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Cécile Rivière (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 284485317X
Éditeur : Allia (21/05/2009)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 28 notes)
Résumé :
Les moutons vont à l'abattoir, ils ne disent rien, eux, et ils n'espèrent rien. Octave Mirbeau.

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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  14 février 2017
"FRANÇAIS ENCORE UN EFFORT..."
"... Si vous voulez être républicains", ajoutait, non sans une certaine irrévérencieuse provocation le "Divin Marquis" Donatien de Sade dans l'un de ses textes les plus fameux : "La philosophie dans le boudoir". Ce à quoi Octave Mirbeau, célèbre auteur de la fin du XIXème siècle et, à ses heures, essayiste pamphlétaire foncièrement attaché à la cause libertaire, n'aurait pas manqué d'ajouter : "... Si vous voulez être anarchistes" !
Car, pour lire encore aujourd'hui se texte sans s'emporter véhémentement contre ce que l'auteur incite le citoyen français à faire, dans cet article très souvent réédité depuis sa première publication dans le Figaro de 1888 (lequel n'a vraiment plus grand rapport avec celui qui existe aujourd'hui, bien qu'il en porte toujours le nom... Il sera par exemple très engagé dans la dénonciation de l'affaire de Panama puis, au côté de Dreyfus bien avant beaucoup d'autres journaux de l'époque), il ne faut surtout pas oublier deux fait absolument essentiels :
D'une part qu'Octave Mirbeau est, a toujours été (malgré une période sombre de sa vie d'écrivain ou il se vendit, littéralement, aux forces les plus réactionnaires de son époque) un penseur de la cause anarchiste, et ce texte, aussi bouillonnant qu'intraitable se situe donc bel et bien dans cette philosophie politique, clairement opposée au système républicain et, tout autant, à la démocratie représentative de cette IIIème République alors toute jeune, puisqu'en dehors de l'éphémère IIème République, le XIXème siècle fut surtout riche de pouvoirs autocratiques en tous genres, et c'est cette forme d'Etat que nous connaissons depuis sans discontinuer (à l'exception, notoirement funeste, de la parenthèse de la "Révolution Nationale" sous Pétain), mais non sans de multiples couacs, crises, "affaires" et autres remous souvent pénibles et honteux, mais qui ont pu, peu ou prou, se dissoudre dans cette forme de gouvernement. N'attribue-t-on pas, à son sujet, ces mots de Winston Churchill, quelques décennies plus tard : "La Démocratie est le pire des systèmes, à l'exception de tous les autres"...
D'autre part, ce texte, qui fut donc d'abord un article de presse, s'intègre à un moment extrêmement délicat de la IIIème république qui, ne l'oublions pas, n'a jamais eu de constitution "monobloc" à proprement parler, comme nous le connaissons avec notre actuelle Vème République puisqu'elle s'est faite sur un genre de compromis -on peut presque parler de marché de dupes- entre Républicains d'une part, et monarchiste d'autre part, sur les cendres du 2nd Empire, de la Commune de Paris et de l'invasion d'une partie de la France par les troupes allemandes après la défaite de Sedan, compromis ayant finalement abouti à une série de "Lois Constitutionnelles" adoptées, les unes après les autres, en 1875. Et si ces lois semblent conforter définitivement un régime de type Républicain, les monarchistes n'ont pas encore abandonné toute idée de prise du pouvoir, malgré l'échec de leur précédent "poulain" Mac-Mahon.
