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EAN : 9782924550427
Éditeur : ÉLP éditeur (22/11/2018)

Note moyenne : 4.3/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Une question se pose en permanence quand on lit de la fiction : celle de la force d’évocation. Comment, par quel mystère ondoyant, aussi intangible que savoureusement satisfaisant, un traitement ordinaire, des thèmes ordinaires, un rythme ordinaire, un genre littéraire ordinaire, une langue ordinaire, dépouillée même, sobre, simple… peuvent mener à des résultats extraordinaires. C’est cette question captivante qui nous hante en permanence lors de la lecture de ce re... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
ladymuse
  11 janvier 2020
C'est la première fois que je lis des nouvelles de Christina Mirjol et je suis littéralement saisie. le souffle coupé. Essoufflée comme après avoir couru.
Les mots s'y bousculent en cascade dans des structures complexes dans lesquelles l'histoire avance par vagues qui viennent se retirent et reviennent.
Grâce une répétition de mots, ou de phrases entières qui s'entrechoquent et se renvoient les unes aux autres, une grammaire complexe où les temps font fi des règles et brisent les repères, nous sommes ainsi secoués jusqu'à une chute qui nous donne un sentiment de stupeur.
Je pense en particulier à "Drôle de rire", récit très complexe , une saynète comme dit l'auteure elle-même, avec des retours en arrière constants, mais toujours revient la même phrase, "Marie-Louise est morte, elle me dit".
Le tour de force consiste à mélanger les époques, c'est à dire le passé et le présent, puis de revenir au drame comme s'il se passait au moment du récit. le lecteur doit faire des retours en arrière pour se maintenir à flot. de plus, le moment présent ( la "saynète) est lui-même figé absurdement, le cadre de la porte, la casserole.
"Elle est morte, je te dis...Pourquoi tu ris?" Et juste après "elle est morte, continuait ma mère, obsédée à présent par ma bouche de travers qui était tordue de rire". On voit ici comme ce lien complexe entre le temps de l'action, celui du récit, et celui du présent : où sommes nous? Maintenant? Il y a quarante ans?
Et puis on revient à un autre moment, celui d'un incident rapporté par la narratrice, sur une équipée à ski extravagante dont le souffle nous balaye dans une bourrasque de neige.
Et toujours le rire et une nouvelle fois "ce n'est pas une blague, d'être morte, dit Christiane".
Complexité aussi dans l'opposition entre le "narrateur" (dit Christiane) et le "je" de Christiane, hors dialogue, que l'on trouve à chaque pas : "Je regarde les yeux de ma mère qui me fixent ronds de stupeur".
Christina Mirjol fait passer avec force notre incrédulité devant le néant, la disparition. Notre incompréhension totale. Notre peur? Non, je ne pense pas.
Quelque chose m'a frappée en lisant cette nouvelle : j'ai entendu comme un écho des phrases de Thomas Bernhard avec leurs "rappels", tels que "dit-il", "c'est lui qui parle", ces phrases "tournantes".
"un jour, c'est lui qui parle, je serai broyé entre Bach d'une part et le Steinway d'autre part...A longueur de vie, j'ai peur d'être broyé entre Bach et le Steinway...L'Idéal serait que je sois Steinway, je pourrais me passer de Glenn Gould, dit-il".
J'espère ne pas en avoir trop dit. Lisez ces nouvelles, vous verrez à quel point elles sont fortes, dis-je.
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Lavieestunlongfleuvetranquille
  03 avril 2019
S'il y a bien un contexte ou l'ambiance reflète la densité de la situation, c'est celui de la mort, propice à des réactions diverses voire saugrenues et des dialogues pour le moins décalés.
je me rappelle notamment "La mort du père" de Roger Martin du Gard, au tome six des Thibault, magistralement interprétée.
Ce recueil de neuf magnifiques nouvelles, véritables perles de lecture que je vous invite à lire doucement, sans les enchaîner, en prenant le temps de les assimiler dans ce qu'elles distillent d'émotions, de brutalité, de sensibilité et parfois d'humour, sont sublimées par le style si particulier de l'auteure, merveilleusement adapté au choc inévitable de la découverte et de l'évocation de la mort.
