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EAN : 9782846331890
248 pages
AlterEdit (22/09/2010)
3.93/5   28 notes
Résumé :
Quincailler à Pervenchères, petite ville du département de l'Orne, Joseph-Hippolyte-Elphège Roch rêve d'une ascension sociale pour son fils Sébastien.
C'est pourquoi il réussit à le faire au collège des Jésuites de Vannes. Là, Sébastien est rejeté par ses condisciples, de jeunes aristocrates provinciaux. Il se lie pourtant avec Boloré, un élève renfermé, révolté, fils d'un médecin. Deux ans passent, le jeune père de Kern s'intéresse à l'éducation de Sébastien... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Christophe_bj
  23 mai 2020
Le jeune Sébastien Roch est envoyé par son père, quincaillier à Pervenchères et avide de reconnaissance sociale, à l'école des jésuites à Vannes, surtout fréquentée par des nobles. Il va y être en butte aux mauvais traitements de ses camarades en raison de son origine sociale, et va y apprendre à connaître la noirceur de l'âme humaine. ● La caricature du petit bourgeois commerçant est savoureuse et plus puissante encore que celle des nobles. Voyez par exemple ce portait de Joseph-Hippolyte-Elphège le quincaillier : « M. Roch était gros et rond, soufflé de graisse rose, avec un crâne tout petit que le front coupait carrément en façade plate et luisante. Le nez, d'une verticalité géométrique, continuait, sans inflexions ni ressauts, entre des joues, sans ombres ni plans, la ligne rigide du front. Un collier de barbe reliait de sa frange cotonneuse les deux oreilles, vastes, profondes, inverties et molles comme des fleurs d'arum. Les yeux, enchâssés dans les capsules charnues et trop saillantes des paupières, accusaient des pensées régulières, l'obéissance aux lois, le respect des autorités établies, et je ne sais quelle stupidité animale, tranquille, souveraine, qui s'élevait parfois jusqu'à la noblesse. Ce calme bovin, cette majesté lourde de ruminant en imposaient beaucoup aux gens qui croyaient y reconnaître tous les caractères de la race, de la dignité et de la force. Mais ce qui lui conciliait, mieux encore que ces avantages physiques, l'universelle estime, c'est que, opiniâtre liseur de journaux et de livres juridiques, il expliquait des choses, répétait, en les dénaturant, des phrases pompeuses, que ni lui, ni personne ne comprenait, et qui laissaient néanmoins, dans l'esprit des auditeurs, une impression de gêne admirative. » La dénonciation des collèges jésuites, et, plus largement, de la religion catholique et de ses hypocrisies est implacable. ● Le style est certes éblouissant, avec d'innombrables fulgurances, des images inouïes, des mots rares, mais il est à mon goût beaucoup trop travaillé, relevant de l'esthétique « fin de siècle » (le roman est publié en 1890) et rappelant Huysmans ou les frères Goncourt. Ce style magnifique, mais exhibant trop de traces du labeur qu'il a fallu déployer pour le faire exister, englue l'histoire qui se meut au ralenti et augmente inconsidérément le nombre de pages. Il nuit aussi, à mon avis, à l'efficacité argumentative du récit.
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Allantvers
  17 octobre 2020
C'est une tragédie à bas bruit que la courte vie de Sébastien Roch, garçonnet sensible envoyé chez les Jésuites pour la gloire de son quincailler de père cherchant par cet investissement sur son fils à asseoir sa place dans le monde, rejeté par les autres élèves car n'appartenant pas comme eux à l'aristocratie, manipulé et durablement souillé par un père jésuite démoniaque cachant sa perversion pédophile sous l'onctuosité de paroles culpabilisantes. de ce fait sordide, Sébastien, renvoyé de l'école, repoussé par son père à qui il ne sert plus, incapable ni d'aimer ni de vivre, ne se remettra jamais.
Comme avec Journal d'une femme de chambre, je suis sidérée par la rage et l'audace d'Octave Mirbeau qui à la fin de ce 19ème siècle corseté envoie du lourd, du très lourd en dénonçant à haute voix et d'une plume pourtant extrêmement sensible la pédophilie dans l'église en même temps que l'hypocrisie délétère d'un milieu au seul service des puissants. Les valeurs mesquines et matérialistes de la petite bourgeoisie en prennent aussi pour le grade à travers le personnage du père de Sébastien, ridicule et borné.