Aussi, lorsque arrive, relativement subitement sur la place publique, un certain Général Boulanger, celui-ci parvient aussi bien à rallier un certain nombre de radicaux, des socialistes de premier plan ainsi que des blanquistes mais, aussi étonnant que cela pourrait paraître étonnant aujourd'hui, des monarchistes convaincus tout aussi bien que des bonapartistes revanchards. Il faut dire que le personnage est tout aussi séduisant que fieffé, que son passage au ministère des armées en a convaincu plus d'un, que sa position clairement revancharde a su en hypnotiser beaucoup, tout autant que ses opinion concernant une République forte et solide bien qu'il ne dissimule guère son peu d'attirance pour le parlementarisme, qu'il estime d'essence bourgeoise et aristocratique les régimes précédents avaient aussi leurs parlements, bien que de façade). Par ailleurs, il se dit favorable à la mise en place d'une assemblée constitutionnelle, ce qui attire les royalistes pensant ainsi pouvoir renverser démocratiquement ce régime honni. Voici donc un genre de sauveur des uns et des autres (diamétralement opposés sur le pur terrain politique) dont nul, finalement, n'a jamais pu savoir ce qu'il aurait fait une fois au pouvoir, puisqu'il se refusa au coup d'Etat après qu'il eut remporté haut la main ses premières élections législative. le phénomène se déballonna presque aussi vite, le malheureux Général se suicida sur la tombe de sa maîtresse trop tôt défunte, et l'on ne reparla plus de lui, de loin en loin, que comme l'un des exemples à ne pas suivre de ce fameux "populisme" qui resurgit tout autant qu'on le ressort à chaque nouvelle crise de la représentation. On en voit très bien les "modèles" actuels...
N'oublions pas, non plus, que cette sorte de bouffissure républicaine - et ce goût inaltérable des français pour "l'homme providentiel"-prit racine au beau milieu de la première grande affaire géo-politico-capitalistico-affairo-financièro-magouillo-corruptrice (oui, oui, au moins tout cela!) de cette République renaissante, et néanmoins l'une des plus graves connues à ce jour puisque elle eut des répercussions jusque avant la première guerre mondiale, bien que fort peu de ceux y ayant participé, ou simplement tâté, se retrouvèrent devant les tribunaux et punis, ou pour seulement peu de temps... Toute ressemblance avec des événements récents serait bien entendu parfaitement fortuite. (A noter pour la petite histoire que l'un des rares parlementaires à avouer "honnêtement" sa participation à l'affaire fut parmi seul à subir les affres de la justice... Une leçon à retenir pour les suivant...?)
C'est donc dans ce double contexte trouble et troublé que Mirbeau se lance dans cette sorte de manifeste intitulé "La grève des électeurs" et dont on n'imagine guère, ainsi que le note judicieusement Cécile Rivière dans son éclairante postface, de pouvoir le relire à la une de quelque grand quotidien actuel que ce soit, tant il est convenu d'estimer que le vote est une obligation (d'ordre moral) bien avant que d'être un droit, que d'en critiquer les fondements revient, peu ou prou, à vouloir saper les bases même sur lesquelles repose notre démocratie.
C'est pourtant bien ce que nous rappelle notre anarchiste : Si j'ai le doit de voter, j'ai tout aussi bien le droit de NE PAS voter. Mais il ne faudrait surtout pas en déduire pour autant que l'usage en négatif de ce droit puisse être lié, de quelque manière que ce soit, à une espèce de paresse citoyenne ; pas plus qu'il ne serait oubli momentané de cette obligation -même simplement morale- ou encore une triviale préférence pour une autre activité du moment (pêche à la ligne, concours de lancer de petits pois, rédaction d'une critique pour le, par ailleurs, excellent site Babelio...). Non ! C'est bien à une GRÉVE GÉNÉRALE, un acte mûrement réfléchi et clairement affirmé tout autant que volontairement réalisé, par l'ensemble du peuple français, que Mirbeau nous invite, nous convie. Quant à la raison, il n'a de cesse de nous la donner, de diverses manières, avec mille exemples, toujours dans style des plus convaincants même dans l'excès, et que l'on peut résumer ainsi : l'électeur est un mouton qui vote pour le boucher qui va l'égorger !
