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Critiques sur La Vallée (49)
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nameless
  24 mai 2020
Oui. Mais non. Lorsque Bernard Minier a fait son apparition dans le paysage littéraire, j'ai apprécié sa trajectoire personnelle, son ton, son style, sa singularité, son flic sympathique, son amour des Pyrénées, surtout cet amour de la montagne que je partage avec lui. J'ai lu avec plaisir les premier, second, troisième tomes des aventures de Martin Servaz ; j'ai adoré le quatrième, celui qui se déroule outre-atlantique – le plus original selon mes critères -, puis j'ai calé complet sur le cinquième que j'ai considéré comme la resucée de trop d'une même histoire éternellement touillée et diluée. Et puis là, je ne sais pas si c'est un effet du confinement, j'ai eu envie de prendre un bol d'air dans les Pyrénées avec La vallée et de découvrir comment Martin Servaz a évolué depuis ma rupture. Bon... Il est toujours gentil le Martin, il est désormais famille monoparentale, et suspendu de ses fonctions en attendant un conseil de discipline, il n'a toujours pas oublié Marianne disparue depuis des années. Ah ben tiens, justement Marianne, c'est bien elle au téléphone qui l'appelle au secours ? Et hop, en deux temps et trois mouvements, Martin enfile ses pataugas, fonce sur ses traces et se retrouve retenu dans un village isolé par un éboulement.


Oui. Mais non. Grosse déception ! On prend les mêmes, on recommence et on fait du neuf avec du vieux, en laissant soigneusement les portes entrebaillées pour un énième recyclage des personnages dans un opus ultérieur. On rappelle toutes les 10 pages une anecdote d'un roman précédent, dont le titre et l'éditeur sont scrupuleusement notés en bas de page, il ne manque que le prix. On utilise ici ou là quelques mots compliqués pour faire genre documenté : paraphilie, pygmalionisme, hiérophilie ou dermatoglyphe, dont on peut trouver les définitions sur wikipedia. On dit tétranitrate de pentaérythritol au lieu d'explosif ou sclérose latérale amyotrophique au lieu de Maladie de Charcot. Mais ce vernis très superficiel ne masque pas les truismes tels que «une route inondée de soleil » ou « des cimes tutoyant l'azur » on encore l'excellent «une voix aussi coupante qu'un couteau entrant dans du beurre» qui marquent la faiblesse du style. Mais ce qui m'agace le plus, ce sont les phrases en italiques, cette manière de prendre le lecteur pour un crétin en soulignant en rouge ce qui est important comme par exemple : « Cette femme lui faisait penser à un reptile ou à un squale : un animal à sang froid », ou « le gnou a beau fuir devant le danger, espérer une vie paisible à brouter son herbe, un jour ou l'autre le léopard le rattrape »... Pour ne pas accabler un auteur en qui j'ai placé beaucoup d'espoir et à qui j'ai accordé, à tort, ma confiance, je n'insiste pas sur les lieux communs habituels sur le bien et le mal, ou sur Dieu contre Satan, ou encore sur ses réflexions simplistes et démagogiques sur l'évolution de notre société.


