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EAN : 9782226032584
331 pages
Éditeur : Albin Michel (28/01/1988)
4.02/5   28 notes
Résumé :
De son enfance retorse jusqu'au poste de secrétaire d'un vieil évêque qu'il mène à sa guise, en passant par le séminaire où il terrifie ses frustes condisciples échappés des travaux des champs, l'abbé Jules aura fait parler de lui. Jamais en bien.
Y a-t-il un coeur sous cette soutane ? On hésite... Provocateur, mystificateur, blasphémateur, l'abbé est aussi capable de contrition, mais d'une telle franchise, d'une telle violence qu'on la redoute autant que le ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
gill
  08 mai 2018
Ici comme ailleurs, dans l'oeuvre d'Octave Mirbeau, le lecteur ne sort pas indemne.
"L'abbé Jules" est un livre d'une étouffante noirceur.
C'est un livre peu connu.
Mais Mirbeau ne paie-t-il pas par une certaine indifférence de la postérité les outrances de son coup de plume ?
"L'abbé Jules" est une peinture de caractère.
C'est un livre puissant, introspectif et fouillé.
L'oncle Jules est de retour.
Enfant, déjà il était tracassier, sournois et cruel.
Devenu prêtre, il se divertit en terrorisant les autres.
Pourquoi revient-il ?
Pourquoi était-il parti ?
Qu'a-t-il pu fabriquer à Paris pendant six ans ?
Personne ne semble éprouver un vif plaisir à le revoir.
Il n'aimait personne.
Il ne respectait pas le bon Dieu.
Il revient sans bagages avec un méchant sac de voyage en cuir ...
Le livre a été écrit à Kérisper, près d'Auray, entre juillet 1887 et janvier 1888.
Le roman se passe en Normandie, à Viantais, dans l'Orne.
Octave Mirbeau fait ici le portrait d'un halluciné, maudit et condamné par les bouillonnements de sa propre démence.
Jules Dervelle est en proie aux passions, passions comprimées de prêtres nées du mysticisme de sa mère et de l'alcoolisme de son père.
Le loup est dans la bergerie.
L'oncle Jules, être démoniaque dans le giron de Dieu, est secrétaire de l'évêque.
La plume d'Octave Mirbeau signe ici un violent réquisitoire contre la petitesse de l'âme humaine, contre les bassesses des tenants de l'ordre plus que contre l'ordre lui-même.
La bourgeoisie, le clergé, une fois de plus, sont étrillés.
Octave Mirbeau pénètre loin dans l'âme humaine.
Plus vrai que Zola, parce que plus introspectif, il signe des portraits terribles.
La rencontre entre le père Pamphile, prêt à se damner pour restaurer une chapelle de miséricorde, et l'abbé Jules, cherchant alors son salut dans une hypothétique bibliothèque universelle, est une envolée lyrique prenant des airs de déclaration philosophique.
Ce livre, très sombre, est un livre puissant et intelligent.
Il s'articule en deux parties :
- La première racontant l'histoire de l'oncle Jules et la deuxième faisant le récit de son retour.
Le narrateur est Albert Dervelle.
Il se souvient alors qu'il n'était qu'un enfant qui n'avait garde d'attirer l'attention, qui se faisait tout petit, qui se terrait dans un coin d'ombre de cette histoire ...
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Christian_Attard
  11 août 2017
Formidable roman que cet « Abbé Jules » d'Octave Mirbeau. Peu connu sans doute, et l'on comprendra aisément pourquoi lorsqu'on l'aura lu. Jubilatoire, iconoclaste, une sorte de « Mon oncle Benjamin » ensoutané !
L'abbé Jules, c'est un curé de campagne. Enfant sûrement d'une remarquable intelligence, fruit d'une mère mystique et d'un père alcoolique, prêtre sur un coup de tête.
» Je veux me faire curé, Nom de Dieu » !
et qui toute sa vie va tenter de juguler « Ses sales passions ».
Acariâtre, misanthrope, trop lucide pour ce contenter des simagrées de ses confrères en curetonnage, il va dès lors vivre d'une existence faite d'impiétés, de mystifications, de provocations.
Il est inutile d'en dire plus de peur de gâcher les constantes surprises qu'offrent ce roman riche en étonnements blasphématoires.
