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EAN : 9782360570812
270 pages
Éditeur : L'Asiathèque (15/02/2017)

Note moyenne : 4.23/5 (sur 11 notes)
Résumé :

Sur la passerelle reliant le bâtiment « Ai » (Amour) et le bâtiment « Hsin » (Confiance) du grand marché de Chunghua, à Taipei, un magicien exerce son art. Autour de lui, tout un monde s’active dans de petits métiers.

Le narrateur, qui a une dizaine d’années à cette époque-là, tient un stand de semelles en face de l’illusionniste. Comme ses camarades, il est fasciné par ses tours, dont certains dépassent la mystification habile du prestidigit... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
JustAWord
  15 mai 2021
« Raconter une histoire est comme faire de la prestidigitation » nous explique l'auteur taïwanais Wu Ming-yi dans son interview donnée au site Lettres de Taïwan en 2017. L'auteur des Les Lignes de navigation du sommeil et de L'Homme aux yeux à facettes aime tant mêler magie et histoire qu'il écrit en 2011 un recueil de nouvelles intitulé le Magicien sur la Passerelle et qui rassemble dix textes autour d'un endroit qu'il affectionne tout particulièrement : le marché de Chunghua à Taipei.
Ce marché, c'est un lieu d'enfance et de magie pour l'auteur puisqu'il va y vivre durant une partie de son enfance et qu'il va en faire par la suite l'un des éléments centraux de son oeuvre. Elément central que l'on retrouve également dans le roman Les Lignes de navigation du sommeil publié en 2007.
Symbole de la modernité Taïwanaise lors de sa construction en 1961 avant d'être rasé trente ans plus tard pour donner à Taipei un nouveau visage, le marché de Chunghua est un ensemble de tours et de bâtiments reliés par des passerelles. Lieu d'échanges et de partages, le marché devient vite un symbole dans l'esprit de l'écrivain, s'imposant à la fois comme le carrefour de ses souvenirs d'enfance mais aussi comme une certaine vision du Taïwan d'antan à la fois dur et tendre, magique et humain.
Le Magicien sur la Passerrelle synthétise cette obsession et se prend au jeu du fix-up de nouvelles. Les dix histoires qui sont réunis ici ont tous deux points communs : le marché de Chunghua et le fameux magicien sur la passerelle.
Tout commence avec un enfant vendeur de semelles qui rencontre un mystérieux magicien sur la passerelle reliant les bâtiments Ai et Hsin.
Ce magicien va devenir pour notre jeune narrateur une source de fascination, tiraillé entre imposture et prodige. le magicien, jamais nommé, accomplit quelques tours de qualité inégale, allant du plus simpliste au plus incroyable. Il devient rapidement le centre de l'attention pour les gamins du coin et c'est certainement pour cette raison que les neuf textes qui suivent vont s'attacher à recueillir les histoires de ceux et celles qui l'ont croisé. de vendeur de semelles à la sauvette en graine de journaliste, le narrateur tente d'assembler les souvenirs des uns et des autres pour capturer des fragments mémoriels autour du fameux magicien. Sauf que voilà, l'objectif du Wu Ming-yi n'est pas tant de dresser le portrait d'un homme que d'en esquisser une silhouette fuyante et fluctuante glissant entre les mains du lecteur tandis que le véritable protagoniste du recueil se fait jour : le marché de Chunghua.
Derrière l'excuse du magicien, l'auteur taïwanais accomplit un travail de mémoire, défrichant ce qu'il reste de ses souvenirs et brodant aux contours pour édifier des histoires aussi réalistes et artificielles que les maquettes d'A-k'a dans La Lumière est comme l'eau. À travers les nouvelles du recueil, toutes reliées par ce fil-conducteur en forme de magicien, le lecteur voit se dessiner un univers vibrant et vivant, celui du marché de Chunghua avec ses vies insignifiantes et ses drames, ses peines dissimulées et ses joies soudaines.
On y croise des gamins qui disparaissent et réapparaissent, des zèbres et des devins, des poissons de papier et des étudiants en costume d'éléphants. Ce qui préoccupe Wu Ming-yi, c'est de reconstruire par petites touches le monde de son enfance, un monde qui lui file entre les mains et qui, avec la destruction du marché, semble condamner à l'oubli.
L'enfance devient ainsi l'un des thèmes centraux du Magicien sur la Passerelle puisque la plupart des témoins sont des gamins ou, plutôt, des « vieux » qui se souviennent de leur vie de gamin au coeur du marché.
