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Tanguy Kenec'hdu (Traducteur)
ISBN : 2070383318
Éditeur : Gallimard (01/02/1991)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 67 notes)
Résumé :
La Mer de la fertilité, testament littéraire de Mishima, réunit quatre romans qui couvrent l'histoire du Japon de 1912 à 1970, sur quatre générations : Neige de printemps ; Chevaux échappés ; Le temple de l'aube ; L'ange en décomposition. " Et pouvez-vous dire avec certitude que, tous les deux, nous nous sommes déjà rencontrés ? - Je suis venu ici il y a soixante ans. - La mémoire est comme un miroir fantôme. Il arrive qu'elle montre des choses trop lointaines pour ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
andman
  07 juillet 2013
Deuxième opus de la tétralogie de Mishima, « Chevaux échappés » débute en 1932, alors que la grande dépression mondiale fait sentir ses effets désastreux sur l'ensemble des économies développées. le Japon avec un taux de chômage à 20% n'est pas épargné.
Depuis le début de l'ère Hirohito six ans plutôt, le Japon connaît une grande instabilité politique et l'assassinat du Premier ministre Inukai le 15 mai 1932 par des officiers de marine est un coup terrible pour la jeune démocratie nipponne. Bien qu'ayant échouée, cette tentative de coup d'état marque la montée en puissance de l'armée dans les affaires du pays.
C'est dans ce contexte économique et politique particulièrement inquiétant que nous retrouvons Honda à l'âge de 38 ans au poste de conseiller à la Cour d'Appel d'Osaka. Rappelons qu'Honda était, vingt ans plutôt, l'ami de feu Kiyoaki Matsugae le personnage principal du premier opus « Neige de printemps ».
Alors qu'il assiste à un tournoi de kendo organisé lors d'une fête de printemps, il est subjugué par la fougue d'un des combattants, Isao Iinuma, dont la beauté lui rappelle son ami de jeunesse Kiyoaki.
Bien que de nature cartésienne, Honda s'est depuis longtemps senti attiré par les anciennes lois indiennes de Manu qui donnaient une importance particulière à la réincarnation. Honda en est sûr : Isao est, à son insu, Kiyoaki réincarné.
Quelque mois plus tard Honda apprend, stupéfait, l'arrestation et l'inculpation d'Isao et de onze comparses pour tentative d'assassinats sur douze personnalités japonaises éminentes. Ces capitaines d'industrie, ces banquiers, ces hommes politiques sont coupables aux yeux des conspirateurs d'être des capitalistes dépourvus de tout loyalisme national.
Une dénonciation a empêché les assassinats in extremis.
A la surprise générale Honda démissionne de son poste à la Cour d'Appel et devient l'avocat de celui qu'il pense connaître mieux que quiconque. Endossant cette fois le rôle de la défense, arrivera-t-il à sauver de la prison ces jeunes terroriste épris de pureté qui avaient projeté de se donner la mort par seppuku sitôt les assassinats à l'arme blanche accomplis ?
Chacun connaît la fin tragique de Mishima en novembre 1970.
« Chevaux échappés » écrit un an plus tôt s'apparente à un testament. La genèse de son suicide dans la pure tradition samouraï y est relatée dans un style littéraire forçant l'admiration.
S'il est un écrivain qui s'est identifié de façon radicale à un de ses personnages de roman, c'est bien Mishima !
Son jeune héros Isao endosse l'habit d'un ultranationaliste vénérant Sa Majesté Sacrée l'empereur, de surcroît son patriotisme jusqu'au-boutiste allie la conformité de la pensée et de l'action.
Au Président du tribunal qui lui demande si le patriotisme ne peut pas rester simplement une foi, Isao se référant au philosophe chinois Wang Yang-Ming répond : « Savoir et ne pas agir, ce n'est pas encore savoir ».