Ma préférence, sans nullement dénigrer la qualité des huit autres, ira à "Louise en été", ou la détresse des agents des pompes funèbres, pendant le célèbre été 2003 qui causa le décès prématuré de plusieurs milliers de personnes âgées, contrebalance la légèreté de cette attachante vieille dame qui n'a plus personne à la fin de sa vie, revêtue d'une dignité exemplaire.
Le tour de force est ici, redonner vie et dignité à ces acteurs bien malgré eux d'un moment difficile, en soulignant les effets que cette disparition brutale occasionnent, et en n'hésitant pas, par ailleurs, à faire dialoguer le mort lui-même pour en accentuer le trait.
Extrêmement sensible et d'une qualité rare, écrit avec justesse et profondeur, ce recueil est une pépite littéraire à consommer sans modération.
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honeycomb
  20 décembre 2018
Après "Les petits gouffres", de si bonne tenue, Christina Mirjol revient à la nouvelle avec "Les invitées". Les neuf nouvelles de ce recueil sont un modèle de retenue : le style est d'une simplicité, d'une sobriété qui fait d'autant ressortir l'efficacité de l'émotion quand elle survient. le thème, commun à ces neuf histoires-portraits, est l'irruption dans la trame d'une existence tout ordinaire, toute quotidienne, de l'événement le plus commun et à la fois le plus subversif qui soit : la mort. Christina Mirjol maîtrise parfaitement la forme courte ; en quelques pages, elle fait de son lecteur le familier de ses personnages et l'issue, pour lui, n'a rien de fatal : elle s'inscrit dans le déroulement ordinaire d'une existence commune.
Outre l'émotion qu'elles dégagent, ces histoires sont celles d'un(e) moraliste qui nous apprend à apprivoiser l'appréhension la plus profonde de chacun de nous et qui nous révèle par l'expérience que la vie ne s'arrête pas si quelqu'un continue à penser à la personne disparue : je mets au défi quiconque aura lu "Les invitées" de ne pas repenser aux personnages de ces nouvelles comme à des femmes qui ont vécu, qui vivent encore...
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Fanfan-Do
  22 février 2020
Un recueil de nouvelles qui nous parle de la mort. Et la mort me fascine depuis toujours, autant qu'elle m'épouvante.
Dès le début, dès la première nouvelle, j'avoue que j'ai eu du mal à suivre le fil de l'histoire. Ça m'a semblé répétitif et confus, tout comme dans la deuxième nouvelle d'ailleurs et même une ou deux autres.
Des phrases, des bouts de dialogues, répétés en boucle... Peut-être que le but est qu'on ressente bien la confusion dans laquelle on peut se trouver face à la mort soudaine d'un proche. La mort nous fait perdre les pédales, nous plonge dans des abîmes sans fond, ça semble tellement irrationnel et abstrait... elle est pourtant inéluctable, souvent injuste, et la douleur incommensurable. Elle nous terrifie au point que notre société veut la cacher, jusqu'à ne pas la nommer. Nos défunts ne sont plus, la plupart du temps, morts, mais décédés, partis, disparus... Christina Mirjol en parle, naturellement, nous la raconte à travers neuf petites histoires, parfois surprenantes, avec une écriture particulière, un parti-pris intéressant qui nous propose des morts pensants, agissants, mais morts. J'ai en tout cas bien senti l'omniprésence des défunts, qui sont là, bien plus fort que de leur vivant, de façon obsessionnelle, fantômes créés par notre propre manque. Je me suis laissée emporter au fil de ces courtes histoires pleines de délicatesses et de pudeur. Ma préférée est la dernière, qui a donné son nom au recueil, bizarrement la plus pleine de vie mais aussi de poésie et de douceur en dépit du sujet.