C'est l'occasion ici de rappeler l'innocence de l'enfance, l'émerveillement devant les tours de passe-passe et la construction de mystères à partir de rumeurs et de disparitions.
À cette recherche d'une enfance fanée, Wu Ming-yi adjoint un certain réalisme magique où le lecteur se confronte à des évènements qui ne peuvent vraiment s'expliquer. de cet ascenseur improbable dans les toilettes du 99ème étage au poisson translucide de Teresa dans le Poisson rouge de Teresa en passant par les statues dans de quoi se souviennent les lions de Pierre, le fix-up infiltre des évènements surnaturels en les entremêlant discrètement avec des souvenirs à trous. Avec une immense tendresse, Wu Ming-yi offre une galerie de personnages attachants en quête d'eux-mêmes et de leur histoire commune, une galerie de personnages qui, mis bout à bout, dessine le portrait d'un lieu chargé d'histoires et d'un pays pluriethniques. Bien sûr, ces histoires ne seront pas que magiques, elle seront aussi cruellement humaines.
On s'y souvient du suicide, de la mort tragique, de l'incendie, de la prostitution, de la désillusion. de plein de choses en somme qui rappellent constamment au lecteur que le monde réel guette aux abords de ce marché aux allures surréels.
La talent véritable de Wu Ming-yi se terre peut-être là, dans les interstices, quelque part entre la magie qui hante ses histoires, ce magicien que l'on ne cerne jamais vraiment et ces enfants qui vivent et se rappellent. Parfois, on oublie même carrément la magie pour raconter un fragment d'histoire qui semble ne rien à voir avec cette enquête-prétexte. Il reste toujours le talent d'écriture de Wu Ming-yi magnifiquement servi par la traduction impeccable de Gwennaël Gaffric, et qui nous dépayse totalement l'espace de dix histoires. En reconstituant avec méticulosité le passé et en lui faisant cracher ses plus beaux instants naïfs et innocents, l'auteur Taïwanais exorcise ses vieux démons, tente de mettre sur la table ce qui lui reste d'un endroit emblématique de son enfance, comme on essayerait de le faire en ouvrant un vieil album photo noirci. Sauf qu'à la place des images, Wu Ming-yi utilise des mots et des souvenirs qui deviennent autant d'histoires où les lacunes deviennent des lieux d'expérimentation, des endroits étranges où la mémoire comble le vide par des évènements qui, autrement, ne tiendraient pas debout.
On y voit ainsi un zèbre sortir des toilettes ou un enfant ranimer un oiseau mort l'espace de quelques secondes. le Magicien sur la Passerelle adopte la forme d'une clé patiemment taillée par son auteur pour ouvrir la serrure de son enfance, une clé universelle qui nous renvoie dans le passé avec un goût de mélancolie dans la bouche et de joie dans le coeur.
Magnifique travail de mémoire, expérimentation magique qui confine au réel, le Magicien sur la passerelle se dresse aux confins des genres et enchante le lecteur par sa poésie et sa beauté désuète. Wu Ming-yi nous offre un voyage dépaysant, doux-amer et où tout reste encore possible. Un voyage dans une mémoire qui ne meurt jamais et qui, au fil du temps, transforme les souvenirs en histoires.
Lien : https://justaword.fr/le-magi..
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Nuageuse
  28 avril 2020
Merci à Fuyating pour sa liste qui m'a permis de découvrir le magicien sur la passerelle.
Cette oeuvre est un recueil de nouvelles qui ont toutes un lien : les personnages habitent aux alentours d'un marché sur lequel est présent un magicien.
Les nouvelles remontent le temps des souvenirs d'enfance pour se confondre au temps présent de la narration. Certains personnages parleront du magicien, de ce qu'il leur a apporté tandis que, pour d'autres, il sera juste une apparition fugace.
Beaucoup de poésie se dégage malgré des fins tragiques.
Ma préférée reste "De quoi se souviennent les lions de pierre ?": je ne verrai plus les serrures de la même manière, ni les clefs d'ailleurs.
Un livre qui m'a mis plein d'étoiles dans les yeux par sa magie et sa poésie envoûtante. Qu'il est bon de rêver à la magie!
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Fuyating
  19 mai 2018
Wu Ming-yi nous plonge dans un univers envoûtant avec "Le magicien sur la passerelle". Les portraits que l'auteur nous brosse sont très vivants, le tout saupoudré d'une touche de réalisme magique. Les personnages habitant le marché sont d'origine très variée (des Taiwanais, des aborigènes ou des gens ayant quitté le continent par exemple) à l'image de la diversité de la société taiwanaise.
