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EAN : 9782715227705
128 pages
Le Mercure de France (23/08/2007)
4.15/5   13 notes
Résumé :
Suzanne, cinquante-deux ans, licenciée pour avoir égaré un dossier, s'est assise un moment sur un banc.

Un an plus tard, Suzanne est toujours sur son banc, le "collectif des maîtres des chiens du quartier et des propriétaires ayant des fenêtres sur rue" a déposé une plainte contre cette situation incongrue, et c'est la ronde des badauds autour d'elle, des gens comme il faut qu'elle dérange mais qui viennent l'épier...

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À aucun moment il n'est dit, Suzanne qui raconte ne dit, « mourir de honte », même si mourir elle le veut. Pourtant, ce récit est une hyperbole saisissante de la chute dans la honte. Finalement, peu importe la raison qui engendre la honte, ce qui compte c'est de ne pas en devenir fou. Ou bien si, il faut lâcher les chiens de la folie, pour s'en libérer !

Par honte d'avoir égaré un dossier (important ?) Suzanne, cherche à se cacher sur « le banc le moins visible de la place Montalbert, entourée de platanes » (p. 30), le banc « le moins en vue en somme » (p. 31). Mais pourra-t-elle vivre sa honte en paix ? Rien n'est plus sûr car la société connaît ses règles impitoyables concernant la vocation première d'un banc public.

Ce court roman se lit d'un seul souffle et laisse une douce amertume dans la bouche asséchée pour avoir tant lu de passages à voix haute (et tête basse).

Le choix de Suzanne déplait aux voisins, mais il est salutaire pour elle : « je resterai donc là, sur ce banc pitoyable, puisque c'est là en somme que je m'arrête enfin, libérée, presque digne, sentant toute l'émotion de ce banc solitaire, sur cette petite place, sans gloire particulière, qui m'émeut, dit Suzanne, qui m'émeut, qui m'émeut, parce qu'il est pauvre et triste, parce qu'il est sans histoire, m'émeut infiniment, me réconcilie et m'apaise. » (p.33).

C'est une évidence, « le besoin de cacher sa disgrâce est humain, comme le besoin d'asile est humain » (p. 34)

Suzanne veut être comme ces oiseaux qui sont chez eux sur la place Montalbert. Ce n'est qu'après une centaine de pages que le mot « folle » est « lâché ». La compagnie des oiseaux (symboles de liberté) est recherchée : « Les oiseaux heureusement continuent d'être là. Ils sont là. Ils pépient. » (p. 114). « Tous les oiseaux d'ici m'ont à la bonne maintenant. On ne se dérange pas. Chacun dans son assiette et chacun sa chanson. Il n'empêche, il n'empêche, dans pas longtemps je sais, ils cesseront de chanter et ils me mangeront. » (p. 116)

Ce récit est un merveilleux exemple de superbe utilisation des répétitions. Cela devient lancinant, musical et poétique pour laver de cette eau vive (cf. p. 37) comparable à la pluie, la honte. Magnifique métaphore, filée avec délicatesse et beaucoup de pudeur, de la culpabilité ontologique.
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Suzanne, ou le Récit de la Honte est un court roman de Christina Mirjol paru en 2007 aux éditions Mercure de France. Il sera suivi de « Dernières Lueurs » (2008), « Les Petits Gouffres » (nouvelles, 2011), « Les Invitées » (nouvelles, 2018).

J'ai eu l'occasion de dire sur babelio l'enthousiasme qui m'avait soulevée à la lecture des « Invitées ». « Suzanne ou le récit de la Honte» me fut une révélation plus grande encore. C'est le récit apparemment linéaire mais combien complexe, du choix de Suzanne de ne plus quitter le banc qu'elle a élu pour domicile place Montalbert, après avoir été ignominieusement licenciée pour faute professionnelle, cette place où seuls les oiseaux lui tiennent compagnie, mais celle, aussi, où les gens viennent promener leur chien, « cette toute petite place, sans gloire particulière », «  … ce banc pitoyable... qui m'émeut, qui m'émeut, qui m'émeut, dit Suzanne, parce qu'il est pauvre et triste, parce qu'il est sans histoire, m'émeut infiniment, me réconcilie et m'apaise. »

Suzanne s'apaise dans la noirceur de la nuit « le seul endroit concevable , dit Suzanne ». L'obscurité non seulement la dissimule au regard des autres, mais plus encore au sien. Si elle se regardait dans un miroir, elle ne se verrait pas. « Le besoin de cacher sa disgrâce est humain, dit Suzanne ». Mais cette disgrâce n'est-elle pas aussi la nôtre, une misère plus personnelle, la honte souvent de ce que nous sommes, de nos déceptions, de nos échecs ?