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JCavaro
  06 avril 2019
Christina Mirjol nous livre un nouveau recueil avec son art si singulier du récit. Au gré de paroles directes ou rapportées, celui-ci engage l'âme humaine et donne corps aux personnages avec une économie de moyens extrêmement opérante. Pour ce nouvel opus de neuf nouvelles, l'auteure a choisi de traiter de la mort ordinaire, et cette épreuve essentielle, abordée sans pathos, éveille constamment l'intérêt et l'émotion du lecteur.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
ladymuseladymuse   11 janvier 2020
Autour de ce rire fou - abyssal, dit Christiane -, un foisonnement de choses pour autant m'accapare, sans limite, sans cloisonnement.... : une collection de traces que j'avais dans la tête et qui s'étire maintenant vers les cimes du Cantal et les tomes de fromage au fond d'une cave sombre...Et non loin de se perdre dans la fraction de seconde où elles passent, ces empreintes s'organisent en une sorte de tableau assez indéchiffrable, dans lequel se retrouvent côte à côte la casserole, le chambranle de la porte, la tête blême et penchée de ma mère dans le cadre, ma chemise en carton, les monstrueuses figures déformées des massifs - on n'y voyait que dalle. Rien. Rien. Que du blanc, dit Christiane...
Non, comprenais-je effrayée dans le bâillement de la porte, entre ce dernier acte et le lever de rideau, pliée en deux de rire, riant, riant, hurlant devant la tête penchée de ma mère dans le cadre qui demeurait bouche bée.
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ladymuseladymuse   09 janvier 2020
Heureusement, se dit Louise, que j'ai mis mon gros pull, la veste que j'aime bien, et aussi mes chaussures! Cette veste, c'est ma plus belle, j'ai bien fait de la mettre...Et mes drôles de chaussures achetées en pharmacie, j'ai bien fait de les acheter! Pas vraiment à la mode mais si douces! ...Et personne n'en voulait! Elles me faisaient de la peine, serrées l'une contre l'autre en retrait de la vitrine; on aurait dit deux taupes.
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JCavaroJCavaro   03 août 2019
(La version brochée du livre, paru chez ELP Éditeur en novembre 2018, est désormais disponible).

Ah ! Martine, ce couloir ! dit Élisabeth qui déboule... tu n'imagines pas une nuit plus profonde. Plus longue. Un cauchemar. Personne. Des cris. Des yeux qui brillent. Des petites lumières blafardes sur le point de s'éteindre, pas un seul témoin, Martine, tu m'écoutes ? Le couloir... Il est plus long qu'une journée et personne au bout , figure-toi ! Et alors, où est-ce qu'ils sont ? Où est-ce qu'elle est ? Je te jure. Soi-disant un hôpital. Un hôpital de pointe. Soi-disant de pointe, dit Élisabeth. Où est-ce qu'on va ? Où est-ce qu'on va ?... Ohé !... Il y a quelqu'un ?
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JCavaroJCavaro   03 août 2019
Non, ce n'est pas une blague, ce câble d'acier qui casse, incriminant, qui sait, une rupture de vaisseau, un excès de passion, des descentes prodigieuses, des sauts phénoménaux, d'immodérés pas de danse. Non, ce n'est pas une blague de tomber, boum, d'un coup, morte, morte, pendant que le monde dort. Non, comprenais-je effrayée dans le bâillement de la porte, entre le dernier acte et le lever de rideau, pliée en deux de rire, riant, riant, hurlant, devant la tête penchée de ma mère dans le cadre qui demeurait bouche bée ! Non, ce n'est pas une blague... Mais qu'est-ce que c'est, maman, si ce n'est pas une blague ? Et pourquoi donc je ris ? (Un drôle de rire)
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JCavaroJCavaro   03 août 2019
21 mars 1950. Le vieil Alex Lander est derrière sa fenêtre et regarde Hélène Schlocht. Maintenant qu'ils sont morts, Lander et Hélène Schlocht, personne ne se souvient de cette image ancienne de 1950. Qui pourrait se souvenir d'un vieux sentimental et d'une petite servante affublée d'une bassine et d'un sourire béat ? Sans ces petits cahiers découverts par hasard, quelle trace en aurions-nous ? Absolument aucune. Quant à leurs noms bien sûr, qui n'ont jamais brillé, ils auraient complètement disparu.
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Lecture : "Un homme", un deuxième extrait lu par l'auteure.
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