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Citations sur Suzanne ou le récit de la honte (3)

Comme il est bon alors de ne plus rien vouloir et d'être comme de l'eau qui coule, tout simplement, sur la pente d'un chemin… Et comme les choses soudain qui semblaient solennelles nous apparaissent naïves, plus du tout mystérieuses mais limpides comme l'eau claire. Plus rien à attendre d'agréable ou de déplaisant et rien n'arrivera plus, puisque c'est fait, maintenant, que peut-il se passer ?

(p. 37)

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Et vous savez ce que disent les gens? Que vous mangez parfois ensemble comme chez vous. Et pourquoi donc ici? Pourquoi donc pas dans votre maison?... Répondez! dit le flic.

Mais que pourrais-je inventer qui permette qu'on se parle, lui et moi, tranquillement? dit Suzanne. A l'heure où l'on se lève! Quand on voudrait la paix! Et se taire. Parfaitement! Parce qu'on ne peut forcer sa nature par exemple, enfin, à peine debout, et trouver sur le champ une politesse spéciale! Spécialement amicale! Parce que je viens de me lever, et donc, puisque j'étais couchée, je dois déjà m'asseoir, ranger quelques affaires, faire du banc pour le jour un espace habitable et commode, dit Suzanne. Et puis, en vérité, je suis loin de parler au premier-né qui passe, je ne parle pas à vrai dire, je parle à Teddy, parce que Teddy me parle; il vient tous les jours et nous pouvons parler, lui et moi, nous parlons, et il ne se lasse pas, jamais il ne se lasse, bien que j'aie peu de choses à lui dire en fin de compte, à Teddy, mon mari....................... mais par épuisement je me tais, épuisement et rêverie; désaffection aussi, comme si la vague indigne, initialement énorme et débordante de honte qui submergeait mon coeur depuis le premier jour, s'était en quelque sorte déversée dans un lac, disposée à croupir dans cet endroit du monde jusqu'à la fin des temps. Une sorte d'eau dormante, oui, ni vive, ni tranquille, d'une profondeur d'ailleurs inappréciable, oui, abyssale peut-être, en tout cas ennuyeuse, inconnue même de moi, obscure, et mystérieusement silencieuse.

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Je m’appelle Susanne, j’ai cinquante-deux ans. Cela fait bien trente-cinq ans que je travaille. Douze ans dans ce bureau. Et voilà qu’on me voit assise sans bouger sur un banc à huit heures du soir.

(...)

Je cours depuis toujours en rentrant du bureau et là je ne bouge pas, je me suis même assise.

Je regarde les oiseaux. Tout le monde peut me voir.

Au lieu de me hâter, je regarde les oiseaux et je ne rentre pas.

Tout le monde peut me voir, assise à regarder les oiseaux qui sautillent, au lieu de me hâter. Après l’averse, debout, à regarder passer l’eau dans le caniveau, et maintenant assise, regardant près du banc les oiseaux qui sautillent, au lieu donc de rentrer, puisque je ne rentre pas, puisque c’est décidé, au lieu de rentrer je suis là.

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