L'opprobe elle-même est exprimée par la standardiste qui « fait semblant de croire que le banc où tu es est en fait un banc vide, dit mon mari Teddy ». Par l'officier de police, ce jeune homme qui lui fait pitié et à qui elle a envie de dire de « s'occuper de la  circulation des voitures ». Par M.Bénizet (le propriétaire de l'affreux chien jaune « rempli de bave haineuse » et ses pareils. Et même par Hans Keller, son ex-patron : « Et cela dure depuis des semaines paraît-il, a dit Hans Keller, dit Teddy ».

Nous avons ici un exemple particulièrement parlant  du style de Christina et de la structure de son roman. Tout est « dit » par Suzanne, qui non seulement « cite » les autres personnages (« dit le patron Keller », « dit Teddy », « dit le flic »), mais se tient elle-même à distance. Ainsi le texte est parsemé de « dit Suzanne » ce qui l'apparente à une sorte fugue musicale, avec répétitions, retours et réponses (répons). Il y a là comme une utilisation du contrepoint.

Un seul personnage reste muet, bien qu'il soit évoqué tout au long du roman, c'est son fils Étienne, qui ne viendra pas voir sa mère, contrairement à « Teddy mon mari », qui vient tous les jours apporter un sandwich à sa femme. Un fils dont on comprend qu'il ne supporte pas la situation, qui se bat avec « le fils Keller ». L'amour que Suzanne lui porte semble rattaché à l'époque où il avait quatre ans et à un souvenir particulier d'une quasi noyade au bord de la mer. Suzanne, pétrifiée (comme elle l'est maintenant), n'a pu intervenir et une jeune nageuse aurait sauvé l'enfant.

C'est ainsi que les moments du passé et du présent s'entrecroisent avec des retours constants de l'un à l'autre. Ainsi les nombreuses références à la mère de Suzanne, par une sorte de procédé d'identification (un voyage en train « sans valise  » est évoqué, or Suzanne n'en a pas/ses jambes gonflées aux veines apparentes), la table de camping et deux chaises pliantes « Et même, une autre fois, il aurait ajouté, dit-on, un parasol. Comme à la plage, n'est-ce pas !

Certains éléments du récit peuvent même nous faire douter des dires de Suzanne. Je préfère ne pas les aborder car ce serait déflorer le texte. Je le mentionne uniquement à titre d'exemple de sa complexité. Dans le fond, qui sommes-nous ? Suzanne a subi une « métamorphose » du fait de son brutal licenciement. A partir de ce moment elle subira une sorte de chute libre. Ceci n'est pas sans évoquer une autre célèbre « métamorphose », car Grégoire Samsa, qui s'éveille un matin « transformé en une ignoble vermine ». Lui aussi perd son emploi et son identité profonde. Il y a chez ces deux personnages comme l'acceptation d'un jugement mérité, la métamorphose apparaissant alors comme l'expression d'une culpabilité et une auto-punition.

C'est ce que nous dit peut-être ce petit scarabée qui « claudique au pied du banc. Il a perdu une patte. Ses antennes cherchent un point où mettre sa carapace dans l'univers que constitue la place pour son corps minuscule ».

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Ce roman m'est très précieux car il m'a été généreusement offert par une personne de grande valeur.


Christina Mirjol a su une fois de plus, me toucher en plein coeur, a su m'émouvoir par le récit de Suzanne et surtout par la manière aussi délicate, aussi poétique que l'auteure la raconte.

