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Critique de Harioutz


Harioutz
  19 mars 2020
Le magnifique texte de Chrisina Mirjol m'a immédiatement ramenée à ma récente lecture d' À la ligne, feuillets d'usine de Joseph Ponthus. Qu'elle en soit ici remerciée.

Même poésie des mots et du style, même narration atypique et mêmes effets sur le lecteur : des émotions à foison.

Nous pénétrons dans ce récit aux côtés d'un narrateur, observateur fortuit de la détresse d'Un Homme, un sans-abri anonyme parmi les anonymes, souffrant cruellement du froid, et croisé au hasard d'une sortie au cinéma durant l'hiver 2012. La culpabilité ressentie m'a renvoyée à celle que j'éprouve toujours, lorsque, quittant un commerce, ou conduisant ma voiture, je suis interpellée par la misère qui sévit partout à nos portes, dans la plus grande indifférence … combien de fois ai-je eu à répondre aux questions de ma fille « Mais pourquoi tu ne lui donnes rien à lui ? », sans trouver de réponse honnête … « J'ai donné à cette femme tout à l'heure, et pas à cet homme maintenant car les femmes sont, parmi les plus pauvres, celles qui souffrent le plus », pas réellement convaincue que cette réponse apportée justifie ma conduite …

Puis, nous entrons violemment dans le corps meurtri et la pensée toujours en mouvement de ce SDF, devenu narrateur, et qui se révolte si peu … parlant à son « ami » caddie, son combat est de chaque instant. Trouver une place – convoitée – baignée par le soleil, traîner sa jambe handicapée, parvenir à survivre, à rester debout, jour après jour. le souffle nous manque, l'avancée nous est pénible, la communion est totale.

Est-ce un long poème, est-ce un récit ? Un récit-poème, un poème-récit ? Ce qui est acquis, en revanche, c'est l'émotion que ce roman dégage, et l'empathie qu'il fait naître pour ces exclus invisibles.

Je n'ai jamais détourné les yeux, mais je me suis souvent sentie agacée par le voile de culpabilité que leur présence jetait sur mes trajets … je les verrai avec les yeux de Christina Mirjol dorénavant.

Mais en ces temps de confinement, combien sont-ils à ne plus pouvoir compter sur les maigres subsistances que les passants absents ne leur accordent plus ?
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