Avoir imaginé ce personnage était déjà une terrible idée d'écrivain mais Mirbeau a su l'entourer de tant d'autres figures inoubliables et ce avec un tel style, un tel talent que je n'hésite pas à qualifier l'ouvrage de chef d'oeuvre d'impertinence et de drôlerie.
Sûrement l'un des meilleurs romans que j'ai pu lire ces derniers temps et à recommander chaudement.
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lolo71
  13 mars 2009
L'Abbé Jules n'est pas un ecclésiastique comme les autres. Son caractère difficile se manifeste dès son enfance : « Jamais on n'avait vu un enfant comme était Jules : sournois, tracassier, cruel, il ne se plaisait que dans les méchants tours. Son frère et sa soeur avaient beaucoup souffert de lui, et sa mère se désespérait, car elle avait beau supplier ou punir, réprimandes et prières ne faisaient que surexciter son indomptable nature. » Quelle n'est pas la surprise de cette dernière lorsque Jules lui annonce qu'il veut entrer dans les ordres : « Je veux me faire prêtre, nom de Dieu ! …Prêtre, sacré nom de Dieu ! » Sa mère croit alors avoir donné naissance à l'Antéchrist.
Jules blasphème, ment, manipule, par ambition et par zèle pour la religion. Il méprise ses condisciples, souvent des fils de paysans ayant choisi cette carrière pour avoir une vie facile, et qu'il voit comme des lourdauds paresseux et ignorants. Il se révolte contre un clergé prêt à toutes les compromissions pour garder ses privilèges dans cette France républicaine de la fin du XIXème siècle. Emporté par sa fougue, il provoque le scandale à l'évêché où il était secrétaire, et est contraint d'accepter une cure dans un village. C'est le début de sa chute et du repli sur lui-même. « Ce qu'il me faut ?…Le sais-je ?…Autre chose, voilà tout !…Je sens qu'il y a en moi des choses…des choses…des choses refoulées et qui m'étouffent, et qui ne peuvent sortir dans l'absurde existence de curé de village, à laquelle je suis éternellement condamné…Enfin, j'ai un cerveau, j'ai un coeur !…j'ai des pensées, des aspirations qui ne demandent qu'à prendre des ailes, et à s'envoler, loin, loin…Me battre, chanter, conquérir des peuples enfants à la foi chrétienne…je ne sais pas…mais curé de village !… »
L'Abbé Jules est un personnage en révolte contre la société étriquée de son temps et contre lui-même. Tiraillé entre des idéaux d'ascète et une chair faible, libidineuse, il doit sans cesse combattre sa nature volcanique, ses « instincts mauvais ». Epuisé et vaincu par cette lutte, il finira sa vie en reclus, fuyant la société de ses semblables, ne croyant plus en Dieu, se réfugiant dans l'amour de la nature et prônant un « anarchisme vague et sentimental ».
Ce roman est donc le portrait drôle, féroce et émouvant d'une personnalité extrême et complexe, qui demeure sa vie durant une énigme pour les autres, et pour Jules lui-même. Il nous est narré par un jeune garçon d'une dizaine d'années, son neveu, d'abord effrayé puis intrigué, qui porte un regard dénué du moindre jugement sur cet oncle singulier et mystérieux.
Mais c'est aussi bien sûr à une violente charge anticléricale que se livre ici Octave Mirbeau (1848-1917), journaliste et écrivain, anti-capitaliste, pacifiste et proche des anarchistes. Il dessine le tableau sans complaisance d'une bourgeoisie provinciale étroite d'esprit, conformiste et tout imprégnée de sa respectabilité. Il est par ailleurs l'auteur, dans le même esprit, du Journal d'une femme de chambre, adapté au cinéma par Luis Buñuel. Un auteur et une oeuvre injustement méconnus !

Lien : http://plaisirsacultiver.unb..
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HORUSFONCK
  22 novembre 2016
Mirbeau pousse les feux de la comédie humaine très loin, avec ce personnage d' ecclésiastique hors-norme.
Son personnage, hanté et torturé à l'extrême, tourne en rond avec sa damnation.
Il fascine le lecteur, avide des nouvelles frasques de l'abbé.
