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Georges Belmont (Autre)
EAN : 9782253008255
411 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1976)
3.75/5   211 notes
Résumé :
Empoigner la vie et la savourer à loisir. Henry Miller ne réalisera vraiment son rêve qu'après avoir rencontré la jeune femme à qui est dédié ce livre, Mona (héroïne de Plexus et de Nexus), et après avoir compris que, plus encore que mordre la vie à belles dents, il désire exprimer ce qu'il pense et ressent. La période qu'évoque Tropique du Capricorne est celle qui précède la découverte de sa vocation d'écrivain. La sexualité tient une place qui avait fait interdire... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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jmb33320
  21 juillet 2020
« Enfant déjà, et ne manquant de rien, j'avais envie de la mort : j'avais envie de capituler n'ayant aucun sens de la lutte. J'avais la conviction que de poursuivre une existence que je n'avais pas sollicitée n'apporterait ni preuve ni substance, n'ajouterait ni n'ôterait rien à rien. Tous ceux que je voyais autour de moi n'étaient que des ratés, sinon des grotesques. Notamment ceux qui avaient réussi. Ceux-là, je les trouvais ennuyeux à pleurer. »
Il pousse le bouchon très loin, Henry, dans cette suite à Tropique du Cancer qui revient sur sa jeunesse américaine et ses années d'adulte antérieures à son départ pour l'Europe. Ce texte est tout aussi torrentiel, parfois même à la limite de l'intelligibilité, notamment par ses contradictions, ses excès et ses flamboyances.
Qui peut croire un instant qu'un homme aussi doué que lui pour profiter de la vie, sans une once de culpabilité envers autrui, puisse écrire qu'enfant la tentation d'en finir était là ?
Il ne cherche pas à plaire à qui que ce soit, c'est certain, mais le tableau qu'il dresse de lui je l'ai ressenti comme très exagéré, comme s'il faisait « chauffer la machine » pour partir dans les délires contradictoires de son ego surdimensionné.
C'est sûrement très « écrit », souvent trop à mon goût. Il y a bien sûr beaucoup de scènes de sexe, sa marque de fabrique, où il donne la pleine mesure de sa jubilation, que ce soit dans le torride ou le crapoteux. Je n'ai pas été gêné par les descriptions de ses ébats, ou de ceux de ses amis, mais quand ils sont associés, comme c'est le cas ici, à beaucoup de misogynie, de racisme et d'antisémitisme, ça m'a vraiment dérangé. Il y a notamment un passage où il compare les juifs de Brooklyn à des mites, qui est infect… Je n'en croyais pas mes yeux. Et franchement je n'oserais même pas le mettre en citation sur Babelio (il y est peut-être, je n'ai pas vérifié).
Pour un texte noté comme achevé en septembre 1938 à Paris, ça fait frémir. J'ai gardé un bon souvenir de « le colosse de Maroussi », de « Tropique du Cancer » pour son atmosphère française mais celui-ci, je le place en dessous. Et je ne suis plus aussi certain d'avoir envie de lire sa trilogie de « La crucifixion en rose ».
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PatriceG
  27 juin 2021
Tropique du Capricorne
Oeuvre semi-autobiographique
Dans les années 20 ..
New York
Suite de Tropique du Cancer, censuré en Amérique, écrit à Paris.
Quelqu'un m'a dit que j'utilisais les citations pour placer mon baratin, il ne me l'a pas dit comme ça, mais l'a laissé sous-entendre, alors je vais utiliser la critique pour placer une citation d'Henry Miller.
Dans le livre que j'ai : Editions du Chêne, 1970 que j'aime et qui ne me quittera jamais, il y a en préface un portrait d'Henry Miller fait par un ami Michael Fraenkel (1930). Il en parle en termes élogieux, évoque son dur combat pour être reconnu écrivain chez lui en Amérique puritaine. Sa vie fluctue comme celle d'un gosse livré à la rue, vit au jour le jour. Il a un pécule, il vit le temps que ça lui permet .. Il vit comme un de ses héros : Dostoïevski, la faim au ventre, mais l'âme chevillée au corps dans la grande ville. "Je n'ai pas d'argent, pas de ressources et d'espérance ; je suis l'homme le plus heureux du monde". Ce sont des êtres qui embrassent l'univers, hors catégorie ..