Il me tarde de découvrir encore la voix de cet auteur habité qui par l'audace des thèmes qu'il aborde préfigure le siècle à venir.
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Christian_Attard
  06 novembre 2019
Elevé lui-même chez les Jésuites, Octave Mirbeau a, sans nul doute, dû entendre ces horribles histoires de pédophilie et de viols. Peut-être eut-il cette connaissance par un proche ou fut-il lui-même victime d'un de ces prêtres maudits. On ne peut s'imaginer à quel point ce livre fit scandale et fut honni par le clergé, scruté par la Justice lorsqu'il sortit en feuilleton.
Cent ans avant la marée noire des révélations en chaîne des actes de pédophilie commis par les prêtres, Mirbeau dénonçait déjà l'horreur, décrivait avec une étonnante justesse psychologique le second viol qui anéantit l'âme pure des petites victimes, la manipulation du clergé, le rachat pervers des consciences…
Tout était là, tout était dit et pourtant tout a continué.
Triste constatation des menées d'un mal absolu, introduit au coeur de l'Eglise, polluant les corps et les consciences de ceux qui devaient le combattre, les transformant en monstres, incitant leurs supérieurs à taire ce qu'ils dénoncent par ailleurs avec véhémence.
Grand roman, courageux et fort, réellement inspiré qui classe Octave Mirbeau comme un de nos plus grands écrivains et l'une de nos plus belles consciences.
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EricLatteBXL
  31 janvier 2022
Sébastien Roch n'était pas le nom que je m'attendais à installer dans ma bibliothèque, et pourtant, je m'en suis délecté. Il ne s'agit pas de la biographie d'un acteur de sitcom, mais bel et bien d'un titre de la littérature classique et engagée de la fin du XIXème siècle. Je me suis donc laissé tenter, et je ne le regrette pas. Sébastien Roch n'est pas un roman superficiel. Bien au contraire, il dénonce, à travers la plume d'Octave Mirbeau, les atrocités commises par les prêtres au collège de Vannes. A l'époque, la bonne société a crié au scandale d'un livre anticlérical, mais personne n'a pas en considération qu'il s'agissait dans le récit, du pire crime qu'on puisse infliger à un enfant. le viol, par l'abus d'autorité, dans la religion, aura mis plus d'un siècle à être reconnu. le roman était donc en avance sur son temps.
Octave Mirbeau, dans ce troisième roman, utilise une plume très descriptive pour compter l'histoire de ce pré-adolescent. Il le fait néanmoins avec pudeur, et, on imagine qu'il aurait été insoutenable de décrire le viol dans ses moindres détails. L'histoire est crédible et réaliste. le jeune Sébastien est un enfant perdu dans un univers hostile. Par l'éducation, on lui impose de grandir dans un système de valeur qu'il exècre mais contre lequel il ne peut rien. Sébastien est un enfant différent : rêveur, sensible et naïf. Il entre bien trop tôt dans cet univers auquel personne ne l'a réellement préparé mais pour lequel son père ne cesse de rêver pour lui à un avenir meilleur, loin de la quincaillerie familiale. Sébastien a la beauté de sa singularité, comme beaucoup d'enfants victimes de pédophiles. C'est de cette façon que sont décrites les pensées du prêtre après qu'il ait commis son crime. Il cherchera à se dédouaner et y parviendra, et peu importe qu'il ait mal agi. le père de Kern représente le pouvoir et l'autorité. A cette époque, le droit des enfants était une chimère. Toujours se taire, étudier, ne rien remettre en question. Pourtant, dès les premiers enseignements, c'est ce que Sébastien fait. Il tombe de son piédestal concernant l'éducation inculquée. Il était persuadé de la bonté de l'église, mais se retrouvera élève d'une machine à formater les têtes pensantes de la bonne société de l'époque : se raccrocher à sa naissance et asservir les autres. Sébastien n'est pas taillé pour cette existence-là. Il aime rêver, il aime les arts. Ce sont des crimes lorsqu'on n'est pas bien né. Il voudrait rêver et apprendre ce qui lui est interdit. Innocemment, il ne s'apercevra pas du piège charnel dans lequel on le fera tomber.