Nous suivons les personnages au coeur du grand marché Chunghua, grouillant de vie. Nous visualisons très bien les lieux, sentons les odeurs et découvrons des saveurs. Ce marché, composé de nombreux immeubles, a été par la suite démolli, mais il était à cette époque un nerf central de Taipei et a beaucoup marqué l'enfance de l'auteur. Nous y décelons d'ailleurs une nostalgie très touchante de ce qui a été et qui n'est plus.
Ce livre est un recueil de nouvelles, mais ayant toutes des liens les unes avec les autres, le magicien sur la passerelle que les personnages de chaque nouvelle aperçoivent étant le fil conducteur. Nous découvrons, à travers les récits, différents corps de métier, la vie des gens "du peuple" et surtout les relations qui se tissent entre les gens, parfois compliquées, mais toujours essentielles dans cette vie où règne l'entraide.
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YvPol
  16 mars 2017
Dans ce recueil de nouvelles, Wu Ming-yi convoque les amis d'un narrateur, qui lorsqu'il était petit garçon, fréquentait le marché de Chunghua : il y vendait des lacets sur la passerelle, à côté d'un magicien. C'est ce magicien qui a marqué tous les enfants du quartier que tous les enfants de l'époque, devenus adultes sont censés évoquer. le marché renaît alors dans les esprits de tous, comme cet espace dans lequel ils ont grandi, aimé, se sont bagarré, ont rigolé, chapardé, ont appris la vie.
Première remarque, le livre est beau, couverture étonnante et originale, celle qui est sous vos yeux (un zèbre dans un escalier), mais aussi les deuxième et troisième de couverture qui sont un dessin du marché, effectué par l'auteur. Ensuite, eh bien, on retrouve dans ce livre tout le charme de la littérature chinoise : la nourriture, les us différents des nôtres, les nombreuses images provoquées par l'écriture, les paraboles, ... Tout cela pourrait être un récit d'enfance occidental, mais il y a ici une touche asiatique très présente. Elle se trouve sans doute dans la manière de décrire les personnages, moins physique que liée à leurs habitudes de vie, dans celle de décrire leurs faits et gestes toujours symboliques et dans les rapports des gens entre eux. Je manque de précision dans mon analyse, car c'est affaire de sensations, difficilement explicables.
J'aime bien l'idée de nous présenter d'abord le magicien au travers des yeux d'un garçon, puis de convoquer son souvenir par les enfants qui l'ont admiré, mais vingt ans plus tard lorsqu'ils sont adultes. le récit devient nostalgique, parfois drôle, poignant, triste, mélancolique, fantastique. Tous les personnages ne parlent pas du magicien, mais tous parlent du marché, détruit entre temps. C'est dans ce lieu qu'ils ont grandi en petits citadins. C'est très bien fait. Les neuf nouvelles plus la dernière dans laquelle l'auteur explique comment il est parvenu à cette idée et à cette construction, se suivent, se mêlent... Certains personnages importants dans l'une deviennent une simple silhouette dans une autre, ils peuvent n'être qu'évoqués. C'est beau, c'est simple, fluide, et l'on a presque la sensation d'être dans un roman à diverses entrées. C'est un livre à l'écriture moderne, très fluide et agréable qui bénéficie d'une très belle traduction -autant que je puisse en juger, j'ai fait allemand seconde langue et pas chinois- qui rend cette lecture particulièrement plaisante.
Très beau travail de la maison d'édition L'asiathèque que j'ai découverte l'an dernier à l'occasion de l'année de la Corée. Wu Ming-yi est né à Taiwan. Il est professeur de lettres et auteur de plusieurs livres dont deux romans traduits en français (Les lignes de navigation du sommeil, You Feng, 2013, et L'Homme aux yeux à facettes, Stock, 2014). Un auteur à découvrir qui a des choses à dire et qui les écrit joliment. Commencez par ce recueil de nouvelles, pour vous faire une idée.
Lien : http://www.lyvres.fr/
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casscrouton
  29 mai 2017
Le magicien sur la passerelle est une sorte de roman sous forme de nouvelles tout à fait captivant !
J'aimerais commencer en affirmant que la couverture est sublime (et en plus, j'adore la matière). C'est une couverture intrigante et l'on se demande sa signification jusqu'à la toute fin du livre.