Mais ce sera long, c'est une phrase pour un temps long.
Juste ici une parenthèse, dans les interviews qu'il donne à Belmont plus tard, tout auréolé de gloire bien méritée, il faut souligner l'humour corrosif, puissant du personnage. Ses mots partent à l'écoute de l'autre, sifflant aux oreilles, implacables, péremptoires, impérieux .. avec une force vertigineuse qui n'a pas pris une ride quand il s'attache à son passé, chose qu'on lui renvoie toujours à la figure, tellement c'est une mine d'or, un excellent client dont on boit les paroles comme une bonne bière fraîche par temps de canicule. Il n'y a pas d'acrimonie, qu'un humour corrosif, puissant ..
Et Michael Fraenkel a pris soin dans le portrait qu'il fait de son ami d'adjoindre en premier un portrait dessiné de HM par Brassai, un autre ami : superbement croqué !
Le juif
Page 200, 201,202
"..Et puis survint un évènement qui endeuilla tout le quartier -la défaite de Joe Gerhardt par Joey Silverstein. Ce dernier était le fils du tailleur ; garçon de quinze à seize ans, plutôt tranquille et d'allure studieuse, que les grands tenaient à l'écart, parce qu'il était juif. Un jour qu'il allait livrer un pantalon à Fillmore Place, Joe Gerhardt l'accosta, - il était à peu près du même âge et se prenait pour un être supérieur. Il y eut un échange de mots, puis Joe Gerhardt arracha au fils Silverstein le fameux pantalon et le jeta dans le caniveau. Personne n'eût jamais songé que le jeune Silverstein répondrait par la force à un tel affront ; en sorte que, lorsque d'un coup de poing il chopa Joe au coin de la mâchoire, tout le monde fut soufflé, Joe Gerhardt le premier. Il s'ensuivit une bagarre qui dura une vingtaine de minutes et à la fin de laquelle Joe Gerhardt se retrouva sur le trottoir, incapable de se relever. Sur quoi le fils Silverstein ramassa le pantalon et s'en revint calmement et dignement à la boutique de son père. Personne n'osa lui dire un mot. On tint l'affaire pour une calamité. Qui avait jamais entendu dire qu'un juif pût rosser un gentil ? C'était inconcevable, et pourtant le fait était là, et tous l'avaient pu voir. Soir après soir, assis à notre habitude sur le bord du trottoir, le problème fut tourné et retourné par nous sous tous les angles, sans que nous trouvions de solution, jusqu'au jour ... ma foi jusqu'au jour où le frère cadet de Joe Gerhardt, johnny, à force de ruminer l'histoire, décida de régler le compte par ses propres moyens. Johnny, plus jeune et plus petit que son frère, n'en était pas moins solide et invincible comme un jeune puma. Il avait tout de l'irlandais type, de l'irlandais de taudis dont était fait le quartier. Son plan de revanche était fort simple : il attendit un soir le jeune Silvertstein, à l'heure où il sortait de la boutique, et l'étala d'un croc-en-jambe. Auparavant, il avait pris la précaution de se munir de deux cailloux de bonne taille qu'il tenait cachés dans ses poings. Ayant descendu le jeune Silverstein, il lui sauta dessus et, bravement, lui battit le crâne de ses pierres. A son grand étonnement, le pauvre Silverstein n'offrit pas la moindre résistance ; même après que Johnny se fut relevé et lui eut laissé la chance de retrouver son aplomb, Silverstein s'entêta à ne pas vouloir broncher. Alors Johnny prit peur et s'enfuit. Il dut avoir une sacrée frousse même, car plus jamais on ne le revit ; les seules nouvelles qu'on eut de lui, furent qu'il s'était fait ramasser quelque part dans l'Ouest où on l'envoya dans une maison de correction .."