Puis, comme si Mishima lui-même voulait se justifier devant l'Histoire, l'écrivain fait dire à son personnage : « Telle est la philosophie que je me suis efforcé de mettre en pratique ».
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ATOS
  25 juillet 2017
Voici donc le deuxième tome. Deuxième acte. Différent et pourtant si proche du premier.
« Je viens d'avoir un rêve. Je te reverrai. Je le sais. Sous la cascade. »…
Telle était la vision du héros principal, celle du jeune Kiyoaki, au moment de sa mort, vision confiée à son ami Honda.
Nous voilà en 1932, Japon. Honda a mûri. Kiyoaki repose. 18 ans sont passés. le monde change. L'ère Meiji n'est décidément plus. Un capitalisme outrancier, effréné s'est engouffré dans l'âme japonaise. Les équilibres sont rompus. Les sabres doivent être rangés, déjà se dressent de nouveaux autels, renversant, bousculant un ordre dans lequel les hommes consentaient à vivre.
Les richesses sont subtilisées, le nouvel ordre mondial n'apporte pas au plus démunis la félicité.
La famine fait rage, les campagnes sont exsangues. le Japon a faim et pourtant les coffre-forts sont pleins. Politique et profit marchent de concert.
Les seigneurs ne sont plus, l'empereur n'a plus la main sur le destin, les règles du jeu ont changé.
Le thème de la réincarnation est le fil conducteur de « La mer de la fertilité » de Mishima, ,et c'est dans ce deuxième tome que l'on comprend davantage ce que ,pour Mishima, ce concept signifie.
Le corps disparaît, l'âme teint à rejoindre le soleil, mais l'esprit , l'esprit lui est divin car il ne meurt jamais. Immortel. Il renaît.
C'est grâce à Mishima que je comprends mieux cette notion. Que voyons nous en celle ou celui que nous pensons être une réincarnation ? Ses traits ? Ses gestes ? Non, c'est l'esprit, le monde de ses idées. Ainsi voit on à travers les âges , revenir l'esprit de la liberté, l'esprit de la beauté, de la bonté, mais également l'esprit du mal, l'esprit de la haine. C'est l'esprit qui demeure et l'homme n'est que le véhicule de la pensée. le ciel lui même transporte la nuit, transporte le jour, et rien n'arrête son cours.
Voici donc l'esprit de Kiyoaki revenu. Il revient à travers Isao, le jeune Isao, en se présentant à Honda sous une cascade. Aussi impétueux, aussi vif, aussi excessif, aussi entier, exigeant, aussi perdu, aussi plein de douleurs et de colère que le fut Kiyoaki. Ne sachant que faire de son corps, il plonge son sabre dans les entrailles de son esprit.
C'est à la lecture ce deuxième tome que je suis particulièrement frappée par la correspondance entre le destin de l'auteur et le destin de son personnage.
Tout est là, inscrit, analysé, déclaré, panifié. Écrit.
« La mort de Mishima est l'une de ses oeuvres et même la plus préparée de ses oeuvres" écrivait Marguerite Yorcenar. Et c'est tellement vrai, et c'est tellement effrayant à la fois.
Mishima s'est réincarné dans ses personnages. Il a donc rejoint le soleil. Immortel, son esprit est devenu immortel. Tout est là. L'idée est terrifiante.
Passé ce malaise, cet étonnement, et à la fois cet émerveillement, car on ne peut qu'être émerveillé devant cette oeuvre, cet acte , ce geste littéraire, un fois donc passé ce choc, on ne peut pas faire l'impasse sur le rapprochement de cet esprit qui anime le corps d'Isao et l'esprit qui traverse actuellement une partie de la jeunesse occidentale, voir mondiale.
Perte de repères, incapacité à projeter ses rêves dans une réalité qui semble échappée à toute justice, à tout honneur, à tout dignité, à toute équité.
Le désordre extérieur malmène l'intérieur des êtres, il leur faut donner raison à leur mal être. Échapper,... s'échapper.