Pourtant, tout était en place pour que ma première randonnée post-confinement soit vivifiante : il y avait la montagne, il y avait un monastère, il y avait un village coupé du monde, il y avait des meurtres. Tous ces éléments auraient pu donner un excellent roman, moi aussi j'avais chaussé mes pataugas et retiré mon masque.
Oui. Mais non !
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ODP31
  19 juin 2020
Il n'y a pas que des ours dans les Pyrénées. Il y a aussi une invasion de tueurs en série.
Pendant que Baloo et ses copines slovènes confondent troupeaux de brebis et bars à tapas sous l'oeil attendri des bisounours, Bernard Minier décime dans ses romans les aborigènes pyrénéens en introduisant un nombre incalculable de psychopathes passablement chafouins.
Depuis « glacé », Martin Servaz, son brave flic éprouvé par la vie, se charge de les pister. Servaz, c'est du miel à assassins. Vous l'envoyez dans n'importe quel patelin paumé qui n'a pas connu d'homicide depuis la période cathare et c'est l'hécatombe. Il traverse un village comptant moins de 10 âmes et vous pouvez déjà prévoir quelques vols pour l'au-delà. Il peut vous transformer la Belle des champs en maîtresse sadomasochiste, un chercheur de champignon nonagénaire en empoisonneur sadique, un éleveur de brebis en pédophile et un chasseur de sanglier du dimanche en sniper surentraîné. Chez lui, la famille Ingalls court dans les herbes hautes et se transforme en secte sataniste dès le tomber du jour. Même les foetus sont suspects.
Je suis un brin moqueur et pourtant j'ai lu tous les romans de la série sans y être forcé ou payé. En fait, cette lecture, c'est un peu comme une réunion de famille. On est content de revoir tout le monde une fois par an mais on ne peut pas s'empêcher de raconter toujours les mêmes histoires et de lancer des commentaires désagréables pendant le trajet de retour. Je pourrai mentir et dire que mon assiduité s'explique par la qualité du style - comment dit-on déjà quand il n'y en pas ? ah oui - sec et ciselé, ou que c'est en raison des intrigues haletantes, mais l'issue est à peu près toujours la même. L'humour ? Il est si bien caché que je le cherche encore dans la forêt. Je n'irai pas jusqu'à oser mettre en avant les digressions caricaturales sur le mal être de la police, les dangers des réseaux sociaux ou le malaise général de la société, qui semblent puisées dans des brèves de comptoir. Non, je crois que je lis surtout ces romans par chauvinisme parce qu'ils se passent par chez moi (mon piteux pseudo de cibiste est révélateur de ce petit défaut) et que je me suis attaché aux personnages.
Cet opus est un huis clos au grand air qui multiplie les références aux précédentes enquêtes, ce qui flatte les habitués mais peut dérouter des lecteurs de passage.
Pour isoler une vallée montagneuse du reste du monde, rien de mieux qu'une explosion pour ensevelir la seule route qui permet d'y accéder. Servaz est coincé sur place car il a reçu un appel au secours de Marianne, mère de son fils, compagne disparue et kidnappée à répétition. Parti à sa recherche dans une vallée de montagne, il doit faire face à plusieurs crimes ritualisés. Marques de fabrique chez Bernard Minier, les scènes de crimes sont des tableaux horrifiques digne de Jérôme Bosch, qui laissent plus de souvenirs que les scénarios de ses romans. Entre un monastère isolé, une forêt dense et sauvage, une petite commune où la révolte populaire gronde et le retour d'Irène Ziegler, gendarmette du premier tome de la série, pâle copie de Lisbeth Salander, l'écosystème est favorable aux randonnées meurtrières.
Voyage en terrain connu, la corde de la série est de plus en plus effilochée et l'histoire s'use avec un héros qui semble aussi fatigué par ses enquêtes que le lecteur.
Malgré tout, le roman se laisse lire sans déplaisir, le rythme est adapté à l'intrigue, les personnages féminins sont davantage travaillés et dominent les débats de façon intéressante. L'idée d'isoler toute une vallée pendant l'enquête permet aussi de décortiquer les rouages du soupçon en milieu confiné.
J'ai avalé la vallée comme une glace à l'eau du robinet ! C'est frais mais cela manque de saveur.