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Woland
  26 décembre 2007
Tropic of Capricorn
Traduction : Jean-Claude Lefaure
Avec « Tropique du Capricorne », auquel il mit le point final en 1938, alors qu'il s'était installé en France, Henry Miller nous offre une oeuvre qui, comme le « Tropique du Cancer », éclate et se disperse encore un peu dans toutes les directions, tel un magnifique feu d'artifice conçu par un pyrotechnicien à la fois génial et complètement « allumé ». Mais l'ensemble est déjà beaucoup plus structuré et l'on peut y lire l'un des hymnes les plus poignants, les plus sincères et les plus humbles qu'un écrivain ait jamais dédié à la Passion d'Ecrire.
Pourtant, si l'on s'en tient au titre donné par l'auteur à la première partie de son roman – qui est aussi la plus longue – on ne s'attend guère à ce qu'il y soit beaucoup question de l'acte d'écrire (ou de l'impossibilité dans laquelle on se trouve d'y parvenir). Intitulé en effet, en toute (fausse Laughing ) candeur millerienne, « Sur le Trolley Ovarien », ce premier acte a surtout pour objet de nous décrire en long et en large les splendeurs et les misères qui présidèrent au passage de l'auteur à la "Compagnie Cosmodémonique du Télégraphe pour l'Amérique du Nord" : un mélange de Kafka et de Jarry, avec l'humour ravageur d'un Rabelais, et cette « patte » qui n'appartenait qu'à Miller lui-même.
«[ …] … Au bout de quelques mois, » confie-t-il au lecteur avec la jubilation que l'on devine, « je trônais place du Soleil-Couchant, engageant et saquant que c'en était de la démence. Un véritable abattoir, à Dieu ne plaise. Un pur non-sens, du haut en bas. Un gâchis d'hommes, de matériel, d'énergie. Une farce hideuse avec, en toile de fond, la sueur et la misère. Mais, tout comme j'avais accepté de servir de mouche, j'acceptai d'engager, de saquer et tout le tremblement ….[…] »
Toutefois, au-delà son cynisme habituel, on sent bien la réelle tendresse que Miller portait à tant de pauvres bougres rencontrés à cette époque dans les locaux de la Compagnie. Quant aux bougresses … Non, nous laisserons au lecteur le soin d'apprécier les pages que leur consacre un Miller qui, comme d'habitude, ne se gêne pas pour appeler … un chat un chat. (!!!) Il le fait d'ailleurs avec un naturel si désarmant qu'on se demande bien pourquoi l'Anasthasie américaine eut si longtemps des vapeurs en déchiffrant sa prose.
Dans la deuxième partie, ou plutôt dans l' « Interlude », l'écrivain donne libre cours à sa logorrhée scriptrice. Aux scènes de sexe toujours explicites mais jamais vulgaires - enfin, c'est mon avis et libre à vous de ne pas le partager ! - et aux évocations du Brooklyn de sa jeunesse, se mêlent désormais des digressions d'une beauté à vous couper le souffle sur ce qu'est Dieu ou sur ce qu'Il n'est pas, sur les mille-et-une tensions de cette créature éternellement rebelle qui s'appelle Henry V. Miller et qui L'injurie tout en niant Son existence, sur la Vie avec tout ce qu'elle comporte de merveilles et de hideurs, sur les livres bien sûr, sur l'écriture évidemment, sur le Temps … Se succèdent alors des passages extraordinaires comme celui-ci :
"[…] …Si je me dresse contre la condition actuelle du monde, ce n'est pas en moraliste – c'est parce que j'ai envie de rire plus, toujours plus. Je ne dis pas que Dieu n'est qu'un énorme rire : je dis qu'il faut rire dur avant de parvenir à approcher Dieu. Mon seul but dans la vie est d'approcher Dieu, c'est-à-dire d'arriver plus près de moi-même. C'est pourquoi peu m'importe le chemin. Mais la musique est très importante. La musique est tonique pour la glande pinéale. La musique, ce n'est pas Bach, ni Beethoven ; la musique, c'est l'ouvre-boîte de l'âme. Calme terrible en dedans de soi ; conscience que l'être est doté d'un plafond et d'un toit… […] »