Bien entendu, on rétorquera que c'est excessif, que les choses ne sont pas aussi simples que cela, que tous les politiques ne sont pas irrémédiablement les pourritures, les profiteurs, les voleurs, les violeurs, les bouchers que l'auteur, dans sa verve purificatrice, dénonce à toute force. Pourtant, et même sans devoir partager son engagement philosophique, est-il absolument impossible de reconnaître de vraies raisons à cet emportement textuel qui nous bouscule encore aujourd'hui, presque cent-trente ans après la rédaction de cette remarquable diatribe ? Ne sommes nous pas abreuvés, à chaque élection d'importance, de promesses intenables et non tenues, de serments violés dès après le décompte des votes, de coups de poignards dans le dos des électeurs tout aussi bien que de l'allié de circonstance ? Ne voit-on pas éclore, d'année en année, des hommes et des femmes politiques, dont c'est devenu un MÉTIER, une profession à part entière, une CARRIÈRE , tandis que ce ne devait être qu'un moment intense de services rendus à ses semblables, un moment, seulement. Une carrière qui a vu peu à peu se créer une sorte de caste (on commence même à voir des générations familiales de politiciens professionnels), s'appuyant sur les partis, sur le monde de la finance et celui des médias, ce dernier appartenant le plus souvent aux seconds...? Et que dire de toutes ces "affaires" plus lamentables, turpides, honteuses qu'il y a plus d'un siècle, Mirbeau décrivait déjà quasiment comme s'il était un homme d'aujourd'hui ?
C'est, en filigrane, la question même de notre système politique que l'auteur remet en cause, sur lequel il nous pousse à réfléchir presque malgré nous. Se poser les bonnes questions sur ce système qui s'appuierait, entre autre, sur une sorte de chantage moral où le non-votant n'aurait guère plus qu'un seul droit : celui de se taire ! Tandis que la caste des élus peut tout, ou presque, se permettre, y compris voter les lois qui lui permettra de passer entre toutes les gouttes tandis que le citoyen lambda est assuré d'y rester. C'est ce qu'il nous fait comprendre ainsi : "Voila pourtant de longs siècles que le monde dure, que les sociétés se déroulent et se succèdent, pareilles les unes aux autres, qu'un fait unique domine toutes les histoires : la protection des grands, l'écrasement des petits."
Parce que l'on a peu à peu oublié une chose qui me semble essentielle - et c'est aussi pour cette raison que je relis, avec un ravissement non dénué de pessimisme des temps - ce petit texte (suivi, pour cette édition de l'excellente maison Allia, d'un autre dans la même veine nommé "Prélude") avant chacune de nos grands messes électoralistes, présidentielle en tête, que, ainsi que le rappelle avec sa si vive intelligence la philosophe Simone Weil, la "Démocratie" n'est pas une fin en soit, seulement un moyen, qu'elle a pour but premier de servir le bien, la vérité, la justice : "Mais il faut d'abord reconnaître quel est le critère du bien. Ce ne peut être que la vérité, la justice, et, en second lieu, l'utilité publique. La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, estimés efficaces à tort ou à raison", écrit-elle précisément. Et comme elle l'explique ailleurs, ces démocraties issues de la grande révolution française, qui s'appuient sur la délégation de pouvoir via le vote des citoyens et s'est donc pour jamais éloigné de toute démocratie directe -difficile à mettre en place, ardue à concevoir, exigeante pour tous à faire perdurer mais si peu essayée qu'il est difficile de prétendre qu'elle est impossible -, ne peuvent aboutir à ce bien puisqu'elle met trop vite en jeu des intérêts puissamment contradictoires et tout aussi puissamment hors de portée et de connaissance du commun des mortels, à commencer par ceux qui se font élire pour toutes les pires mauvaises raisons du monde la masse élective et souvent embrigadée par ces annihilateurs de pensée individuelle que son les partis constitués.