Rien ne peut les arrêter, l'enseignement de correspond plus à leur besoin, les aînés s'affaiblissent, l'autorité perd le respect. C'est dans le nationalisme que le jeune Isao tente de trouver la langage audible de ce qu'il nomme la pureté. «  en pure perte » voilà la déclaration solennelle et glaciale d'Isao.
Agir en pure perte , en ayant conscience de ce détachement total, aucune notion d'intérêt, aucune récompense, aucune louange, faire de sa vie « une pure perte », comme un geste de beauté.
Terrifiant.
Jamais la plume de Mishima n'a été aussi coupante, brûlante. Jamais le danger n'a plané aussi près de ses écrits.
Il faut je crois donner à lire la mer de la fertilité, mais il faut veiller à en totalement débattre.
L'idée de justice, de loyauté, d'idéal, l'idée de nation, l'idée d'incarnation , d'identité, doivent être développées, expliquées auprès d'un jeune public.
Faire lire Mishima, oui, et puis en parler.
Lire Mishima et ne pas quitter des yeux ce qu'il a écrit ni ce à quoi il est arrivé, c'est à dire à sa propre fin.
Les livres traitant du suicide, de la notion de « pure perte », qui peuvent rejoindre tous les fanatismes et extrémismes de tristes augures, sont des livres que l'ont doit accompagner.
Mais leur lecture est nécessaire, impérative même. Et la qualité littéraire de Mishima, son honnêteté, permet de mettre les cartes sur nos tables.
On ne peut qu'être douloureusement fasciné par Mishima, fasciné comme on peut l'être par la flamme, par l'oeil d'un ouragan, fasciné par le vide qui vous surprend et vous appelle au bord d'une falaise, fasciné devant un danger que l'on pense maîtriser. Jouissance de la perversion. Voilà ce qui revient au sujet de l'esprit Mishima. Jouissance et intelligence de la perversion.
Mais cela dit, dit et une nouvelle fois dit, pourquoi les écrits de Mishima semblent ils si pertinents à notre époque ?
A bien y regarder, quelle différence entre un seppuku et une ceinture d'explosif ?
Quelle différence entre ce nationalisme, ce fanatisme des cultes divins, cette vénération des ordres anciens, ce code d'honneur, cette iconographie, cette notion de pureté qui se voudrait idéal, quelle différence avec les fanatismes actuels de tout poil qui veulent établir un nouvel ordre, imposer la nuit comme tribut à une illusoire éternité ? S'éventrer ou se faire exploser, quelle différence ?
La pureté de l'intention ? le déroulement de l'histoire ?
A bien regarder le jeune Isao, à entendre ses théories, à le voir ainsi mourir en pure perte ne ressentons nous pas la même stupéfaction que le fidèle Honda ? Qui sont de nos jours les réincarnations de Kiyoaki , d 'Isao ? Ne sont ils pas parmi nous ?
Les écrits de Mishima aussi brûlants soient-ils, ne permettraient-ils pas de décrypter l'esprit qui meut quelques jeunes âmes perdues et tourmentées qui agissent en pure perte d'eux mêmes ?
Qui sont ces « ces enfants invisibles », égarés dans les limbes d'une réalité qui ne les reconnaît plus ? Pourquoi leurs rêves ont ils le goût du sang et la couleurs d'un cauchemar  ? « Il faut qu'une nation se détruise elle-même avant que l'étranger puisse causer sa destruction, qu'un homme se méprise lui même avant d'être l'objet du mépris des autres ». Terrible , etrrifiante phrase.
Mais Mishima met en garde : «  Ce surtout contre quoi il faut mettre en garde un jeune homme comme vous, c'est la confusion de la pureté d'intention et de l'histoire »…
Mais il écrit également que la pureté est étoffe de poésie… Où ce situe la limite, sur quelle lame évoluons nous ?