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coquinnette1974
  09 juin 2020
Je suis les aventures de Martin Servaz depuis de nombreuses années, et c'est toujours pour moi un immense plaisir de découvrir un nouveau Bernard Minier. D'ailleurs, je me le suis offert le jour de sa sortie même si j'ai attendu mes vacances pour le dévorer.
Cette nouvelle enquête intitulée La vallée commence avec un appel au secours au milieu de la nuit...
Conséquences : Une vallée coupée du monde.
Ajoutez à cela : Une abbaye pleine de secrets ; Une forêt mystérieuse ; Une série de meurtres épouvantables. ; Une population terrifiée qui veut se faire justice ; Un corbeau qui accuse ; Une communauté au bord du chaos....
Secouez le tout et vous frissonnez avec Martin Servaz, qui se demande bien où il a mit les pieds...
La vallée nous permet de retrouver des personnages chers à l'auteur (mais je ne vous dirais pas qui, pour ne pas spoiler).
Âmes sensibles s'abstenir car c'est un roman violent, certaines scènes sont vraiment très fortes.
Il y a beaucoup de surprises, énormément de suspense, des fausses pistes, des personnages forts et une histoire machiavélique.
En résumé, La vallée est un très bon Bernard Minier et il ne m'a pas du tout déçu avec ce nouvel opus.
Une seule chose à rajouter : Lisez-le !!!
Ma note : un énorme cinq étoiles
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Eroblin
  04 juin 2020
Martin Servaz ne s'est jamais remis de l'enlèvement, de la séquestration et de la disparition de Marianne, la mère de son jeune fils. Aussi quand elle l'appelle une nuit, prétendant s'être enfin libérée de ceux qui la détenaient, Martin fonce dans les Pyrénées pour la retrouver. Mais aucune trace d'elle quand il arrive. Par contre, il retrouve Irène Ziegler (vue pour la première fois dans « Glacée ») qui enquête sur deux meurtres horribles, deux hommes assassinés et mutilés de la manière la plus abjecte possible. Martin ne devrait pas s'attarder, mais il ne peut s'empêcher de penser que Marianne est là quelque part et qu'elle a peut-être un lien avec ces meurtres. Puis il ne peut plus partir car la commune est bientôt coupée du monde après un éboulement suspect… Martin, Irène, les habitants comprennent que le Mal est à l'oeuvre et que bientôt d'autres paieront.
Comme première lecture de déconfinement, je n'ai pas choisi la légèreté ! Des meurtres épouvantables, des victimes peu recommandables, une psychiatre manipulatrice et inquiétante, des habitants prêts à lyncher le premier suspect possible, des forces de l'ordre qui tâtonnent à la recherche d'un coupable et un Martin Servaz fragile, voilà les ingrédients de ce roman qui se lit fébrilement. Pour l'apprécier, je pense qu'il faut tout de même avoir lu les précédents livres de l'auteur car on trouve de nombreuses références aux enquêtes de Servaz.
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gruz
  20 mai 2020
Bernard Minier creuse son sillon depuis dix ans maintenant, une carrière exemplaire. Cet « anniversaire » méritait bien qu'il fasse exploser une montagne pour créer un immense huis clos à ciel ouvert.

Une vallée encaissée, dans les Pyrénées, en partie coupée du monde, terrain d'une série de meurtres horriblement mis en scène. Et le capitaine (ex commandant) Martin Servaz qui mène l'investigation (mais pas seul).

Sixième enquête de Servaz, dans une situation particulière (il est suspendu, voir épisodes précédents).

Suspendu également, le lecteur, à la formidable plume de Minier. La vallée est le genre de lecture littéralement avalée. 520 pages bourrées jusqu'à la moelle d'actions, de rebondissements, d'émotions et de violence. Aucun moment de répit, l'air pur des Pyrénées ne suffit pas à oxygéner une atmosphère asphyxiante, saturée de tensions.

L'écrivain maîtrise à la perfection l'art du thriller, ce n'est pas nouveau. Tout comme l'art de créer une ambiance, de parler du monde actuel, et de dépeindre graphiquement cette violence, par la grâce d'une écriture enlevée et rythmée.

Ce nouveau roman peut aussi se voir comme un joli cadeau à ses fans de la première heure. Ils comprendront, tout coule de source. Mais les autres ne seront pas dépaysés, et auront ensuite une envie folle de se précipiter sur le passé de Servaz.