Dans d'autres circonstance, cet Abbé Jules eut été un Charles de Foucault ou un Van Gogh... Mais c'est un personnage impuissant devant sa propre folie. Il ne peut que
s' auto-détruire dans un spectacle aussi tragique que navrant...non sans une certaine grandeur.
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Laureneb
  12 octobre 2020
Étrange personnage que cet abbé Jules d'une grande intelligence, qui entre au séminaire non par vocation - lui qui cumule tous les pêchés possibles, de la fornication au blasphème, en passant par le vol et la violence, et qui, surtout, ne croit pas, mais par ambition.
Un Julien Sorel qui utiliserait la prêtrise comme moyen d'ascension sociale, mais en méprisant tout le monde, et en n'ayant même pas de projet au coeur. Cela est répété plusieurs fois, il n'a pas de véritable but, il ne pense qu'à s'amuser, se distraire en manipulant les autres et en les faisant souffrir.
Ce n'est donc pas une attaque anti-cléricale gratuite - Mirbeau reconnaît la vocation, Jules admire ceux qui sont se dévouent à Dieu par pur amour et par véritable foi, alors que lui en est incapable. Les personnages du père Pamphile et de l'évêque atteignent la sainteté par le martyr. Mais s'ils s'en rapprochent, ils ne peuvent pas devenir totalement saints, à cause de leur bêtise : l'évêque est un brave homme sans intelligence, ce n'est pas le monseigneur Bienvenu des Misérables. Tous les autres prêtres ont des défauts, voire des vices, de l'avarice à la cupidité, de la luxure à la paresse, et l'abbé Jules les cumule tous.
C'est donc la description des petits défauts de chacun, des petites rancunes individuelles, des coteries et des intrigues d'une petite ville de province, mais avec une violence et un cynisme qui ne sont pas ceux De Balzac. Tout cela culmine dans la scène de l'agonie de l'abbé, avec des passages à la fois très drôles et très critiques - l'ouverture de la malle est particulièrement savoureuse.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
gillgill   08 mai 2018
Vois-tu, mon garçon, si j'avais connu autrefois ces vérités, je n'en serais pas où j'en suis aujourd'hui.
Car je suis une canaille, un être mafaisant, l'abject esclave de sales passions ... Enfin, je te dirai peut-être cela plus tard ...
Et sais-tu pourquoi ?
Parce que, dès que j'ai pu articuler un son, on m'a bourré le cerveau d'idées absurdes, le coeur de sentiments surhumains ...
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RebusRebus   26 juillet 2013
Mon oncle l'abbé ! En me répétant ces mots, tout bas, je voyais se dresser devant moi une figure de fantôme, hérissée, sabrée de grimaces, grotesque et terrible, tout ensemble, et je ne savais pas si je devais m'en effrayer, ou bien en rire.
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OncleDanOncleDan   01 avril 2021
J’ai menti, j’ai volé, j’ai repoussé du pied les infirmes et les pauvres, ces mélancoliques élus du ciel. Rêvant de criminels attentats, et la chair brûlée de concupiscences monstrueuses, sans remords, sans hésitation, je me suis approché de la Sainte Table, et j’ai donné au doux corps du Sauveur le lit fangeux d’une âme sacrilège… Enfin, j’ai désiré la femme de mon prochain, j’ai soufflé la débauche au cœur des jeunes filles, et, dans les champs, sous l’infini regard de Dieu, comme un bouc immonde, j’ai forniqué… 
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CalibanCaliban   18 novembre 2017
Ecoute-moi, tu réduiras tes connaissances du fonctionnement de l'humanité au strict nécessaire :
1/L'homme est une bête méchante et stupide
2/La justice est une infâmie
3/L'amour est une cochonnerie
4/Dieu est une chimère .
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AmorinaAmorina   11 novembre 2015
Et ce fut le silence, tout autour de lui, et ce fut la nuit, une inquiétante nuit, profonde et sans lune, une nuit qui entrait dans son âme et qui renvoyait, sur la pâle lumière du ciel occidental, avec le mystère grandissant de ses ténèbres, à elle, les grimaçantes et vengeresses images de ses remords à lui et de ses terreurs.
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