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EAN : 9782493909688
261 pages
Collection Proche (02/05/2024)
4.12/5   223 notes
Résumé :
Göktay est professeur à l'université du Bosphore à Istanbul. Idéaliste, adoré de ses étudiants, il a séduit Ayla, professeure de français, avec un poème. La vie est douce quand on est jeunes, amoureux et parents comblés d'une petite fille.
Mais Göktay refuse de vivre dans une bulle. Pour avoir signé une pétition de plus, une pétition de trop, il est arrêté et jeté en prison. La répression menée par le président Erdogan s'abat, féroce et violente.
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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Pour la première fois, la journaliste franco-iranienne Delphine Minoui, récipiendaire du prix Albert Londres en 2006, a choisi le roman pour nous immerger dans la réalité d'un pays dans lequel elle réside depuis une dizaine d'années, la Turquie.

Un roman qui commence avec l'arrestation d'un professeur à l'université du Bosphore, simplement pour avoir signé une pétition pour la paix (en faveur de l'arrêt des opérations militaires visant les Kurdes dans le sud-est du pays). Dès lors son épouse, professeur de français à l'université de Galatasaray, va passer par toutes sortes d'états. Après en avoir voulu à son mari de cet engagement qui a brisé leur vie de famille et est en train de le briser lui au fond de sa geôle, en reprenant la lutte de son mari, elle reprend espoir…

Ce récit est celui de la dérive d'un régime qui de démocratie, souhaitant se rapprocher de l'Occident, s'est muée en autocratie d'un adepte du culte de la personnalité qui utilise la religion pour ses ambitions personnelles — et la violence contre ses opposants. Parmi eux, les professeurs d'université sont des cibles privilégiées, des symboles de la liberté qu'il faut faire taire par la force. Une réalité décrite avec un rare talent par Delphine Minoui qui, en dépit des errements de ce pays, semble l'aimer et nous donne envie de mieux le connaître et de l'aimer à notre tour, ainsi que ses habitants si riches d'une longue histoire.
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Un roman d'actualité, maintenant qu'en Turquie l'élection présidentielle du 14 mai prochain approche et que RecepTayyip Erdogan, au pouvoir - d'abord comme premier ministre et ensuite comme président - depuis le 14 mars 2003, soit 2 décennies, est à nouveau candidat.

Le roman de Delphine Minoui présente, à travers essentiellement l'expérience d'un couple d'intellectuels, la précarité de vivre dans ce fascinant pays si l'on ose avancer d'autres valeurs que celles prônées par le "pseudo-sultan" Erdogan.

La paix par exemple ! C'est ce qui est arrivé au professeur d'histoire de l'université du Bosphore, Göktay Delim, 42 ans, qui, le 15 janvier 2016, est brutalement arrêté chez lui par les forces de police spéciales, comme terroriste, pour avoir osé signer tout simplement une pétition réclamant justement la paix.

Delphine Minoui, avec son talent de conteuse bien établie, nous présente les effets de cette incarcération du 15 janvier 2016 au 26 juillet 2019 pour le prisonnier lui-même, ainsi que pour son épouse Ayla, prof de Français au lycée français de Galatasaray, et de leur fille Deniz, née en 2010 et fort attachée à son gentil papa.

L'auteure nous brosse, en même temps, l'évolution du régime politique turque pendant cette période de trois ans et demi sous le "reis" Erdogan, en expliquant les moments cruciaux, telle la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016, soi-disant fomenté par le prédicateur Fethullah Gülen, son ancien camarade, et le référendum constitutionnel bidon du 16 avril 2017, qui a transformé la Turquie d'un régime parlementaire en un régime présidentiel.

D'origine franco-iranienne, l'auteure, dans sa critique du système despotique d'Erdogan, ne se laisse cependant pas aller à un anti-islamisme primitif, de plus en plus bon ton à la droite et l'extrême droite de notre échiquier politique.