Voilà une intrigue qui va toucher le flic au coeur, par son passé et à travers ses valeurs, car un bon roman noir ne peut se priver d'une large palette d'émotions. Sa vie est déjà chamboulée, et ça ne va guère s'améliorer pour lui…

A l'image d'une société qui se cherche, en perte de confiance et en perte de valeurs. Dans un tel contexte, la situation confinée au grand air devient vite volcanique (le roman a été en partie écrit durant la période « Gilets jaunes » et ça se ressent parfois).

Après le face-à-face ahurissant qui clôturait le roman Nuit, entre Servaz et Julian Hirtmann, le Mal et la violence ont cette fois-ci de multiples visages. Certains inédits, d'autres plus familiers. Mais le Bien aussi, en balance, Bernard Minier faisant preuve d'autant de générosité que de noirceur.

Sa profonde humanité passe par ses personnages, du genre auxquels on s'attache, de ceux dont on se souvient. Et qui évoluent, changent, se questionnent.

Un livre de Minier ne fait pas que se lire, il se vit. Celui-ci autant que les autres, peut-être même avec une plus grande urgence (due au rythme soutenu de l'intrigue). le lecteur ressent, et donc participe. Et ce qu'il éprouve (et parfois endure) ne peut que le remuer et le perturber.

Après un formidable roman visionnaire, M le bord de l'abîme, Bernard Minier revient à une forme plus traditionnelle de thriller. Qu'il maîtrise à la perfection. Car il a compris que la pire des noirceurs doit aussi être contrebalancée par la lumière.

Oui, en matière de thriller, La vallée est un modèle du genre. Impossible à lâcher, diablement addictif, et furieusement humain.
Lien : https://gruznamur.com/2020/0..
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Killing79
  06 juin 2020
Il n'est plus besoin de présenter Bernard Minier. En moins de dix ans, il est devenu un baron du thriller français de par savoir-faire et sa régularité. Après un petit détour exotique à Hong Kong avec son précédent livre, il revient aux fondamentaux avec une nouvelle enquête de Martin Servaz.

Dès les premières pages, on sent la maîtrise qu'a acquise l'auteur au fil de ses livres. Tout est sous contrôle et la mécanique est parfaitement huilée. Avec des chapitres courts naviguant entre les personnages, il insuffle un rythme entraînant à son aventure. Les investigations partent dans tous les sens sans jamais nous perdre. Emporté dans cette machine, on ne peut plus s'arrêter avant de connaître le dénouement de scénario passionnant.

La réussite du récit s'appuie une nouvelle fois sur son héros charismatique. Celui-ci se dessine au fil des épisodes. Même s'il est loin d'être parfait, le lecteur s'attache à ce flic torturé. Avec ses failles, on entre en empathie avec son côté humain. Il est d'ailleurs préférable d'avoir lu les premiers opus, afin de profiter au mieux de son évolution.

Bernard Minier a aussi fourni un travail de fonds important pour étoffer son histoire. En toile de fonds de ces intrigues, il aborde des thèmes importants du monde d'aujourd'hui. Il ne recherche pas uniquement l'efficacité mais veut aussi mettre le doigt sur les défaillances de nos systèmes actuels. Sans jamais être moralisateur, il donne une portée sociétale à son roman.

Avec « La vallée », l'écrivain revient avec une aventure complète, aussi exaltante que consistante. Savant mélange d'action, de suspense et de réflexion, cet immense huis clos est un page-turner implacable, que vous dévorerez de manière frénétique. Bernard Minier confirme qu'il est une valeur sûre du thriller. Heureusement, le succès est au rendez-vous pour lui. S'il continue avec le même talent et le même professionnalisme, cela n'est pas près de s'arrêter. Pour notre plus grand plaisir !
Lien : http://leslivresdek79.com/20..
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audelagandre
  21 mai 2020
Après cette période de confinement et d'arrêt de toute publication littéraire, le premier à se jeter dans l'arène est Bernard Minier avec son huitième roman, « La Vallée ». Depuis plusieurs jours, j'entends la polémique enfler : pourquoi ne parler que des gros auteurs (comprenez ceux qui vendent), il faudrait aussi parler des petits, des « inconnus », de ceux qui vendent moins. C'est vrai. Et c'est que nous, blogueurs, essayons de faire toute l'année. Aujourd'hui, 20 mai 2020, il n'y a qu'un seul objectif : faire revenir les lecteurs en librairie. Pour éditer des auteurs moins connus, et trouver des fonds pour le faire, il faut que les têtes d'affiche de chaque maison d'édition vendent. Bernard Minier est une tête d'affiche qui vend. Pourquoi ? Parce que ses romans sont solides et addictifs (oui, j'ose un mot qui se termine en -if), des pages-turner (on ne me musellera pas), et qu'ils sont impossibles à lâcher (v'lan je t'en remets une petite couche). Bref, il y a de la place pour tout le monde, retournez en librairie, choisissez, achetez et faites-vous plaisir. Ce que j'ai personnellement eu en lisant « La Vallée ».

