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Marguerite Yourcenar (Traducteur)Jun Shiragi (Traducteur)
ISBN : 2070700194
Éditeur : Gallimard (24/01/1984)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 20 notes)
Résumé :

Nombre de Français connaissent le Nô par ouï-dire ; d'autres pour en avoir lu ou feuilleté quelques-uns en traduction, ou même pour en avoir vu donner un au Japon ou par une troupe de passage. Bien des gens l'entrevoient grâce au bel et fracassant essai de Claudel, qui tout à la fois simplifie et exagère : " Le drame grec, c'est quelque chose qui arrive ; le Nô, c'est quelqu'un qui arrive. "

En quête de formule mémorable, on pourrait s'en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Cosaque
  30 novembre 2014
Parmi les cinq Nô de Mishima c'est celui-ci qui est le plus près de la trame traditionnelle de cette très ancienne forme théâtrale japonaise. Un Nô s'articule en deux temps. Dans un premier temps, un voyageur au cours de son périple rencontre une personne avec des occupations clairement ancrées dans le lieu où va se situer l'action. Ce personnage (le waki) informe notre voyageur qu'il s'est passé à cet endroit quelque chose en dehors du commun, il s'agit souvent d'un événement sanglant. Après que l'histoire a fini d'être narrée le waki cède la place au principal protagoniste du drame (le shité), c'est celui-ci qui a vécu au premier chef le drame raconté. Mais ce personnage n'est pas un narrateur, il revit au présent les événements passés, il s'agit en fait d'un fantôme. le shité et le waki sont les deux aspects d'une même personne, d'une « figure » une espèce d'être hybride qui fait le lien entre le monde concret et un monde surnaturel (dans le Nô il y a une composante religieuse). Quant au voyageur il n'a d'autre fonction que celle d'être le faire-valoir du waki/shité. Mishima a utilisé cette forme hyper codifiée et immuable du Japon traditionnel, pour faire remonter des forces occultes que la civilisation positiviste du 20e siècle semble sinon avoir détruites du moins cherche à masquer. La proposition de Mishima est avant tout poétique, cet aspect, Marguerite Yourcenar l'a particulièrement soigné dans son adaptation française.

Cette pièce se situe dans le cadre contemporain d'une chambre d'hôpital où immobile dans son lit une femme paraît dormir, c'est Aoï. Celle-ci souffre d'un mal qui serait d'origine mentale. Depuis plusieurs mois elle est cataleptique. Sa prostration s'interrompt parfois par des moments d'agitations qui semblent exprimer une souffrance physique.
Premier temps de la pièce : pénètrent, dans la chambre de la jeune femme, son mari et une infirmière. Cette dernière explique le mal de la jeune femme par des raisons psychologico-sociales. Or ces explications rationnelles dissimulent une sourde jalousie dont l'objet reste indistinct. Néanmoins l'infirmière au milieu de ses propos ambigus laisse entendre qu'une femme visite régulièrement la malade. Mais elle ne peut pas tellement en dire d'avantage, car la présence de cette visiteuse nocturne la gêne au point qu'elle n'est jamais restée longtemps en sa présence, laissant cette femme seule dans la chambre. L'infirmière s'éclipse et laisse Hikaru seul et perplexe avec Aoï.
Deuxième temps : entre Madame Rokujo, qui n'est autre qu'une ancienne liaison amoureuse d'Hikaru. Madame Rokujo est une belle femme d'allure aristocratique, mais dont le charme de la jeunesse n'est plus. Tout en éludant les questions d'Hikaru relatives à sa présence régulière auprès de sa femme elle tente de reconquérir son ex-amant, sans succès. Alors elle convoque la puissance évocatrice du souvenir, et celui-ci prend corps dans la chambre d'hôpital. À partir de cet instant la drame bascule dans une atmosphère onirique où se superpose une promenade en bateau sur un lac à la souffrance d'Aoï. Il y a toutefois une progression, dans un premier temps l'envoutement fonctionne complètement, tout disparaît, n'existe plus que le passé de cette promenade lacustre, ce n'est qu'au fur et à mesure du succès de la manipulation de madame Rokujo que la jeune Aoï gémit, s'agite et finalement hurle. La souffrance du dernier hurlement est tel qu'il sort le jeune homme de son hypnose, ce qui provoque la disparition de madame Rokujo. Mais ce sortilège a été fatal pour Aoï. Madame Rokujo n'est pourtant qu'involontairement responsable, car ce n'est pas elle qui a agi devant nous, mais son simulacre, son inconscient ou ce que les Japonais appellent son fantôme vivant.


Cette pièce commence doucement, se poursuit dans une douceur très raffinée et s'achève avec une espèce de férocité animale. Ce drame, par le prisme de l'imaginaire poétique de Mishima qui s'est saisi d'une forme multiséculaire, met en scène le désir de possession des humains les uns sur les autres .
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flolunaire
  08 septembre 2013
Cinq pièces que Mishima écrit à l'aune des classiques ainsi le tambourin de soie ou Komachi Sotoba.
Le lecteur retrouve des trames ou histoires issues de la tradition mais insérées dans une époque contemporaine à l'auteur.
Ce que l'on retrouve des modèles, c'est le tragique des personnages et la prégnance de la passion qui est à la fois synonyme de mort et de vie ultime.
des pièces courtes et denses, traduites par Yourcenar....
Un très bon moment à passer, en somme!
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kevindio
  08 juillet 2017
On connaît peu Yukio Mishima en tant que dramaturge, mais c'est pourtant un genre dans lequel il excelle. Il nous le montre ici en dépoussiérant le nô, tout en parvenant à ne pas dénaturer ce théâtre tellement japonais et à nous dévoiler une fois de plus son talent. On prend un réel plaisir à découvrir l'intrigue et à s'imprégner de cette atmosphère si particulière qui entoure ces pièces.
Lien : https://comaujapon.wordpress..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
IansougourmerIansougourmer   21 mai 2014
Ah ! Que vous parliez ainsi est pour moi une médecine, une médecine qui guérit immédiatement mes blessures, une merveilleuse médecine. Cependant...je sais qui vous êtes : celui qui administre en premier lieu la médecine et inflige ensuite la blessure. Jamais vous ne faîtes l'inverse. La médecine d'abord, ensuite la blessure. Et après la blessure, jamais plus vous ne donnez de médecine....
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IansougourmerIansougourmer   14 avril 2013
Les cinq Nô modernes de Mishima portent d'immémoriales molécules asiatiques. Au premier coup d'œil, la coloration "japonaise" en effet se voit peu : c'est à la longue seulement qu'on s'aperçoit qu'elle imbibe tout.

Marguerite Yourcenar, préface
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CosaqueCosaque   28 novembre 2014
AOÏ

L'INFIRMIÈRE : [...] Pas une maison, ou presque, dont les lampes ne soient pas éteintes. Tout ce que vous voyez se sont deux lignes nettes de réverbères. C'est l'heure de l'amour. L'heure de l'amour, du combat, de la haine. Quand les batailles du jour prennent fin, la guerre nocturne commence. Une lutte bien plus sauvage, bien plus effrénée. Les trompettes de la nuit qui proclament l'ouverture des hostilités sonnent en ce moment. Une femme saigne, meurt, et revient à la vie à d'innombrables reprises. Et il faut qu'elle meure une fois avant de vivre. Les guerriers, ces hommes et ces femmes, portent sur leurs armes les brassières noires du deuil. [...]

Traduction: Marguerite Yourcenar et Jun Shiragi
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