Alors, bien sur, cette grève générale du vote ne verra sans doute jamais le jour, mais, à y bien réfléchir, l'idée serait-elle moins mauvaise que de finir par voter "pour le moins pire" comme finissent par le faire la majorité des votants, selon les convictions intimes du moment et la bonne ou mauvaise communication du vainqueur ou du perdant. Ce qui - y compris lorsqu'on se donne un semblant de bonne conscience en votant contre ce qui pourrait, de manière quasi certaine, s'avérer le pire du pire - donnerait ou donne peut-être déjà le niveau de déréliction, de décrépitude de cette institution centenaire qu'est le vote électoral s'il n'a plus d'autre sens que d'être un simple barrage. C'est affreusement historique : les barrages finissent presque toujours par céder.
Et de finir par se demander si, à l'invitation d'Octave Mirbeau, pour faire trembler un pouvoir assis sur des bases bien malsaines, dévoyées et faussées, nous ne devrions pas tous nous masser devant nos mairies ce fameux jour-là, et... Refuser d'y entrer pour entendre l'incontournable : "A voté !"
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PhilippeSAINTMARTIN
  24 novembre 2016
Délicieusement anarchistes, les propos d'Octave Mirbeau sont un redoutable plaidoyer contre la grande transhumance des élections. Ce brûlot corrosif se veut un éveil voire un réveil des consciences face à la grande manipulation de l'appel à l'urne. A chaque farce électorale, la léthargie démocratique et l'arnaque politique des puissants s'enchâssent confortablement dans une cérémonie citoyenne grégaire qui les légitimise pour se résumer à ce cynique constat : voter, c'est être un esclave qui choisit ses maîtres.
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fee-tish
  20 mars 2012
Un article cinglant sur le rôle abrutissant des électeurs, écrit en 1888 par Octave Mirbeau, et qui trouve toute sa place aujourd'hui, dans le contexte des prochaines élections présidentielles françaises.
« Les moutons vont à l'abattoir, ils ne disent rien, eux, et ils n'espèrent rien. Mais, du moins, ils ne votent pas pour le boucher qui les tueras, et pour le bourgeois qui les mangera », p. 13
Dans cette citation, se trouve résumée la pensée complète d'Octave Mirbeau sur la question des élections dans la République. L'auteur est un anarchiste, qui déprécie la République et ses valeurs capitalistes. Lorsqu'on est soi-même citoyen pour qui le droit de vote est une réelle chance, il est difficile de lire ce livre sans être surpris, voire énervé.
Puis, par les arguments qu'il nous oppose en nous tutoyant, Mirbeau nous rappelle des réalités étonnantes qui sont toujours d'actualité. Et en cela, c'est une belle réflexion sur le mot « droit » dans l'expression « droit de vote ». En effet, la problématique du vote blanc est représentative de ce malaise : si un électeur souhaite indiquer qu'il n'adhère à aucun parti politique, il peut se déplacer et voter blanc, mais il ne sera retenu qu'en tant qu'abstentionniste. Et l'abstentionniste, dans notre République est le mauvais citoyen, celui qui refuse fièrement le droit qui lui est octroyé.
Au fur et à mesure de ma lecture, je me rends compte d'un sujet tabou. Aujourd'hui, aucun journal n'accepterait de publier cet article. Qui prendrait le risque de supporter la responsabilité d'une remise en cause d'un des principes même de la démocratie ?
Je suis moi-même outrée par les personnes qui ne votent pas, mais je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'il en serait si les votes blancs étaient considérés comme l'expression d'une partie du peuple, qui signifie ainsi son sentiment de ne se sentir appartenir par aucun parti politique ?
J'ai compris ce texte comme une provocation nécessaire, qui encourage les individus à faire changer les choses. Néanmoins, il faut savoir qu'Octave Mirbeau va très loin dans son texte, en dénigrant totalement les électeurs quels qu'ils soient. Il les accuse de voter pour leur propre malheur, malheureux utopistes qu'ils sont.