Outre le viol, je pense qu'il s'agit de l'histoire d'un adolescent pré pubère en quête d'amour de ses camarades. S'il n'est jamais mentionné explicitement l'homosexualité du garçon, on la devine par ses centres d'intérêt, par la douceur avec laquelle il s'attache à ses camarades les moins méchants. On entrevoit aussi ce que nous qualifierions de nos jours de harcèlement scolaire. A cet âge, on ne sait pas encore ce qu'est l'amour et on affectionne. Notre esprit n'est pas encore pollué par le désir. Ça ne nous tourmente pas. Il n'y a rien de bien ou de mal. Et c'est justement par cette naïveté que l'étau se refermera sur lui. Bien évidemment, et, même des années plus tard, il ne parviendra pas à dépasser sa frustration, sa douleur. le livre laisse à penser que le viol subit aura pour fonction d'orienter les préférences de Sébastien. Il sera incapable d'aimer une femme simplement car celles-ci ne l'attirent pas. Il subit aussi le syndrome de Stockholm et prendrait presque du plaisir aux souvenirs des attouchements du Père de Kern. Finalement, le seul moyen pour Sébastien de terminer sa vie de façon normale est encore de mourir à la guerre, en compagnie d'un de ses camarades.
Le sujet traité par ce roman n'a pas pris une ride. Au contraire, il résonne dans l'air du temps au milieu des scandales de l'Église catholique dont on parle enfin sans tabou. A lire absolument.
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EricB
  21 août 2017
Un père vaniteux, à l'esprit étriqué, quincaillier et maire de la petite commune de Pervenchères (Orne), réussit, après des démarches obstinées, à envoyer son fils Sébastien dans un collège jésuite huppé de Vannes. L'enfant, transplanté dans un univers inconnu, est rapidement victime de discriminations : les jeunes nobles pour qui l'établissement est une sorte de chasse gardée rejettent aussitôt "le quincaillier". Cependant, une amitié tacite rapprochera Sébastien de Bolorec, un fils de médecin, bourru et renfermé, qui, lui aussi, subit passivement les avanies des fils de bonnes familles. Sébastien ira néanmoins au bout de la dégradation : le Père de Kern subjugue l'enfant, le viole, puis le fait renvoyer ignominieusement. De retour à Pervenchères, il reprend lentement une vie désabusée et finit par connaître l'amour, jusqu'à ce que la guerre soit déclarée, en 1870...
Roman sombre, âpre, désespéré, dont le style m'a rappelé un certain Zola, mais aussi l'Abel Hermant naturaliste du "Cavalier Miserey". De très belles pages, et une dénonciation sans concessions d'une société fondée sur le mensonge, l'hypocrisie et le crime.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Christian_AttardChristian_Attard   06 novembre 2019
Eh bien… En admettant que ce crime soit vrai… Sur un mouvement de Sébastien, il se hâta d’ajouter, en manière de parenthèse :
– Et il l’est… il l’est !…
Puis il reprit :
– En admettant qu’il soit vrai, et il l’est certainement, n’en êtes-vous pas le complice, un peu ? C’est-à-dire pouvez-vous faire qu’il n’ait pas été consommé ? De toutes les façons, mon pauvre enfant, vous devez en subir le châtiment. Comprenez-moi. Le Père de Kern sera puni, oh ! puni avec une sévérité terrible… Je me charge d’avertir le Père Recteur, qui est la justice même. Il sera chassé de cette maison, envoyé dans une mission lointaine.
Mais vous ? Réfléchissez… Pensez-vous sincèrement que vous puissiez rester ici ? Pour vous-même, pour nous, qui vous aimons tendrement, non, vous ne le pouvez pas. Ce serait irriter une blessure qu’il faut guérir et guérir vite. Vous allez, dites-vous, révéler le crime à tous, le crier partout ?… Qu’obtiendrez-vous de cette vilaine action, sinon un surcroît de honte ? À ce crime qui doit demeurer secret, et non impuni, vous aurez ajouté un scandale sans aucun bénéfice pour vous. Vous aurez réjoui les ennemis de la religion, désolé les âmes« impuni, vous aurez ajouté un scandale sans aucun bénéfice pour vous. Vous aurez réjoui les ennemis de la religion, désolé les âmes pieuses, compromis une cause sainte et vous vous serez tout à fait déshonoré. Non, non, je connais votre caractère, vous ne ferez pas cela. Certes, je vous plains… Ah ! je vous plains de toute mon âme. Mais je vous dis aussi : « Acceptez courageusement l’épreuve que Dieu vous envoie…
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lanardlanard   29 septembre 2013
Chez les natures d'enfant, ardentes, passionnées, curieuses, ce qu'on appelle la paresse n'est le plus souvent qu'un froissement de la sensibilité; une impossibilité mentale à s'assouplir à certains devoirs absurdes; le résultat naturel de l'éducation disproportionnée, inharmonique qu'on leur donne. Cette paresse, qui se résout en dégoûts invincibles, est, au contraire, quelquefois la preuve d'une supériorité intellectuelle, et la condamnation du maître.
