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ISBN : 2221114922
Éditeur : Robert Laffont (09/09/2015)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Docker non loin du pont de Brooklyn, Eddie protège jalousement Catherine, sa nièce de dix-huit ans. L'arrivée du cousin Rodolpho va perturber leur complicité déjà mise à mal par le désir d'émancipation de Catherine. Dans Je me souviens de deux lundis, qui suit Vu du pont dans ce volume, Bert travaille dans un entrepôt new-yorkais avec des collègues qui essaient, comme lui, de s'en sortir d'une façon ou d'une autre. Quel souvenir va-t-il leur laisser ?
Selon A... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Musardise
  14 juillet 2019
Écrite en 1955, la même année que Je me souviens de deux lundis, Vu du pont a connu une notoriété et une postérité bien plus reluisantes que sa comparse. Pour ma part, je préfère nettement la première.

L'intrigue prend place dans le quartier des docks, situés sous le pont de Brooklyn. Les conditions de travail des dockers , voilà un sujet qui a d'ailleurs marqué les années cinquante aux États-Unis, particulièrement au cinéma, et notamment avec Sur les quais de Kazan. Mais pour Miller, c'est surtout un milieu qui fait surgir une tragédie individuelle : celle d'Eddie, docker, immigré italien, marié avec Béatrice, élevant sa nièce Catherine et accueillant chez lui les cousins de sa femme, arrivés clandestinement aux États-Unis pour essayer de trouver du travail et ne plus crever de faim. Eddie nourrit une passion grandissante - et non partagée - pour sa nièce, devenue une jeune femme, passion qu'il ne s'avoue pas et à cause de laquelle il va piétiner tous ses principes moraux. Il va donc s'enliser volontairement dans un bourbier, se lancer dans une voie qu'il sait sans issue. La fin rappelle, plus que le reste de la pièce, les tragédies grecques, par le sursaut de volonté d'Eddie à retrouver son honneur perdu.

Pour ce qui est de la construction de la tragédie contemporaine, c'est très bien conçu, comme tout ce que j'ai pu lire de Miller en théâtre. Mon souci, c'est qu'Eddie ne m'a pas tellement intéressée, et il m'est difficile de comprendre pourquoi. Disons qu'à côté de Willy Loman, pour rester chez Miller, ou à côté d'Ajax, pour aller carrément du côté des héros grecs cherchant à recouvrer leur dignité, je trouve qu'il fait assez pâle figure. Non pas parce qu'il est un simple docker (Willy Loman est lui-même un simple commis voyageur), non pas parce qu'il est antipathique (si on veut s'en tenir à des personnages aimables, autant arrêter tout de suite de lire), et pas non plus parce que son obsession et son obstination relèveraient d'un manque de réalisme. J'ai la sensation qu'il manque d'épaisseur psychologique ; que, peut-être, Miller ne va pas assez loin pour que la tragédie prenne son plein essor.

J'ajoute que les personnages féminins sont étrangement ambivalents, Catherine n'ayant pas une attitude toujours très claire avec Eddie, Béatrice passant de l'amour et de la compréhension pour sa nièce à la haine abjecte. Ce qui ne me dérangerait pas si, d'une part, je n'avais pas déjà noté une forte note de misogynie dans Les sorcières de Salem, et si, d'autre part, les personnages masculins - hors Eddie - de Vu du pont montraient des caractéristiques équivalentes. Bon.

Dernière chose : même si l'utilisation d'un narrateur extérieur au drame est intéressante, j'ai trouvé la pièce moins novatrice que Mort d'un commis voyageur ou Je me souviens de deux lundis.

Challenge Théâtre 2018-2019
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michfred
  11 novembre 2015
Une tragédie chez les dockers italo-américains sur fond d'immigration clandestine et d'inceste inavoué.
Une tragédie grecque avec son choeur -un avocat, Alfieri, monté en grade à coup de droit et de plaidoiries, mais qui reste un personnage parmi les autre- , il a juste un peu plus de conscience et de recul, il voit arriver le drame, il en commente l'inexorable avancée.
Une tragédie grecque avec ses lois.