Ce « Tropique » se clôt enfin sur « Coda », troisième et dernière partie où un Miller enivré de sexe et d'amour évoque sa rencontre avec celle qui deviendra sa deuxième épouse, la fameuse June du film « Harry & June », et, poète toujours mais aussi drogué lucide, il a pour elle cette phrase sublime : « … Je t'accepte et te prends comme l'incarnation du Mal, la dévastation de l'âme, Maharani de l'ombre … »
Pour tous ceux qu'intéressent l'oeuvre et la personnalité d'Henry Miller, il convient d'ajouter que c'est dans « Tropique du Capricorne » qu'il commence à s'étendre sur ses souvenirs d'enfance, tout particulièrement sur ses relations avec ses parents et avec sa soeur cadette. L'écrivain y reconnaît que, sans la "différence" de sa soeur, sans doute ne serait-il jamais devenu Henry Miller.;o)
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CirculusCapricorni
  02 août 2013
Dis-don' Henry, c'est quoi cette merde ? Il est pénible, ton tropique du capricorne, et c'en est un d'origine qui te parle, un vrai, un avec des cornes sur le front et une queue de poisson qui sent le large, un qui relie le Paraguay au Botswana par la grâce de pi 3.14 et d'une géographie approximative. Alors laisse-moi te dire, Henry, que ton tropique de carte postale jaunie, il vaut pas tripette. Et encore, avec une carte postale jaunie on voyagerait au moins un peu. Mais là... on se fait chier, Henry, avec tes métaphores de quinze pages (presqu')aussi imbitables qu'un cancer de Ginsberg, ton moi intérieur qui sent le renfermé comme tous les moi intérieurs. T'es tellement plus intéressant, Henry, quand tu parles de la vraie vie, quand tu racontes tes premiers amours foireux comme le sont les premiers amours et les autres, quand tu racontes ton père tonitruant et bancal, quand tu goguenardes le monde interlope qui te mendie un emploi, et toi-même qui mendie de quoi manger-boire-vivre-baiser, mais putain Henry, qu'est-ce que tu peux être emmerdant quand tu te la joues underground de mes deux, avec des litanies à n'en plus finir sur... on ne sait trop sur quoi d'ailleurs. Il n'en reste pas moins que tu ponds des sacrées putains de phrases, mon Henry, comme celle-là : "J'ai fait un rêve sexuel merveilleux qui se terminait par la guillotine", et des sentences à faire ravaler son stoïcisme à papi Sénèque : "Personne ne soupçonne qu'il peut y avoir un sens à se contenter de demeurer bien assis sur son cul. [...] Personne n'aurait pu dormir plus profondément que moi au coeur de ce cauchemar" ; à faire vomir son bouddhisme au Dalaï-lama : "mais mieux vaut, infiniment mieux, en attendant la mort, vivre en état de grâce et d'émerveillement naturel. Infiniment mieux, tandis que la vie progresse vers une perfection de mort, n'être qu'un brin d'espace qui respire, une étendue de vert, un coin de fraicheur, un petit lac d'eau pure. Mieux vaut aussi accueillir les hommes en silence, les envelopper dans les plis de son manteau, car il n'y a pas de réponse à leur faire tant qu'ils se ruent comme des fous pour voir ce qu'il y a de l'autre côté du tournant" ; et à faire savourer son verre de limonade à Bukowski : "En tout lieu où j'allais, je fomentais la discorde – non parce que je servais un idéal, mais parce que je ressemblais à un projecteur qui éclaire brutalement les stupidités et les futilités du monde". Quel dommage, Henry, que tu t'égares si souvent dans une soupe indigeste de monologues vaporeux comme une soirée chez des cons dépourvus de bonnes bouteilles.