Le style est habile, mais inhabituel presque insolite, avec ses phrases courtes et répétitives. Il permet à la lectrice et au lecteur de le projeter au plus près du désespoir de Suzanne, pour d'entrer dans son âme tourmentée, où des pensées sombres circulent en boucle.
*

Suzanne est une femme, est une mère, est aussi une employée dite modèle, qui est terriblement blessée dans sa dignité. Elle vient d'être jetée de son entreprise, sans aucune douceur et sans aucun ménagement par son patron, et sous un prétexte fallacieux.
Suzanne qui est une femme sans colère, se sent déshonorée ce soir d'avoir été licenciée aussi brutalement.
*

C'est alors qu'envahie par des sentiments de profonde détresse, traversée par l'incompréhension devant une telle injustice, rongée par la lassitude et par le désespoir, Suzanne vient se réfugier sur son banc place Montalbert.
C'est en ce lieu que cette femme meurtrie veut se cacher. Se cacher de la vue de chaque passant, parce qu'elle a peur que chacun lise sur son visage qu'elle a perdu son travail
Cette sensation honteuse qui immisce en elle, celle d'être montrée du doigt, parce qu'elle n'a pas été une employée efficace, parce qu'elle a commis une faute professionnelle et que plus personne l'embauchera.
*

Tout prend de l'ampleur et de la noirceur chez Suzanne. Elle se sent pitoyable. Elle se sent affreuse, ainsi décoiffée et ses habits mouillés ainsi clouée sur son banc. Elle ne s'imagine plus rentrer chez elle. Redoute de revenir dans sa maison. Avec cet autre sentiment que sa nouvelle situation, va attrister son mari et son fils. le sentiment aigu d'apporter une insécurité de plus dans sa famille où chacun a déjà ses propres problèmes.
Et cette peur qui ne quitte plus Suzanne, celle d'être dévalorisée par Teddy son mari et qui ne veuille plus l'aimer.
*

Le récit est court mais il est dense.
Christina Mirjol, une fois de plus, s'interroge et nous interroge sur la fragilité des êtres lorsqu'ils sont frappés durement par le destin.

Que parfois un accident de vie, un chômage peut être vécu par certaines personnes, comme une grande tragédie, comme une mise au ban de la société.
Viendra alors ce sentiment d'échec et ces heures mouillées de tristesse, où les êtres en désoccupation se sentiront inutiles, sans aucune importance, presque inadaptés à la société à laquelle ils avaient fièrement appartenu.


Et peut-être feront ils comme Suzanne, s'assiéront quelque part sur un banc, le coeur plein de chagrin, de solitude et d'attente. En espérant timidement que le vent glacial de l'oubli, ne les efface pas trop vite, ne les dilue pas trop vite dans l'espace, pour ensuite les faire disparaître.
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Suzanne, employée de bureau, 52 ans, se retrouve congédiée en 10 minutes. Vous avez égaré un dossier, lui dit-on.
A ces mots, c'est comme si sa vie s'arrêtait. La honte et le déshonneur l'empêchent de rentrer chez elle. Suzanne se dit qu'elle n'a plus de dignité et qu'un banc public est son seul salut, telle une S.D.F. A sa manière elle va exprimer sa révolte passive contre une décision arbitraire.
Ce roman nous amène à ce questionnement : la marginalité est-elle une fatalité ?
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Suzanne, après des années de bons et loyaux services au sein de son entreprise, est licenciée durement pour avoir seulement égaré un dossier. Au lieu de rentrer chez elle, elle s'assoit alors sur un banc. Des mois plus tard, elle est toujours sur ce même banc, où son mari lui rend parfois visite, avec un sandwich, ou bien avec une bassine pour laver son petit linge. Et les gens observent. Comme elle le dit si bien "Je regarde les oiseaux. Tout le monde peut me voir.". Car les gens sont dérangés de voir que quelqu'un qui possède une maison ne va pas y dormir, mais préfère, puisqu'on l'a mise dehors, rester sur un banc. Ce banc est pourtant public... et ce n'est pas la misère de cette femme licenciée que l'on condamne en créant un collectif, en signant des pétitions. C'est bien évidemment la présence de cette femme, et de sa survie par tous les temps, à toute heure de la journée.
Qu'elle est ambigüe cette Suzanne ! Ce n'est pas qu'elle ne possède plus rien : elle a un mari, un fils, un toît. Alors bien évidemment il est difficile de comprendre qu'elle puisse dormir sous les étoiles, faire d'un banc public un endroit damné, et condamné au souvenir de la honte, à la présence de la honte : qui regarde la honte finit par avoir honte aussi. C'est ce qui gêne les passants. Non ce n'est pas qu'elle ne possède plus rien, mais elle ne voit pas, Suzanne, comment elle pourrait rentrer chez elle et vivre normalement quand on la licencie froidement, comme une malpropre, comme une incompétente. L'accusation de l'incompétence crée l'incompétence et l'erreur : ainsi, elle n'est plus capable de rentrer chez elle, de rejoindre sa vie.