Celles de l'hospitalité qu'on ne peut violer sans perdre jusqu'à son nom : "Rends-moi mon nom!" , crie Eddie qui a vendu ses hôtes à la police de l'immigration et à qui l'on crache au visage comme à un paria.
Celles de l'honneur à la sicilienne, toujours vivaces, même dans cette grande ville nord-américaine où tous ces immigrés italiens brûlent pourtant de s'intégrer, et qui commandent la vendetta, l'omertà et le meurtre.
Celles du code pénal qui précisément interdisent le meurtre et recommandent la médiation de la parole...
Mais la parole justement est empêchée dans cette moderne tragédie: dans ce monde de rudes travailleurs, on ne peut se parler de rien. On n'a pas les mots pour le dire.Peut-être parce qu'à force d' errer entre deux mondes, entre deux pays, entre deux codes, on a perdu la langue de ses émotions...
On ne met pas de mots sur les maux.
Pas de mot sur le désir en panne entre Béatrice et Eddie. Pas de mots sur la passion dévorante d'Eddie pour Cathy, sa très jeune nièce, ce "bébé" qu'il a élevé et qui devient tellement femme. Pas de mots sur la gêne que ressent Eddie devant le beau Rodolfo, si blond, si tendre chanteur, si bon couturier, si fin cuisinier. Pas de mots sur l'atroce jalousie qui lui mord les tripes quand il voit ce" voyou" si peu viril mettre les mains sur la belle Cathy...
Alors comme on n'a pas les mots, on se défend avec les gestes: en soulevant une chaise d'une main, en boxant à la loyale puis à la sauvage, en dansant comme on se noie, en se déhanchant sur un standard de jazz, en chaloupant sur des talons trop hauts, en balançant une jupe trop courte....
Mais dans la tragédie, il n'y a que les personnages pour ne pas voir qu'on va droit dans le mur et que les gestes sans les mots ne peuvent arrêter le destin quand il est lancé comme un train dans un tunnel...
"Il avait les yeux comme des tunnels." dit maître Alfieri d'Eddie. Il y a lu, dès leur première entrevue, toute la noirceur aveugle de la passion.
Un tunnel, un train fou, un fil tendu, prêt à craquer..
Le spectateur de "Vu du pont" découvre ce grouillant microcosme passionnel quand se lève la boîte noire qui découvre la scène des ateliers Berthier.
Il est aussitôt pris à la gorge et saisi d'un sentiment d'urgence et de terreur qui va croissant. Pas de costumes, pas de décor, juste une cour, un seuil, des personnages qui tournent sur le plateau entouré de gradins. Encerclés, encagés, dominés et "vus du pont" les protagonistes se débattent sans espoir. On repose la pierre sur les insectes qui se déchirent dans un bain de sang. C'est la fin. Terrible.
On est presque soulagés de voir enfin se relâcher la pression sous un déluge de pluie sanglante.
Le texte limpide et fort d'Arthur Miller sort incroyablement rajeuni et vibrant de la fantastique mise en scène de Ivo van Hove.
les interprètes ne sont pas en reste: comédiens merveilleux de justesse et de présence: Charles Berling, Caroline Proust, Alain Fromager, Pauline Cheviller, , Laurent Papot, Nicolas Avinée, Pierre Berriau, Frédéric Borie.. Ils sont ovationnés. Ils le méritent. La pièce aussi.
Une formidable réussite qui m'a donné envie de relire le théâtre de Miller et de le revoir porté à la scène , avec autant d'intelligence et de force!
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Pachy
  21 février 2017
Il y a des pièces qui sont plus connues aujourd'hui que leurs auteurs. « Les sorcières de Salem »en est un très bon exemple. Certes Arthur Miller est un nom connu mais souvent isolé dans la mémoire collective.
C'est pourquoi il est toujours intéressant de faire découvrir, ou redécouvrir, certaines oeuvres de grands auteurs. Ces deux pièces datent de 1955 et dépeignent une époque qui, elle, est connue. Celle de Brooklyn et des bas quartiers.
« Vu du pont ». Ce pont, c'est celui de Brooklyn. La vue ce sont les docks et les déchargements de bateaux. C'est aussi l'histoire souterraine, l'immigration sicilienne massive, la corruption, la force du syndicat des dockers et le code d'honneur. Tout est là, sous nos yeux. Oui, sous nos yeux car nous n'avons aucune difficulté à nous représenter ce coin d'Amérique où la vie y est si dure. Pas mal de films ont déjà traité du sujet et du lieu.
On retiendra, au passage, que l'arrivée massive de migrants sur les rives d'un continent devenu un Eldorado, ne date pas d'hier.
C'est là que vivent Béatrice et Eddie, qui ont élevé Catherine, la fille, devenue orpheline, de Nancy la soeur de Béa. Arrivent, clandestinement, Marco et son frère, Rodolpho, les cousins de Béa, accueillis par Eddie et Béa, candidat à l'immigration et l'obtention de papiers de naturalisation. Rodolpho et Cathy, tombent amoureux, ce qui n'est pas du goût d'Eddie et projettent de se marier. Peut-être là, une façon pour Rodolpho de régulariser sa situation car ils ne sont autres que des travailleurs clandestins qui risquent l'arrestation et le renvoi vers l'Italie.
C'est à partir de là que tout va partir en vrille et que le code d'honneur va prendre du plomb dans les ailes ou encore, provoquer des situations et des actes au nom de ce code ; trahison, idée d'inceste tue mais qui couve…
L'ambiance est glauque comme le sont tous les récits qui parlent de cette époque près du pont de Brooklyn « C'est chacun pour sa peau et il faut sans cesse la défendre durement».
« Je me souviens de deux lundis », qui date de la même année, 1955, n'est pas plus réjouissante. Pauvreté, alcoolisme, peur du chômage seront, encore cette fois, les thèmes abordés, dans ce même lieu.
Cette fois, c'est un atelier, ou plus exactement un immense bâtiment de trois étages ou s'entassent les pièces détachées, fruits de récup. Là travaillent Bert, Kenneth, Larry, Raymond, Tom, Agnès… Mr Eagle en est le grand patron. Tous ont leur histoire, plus ou moins misérable. Tous se cherchent, s'invectivent mais tous se soutiennent.
Comment pourrait-il en être autrement dans ce cloaque ou la lumière ne rentre plus depuis ces dizaines d'années où les vitres n'ont jamais été nettoyées et la poussière qui n'a jamais été dérangée par un coup de balai ?
Encore une fois, on va se trouver immergé dans cette partie du Monde où il faisait tout sauf bon vivre.
Ces deux pièces auraient pu être réunies sous un nom unique « scène de vie à Brooklyn dans les années 50.
Arthur Miller n'était pas, et il le prouve ici, un grand auteur pour rien.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
PachyPachy   21 février 2017
"Ô Capitaine ! Mon Capitaine, l'horrible voyage est fini !
Notre navire a triomphé de tous les naufrages
Nous avons atteint le but..."