La transition fondamentale du système de gouvernement turc est parfaitement bien illustrée dans la personne de la jeune Fatma, qui de fan d'Erdogan finit par se réjouir de la victoire electorale d'Ekrem Imamoglu comme maire d'Istanbul, le 23 juin 2019.

L'ouvrage met également en évidence la position fragile et périlleuse de la minorité kurde, répartie sur 4 États, l'Iran, l'Irak, la Syrie et la Turquie, et merveilleusement bien incarnée par l'élève d'Ayla, le sympathique Azad.

Avec une adresse rare et une forte dose d'empathie, Delphine Minoui réussit à intégrer la grande histoire et réalité de la Turquie dans la vie de tous les jours de quelques personnages, choisis avec soin, absolument représentatifs et attachant pour le lecteur.

En fait, avec la même sensilibilite dont elle a fait preuve dans son fascinant ouvrage "Moi Nojoud, 10 ans, divorcée" que j'ai eu l'honneur de commenter ici le 4 novembre 2020.

C'est par amour pour Ayla et Deniz que Göktay, sérieusement affaibli à la suite d'une grève de la faim et au bord du suicide, invente, au contraire, son alphabet du silence, que je vous laisse découvrir....
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Librairie Chantelivre / Issy- samedi 8 avril 2023


Après avoir découvert avec enthousiasme cette auteure franco- iranienne à travers son texte : " Les Passeurs de livres de Darayan", je n' ai pas hésité un instant, en apercevant exposé son dernier livre, en pile... !

Involontairement, j'enchaîne actuellement des lectures documentées sur les dictatures en différents points du globe et diverses périodes : L'URSS (* "les larmes de Chalamov" de Gisèle Bienne), la Roumanie
( " Eugenia" de Lionel Duroy)...et nous voilà en Turquie, sous la férule du président Erdogan...

Dans ce roman , " notre auteure- reporter" fait entrer en scène Göktay, professeur à l' université du Bosphore d'Istanbul, professeur idéaliste et très aimé de ses étudiants...
Il rencontre Ayla, son grand amour, elle-même enseignante de français. Ils ont une petite fille, Denys...Tout serait dans le meilleur des mondes si Göktay ne se mettait pas en danger en signant pétition sur pétition pour défendre ses convictions, la liberté d'expression...dans une Turquie où le régime d'Erdogan a dérapé vers un régime des plus autoritaires...

Au lieu de "rester dans sa bulle familiale" il signe la pétition de trop...."une pétition pour la paix" avec un grand nombre de signataires dont d'autres professeurs et intellectuels , pour contester la décision d'Erdogan pour une offensive ( en 2018) contre le nord de la Syrie....
Göktay se retrouve emprisonné plus de deux années avec plusieurs procès aussi caricaturaux les uns que les autres !

Son épouse, Ayla, dans un premier temps en veut à Göktay; de ne pas avoir songé en priorité,à leur famille : leur petite fille et elle...
Très vite...elle va évoluer, faire des rencontres dont celles d'étudiants...solidaires et admiratifs de leur professeur !
Jusqu'à son étudiant le plus brillant qui parvient à lui faire passer les oeuvres de Jean- Jacques Rousseau ( avec une feuille signée de tous ses camarades)...

Ayla, consciente du courage et de la détermination de son mari, reprendra le flambeau avec force
conviction et une énergie sans faille...!

Je n'en dirai pas plus, car de nombreux sujets importants s'entrecroisent à travers l' histoire de ce couple d'enseignants et de ce professeur arbitrairement détenu et destitué de ses fonctions à l'université d'Istanbul:

- le régime dictatorial et une société sous terreur..

- l'acharnement d'une dictature sur une communauté prise comme bouc- émissaire (* pour le gouvernement turc d'Erdogan, la persécution des Kurdes, accusés de tous les maux !)

- le rôle prépondérant des Résistances dont celles des intellectuels et des professeurs....