Suzanne ou le récit de la honte décrit à la première personne ce que c'est que d'être tout à coup émargé. Christina Mirjol utilise une écriture qui se pense, qui se dicte, qui se dit avec les hésitations et les redites de l'âme tourmentée, qui s'affole, désespère, ou espère parfois : "Je pense à ma jeunesse comme à une demoiselle qui me rendrait visite, mais elle est pressée et me quitte, et sur le banc désert je ne suis plus qu'une dame entourée de grands arbres et qu'on ne salue plus. Ma peau tiède et mouillée m'apparaît en rêve fripée : je suis une vieille femme assise sur un banc, tout à fait libérée de la tâche d'être jeune, qualifiée et jolie. Et si demain matin renaître était possible, dit Suzanne.".


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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Et voilà mon mari dans l’impasse qui descend m’apportant un repas dans son petit panier. Et il me dit bonjour en me faisant coucou.
« Coucou », fait mon mari en remuant la main dès l’entrée de la place, avec sur le visage un sourire radieux mais quand même un peu triste.
« Coucou », fait mon mari en faisant de la main un geste maladroit pour me signaler sa présence, et il est seul au monde sur ce sentier étroit qui le mène jusqu’ici.
« Coucou », je fais alors moi aussi quelques instants plus tard et il est déjà là.

[…]

Et voilà que Teddy avance dans l’allée, entouré de brouillard. Il vient pour ma toilette. Tous les jours, et très tôt, même samedi, même dimanche, même les jours de congé. Ce moment consacré (bien que machinal, trop rapide, et pour tout dire bâclé) est un moment d’ivresse dans la rigueur du reste.
Les chaussures de Teddy écrasant les graviers s’entendent bien avant l’arrivée de Teddy derrière les nuages, dit Suzanne. Je ne vois pas Teddy à l’entrée de la place mais je perçois de loin le frottement têtu et las de ses chaussures.
Dès que j’entends craquer les chaussures de Teddy j’entends entre les pierres de véritables cris.
J’ai du mal à me relever quand j’entends Teddy qui arrive ; c’est toujours trop tôt, il fait froid, et je n’ai pas dormi. Teddy sort du brouillard et c’est toujours un autre. Et pourtant c’est le même. Le même Teddy qu’hier. Le même que demain.
Et quel autre Teddy surgirait du brouillard que je reconnaîtrais comme un spectre tranquille ne serait-ce qu’une seconde ?
L’endroit du banc est noir où mon corps cette nuit a dormi, dit Suzanne. Ailleurs, aussi loin qu’on peut voir, tout est blanc.
La masse noire de Teddy traversant le brouillard porte tous les matins la bassine toute fumante. Derrière les mille fenêtres invisibles de la ville, tous les jours de leur vie, les hommes se lavent aussi, dans leurs lavabos, changent de linge, je dois donc faire comme eux.
Tu dois faire ta toilette, dit Teddy.
Comme l’eau de la bassine, presque brûlante encore, me transporte d’extase pendant le bref moment où je passe l’eau du gant sur mes membres gelés ! Je glisse rêveusement le gant chaud sur ma peau, caressant plusieurs fois les mêmes endroits gelés, trempant mes mains dans l’eau, laissant fondre le savon, oubliant de me laver.
Dépêche-toi Suzanne, dit Teddy, c’est bientôt l’heure pour moi.
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Je m’appelle Suzanne, j’ai cinquante-deux ans. Cela fait bien trente-cinq ans que je travaille. Douze ans dans ce bureau. Et voilà qu’on me voit assise sans bouger sur un banc à huit heures du soir.
Et ça fait combien de temps que je me suis mariée ? dit Suzanne. Cela fait bien trente ans. Oui. Cela fera trente ans. Il y aura trente ans l’an prochain que je me suis mariée, vingt ans que j’habite cette ville. Et qu’est-ce que cela fait si je reste assise maintenant sans bouger, ce que tout le monde peut voir, sans compter se demander, une femme sur un banc, à huit heures du soir sur un banc, toute seule et assise sur un banc, le banc de la rue Montalbert, si déserte à huit heures du soir. Qu’est-ce que cela fait donc, le banc de la rue Montalbert est presque sur mon chemin, il est donc naturel que je m’assoie puisque je suis si lasse.
Douze ans chez Hans Keller, mon patron, et voilà qu’il me met à la porte, dit Suzanne. À cinquante-deux ans. Trente-cinq ans que je travaille. Douze ans dans ce bureau. Et voilà qu’il me met à la porte. Le dossier Richter, a dit Hans Keller, était l’unique dossier urgent, le principal dossier, les autres peuvent attendre, le plus gros dossier c’est Richter. C’est donc un gros dossier qui m’aura échappé. Que j’aurai oublié dans un coin du bureau. Oublié dans un coin en tant qu’unique dossier. Certainement. Dans un coin du bureau. Pinelli savait-il que le dossier Richter était un gros dossier ? L’unique dossier urgent. Pinelli ou un autre. Et on ne m’a rien dit. Tout se passe tellement vite.
Suzanne, vous passerez dans mon bureau à dix heures, dit le patron Keller.
À dix heures moins cinq je suis devant le bureau du patron et je frappe à la porte.
Entrez, dit Hans Keller dix minutes plus tard, et je rentre.
Il parle. Je suis debout. Il se passe environ cinq minutes, voire moins. Peut-être quatre et demie. Peut-être trois, enfin, il me dit au revoir. Je fais demi-tour et je sors. Je ne fais plus partie de l’entreprise.
Il s’agit d’un dossier, d’un dossier important. Richter. Important et urgent. Énorme dossier paraît-il. Qui aurait disparu.
Devant les menaces du patron je reste debout immobile, je ne dis pas un mot, j’entends pour la première fois prononcer le nom de Richter.