Bon, comme tu as quand même le don de tourner des belles phrases et que tu as baisé Marilyn Monroe, je vais pas être trop sévère.
Quoi ? C'est Arthur ? C'est Arthur qui l'a baisée ? Pardon Henry, désolé, j'vous confonds tout l'temps.
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stcyr04
  13 novembre 2013
Dans Tropique du Capricorne, Henry Miller nous apparaît, en un monologue halluciné d'un type à la marge, d'un outsider, d'un magnifique loser, révolté, écorché vif, d'une personnalité saturnale (ô Verlaine!).
MIller retrace la vie de son quartier de Brooklyn, tel qu'il le connu d'abord dans son enfance : ses souvenirs de la petite boutique de tailleur du grand-père, les odeurs des commerces de son quartier, de l'infection méphistophélique des peaux du tanneur aux effluves irrésistibles du pain frais et des pâtisseries en confection. Il se fait ainsi le témoin attristé et révolté de la métamorphose de ce décor jadis si familier. Miller se révèle, d'autre part, lui-même, en coureur de jupons, parfois violent avec les femmes, tout le temps fauché mais tout autant prodigue, régulièrement “tapeur” (on dirait gratteur de nos jours...), calculateur et, surtout, odieusement cynique (ou férocement honnête c'est selon…). Mais il sait être tendre, d'une tendresse triste à l'évocation des jours à jamais révolus de la jeunesse espiègle, naïve et généreuse; ou lorsqu'il dresse le portrait de son père, jovial et bon vivant, d'un anticléricalisme sain, qui, diminué et amenuisé par la maladie, pris d'un remord de conscience, devient dévot sur le tard, “ancien de sa congrégation”, pour finalement s'éteindre dans la vacuité laissé par le départ de son pasteur bien-aimé. L'auteur narre aussi ses débuts dans la carrière d'écrivain, la découverte enthousiasmée du mouvement Dada et du surréalisme dont il faisait, spirituellement, partie, par delà l'Atlantique, tout en ignorant, semble-t-il, son existence. Il y professe sa grande admiration pour Dostoïevski, pour Elie Faure (auteur d'une monumentale histoire de l'art) et raconte la révélation que fut Bergson par la lecture de L'évolution créatrice.
Nous avons parlé de l'écrivain comme d'un écorché vif et cet opus reflète ce tempérament. Miller éructe en une prose bien cadencée, toute sa haine (son amour blessé? sa pudeur?), toute sa rage, son indignation en dézingant le rêve américain. Il pousse sa diatribe contre la bêtise humaine, la laideur d'une société américaine absurde et frénétique, prise d'un prurit de mouvement pour n'avoir pas à penser, cannibale, gangrenée par la violence. Sa prose est un ferment de folie, une apologie du rêve en réaction contre une civilisation sans surprise omnibulée d'une obsession délétère pour la perfection.
Impossible de passer sous silence le désagrément principal de cette oeuvre.
Parfois, le texte s'enlise dans des délires de descriptions surréalistes, des élucubrations (c'est un de ses mots préférés) vides de sens, déroutants; ça en devient lassant, ça en devient presque illisible, ça défie les limites de la patience et de la bonne volonté… plusieurs fois le livre failli me tomber des mains. Et puis, acharné(e) de la cause féministe, passez votre chemin ou souffrez l'ulcère qui poindra à la lecture des récits circonstanciés et complaisants des multiples exploits et performances sexuels d'un sacré chaud lapin. Pour être honnête, j'ai plus été captivé (ou moins été dérouté?) par la lecture de Tropique du Cancer.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
CatchMeCatchMe   29 juillet 2019
Au bout de quelque mois, je trônais, place du Soleil-Couchant, engageant et saquant que c’en était de la démence. Un véritable abattoir, à dieu ne plaise. Un pur non-sens, du haut en bas. Un gâchis d’hommes, de matériel, d’énergie. Une farce hideuse avec en toile de fond la sueur et la misère. Mais tout comme j’avais accepté de servir de mouche, j’acceptais d’engager, de saquer et tout le tremblement. Je disais oui à tout.

