présente, homme, femme ou bête ! Ca n'existe pas, l'Amérique ! C'est un nom qu'on donne à une idée abstraite ..."
Mais ne vous y trompez pas. Au-delà de certaines lignes d'une rare amertume, "Tropique du Cancer", c'est avant tout un livre généreux, enthousiaste, féroce et impitoyable certes mais que parcourt sans cesse le rire immense et chaleureux de son auteur. L'humour de Miller est noir - plus que noir souvent - mais il tient bon et s'entête à faire des pieds-de-nez à la Vie et à ses absurdités, qu'il s'agisse de la faim, de la misère, de l'angoisse du lendemain, de celle d'écrire, des humiliations, de la vie de pique-assiette que l'auteur mènera longtemps en pleine connaissance de cause "pour rester libre", de la maladie, de la Mort elle-même.
Avec cela, le style est superbe, un mélange de sauvagerie et de rigueur, de tendresse et de truculence, le tout saupoudré d'une incroyable poésie qui passe fort bien l'épreuve de la traduction. Miller est de ces écrivains qui, comme le Céline du "Voyage ...", écrivent en apparence "au coup de poing" mais pour qui l'écriture est à la fois un démon, une perfection et une longue mais voluptueuse souffrance. C'est un écrivain qui marque son lecteur, sans doute l'un des plus européens parmi les Américains - avec James mais sur un autre registre, évidemment.
En outre, il aura toujours pour les francophones cette saveur rabelaisienne à nulle autre pareille.
Henry Miller, un écrivain "pervers et pervertissant" ? Non, un écrivain qui aimait la Vie - malgré tout. ;o)
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Maphil
  31 mai 2012
Tropique du Cancer est la chronique d'une libération caractérisée par une absence apparente de structure et un déferlement verbal. Ce n'est ni un roman, ni un essai, ni un recueil de souvenirs. Tous les genres s'y mêlent. D'ordre biographique, Tropique du Cancer relate les années que l'auteur vient de vivre en France. Et ce livre c'est d'abord Paris, Miller à Paris, découvrant Paris et se découvrant lui-même, sa pauvreté et son allégresse, ses stratagèmes pour subsister, ses amours, son goûts pour les prostituées et les maisons de passe de dernier ordre, ses démêlés avec ses amis artistes et écrivains de Montparnasse, les petits cafés de Clichy et les quais de la Seine. La fascination qu'exercent sur l'auteur les forces primaires et originelles, la valeur qu'il accorde à la sexualité et la crudité avec laquelle il en étudie les manifestations, ses plongeons dans l'abject et l'obscène... se justifient par son désir de briser l'écorce du "civilisé", de retrouver les lois et la palpitation de la vie, de se reconstituer un moi dans lequel la nature ait sa juste place.
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stcyr04
  15 avril 2012
Voilà certainement un livre qui ne laissera pas ses lecteurs insensibles. Au début j'ai été assez perplexe par la crudité assumé de ce récit autobiographique d'un américain fauché dans le milieux interlope et bohême du Paris du début des années 30, mais ensuite il semble que le livre ai trouvé son lecteur et j'ai contemplé dans ce crachat à la face de l'art de belles bulles iridescentes. Un livre qui a forcement fait date dans une américaine très fortement puritaine de cette époque et qui annonce la Beat Génération des Kerouac, Ginsberg et Burroughs. J'ai très particulièrement gouté l'évocation de la lumière et du son dans l'art de Matisse. Voici une citation de l'auteur qui pourrai être une petite boussole pour le lecteur dérouté de ce Tropique du Cancer: "L'homme qui porte la dive bouteille à ses lèvres, le criminel qui s'agenouille sur la place du marché, l'innocent qui découvre que tous les cadavres sans exception puent, le fou qui danse le tonnerre entre les mains, le moine qui soulève les pans de son froc pour pissoter sur le monde, le fanatique qui met les bibliothèques à sac afin de trouver le Verbe -- tous sont fondus en moi, tous produisent ma confusion, mon extase. Si je suis inhumain, c'est parce que mon univers à débordé par dessus ses frontières humaines, parce que n'être qu'humain me parait une si pauvre, une si piètre, une si misérable affaire, limitée par les sens, restreinte par les systèmes moraux et les codes, définie par les platitudes et les "ismes". Je verse le jus de la grappe au fond de mon gosier et j'y trouve la sagesse, mais ma sagesse n'est pas née de la grappe, mon ivresse ne doit rien au vin..."