Incipit
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Comme il est bon alors de ne plus rien vouloir et d'être comme de l'eau qui coule, tout simplement, sur la pente d'un chemin… Et comme les choses soudain qui semblaient solennelles nous apparaissent naïves, plus du tout mystérieuses mais limpides comme l'eau claire. Plus rien à attendre d'agréable ou de déplaisant et rien n'arrivera plus, puisque c'est fait, maintenant, que peut-il se passer ?

(p. 37)
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Et vous savez ce que disent les gens? Que vous mangez parfois ensemble comme chez vous. Et pourquoi donc ici? Pourquoi donc pas dans votre maison?... Répondez! dit le flic.
Mais que pourrais-je inventer qui permette qu'on se parle, lui et moi, tranquillement? dit Suzanne. A l'heure où l'on se lève! Quand on voudrait la paix! Et se taire. Parfaitement! Parce qu'on ne peut forcer sa nature par exemple, enfin, à peine debout, et trouver sur le champ une politesse spéciale! Spécialement amicale! Parce que je viens de me lever, et donc, puisque j'étais couchée, je dois déjà m'asseoir, ranger quelques affaires, faire du banc pour le jour un espace habitable et commode, dit Suzanne. Et puis, en vérité, je suis loin de parler au premier-né qui passe, je ne parle pas à vrai dire, je parle à Teddy, parce que Teddy me parle; il vient tous les jours et nous pouvons parler, lui et moi, nous parlons, et il ne se lasse pas, jamais il ne se lasse, bien que j'aie peu de choses à lui dire en fin de compte, à Teddy, mon mari....................... mais par épuisement je me tais, épuisement et rêverie; désaffection aussi, comme si la vague indigne, initialement énorme et débordante de honte qui submergeait mon coeur depuis le premier jour, s'était en quelque sorte déversée dans un lac, disposée à croupir dans cet endroit du monde jusqu'à la fin des temps. Une sorte d'eau dormante, oui, ni vive, ni tranquille, d'une profondeur d'ailleurs inappréciable, oui, abyssale peut-être, en tout cas ennuyeuse, inconnue même de moi, obscure, et mystérieusement silencieuse.
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Je m’appelle Susanne, j’ai cinquante-deux ans. Cela fait bien trente-cinq ans que je travaille. Douze ans dans ce bureau. Et voilà qu’on me voit assise sans bouger sur un banc à huit heures du soir.
(...)
Je cours depuis toujours en rentrant du bureau et là je ne bouge pas, je me suis même assise.
Je regarde les oiseaux. Tout le monde peut me voir.
Au lieu de me hâter, je regarde les oiseaux et je ne rentre pas.
Tout le monde peut me voir, assise à regarder les oiseaux qui sautillent, au lieu de me hâter. Après l’averse, debout, à regarder passer l’eau dans le caniveau, et maintenant assise, regardant près du banc les oiseaux qui sautillent, au lieu donc de rentrer, puisque je ne rentre pas, puisque c’est décidé, au lieu de rentrer je suis là.
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