Je me conformais strictement à leurs instructions, mais de façon qu’ils le paient, et cher. Quand une grève éclatait, je me croisais les bras et j’attendais que çà passe. Mais j’avais commencé par veiller à ce qu’il leur en coûtât pas mal de gros sous. Le système entier était si pourri, si inhumain, si dégueulasse, si désespérément corrompu et compliqué qu’il eût fallu un génie pour y mettre deux sous d’ordre et de sens, sans parler de bonté ni de respect humain. Je m’en prenais à toute l’organisation américaine du travail, qui est pourri d’un bout à l’autre.
..
à prendre un individu isolé, à détailler ce qui le constituait, l’air qu’il respirait, la vie qu’il menait, les risques qu’il courait, tout devenait si dégoûtant et dégradant, si bas, si misérable, si profondément désespérant et loufoque, que c’était pis que de fourrer le nez dans un volcan.
C’était en panorama toute la vie américaine qui défilait.
..
Mais à le regarder de mon perchoir, cela vous avait un air de pourriture plus avancée que le plus véreux des fromages. L’étonnant était que la puanteur qui s’en dégageait ne les fît pas s’évanouir.
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simonfinfonsimonfinfon   09 novembre 2010
La seule façon que j'ai de décrire ce phénomène, c'est de dire que, quand elle était en chaleur et que ça la tracassait, Evelyne, elle, jouait les ventriloques avec son con.
Au moment précis ou on allait l'enfiler, voilà-t-il pas que cette espèce de mannequin qu'elle avit entre les jambes éclatait de fou rire.
En même temps, il venait a à votre rencontre, amicalement, et vous serrait la pince. Il savait chanter aussi, ce mannequin de con. En fait il avait tout de l'otarie savante.
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aubervilliersaubervilliers   04 novembre 2014
Un évènement, quand il se produit, prend place dans l'instant, mais il n'arrive qu'au terme d'un long cheminement. Ce que l'on en perçoit n'est que l'explosion, la seconde qui précède le jaillissement de l'étincelle. Mais tout se passe dans les règles — avec le plein consentement, l'engagement total du cosmos. Avant de pouvoir me lever, avant de pouvoir exploser, il fallait que a bombe qui devait me faire sauter fût préparée, amorcée dans les règles. Après avoir tout mis en ordre pour le plus grand profit de mes salauds de supérieurs, il me restait à être renversé de mon cheval de bataille, projeté de tous côtés comme une balle au pied, piétiné, écrabouillé, humilié, enchaîné, menotté, réduit à l'impuissance, comme une méduse échouée dans le sable.
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BabelBabel   16 octobre 2010
N' eussé-je été qu'un âne, rien qu'un pauvre bougre d'honnête homme prêt à se casser les couilles à tant la semaine, jamais on ne m'aurait offert les places qu'on m'offrait, ni tendu un cigare, ni emmené déjeuner, ni prêté de l'argent, comme cela m'arrivait souvent. Je devais avoir quelque chose en moi, à offrir, qu'on mettait peut-être sans le savoir au-dessus du cheval-vapeur ou des capacités techniques. Du diable si je savais moi-même ce que c'était, j'étais trop dénué d'orgueil, de vanité ou d'envie.
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gaillard1gaillard1   20 septembre 2010
Dès le commencement, je n'ai jamais connu que le chaos : un fluide dont j'étais enveloppé, que j'inhalais par les branchies. Dans le tréfonds, où la lune brillait, impassible et opaque, tout n'était que douceur lisse et fécondation ; plus haut, c'était la pagaille, la discorde. En toute chose, j'avais tôt fait de voir l'extrême opposé, la contradiction, et entre le réel et l'irréel, l'ironie, le paradoxe. J'étais mon pire ennemi.