- Les méfaits de la propagande constante d'un gouvernement et ses conséquences durables sur les individus

-La guerre, la violence étatique généralisée vécues tragiquement par les enfants , entraînant des chocs et des culpabilités durablement, adultes.( ***Göktay traumatisé par la perte prématurée de son père, militaire, mort assassiné ...dont il ne comprendra que fort tardivement les véritables coupables...puis la génération suivante, où sa propre petite fille, Denys vit avec désespoir l'arrestation de son père adoré)

- L'omniprésence du mensonge," sport national" pour les régimes autoritaires...qui fausse tout , jusqu'aux rapports entre les personnes.

Une lecture au style fluide et agréable , rayonnante en dépit des thèmes graves et oppressants..car la Lumière, l'espoir subsistent avec les descriptions de la Résistance , du courage d'hommes, de femmes , jeunes comme vieux...contre l'arbitraire, et la terreur induite par un seul homme !

En dépit des arrestations arbitraires, de la peur, d'un quotidien angoissant...d'un gouvernement inique...reste l'amour inconditionnel des personnes pour leur pays ou une ville d'enracinement familial, ayant du mal à quitter leur terre natale...je finis ce billet avec un extrait éclairant , montrant bien cette ambivalence :

"C'est cela qu'elle a toujours aimé : le monde entier se donne rendez-vous à Istanbul. Il suffit de se perdre dans les allées du Grand Bazar, de s'attabler à n'importe quel café pour croiser des gens d'ailleurs, exilés, touristes, hommes d'affaires en transit. Il suffit de fermer les yeux pour se laisser bercer par un méli-mélo de langues européennes, de russe, d'arabe, de persan, d'hébreu, étonnant dialogue fictif entre ressortissants de pays ennemis qui se retrouvent ici, comme si de rien n'était. Sa ville- monde a beau être fière de sa diversité, elle n'en demeure pas moins la cité de tous les dangers, hanté par un passé fait de pogroms, de massacres, d'autoritarisme en tout genre.Son histoire a prouvé qu'elle pouvait sans transition devenir ville- monstre, capable de dévorer ses propres habitants."


(**Une parenthèse par rapport à une actualité proche: Des pensées pour le peuple turc qui, dans un mois, *le 14 mai, aura rendez-vous devant les urnes, pour l'élection présidentielle !)








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Il ne serait pas faux de dire que « L'alphabet du silence » de Delphine Minoui est un roman d'actualité en cette période si troublée. Ce qui est sûr, c'est que c'est un livre qu'il faut lire et à mettre entre toutes les mains !

L'histoire démarre en 2016 en Turquie.
Goktay, professeur à l'université du Bosphore à Istanbul est subitement et brutalement arrêté puis jeté en prison. Pourquoi ? Pour avoir osé signer une pétition pour la paix et dénoncer la répression féroce que mène le Président Erdogan contre les Kurdes. Pour ce simple geste, il est tout simplement accusé de terrorisme ! Pour Ayla son épouse c'est inconcevable et une terrible méprise !

Egalement professeur au lycée Français de Galatasaray, elle qui s'est toujours retenue de s'engager pour quoi que ce soit, doit faire face à l'impensable. Une déflagration dans la vie qu'elle menait avec Goktay et sa fille Deniz. D'abord profondément en colère contre son mari, et sombrant peu à peu dans le désespoir, Ayla va finir par se révolter contre cette injustice faite à son époux et va décider de reprendre le flambeau.

Aux portes de l'Europe, a à peine trois heures de la France, des milliers d'activistes, journalistes, fonctionnaires, professeurs et universitaires sont emprisonnés et torturés pour avoir seulement prôner d'autres valeurs que celles dictées par le pouvoir en place ! La liberté d'expression est tout simplement foulée aux pieds. Pour une simple signature sur une pétition, un homme est désigné comme terroriste !

Cet endroit c'est la Turquie. Face à cela, que fait l'Europe ! Rien ! Probablement que le peuple kurde n'est pas digne d'être défendu alors que ce sont les premiers à s'être battu contre l'Etat Islamique ! Là aucune manifestation face à cette dictature qui ne dit pas son nom ! Une Europe qui est pieds et poings liés par le chantage d'Erdogan, dictateur en puissance !