Il n'y a rien de plus beau que Walt Whitman !
(p.259)
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ScoutCurtisScoutCurtis   16 août 2016
Quand on n'a pas de femme on a des rêves.
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PachyPachy   21 février 2017
C'est pourtant un bon truc. Dans l'Ouest, chaque fois qu'il y avait un indien saoul, ils lui soufflaient dans les oreilles.
(p.250)
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Videos de Arthur Miller (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arthur Miller
En avril 2019, Luz plonge au c?ur de l'industrie du mensonge d'Hollywood ! The Misfits est l?un des films les plus emblématiques de l?histoire du cinéma. En 1960, il réunit Marylin Monroe, Clark Gable, Montgomery Clift, John Huston & Arthur Miller dans les déserts du Nevada. En s?emparant de ce mythe, Luz raconte l?envers du décor et livre un grand ouvrage sur la tragédie du mensonge.
« J?ai vu une vingtaine de fois The Misfits. L?obsession pour le film de John Huston de 1961 a crû en moi jusqu?à envahir des pages et des pages. Un vrai-faux western traversé en son sein par la tragédie du mensonge. Mais, si le mensonge trahit, aveugle ou dévore, il est parfois le seul moyen permettant à la réalité de se révéler. Malgré son tournage erratique ou sa relecture crépusculaire, The Misfits m?est apparu comme l?une des plus grande ?uvre cinématographique de vérité. Non pas de l?ordre du « cinéma-vérité », mais vers le désordre d?un « cinéma-vrai », reflet de la condition humaine de tous ses protagonistes. Jusqu?à la fabrication du mensonge même de l?industrie d?Hollywood. Au c?ur, aujourd?hui encore, de celui-ci : Marilyn. » Luz
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