Premier roman post-confinement qui parle de confinement. Stop, on ne part pas en courant, il ne s'agit pas ici du journal d'un confiné (attendez l'année prochaine pour ça). Il s'agit d'un village confiné, au coeur des Pyrénées, isolé du reste du monde par un éboulement d'une partie de la montagne. Une population captive, inquiète et ébranlée par la présence d'un tueur en série bien plus inventif en matière de mise en scène que le fût Julian Hirtmann. (Bernard Minier s'en est donné à coeur joie, vous allez en prendre plein les yeux et ces scènes risquent de revenir hanter vos nuits…) le lecteur retrouve Martin Servaz, le flic emblématique, pièce maîtresse de la bibliographie de Bernard Minier. Présent dans les huit tomes, c'est à cause d'un appel de Marianne que Servaz prend le chemin de ce petit village niché au coeur des montagnes. Inoubliable Marianne, seule femme capable de provoquer une « (…) magnitude 7 sur l'échelle de Servaz », un fantôme ressurgi des limbes de sa mémoire.

Au fil des pages de « la Vallée », l'écrivain a semé de petits cailloux blancs symbolisant autant de souvenirs des anciens tomes. C'est grâce à eux que nous, lecteurs, nous souvenons avec nostalgie des épreuves traversées, mais c'est au moyen de ces réminiscences que l'on peut appréhender l'épaisseur indéniable prise par le personnage principal. Certes, il est toujours debout, un peu amoché, un écorché de la vie, mais les épreuves auxquelles il a du faire face l'ont rendu plus psychologue, plus réfléchi, plus pondéré. Désavoué par sa hiérarchie, en attente de son conseil de discipline, Martin Servaz est désormais père d'un petit Gustav, et compagnon de Léa. L'évolution de son personnage lui a, d'une certaine façon, donné vie en accentuant cette phase de reconstruction à laquelle il doit faire face. « Il savait pourtant que rien n'est jamais acquis, que la vie vous reprend tôt ou tard ce qu'elle vous donne, et il ne croyait certainement pas au bonheur; »

Si des personnages anciens, emblématiques virevoltent au gré des pages, l'ombre de Hirtmann et l'inoubliable Marianne, Irène Ziegler, la gendarme de « glacé » par exemple, d'autres font leur apparition. Bernard Minier a choisi de faire la part belle aux femmes et offre des portraits féminins impressionnants de par le charisme qu'elles dégagent. Ainsi, aux côtés d'Irène et de Marianne, vont évoluer Gabriella Dragoman, une pédopsychiatre aux multiples visages et Isabelle Torres, maire du village qui concentre la difficulté d'une fonction majeure au sein de sa communauté et le fait d'être une femme. L'auteur dresse ici une belle brochette de combattantes du quotidien, chacune dans leurs spécialités.

En sus de ces personnages attachants, l'auteur a mis l'accent sur une atmosphère anxiogène. Certes, des meurtres ritualisés, terrifiants et cauchemardesques attisent l'intérêt donné au récit, mais la montagne, véritable personnage à part entière, gronde sous le poids de ces êtres humains inconscients. Les descriptions majestueuses de ces paysages montagneux donnent au lecteur l'envie de s'y rendre malgré les événements tragiques qui s'y déroulent, un vrai tour de force ! La présence d'un monastère au fond des bois et les conversations à voix basse contribuent au côté mystique du roman.