Le magicien sur la passerelle commence avec la nouvelle éponyme. Elle nous présente cette fameuse et fascinante figure du magicien qui sera l'élément phare de tous les récits.
Le magicien sur la passerelle est en effet une sorte de roman présenté sous la forme d'un recueil de nouvelles. Toutes les nouvelles apparaissent comme des chapitres qui nous font avancer d'un point à l'autre. Toutes ces nouvelles sont des témoignages que le narrateur, qui cherche à en savoir plus sur le magicien, recueille. Elles gravitent toute autour du marché de Taiwan, divisé en huit bâtiments : Chung, Hsiao, Jen, Ai, Hsin, Yi, Ho et P'ing.
Une poignée d'habitants du marché, anciens camarades du narrateur, racontent donc leurs souvenirs avec un personnage récurrent, celui du magicien. On se rend rapidement compte que celui-ci a laissé un souvenir impérissable à chacun et que personne n'a jamais réussi à percer le mystère qui l'entoure. J'ai aimé constater que le magicien a eu une influence sur la vie de chacun, d'une manière ou d'une autre. Toutes les histoires des différents narrateurs sont auréolées d'un peu de fantastique et de mystère à chacune des apparitions du magicien, et cela m'a paru fascinant.
J'ai adoré la structure du livre. En effet, grâce à ce mouvement de narration, on ressent une continuité entre chaque nouvelle, chaque témoignage, qui pourraient pourtant toutes se lire de manière distincte. Au fur et à mesure des récits recueillis par le narrateur, on en apprend de plus en plus sur les personnages qui apparaissent et disparaissent, comme le magicien forcément, mais aussi le devin par exemple.
Toutes les nouvelles sont présentées sur le mode « Tu te souviens… » et j'ai adoré ça puisque la figure du narrateur et celle du lecteur se télescopent en quelque sorte en tant que récepteur de témoignage. On a donc un sentiment d'intimité très puissant, avec cette sensation d'être réellement engagé dans l'histoire. C'est très agréable !
En définitive, commencer la lecture du Magicien sur la passerelle, c'est être prêt à vivre un moment absolument extraordinaire et fascinant, dépaysant. Ouvrir ce livre, c'est entrer dans un monde enchanté et envoûtant, et vivre un moment fabuleux. Je recommande vivement cette lecture !
Lien : http://www.casscrouton.fr/ma..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   15 mai 2021
Ce qui m’intéresse, c’est de fabriquer des clefs, pas des serrures. Pourtant, tu le sais, dans ce monde, il y a beaucoup de choses que les clefs ne peuvent pas ouvrir. Mais je crois depuis toujours que lorsqu’on fabrique une clef on finit tôt ou tard par trouver ma serrure qu’elle permet d’ouvrir.
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JustAWordJustAWord   13 mai 2021
Les histoires ne sont jamais tout à fait des souvenirs, les souvenirs sont des objets fragiles qu'il nous faut aimer et protéger, mais pas les histoires. Les histoires, elles sont en argile, elles naissent là où les souvenirs ne poussent pas ; quand une histoire est finie, on passe à la suivante, c'est l'histoire qui détermine comment doit la raconter celui qui la raconte. Alors que pour les souvenirs il suffit de faire attention à la manière dont ils sont stockés, ils n'ont pas besoin d'être racontés. C'est seulement quand l'oubli s'entremêle avec la mémoire que les souvenirs méritent de devenir des histoires.
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JustAWordJustAWord   15 mai 2021
La frimousse innocente d’un enfant est l’un de ces mensonges concoctés par la vie pour donner le courage de survivre.
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JustAWordJustAWord   08 mai 2021
Il y a un temps où je me disais que les choses tangibles, étaient des illusions. La table serait une illusion, le lit serait une illusion, même toucher tes seins, ou s'appuyer contre un arbre seraient des illusions. Tandis que ce que nous créions dans notre esprit était ce qui était réel, comme ces douleurs qui semblent nous traverser telles des flèches ou ces souvenirs brûlants qui nous reviennent parfois en mémoire.
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NuageuseNuageuse   28 avril 2020
"Une clef a des sentiments, plus elle ouvre, mieux elle se conforme à la serrure." Toutes les clefs que je métamorphosais n'avaient jamais servi, c'étaient des clefs "vertes", mais dès que les clefs ouvraient une serrure avec une grande facilité, on disait qu'elles devenaient des clefs "mûres".
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