Une bonne occasion de mourir vaut elle plus que toutes les raisons de vivre ?
Décidément Mishima ne cesse pas de m'étonner, et de m'interroger.
Vers quoi et vers qui nous conduira le troisième tome ?…
«Je viens d'avoir un rêve. Je te reverrai. Je le sais. »…
Alors rêvons puisque vient l'heure de nous séparer
Astrid Shriqui Garain
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feanora
  05 décembre 2012
Isao est un jeune japonais, ivre de pureté.
Il ne supporte pas la corruption qui sévit dans son pays. Il ne rêve que de la tradition et l'esprit samouraïs.
Il décide avec d'aitres camarades qu'il a convaincus de faire des attentats à Tokyo de manière à pouvoir se donner la mort par seppuku.
Il est dénoncé à la police avec ses camarades qui ne pourront pas passer aux actes.
Il sera ainsi emprisonné pendant de longs mois.puis remis en liberté sans que sa pureté ne soit altérée.
Aussi, lorsqu'il apprendra la vérité sur sa dénonciation il s'enfuira et mourir par seppuku.
Un livre très profond dans lequel Mishima nous livre vraisemblablement le fond de sa santé puisque lui même se suicidera en se faisant hara-kiri.
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Derwijes
  07 juin 2015
Si vous vous intéressez à la littérature japonaise, depuis peu ou depuis longtemps, le nom de Yukio Mishima doit vous dire quelque chose.
Souvent cité comme étant l'un des plus grand auteur japonais du XXème siècle, Mishima était un personnage tourmenté. Homosexuel et nationaliste, il vivait à une époque ou le Japon subissait de grands changements, s'ouvrant pleinement à la culture Occidental. En 1965, il commence la rédaction de son testament littéraire: La Mer de la fertilité.
Selon Mishima, cette tétralogie réunissait tout ce qu'il savait de la vie, et on veut bien le croire, tant ces quatre livres abordent de thèmes différents. Parfois comparé à La recherche du temps perdu de Proust, la Mer de la fertilité est une oeuvre gigantesque, une sorte de fresque immense du Japon et de la nature humaine.
J'avais eu du mal à lire Neige de Printemps, le premier tome, mais j'ai hanté par cette lecture après avoir fini le livre, et si j'ai été un peu sévère lors de mon premier jugement, je dois avouer que Neige de Printemps m'a beaucoup séduit.
J'ai eu encore plus de mal à lire Chevaux échappés que son aîné, mais là, j'ai été déçu.
Pourtant, ce qui avait fini par me plaire dans le premier tome est de retour: le style de Mishima, très bien traduit, met toujours en place des miniatures japonaises, où gravitent nos sens, et ses personnages sont toujours complexes et fascinants.
Mais surtout, c'est l'amour qui fait rouler ce récit. Après l'amour impossible de Kiyoaki et Satoko, voilà maintenant l'amour du jeune Isao pour son pays, qu'il estime souillé, et auquel il veut rendre sa 'gloire d'antan' via une action sanglante.
Le personnage d'Isao, ultranationaliste obsédé par la mort, ne m'a pas convaincu. Il représente un aspect important de la culture japonaise, mais un aspect que les Occidentaux ont du mal à comprendre. Personnellement, Isao m'a paru tout au long du livre être un gamin gâté et psychopathe sur les bords, et ceux qui le suivent ne sont pas mieux ! Seul Honda m'a plu, mais il reste en retrait, en spectateur de l'histoire.
En fait, Chevaux échappés mérite une meilleure note que celle que je lui ai donné. C'est un très bon livre, digne de son auteur, qui s'intègre parfaitement dans la tétralogie de Mishima. Mais voilà, sur Babelio, je note mes livres selon le plaisir que j'ai pris à les lire, et je n'ai franchement pas eu beaucoup de plaisir à lire Chevaux échappés. le thème du roman m'est resté hermétique tout du long, les descriptions m'ont ennuyés, les personnages déplus, l'action m'a semblé morne et trop lente...Même si certaines fulgurances descriptives de l'auteur m'ont plu.