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Vidéo de Henry Miller
Henry Miller : Le Colosse de Maroussi (Extraits) [France Culture / Le Feuilleton]. Série de cinq épisodes de l'émission “Fictions / Le Feuilleton”, diffusés sur France Culture du 29 février au 4 mars 2016. « En Grèce, on a envie de se baigner dans le ciel. » Henry Miller. © Photograph by Larry Colwell/Anthony Barboza/Getty. Traduction : Georges Belmont. Réalisation : Etienne Vallès. Conseillère littéraire Emmanuelle Chevrière. Texte dit par Olivier Claverie. Prise de son et mixage : Olivier Dupré. Assistance technique et montage : Nicolas Depas Graf, Clotilde Thomas. Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu. Production : Blandine Masson. “Le Colosse de Maroussi” d’Henry Miller est publié aux éditions Buchet-Chastel. « Ce n’est pas un hasard si ce pays a été de tous temps la terre des héros et des poètes, la terre où l’homme était l’égal des dieux et où les dieux eux-mêmes prenaient stature humaine. » (in “Le Colosse de Maroussi”) : portrait de la Grèce par l'écrivain américain Henry Miller. Henry Miller, célèbre écrivain américain, né en 1891, auteur entre autres de la trilogie “Plexus”, “Nexus”, “Sexus” et des “Tropiques”, écrit “Le Colosse de Maroussi” à la fin d'un voyage en Grèce qu'il fait en 1939, en quelque sorte ses premières vacances depuis plus de vingt ans, une parenthèse dans une vie jusque-là tumultueuse, scandée par de nombreuses ruptures et controverses. Le livre sera publié en 1941 et magnifiquement traduit en français par Georges Belmont en 1958. Miller le considérait à la fin de sa vie comme “son meilleur livre”. Il constitue, sur un mode autobiographique propre à l'auteur, la chronique d'une rencontre avec un pays, une nature et ses habitants. C'est sa réponse au “choc” qu'a constitué pour lui ce voyage. Cette découverte de la Grèce s'établit en contraste avec une Amérique honnie, qu'il avait quittée huit ans auparavant, et avec un exil français difficile, impécunieux, chaotique. Le texte se présente, au-delà du récit et de la chronique, comme un essai brillant, truculent et impertinent, contrasté dans ses thématiques, son style et son propos. Le voyage de Miller en Grèce est dû au hasard de l'invitation d'un de ses plus fidèles amis, Lawrence Durrell. Le choc, l'éblouissement que lui procurent la découverte de la Grèce constituent la trame constante du récit, qui alterne anecdotes, portraits, considérations philosophiques, digressions diverses. Il a été écrit, un peu à la manière d'un journal, pendant le séjour, entre 1939 et 1940, et terminé juste après, lors de son retour aux USA, à New-York, en 1940. “Le Colosse de Maroussi” est un des textes de Miller les plus empreints de métaphysique et de religiosité, mais ses développements sont à interpréter dans une acception poétique et dans une tonalité qui nous dresse avant toute chose “le portrait d'un pays”. Quelle que soit notre propre sensibilité, notre rapport à la métaphysique, à la religiosité ou au mysticisme, le bouleversement de l'écrivain devant ce qu'il voit ou ressent s'y découvre de manière explicite, directe, vivante, dans une intimité constante. C'est sa manière d'honorer tout un peuple et de nombreux personnages hauts en couleur, d'une humanité bouleversante (dont Séfériadès, alias Georges Séféris ou Katsimbalis, le Colosse) et, dans le même mouvement, de peindre la beauté de la nature ou celle des sites archéologiques. L'expérience de la Grèce constitue pour Miller, à 48 ans, un tournant profond dans sa carrière d'écrivain. 0:00 1) Le départ, Athènes 23:58 2) Corfou, Calami, Athènes 48:09 3) Séfériadès (Georges Séféris), Poros 1:12:07 4) Hydra, Nauplie, Epidaure 1:36:36 5) Le retour Source : France Culture
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