Alors oui, il faut lire « L'alphabet du silence » qui est un roman superbe. L'écriture de Delphine Minoui est tout simplement magnifique, empreinte de colère mais également d'amour. C'est un roman qui vous touche en plein coeur, qui ouvre les yeux sur le combat que peuvent mener certains hommes et femmes pour leur liberté d'expression. Ce roman leur rend tout simplement un immense hommage.

Et surtout merci à Delphine Minoui pour son combat à informer le monde face à la barbarie d'une dictature, quelle qu'elle soit.
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Une sirène stridente réveille Ayla, elle ne sait pas d'où ça vient, elle est complètement perdue, il est très tôt, 5h.
"Sur l'écran de l'interphone, elle distingue effarée, une troupe de policiers armés jusqu'aux dents et équipés comme à la guerre, gilets pare-balles, armes automatiques et visages encagoulés, en train de s'engouffrer dans l'escalier. Elle à peine le temps de coller son oeil au judas qu'une demi-douzaine de Robocops sont déjà sur le palier. Son coeur bondit. Elle repousse les scénarios que son cerveau échafaude. Ces hommes se sont trompés de porte. Ils ne peuvent pas être ici pour elle, ni pour son mari. a présent, des coups de crosse contre la serrure. Elle voudrait ne rien entendre. Rester sourde aux hurlements qui lui ordonnent d'ouvrir. Elle ne bouge pas, ne crie pas. Sa respiration s'est accélérée. Soudain le verrou cède."

Son mari, Goktay, vient d'être arrêté pour avoir signer une pétition pour la paix. Professeur d'histoire, il a ses convictions et n'hésite pas à échanger avec les étudiants, qui l'admirent.

Où est la liberté d'expression, la démocratie, vantée par le président Erdogan ? Goktay, sera emprisonné et assimilé à un terroriste, pour avoir défendu ses idées.

Ayla, professeur de français et leur fille Deniz, abattues, ne savent plus vers qui se tourner, pour avoir des nouvelles et essayer de faire libérer son mari.

Un régime politique autoritaire, qui n'aime pas les intellectuels, les professeurs, pour la moindre peccadille, ils sont arrêtés.
Il faut toujours mentir, pour essayer d'échapper aux policiers qui traquent nuit et jour, le moindre petit rassemblement, la moindre parole, contre le gouvernement.

L'alphabet du silence de Delphine Minoui, nous montrera, qu'à travers l'absence de mots, la peur du quotidien, Ayla, va se battre et sera aidée, par des amis, des personnes courageuses, qui aiment leur pays, mais retrouver leur liberté, ne doit plus être qu'un rêve.

Un joli livre, qui montre que l'espoir subsiste toujours, malgré les horreurs que peuvent subir, toutes ces femmes et ces hommes. Une très belle écriture et beaucoup d'émotions.
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critiques presse (5)
Liberation
21 août 2023
Une belle ode au combat par les mots.
Lire la critique sur le site : Liberation
Culturebox
27 juin 2023
La journaliste et écrivaine franco-iranienne, qui vit depuis des années en Turquie, nous plonge avec ce roman dans le quotidien d'un couple d'universitaires frappés comme tant d'autres par les arrestations arbitraires et le musèlement méthodique des voix dissonantes orchestrés par le pouvoir du "néo-sultan" Erdogan.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeFigaro
27 juin 2023
Si Delphine Minoui parcourt la ville aux sept collines, conservatoire de plusieurs civilisations, son récit est aussi celui de la dérive d’un régime
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeSoir
22 mai 2023
Après une plongée en Syrie, en Iran, elle nous emmène désormais à Istanbul, en pleine répression.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeMonde
17 mai 2023
Le roman est assez factuel et littéral, mais la connaissance que Delphine ­Minoui a des résistances politiques, par l’art, les dessins de prison ou les interventions sauvages, donne beaucoup de vie à son évocation.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
- Temps social ! annonce le geôlier en le guidant dans le couloir menant à une petite cour.
L'exercice, lui apprend-il, consiste à accorder aux détenus du même clan politique quelques minutes d' échanges quotidiens. Aussitôt, l'imaginaire de Göktai s'enflamme.Il se voit déjà serrer des mains, bavarder, refaire le monde.
Dehors, la lumière l'éblouit.Il doit ralentir le pas pour s'acclimater. Il n'a pas vu le soleil depuis si longtemps. Lorsqu'il rouvre les yeux, c'est pour tomber nez à nez avec quatre murs nus.La cour est vide.Personne
Un désert de béton. Le maton, resté sur le pas de la porte, explique à Göktay que, sur la liste à rallonge des " terroristes ", il n'entre dans aucune catégorie. (...)
Göktai est un spécimen sans étiquette ni affiliation : il doit se contenter d'un" temps social" solitaire.