Mais ne vous y fiez pas. Comme tant d'autres romans de la littérature noire, il ne s'agit pas ici d'une simple enquête de police dans une ambiance à la « Alex Hugo ». « La Vallée » a été écrit lors des manifestations de gilets jaunes et Bernard Minier a choisi de développer le thème d'une France qui gronde à travers ce village montagneux. « Vous entendez pas comme ça monte ? LA COLÈRE… Comme une grosse vague qui enfle au large, qui approche, une vague faite de milliers, de millions de colères, de rages, d'envies, de haines. Elle va tout emporter : elle va vous emporter. Vous devriez écouter…. » L'occasion pour le lecteur de s'interroger sur notre époque, sa colère latente, son indignation sourde, sa révolte en gestation. Comme Irène, après avoir quitté la France pendant plusieurs années, je m'interroge : « De retour en France (…) Irène avait été frappée de découvrir à quel point on y cultivait désormais la haine de l'autre, l'injure, l'intransigeance, le sectarisme et la violence. » Vous l'aurez compris, de quoi donner du grain à moudre à nos cerveaux.

« La Vallée » est un formidable divertissement, mais aussi un roman protéiforme d'un écrivain qui attaque sur tous les fronts et parvient à embarquer son lecteur dans plusieurs univers. L'écriture est rythmée dans les scènes d'action, plus mesurée dans les scènes d'introspection ou les réflexions de notre temps, poétique dans les descriptions de la nature. J'en profite pour souligner que Bernard Minier manie le subjonctif imparfait comme personne, assez rare d'utilisation pour être souligné.

En résumé, une lecture totalement immersive, impossible à lâcher, de savoureux retours sur les tomes précédents, des personnages emblématiques, des évolutions séduisantes, une intrigue audacieuse, un final suffocant. Que demander de plus ??