Comme je l'avais dit dans ma critique de Neige de Printemps: soit on aime, soit on aime pas, mais Mishima ne laisse personne indifférent. Tenter l'expérience !
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stcyr04
  07 juin 2013
Isao, émanation réincarnée de Kiyoaki décédé en fin du premier volume de cette tétralogie est un être semblable de par sa dimension passionnelle, mais d'une toute autre force de caractère. C'est un idéaliste obsédé par la pureté, d'un attachement fanatique en la personne de l'empereur et aux valeurs ancestrales du Japon menacées par le capitalisme triomphant et les moeurs de l'occident. Influencé par une brochure exaltant les vertus de courage et d'allégeance du samouraï, il décide avec des camarades de l'Académie du Patriostisme fondée par son père, qui fut, en son temps, le précepteur de Kiyoki, d'une conjuration à visée nationaliste pour punir les tenants honnis du nouvel ordre de choses par des assassinats ciblés, puis de parachever l'oeuvre par un suicide rituel : le Seppuku.
Tout comme dans Neige de Printemps, la mort est omniprésente dans cette oeuvre; et les aspirations de son auteur se font jour: retour aux valeurs chevaleresque incarnées par le samouraï, loyauté au rites immémoriaux du Japon, rejet des valeurs véhiculées par l'occident et volonté de parachever sa propre vie par une mort choisie et acceptée.
Cette lecture m'a singulièrement rappelé un passage du Roi des Aulnes de Michel Tournier concernant la pureté et par laquelle je clôturerai cette critique : “La pureté est l'inversion maligne de l'innocence. L'innocence est l'amour de l'être, acceptation souriante des nourritures célestes et terrestres, ignorance de l'alternative infernale pureté-impureté. De cette sainteté spontanée et comme native, Satan a fait une singerie qui lui ressemble et qui est tout l'inverse : la pureté. La pureté est horreur de la vie, haine de l'homme, passion morbide du néant. Un corps chimiquement pur a subit un traitement barbare pour parvenir à cet état absolument contre nature. L'homme chevauché par le démon de la pureté sème la ruine et la mort autour de lui. Purification religieuse, épuration politique, sauvegarde de la pureté de la race, nombreuses sont les variations sur ce thème atroce, mais toutes débouchent avec monotonie sur des crimes sans nombre dont l'instrument privilégié est le feu, symbole de pureté et symbole de l'enfer.”
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
andmanandman   08 juillet 2013
Aucun nuage ne voilait la satisfaction de la femme assoupie par un après-midi d’été. De fines perles de sueur recouvraient sa peau. Ses sens avaient emmagasiné une grande abondance de souvenirs divers. Son ventre, s’enflant légèrement en respirant dans son sommeil, se gonflait telle une voile dans la merveilleuse plénitude de sa chair. Le nombril délicat qui résistait à la voile en tirant de l’intérieur, couleur des bourgeons de fleurs de cerisier sauvage, reposait paisiblement frais et rosé, sous une flaque de sueur minuscule. La gracieuse fermeté des seins, à l’air si majestueux, semblaient exprimer d’autant mieux la mélancolie de la chair. La peau finement tendue, semblait rayonner comme par une lanterne allumée au-dedans. Le grain lisse de l’épiderme atteignait jusqu’à l’extrémité des seins d’où émergeait, telle la vague déferlant sur l’atoll, le tissu en relief des aréoles. Celles-ci étaient couleur d’orchidée, pleines d’agressivité calme et pénétrante, teinte empoisonnée qui veut attirer la bouche. Sur ce pourpre foncé, le mamelon se dressait tout fringant, tel un écureuil effronté levant la tête. L’effet en était d’une gaieté espiègle.