( p.101)
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Ayla prend son temps pour balayer du regard les étagères. Elle ose à peine les toucher. La bibliothèque lui fait penser à un mutilé de guerre, amputé d'une partie de ses membres. Au bout d'une heure, elle finit par tendre une main timide. Lentement, ses doigts glissent le long des planches. Ils sondent le vide laissé par les ouvrages arrachés en même temps que son mari, puis effleurent la poussière. Ses yeux s'obstinent, ils auscultent chaque trou, chaque contour, étudient sa dimension exacte. Soudain, elle se fige. Sur le mur du fond, les volumes confisqués ont laissé une empreinte grisâtre.
Des traces indélébiles. La présence de son absence [de son mari qui a été arrêté].
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Dès qu'un professeur pestait contre les dérives autocratiques du néo-sultan, il lui lisait un extrait de l'Émile sur l'insoumission au dogme, la foi en l’éducation ou l'importance de l'apprentissage par l'expérience. Dans l'espoir que chaque enfant, des le plus jeune âge, ne soit pas formaté. Ces notions lui sont chères. C'est le coeur de son combat, au sein d'une Turquie qui prône la démocratie sans jamais l'appliquer. Certains nostalgiques aiment à dire que c'était mieux avant. Mais pour Göktay, la liberté de pensée n'a jamais pleinement existé en Turquie.
À chaque époque son vernis idéologique. Hier, la nation. Aujourd'hui, la religion.
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C'est cela qu'elle a toujours aimé : le monde entier se donne rendez-vous à Istanbul. Il suffit de se perdre dans les allées du Grand Bazar, de s'attabler à n'importe quel café pour croiser des gens d'ailleurs, exilés, touristes, hommes d'affaires en transit. Il suffit de fermer les yeux pour se laisser bercer par un méli-mélo de langues européennes, de russe, d'arabe, de persan, d'hébreu, étonnant dialogue fictif entre ressortissants de pays ennemis qui se retrouvent ici, comme si de rien n'était. Sa ville- monde a beau être fière de sa diversité, elle n'en demeure pas moins la cité de tous les dangers, hanté par un passé fait de pogroms, de massacres, d'autoritarisme en tout genre.Son histoire a prouvé qu'elle pouvait sans transition devenir ville- monstre, capable de dévorer ses propres habitants.

( p.108)
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Elle était imbattable sur les quelque quatre mille termes d'origine française ayant déteint sur le turc d'aujourd'hui et s'était amusée à lui dresser l'inventaire de ses préférés: serküteri (charcuterie), gardirob (garde-robe), makyaj (maquillage), turnike (tourniquet), bisiklet (bicyclette). « Et, bien sûr, mon préféré: oto kuaför, "le coiffeur pour voitures" ou lave-auto! »
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Videos de Delphine Minoui (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Delphine Minoui
"L'Alphabet du silence" de Delphine Minoui, Avril 2023 Éditions de l'Iconoclaste Pour commander : https://bit.ly/40UP7Cp
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