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Citations & extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
stcyr04stcyr04   12 avril 2012
Je suis un homme libre-- et j'ai besoin de ma liberté. J'ai besoin d'être seul. J'ai besoin de méditer ma honte et mon désespoir dans la retraite; j'ai besoin du soleil et du pavé des rues, sans compagnons, sans conversation, face à face avec moi-même, avec la musique de mon coeur pour toute compagnie... que voulez-vous de moi? Quand j'ai quelque chose à dire je l'imprime. Quand j'ai quelque chose à donner, je le donne. Votre curiosité qui fourre son nez partout me fait lever le coeur. Vos compliments m'humilient. Votre thé m'empoisonne. Je ne dois rien à personne. Je veux être responsable devant dieu seul ... s'il existe!
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diparidipari   03 janvier 2012
La même histoire partout. Si vous voulez du pain, il faut entrer sous le harnais, il faut marcher au pas de chaîne. Sur toute la terre s'étend un désert gris, un tapis d'acier et de ciment. Production ! Encore des écrous et des boulons, encore du fil de fer barbelé, encore des biscuits pour chiens, encore des faucheuses mécaniques pour pelouse, encore des roulements à billes, encore des explosifs à grande puissance, encore des tanks, des gaz asphyxiants, du savon, de la pâte dentifrice, des journaux, de l'éducation, des églises, des bibliothèques, des musées, encore, encore, encore ! En avant ! Le temps presse.
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stcyr04stcyr04   14 avril 2012
Côte à côte avec la race humaine, coule une autre race d'individus, les inhumains, la race des artistes qui, aiguillonnés par des impulsions inconnues, prennent la masse amorphe de l'humanité et, par la fièvre et le ferment qu'ils lui infusent, changent cette pâte détrempée en pain et le pain en vin et le vin en chansons. De ce compost mort et de ces scories inertes ils font lever un chant qui contamine. Je vois cette autre race d'individus mettre l'univers à sac, tourner tout sens dessus dessous, leurs pieds toujours pataugeant dans le sang et les larmes, leurs mains toujours vides, toujours essayant de saisir, d'agripper l'au-delà, le dieu hors d'atteinte : massacrant tout à leur portée afin de calmer le monstre qui ronge leurs parties vitales. Je vois que lorsqu'ils s'arrachent les cheveux de l'effort de comprendre, de saisir l'à-jamais inaccessible, je vois que lorsqu'ils mugissent comme des bêtes affolées et qu'ils éventrent de leurs griffes et de leurs cornes, je vois que c'est bien ainsi, et qu'il n'y a pas d'autre voie. Un homme qui appartient à cette race doit se dresser sur les sommets, le charabia à la bouche, et se déchirer les entrailles. C'est bien et c'es juste, parce qu'il le faut! Et tout ce qui reste en dehors de ce spectacle effrayant, tout ce qui est moins terrifiant, moins épouvantable, moins fou, moins délirant, moins contaminant, n'est pas de l'art. Tout le reste est contrefaçon. Le reste est humain. Le reste appartient à la vie et à l'absence de vie.
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stcyr04stcyr04   13 avril 2012
Dans la lumière bleuâtre d'une aube métallique, les coquilles des cacahouètes ont l'air blêmes et froissées; le long de la grève à Montparnasse, les nénuphars se penchent et cassent. Lorsque la vague reflue et qu'il ne reste que quelque sirènes syphilitiques échouées dans le limon, le Dôme à l'air d'un stand de tir ravagé par un cyclone. Tout dégouline lentement à nouveau vers l'égout. Pendant une bonne demi-heure, il y règne un calme de mort, et l'on éponge les vomissures. Soudain les arbres se mettent à ululer. D'un bout du boulevard à l'autre, se lève une chanson démentielle. C'est comme le signal qui annonce la fermeture de la Bourse. Tous les espoirs qui restent sont balayés. L'heure est venue de vider la dernière poche d'urine. Le jour entre en scène, à la dérobée comme un lépreux...
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stcyr04stcyr04   14 avril 2012
L'homme qui porte la dive bouteille à ses lèvres, le criminel qui s'agenouille sur la place du marché, l'innocent qui découvre que tous les cadavres sans exception puent, le fou qui danse le tonnerre entre les mains, le moine qui soulève les pans de son froc pour pissoter sur le monde, le fanatique qui met les bibliothèques à sac afin de trouver le Verbe -- tous sont fondus en moi, tous produisent ma confusion, mon extase. Si je suis inhumain, c'est parce que mon univers à débordé par dessus ses frontières humaines, parce que n'être qu'humain me parait une si pauvre, une si piètre, une si misérable affaire, limitée par les sens, restreinte par les systèmes moraux et les codes, définie par les platitudes et les "ismes". Je verse le jus de la grappe au fond de mon gosier et j'y trouve la sagesse, mais ma sagesse n'est pas née de la grappe, mon ivresse ne doit rien au vin...
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