Que l'on adhère ou non à cette idée, ce court texte est très intéressant à lire. L'écriture est excellente, la langue pleine de métaphores choisies avec soin et délicieuses.
Je vous recommande cette lecture !
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yv1
  01 juillet 2014
Pour ma première visite à la toute nouvelle librairie de ma commune (Librairie Lise&moi à Vertou), je furète, je regarde partout pour voir les livres que ces dames présentent, et, en toute fin de parcours, je tombe sur le présentoir des éditions Allia qui ont la bonne idée de publier des textes anciens et des textes nouveaux. La grève des électeurs trônait à côté du livre de Paul Lafargue lu l'été dernier, vraie trouvaille, quasiment une Bible, le droit à la paresse. Les dernières élections auxquelles nous avons participé ayant eu peu de succès (plus de 50% d'abstention aux élections européennes) et s'étant conclues sur la première place du FN, ce petit livre ne pouvait que rejoindre ma poche (après l'avoir payé bien sûr ainsi qu'un autre de la même collection, récent et même un en plus en cadeau, et après une petite discussion avec les charmantes bibliothécaires qui bien sûr auront l'honneur -oui, j'me la pète un peu- de me revoir régulièrement ; lorsqu'on a la chance d'avoir une librairie près de chez soi, on fait tout pour qu'elle vive).
Octave Mirbeau part du principe que les élections ne changeront pas le système politique bourgeois en vigueur à son époque, qui a bien sûr beaucoup changé, puisque de nos jours nos dirigeants ne se cooptent pas, ne font pas de préférence pour leurs petits copains ou membres de leurs familles... C'est pure perfidie de ma part, car je suis très loin du "tous pourris" que je ne supporte pas, je persiste à penser que la grosse majorité de nos élus est honnête mais que quelques uns, pas les plus nombreux, n'hésitent pas à piquer dans la caisse ou à opérer diverses malversations ou préférences douteuses, mais que comme ils sont mis en ouverture de tous les journaux, ils pourrissent l'entièreté de la classe politique. Mais peut-être suis-je naïf ?
Octave Mirbeau se dit donc que si les élections ne servent à rien, l'électeur doit faire la grève pour protester contre l'exploitation faite de son vote. Il s'étonne même qu'il puisse y avoir encore un électeur en France : "Une chose m'étonne prodigieusement -j'oserai dire qu'elle me stupéfie- c'est qu'à l'heure scientifique où j'écris, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose..." (p.7). En bon pamphlétaire et en bon anarchiste et libertaire, il peut se montrer virulent voire violent : "Les moutons vont à l'abattoir, ils ne disent rien, eux, et ils n'espèrent rien. Mais, du moins, ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l'électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des révolutions pour conquérir ce droit." (p.13)
C'est un texte que je me prends dans la figure, moi qui dis partout qu'il faut aller voter que l'abstention favorise la montée des extrêmes -notamment l'extrême droite qui ne progresse pas en nombre de voix, mais en pourcentage dès lors que le taux de participation baisse. Mathématique !- ; d'ailleurs, Cécile Rivière tempère les propos de Mirbeau dans ce sens, avec néanmoins une ironie, que personnellement, je trouve de mauvais aloi, toujours persuadé que ceux qui feront la grève des votes ne sont pas ceux qui votent FN ; ceux-là iront toujours et si les "déserteurs d'isoloirs" sont de plus en plus nombreux, la porte est grande ouverte à des gens capables du pire politiquement, économiquement et humainement : "A chaque élection, tombe le chiffre des moutons noirs dont chacun est convaincu qu'il n'est pas assez conséquent pour porter sérieusement atteinte à la santé démocratique de notre République. Exception faite des épisodiques percées de l'extrême droite, entièrement imputables à l'incurie des déserteurs d'isoloirs, qui se résolvent, à grand renfort de sermons médiatiques, par des plébiscites dont chaque électeur, ramené au bercail de l'exercice de sa pleine souveraineté, pourra se féliciter." (p.36)
Des textes qui me hérissent le poil, avec lesquels je ne peux pas être en accord, mais qui ont le mérite de pointer, 125 ans après avoir été écrits, une réalité très actuelle, un monde politique qui vit depuis très longtemps sans vraiment s'occuper de ceux qui l'élisent et qui, proche du gouffre continue quand même à avancer sans se poser de questions sûr de détenir la vérité.