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andmanandman   13 juin 2013
Sa mère était devenue assez forte, au point que ses mouvements en étaient embarrassés. La jeune fille folâtre, aux yeux emplis de curiosité et qui ne voyait jamais que le côté ensoleillé des choses, se dissimulait à présent sous le triste fardeau de chairs surabondantes où semblait s'exprimer un tempérament aussi joyeux qu'un ciel tout entier assombri. Il y avait une âpreté dans son regard qui suggérait une incessante colère mais, malgré tout, les mouvements érotiques de ses yeux étaient restés ce qu'ils étaient, bien des années auparavant.
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andmanandman   12 juin 2013
A présent, les prêtres s'avançaient, portant le fût et la jarre de terre. Vêtus de blanc, avec de noires coiffes de cérémonie, ils élevaient solennellement ces offrandes, et les lys attachés frémissaient de beauté au-dessus de leurs têtes. Un des lys à tige particulièrement longue portait un bourgeon dont la pâleur rappelait celle d'un adolescent au comble de l'émotion et sur le point de s'évanouir.
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stcyr04stcyr04   06 juin 2013
Peut-être y avait-il quelque loi non écrite de la nature humaine qui proscrivait clairement des pactes entre les hommes. Avait-il impudemment violé semblable interdit? Dans les relations humaines ordinaires, le bien et le mal, la confiance et la défiance apparaissent sous une forme impure, mêlés en faibles proportions. Mais quand des hommes se rassemblent en un groupe voué à une pureté qui n’est pas de ce monde, le mal qui est en eux peut demeurer, épuré en chacun des associés, mais se confondant pour former un unique et pur cristal. Si bien que parmi un assemblage de joyaux d’un blanc pur, il était peut-être inévitable qu’on trouvât également une pierre noire comme la poix.
Si l’on poussait un peu plus ce concept, on se heurtait à une ligne de pensée extrêmement pessimiste : que, du fait de leur nature, la substance du mal se trouvait davantage dans les fraternités du sang que dans la trahison. La trahison était chose qui dérivait de ce mal, tandis que le mal s’enracinait dans la fraternité du sang elle-même. Autrement dit, le mal le plus pur auquel pouvait atteindre l’effort des hommes était sans doute l’oeuvre de ceux d’entre les hommes qui unissaient leurs volontés, et qui considéraient le monde du même oeil, de ceux qui allaient contre le grain de la diversité de la vie, de ceux dont l’esprit renversait la muraille naturelle du corps individuel, réduisant à rien cette barrière érigée pour se protéger de la corrosion mutuelle, de ceux d’entre les hommes dont l’esprit accomplissait ce que la chair ne pouvait accomplir. Collaboration et coopération étaient des mots faibles liés à l’anthropologie. Tandis que fraternité du sang... cela voulait dire que l’on unissait passionnément son esprit à l’esprit d’un autre. En soi, cette union faisait preuve d’un éclatant mépris pour la frivole et laborieuse démarche humaine où l'ontogénèse récapitule éternellement la phylogénèse, où l’homme ne tente sans cesse d’approcher d’un peu plus près la vérité que pour en être frustré par la mort, démarche qui, à jamais, doit recommencer dans le sommeil du liquide amniotique. En trahissant cette condition humaine, la fraternité du sang tâchait de gagner sa pureté; aussi, peut-être fallait-il s’attendre qu’à son tour, et par sa nature même, elle suscite sa propre trahison. Pareils hommes n’ont jamais eu de respect pour l’humanité.
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andmanandman   03 juillet 2013
Un instant, leurs regards se croisèrent. Isao,regardant les yeux de son père, en vit toute la lâcheté sans qu'y brillât aucun courage. Mais, dans ces yeux, tel le martèlement lointain des sabots qui se rapprochent, la colère jaillissait du plus profond du cœur.
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"le Pavillon d'Or", de Yukio Mishima (Alchimie d'un roman, épisode n°23)
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