Je remercie les éditions XO de leur confiance renouvelée.
Lien : https://aude-bouquine.com/20..
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Sangpages
  29 mai 2020
Servaz rétrogradé puis suspendu après ses aventures dans "Soeurs" n'a pas le moral au beau fixe mais profite de son temps libre pour s'occuper de son fils Gustav.
Soudain au milieu de la nuit, il reçoit un appel de...Marianne...qui dit s'être échappée et se trouver près de l'abbaye d'Aiguevives. Elle lui demande de venir au plus vite mais de ne surtout pas prévenir la police...
Je pourrai simplement, comme beaucoup, t'expliquer que Minier a déjà largement fait ses preuves et qu'il n'y a pas grand-chose à ajouter pour te convaincre de lire cet opus-là. Et pourtant, c'est, selon moi, exactement là qu'il y a bien à dire.
Certains auteurs, deviennent célèbres, lus de par le monde mais au bout du Xème livre, fatiguent, perdent la "gniack", ne se renouvellent que peu et nous servent des histoires souvent réchauffées et affadies.
C'est sans aucun doute sur la longueur, sur la distance, comme un coureur de marathon, que l'on peut apprécier la grandeur d'un véritable talent.
Minier, avec ce récit, m'a démontré qu'il était véritablement capable de courir un marathon et plus encore. Qu'il est comme le bon vin. Il se bonifie, s'améliore, devient plus subtil encore, plus mature pour nous offrir des histoires toujours plus complexes, fouillées et recherchées avec des trames menées brillamment de bout en bout.
"La Vallée" est clairement un retour aux sources, un retour en arrière à la période de "glacé". Tu verras, ça te sautera aux yeux direct. Pas évident comme challenge que de t'emporter dans ces primosensations sans tomber dans les clichés. Et pourtant, il réussit ce retour en arrière tout en te poussant en avant...Ouais je sais, pas terro ma phrase mais pas trouvé d'autres moyens pour exprimer cette drôle de sensation, fort agréable 😜
"La Vallée", c'est un Servaz mis à mal, plus profond, plus mature et surtout plus touchant. Il dépasse son rôle de flic pour se dévoiler, se mettre à nu et nous permettre de découvrir ce qu'il est en tant qu'homme. Torturé, inquiet, essoufflé par le mal mais toujours aussi investi à la cause de la justice.
"La Vallée", c'est surtout une atmosphère étouffante au fond de cette vallée coupée du monde par un éboulement. Une de ces atmosphères qui te pénètrent, s'instillent dans tes veines goutte après goutte. Qui te prennent dans ses griffes pour ne plus te lâcher, pour te noyer…
"La Vallée", c'est un petit village où tout le monde se connaît, où tous se jugent dès qu'un événement se produit. Ce sont des gens prêts à faire leur propre justice. Un petit village où tu n'auras clairement pas envie de passer tes vacances...
"La Vallée" c'est une histoire de notre temps, de notre époque viciée de partout. C'est réaliste, vrai et c'est justement ce qui donne à cette histoire toute son horrible dimension.
Tu verras, d'ailleurs, que la trame est redoutable, ingénieuse, subtile et le dénouement te glacera le sang. Terrifiant au point qu'il te laissera un bien drôle de goût tout au fond de ta gorge…
Bref, tu l'as compris, j'ai surkiffé et ne peux que te recommander de te précipiter dans ta librairie pour te le procurer si ce n'est pas déjà fait. Et je pousserai même jusqu'à dire: satisfait ou remboursé ! Vivi tu peux venir te plaindre ici 😜
Lien : https://sangpages.com/2020/0..
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Lalitote
  20 mai 2020
Le nouveau cru de Bernard Minier vient de paraître et il est fameux. Martin Servaz est de retour sans l'être tout à fait puisqu'il a été suspendu par sa hiérarchie et pourtant cela ne l'empêche pas de voler au secours de Marianne son ex compagne et la maman de Gustav, leur fils. Après un éboulement la vallée est coupée du monde et ses habitants avec elle, alors qu'un tueur en série laisse derrière lui des victimes tuées avec une cruauté inimaginable. Martin va prêter main forte à sa collègue et amie Irène Ziegler, tout en continuant à rechercher Marianne. C'est intelligemment construit, on passe de rebondissements en meurtres sordides et de poursuites en recherches infructueuses. La colère gronde parmi les habitants, il faudra gérer cela en plus. Il y a un côté mystique avec la présence des moines de l'Abbaye, j'ai beaucoup aimé les passages s'y déroulant. Mais ce qui m'a le plus surprise au final c'est bien le thème choisi, je ne dévoilerai rien mais c'est un thème porteur et actuel qui n'a pas fini de faire parler de lui. J'ai aussi trouvé les personnages féminins tous très forts et denses surtout celui de la psychiatre qui a de quoi surprendre. On parle aussi de l'épée de Damoclès sous laquelle se trouve Servaz avec son passage devant le conseil de discipline, on se rend un peu mieux compte de la pression et de la difficulté du métier. Une enquête bien structurée qui foisonne d'informations et de détails de quoi nous mettre l'eau à la bouche. Un pavé dans la marre, qui remue et fait bouger les lignes, une fiction qui s'inspire de faits réels et nous laisse aussi déboussolé. Même si vous n'avez lu aucun des romans de la série Martin Servaz, vous allez pouvoir suivre celui-ci sans soucis, si ce n'est de divulgacher les précédents tomes. Si vous aviez l'intention de les lire, faîtes le de préférence dans le bon ordre.


Lien : http://latelierdelitote.cana..
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ArnoT
  22 mai 2020
Un thriller pyrénéen qui cependant n'atteint pas des sommets, les revendications sociales du type gilets jaunes desservent plus l'intrigue qu'elles ne la bonifient.
L 'intensité du suspense est croissant, la plume de l'auteur est alerte, même si les digressions philosophiques et théologiques ne m'ont guère convaincu.
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