Conclusion : Lisez Octave Mirbeau, parce que ça décape, c'est vachement bien troussé et ça fait se poser des questions, mais allez voter !
Lien : http://lyvres.over-blog.com
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Malise
  04 mars 2017
Tout d'abord, il faut souligner encore et encore l'incroyable modernité de ce texte écrit en 1888. Changez quelques noms et vous aurez l'impression de lire un papier écrit dans votre quotidien du jour !
Mais tout ce que j'aurais à dire sur "La Grève des électeurs", Cécile Rivière l'a dit avec beaucoup plus de talent dans "Les moutons noirs", texte qui accompagne celui d'Octave Mirbeau et dans lequel elle présente l'homme et son oeuvre : "L'exécration de tout ce qui asservit l'individu est la constante de ce parcours chaotique. Son anarchisme est profondément individualiste. C'est de ce point de vue qu'il prône la grève des urnes."
Et, plus loin : "Il ne s'agit pas, pour Mirbeau, de théoriser le système politique ni d'esquisser les contours d'une société idéale dans les limbes de l'abstraction mais d'édifier l'électeur, qu'il tutoie et à qui il s'adresse en personne, sur l'inanité de sa contribution au grotesque spectacle de la quête aux suffrages."
Et, enfin : "L'exagération, la mauvaise foi assumée, la subjectivité et la dérision sont les armes employées par l'écrivain pour attenter à la respectabilité des nantis et des institutions. Elles seules permettent la désacralisation à même de délivrer l'individu de l'intériorisation de la domination."
Alors, avant de vous diriger vers les bureaux de vote, lisez ou relisez Mirbeau. Un électeur averti en vaut deux...
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
PhilippeSAINTMARTINPhilippeSAINTMARTIN   23 novembre 2016
Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t'arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d'avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d'humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l'envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n'as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   27 juin 2016
[L'électeur] a fait la Révolution française et, phénomène inexplicable, en dépit de cent années d'expériences douloureuses et vaines, il la célèbre ! Il la célèbre, cette Révolution qui n'a même pas été une révolution, un affranchissement, mais un déplacement des privilèges, une saute de l'oppression sociale des mains des nobles aux mains bourgeoises et, partant, plus féroces, des banquiers; cette révolution qui a créé l'inexorable société capitaliste où il étouffe aujourd'hui, et le Code moderne qui lui met des menottes aux poignets, un bâillon dans la gorge, un boulet aux chevilles. Il en est fier, et toute sa vie, à travers les monarchies et les républiques, se passe à changer de menottes, de bâillons et de boulets, chimérique opération qui lui arrache ce cri d'orgueil :
- Ah ! si je n'avais pas fait Quatre-vingt-neuf, où donc en serais-je ? Je n'aurais peut-être pas Boulanger !
14 juillet 1889 (pp. 26-27)
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YsYs   04 mars 2014
Surtout, souviens-toi que l'homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu'en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu'il ne te donnera pas et qu'il n'est pas d'ailleurs, en son pouvoir de te donner. L'homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens.
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crapettecrapette   03 février 2011
Les moutons vont à l'abattoir, ils ne disent rien, eux, et ils n'espèrent rien. Mais au moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le petit bourgeois qui les mangera.
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Erik35Erik35   07 février 2017
Et bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il [l'électeur] a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours.
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Videos de Octave Mirbeau (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Octave Mirbeau
Osons le cynisme ! (2/4) : La cruauté d’Octave Mirbeau et de Villiers de L'Isle Adam.
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