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AllantversAllantvers   16 octobre 2020
Ici tous les gens sont tristes, tristes affreusement ;c'est qu'ils vivent entourés de laideur dans des maisons sombres et crasseuses où rien n'a été ménagé pour l'éducation de leurs sens
Lorsqu'ils ont payé leur pain et leurs habits, enfouissant dans des tiroirs cadenassé ce qu'il leur reste d'argent, il semble qu'ils aient accompli leur tâche sociale. L'embellissement de la vie, c'est à dire l'intellect de la vie, n'est pour eux que du superflu, dont il est louable de se priver. Comme si nous ne vivions pas réellement que par le superflu!
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AntoinePetitAntoinePetit   23 octobre 2018
J'ai remarqué que le sentiment patriotique est, de tous les sentiments qui agitent les foules, le plus irraisonné et le plus grossier : cela finit toujours par des gens saouls.
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Vidéo de Octave Mirbeau
« […] Ce que j'ai fait pour moi, je puis le faire pour vous, pour vous tous... Approchez... Qui veut du bonheur ? Qui veut de la richesse ? Qui veut de l'honnêteté ?... […] Vous n'avez qu'à parler... Et je ne les vends pas... Je les donne... Ça ne coûte rien...Voilà ! Qui veut du bonheur ?... Et je vois le désappointement du pauvre diable d'électeur qui, la figure joyeuse et claquant de la langue, viendra, plus tard, réclamer son dû. – Que viens-tu faire ici ? – Je viens chercher le bonheur que vous m'aviez promis. – le bonheur !... Tiens, le voilà !... Prends-le, prends tout... Une bonne capote qui te coupera les aisselles, un bon sac qui te rompra le dos, un bon fusil... Et va te faire crever là-bas... pour ma gloire […]… Es-tu content ? Et il ira, l'électeur, il ira, sans se dire que cette capote, c'est lui qui se l'est taillée ; ce fusil, c'est lui qui se l'est forgé ; cette mort, c'est lui qui l'a signée, en votant pour l'homme magique qui devait le rendre heureux, riche et honnête. Il se dira seulement : – Jamais je n'aurais cru que le bonheur fût tel... J'aimerais mieux être malheureux. D'ailleurs, le bonheur dont il se plaint, et que tous les gouvernements lui apportent, pareil, c'est lui seul qui l'a fait, toujours. Il a fait la Révolution française et, phénomène inexplicable, en dépit de cent années d'expériences douloureuses et vaines, il la célèbre ! Il la célèbre, cette Révolution qui n'a même pas été une révolution, un affranchissement, mais un déplacement des privilèges, une saute de l'oppression sociale des mains des nobles aux mains bourgeoises et, partant, plus féroces des banquiers ; cette révolution qui a créé l'inexorable société capitaliste où il étouffe aujourd'hui, et le Code moderne qui lui met des menottes aux poignets, un bâillon dans la gorge, un boulet aux chevilles. […] » (Octave Mirbeau, Prélude)
0:00 - La grève des électeurs 8:15 - Prélude 9:08 - Générique
Référence bibliographique : Octave Mirbeau, La Grève des électeurs et prélude, Temps Nouveaux, 1902
Image d'illustration : https://www.humanite.fr/anthologie-quand-mirbeau-ecrivait-dans-lhumanite-646578
Bande sonore originale : Podington Bear - Nocturne Op 9 No 1 Nocturne Op 9 No 1 by Podington Bear is licensed under an Attribution-NonCommercial 3.0 International License.
Site : https://freemusicarchive.org/music/Podington_Bear/Nocturnes/Nocturne_Op_9_No_1
#OctaveMirbeau #LaGrèveDesÉlecteurs #LittératureFrançaise
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