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Pauline Réage (Traducteur)
ISBN : 207038036X
Éditeur : Gallimard (11/05/1988)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 96 notes)
Résumé :
Dix nouvelles sont ici rassemblées. Elles reflètent tout à la fois la diversité des talents de Mishima - art du détail comme du développement thématique, art de la description comme de l'ellipse - et la diversité des univers qu'il pénètre.

Les hommes d'affaires et leurs épouses, les geishas, les gens du peuple, les acteurs du kabuki, le vieux prêtre du temple de Shiga et les soldats finissent par composer un Japon moderne en butte à ses traditions sé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  12 janvier 2016
La Mort en été rassemble dix nouvelles qui portent les obsessions de Mishima pour un Japon traditionnel et sa fascination pour la mort.
La nouvelle qui donne le titre à l'ouvrage est celle qui m'a le plus fascinée. Mishima y raconte la mort d'un homme par seppuku et ses préliminaires. Un passage qui possède une tension et intensité inouïes encore extrêmement vivantes dans mon esprit, des années après sa lecture.
Une mort que Mishima a choisie pour lui-même, en la mettant en scène après un coup de force raté, une fin dont Marguerite Yourcenar, dans Mishima ou la Vision du vide paru en 1980, dit qu'elle est « l'une de ses oeuvres et même la plus préparée de ses oeuvres ».
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nebalfr
  10 mars 2018
(Critique commune du recueil de nouvelles *La Mort en été* et du film *Yûkoku, rites d'amour et de mort*, tous deux de Yukio Mishima.)
RITES D'AMOUR ET DE MORT – PARDON, RITES OF LOVE AND DEATH

Mishima Yukio a touché à tous les genres littéraires – mais il a notamment écrit un certain nombre de nouvelles, et La Mort en été, recueil initialement publié en 1966, en comprend dix (ou plus exactement neuf et une petite pièce de théâtre…), très diverses dans la forme comme dans le fond, et qui pourtant témoignent d'un auteur génial faisant oeuvre, avec une certaine cohérence, et des obsessions qui reviennent sans cesse ; Freud aurait apprécié, amour et mort font ici très bon ménage… même si jamais autant que dans la nouvelle « Patriotisme », sans le moindre doute celle qui marque le plus dans l'ensemble de ce recueil, pour de bonnes ou d'un peu moins bonnes raisons – ce qui implique une place à part, et j'y reviendrai plus en détail, en évoquant tant qu'à faire son adaptation cinématographique, par Mishima lui-même, et avec lui-même dans le rôle princpal, Yûkoku, rites d'amour et de mort.

Cependant, la primauté de « Patriotisme » ne doit pas non plus jeter une ombre morbide sur les neuf autres textes constituant ce recueil. Il est sans doute un peu inégal, comme le sont à peu près tous les recueils de nouvelles, mais le niveau est forcément très élevé (Mishima, bordel), et il contient de très belles pièces, qu'on aurait bien tort d'ignorer.

Une note préalable, toutefois : La Mort en été est un recueil traduit de l'anglais… On connaît l'histoire de ce souhait de Mishima, même si, pour ce que j'en ai lu, cela n'était pas systématique. Ici, le traducteur est donc Dominique Aury – et les différentes versions de ce recueil, complet ou abrégé, ne sont pas revenues sur cet état de fait. C'est éventuellement fâcheux, car il y a certains passages qui sonnent faux… En fait, le recueil est ici très inégal : il y a des moments de grâce infinie, il y a des lourdeurs qui pèsent sur l'appréciation du récit par le lecteur. Mais, pour le coup, c'est peut-être bien ce double degré de traduction qui pose problème – car les dix nouvelles composant en anglais Death in Midsummer and other stories… ont été traduites par quatre traducteurs différents ! Cela constituerait une explication possible à ce caractère inégal, qui est très regrettable… Un bon coup de ripolin aurait été appréciable – voire, soyons fous, une nouvelle traduction, du japonais…

TROIS EXCELLENTES NOUVELLES

Mais les nouvelles, donc. Outre « Patriotisme », trois nouvelles me paraissent devoir être mises en avant, qui brillent tout particulièrement.

La Mort en été

Je citerais tout d'abord « La Mort en été », un texte cruel et dur, pourtant d'une manière bien différente de « Patriotisme » ; le drame est ici avant tout psychologique, même en ayant des bases très concrètes, car le récit se focalise sur la réaction d'une femme à la tragédie constituée par la mort de deux de ses enfants, et de sa belle-soeur qui les surveillait, sur une plage agréablement ensoleillée, en villégiature.

L'horreur du fait-divers en lui-même passe d'une certaine manière au second plan, le ressenti de la femme est central, dont on ne sait trop que penser ; car elle prend tour à tour l'apparence d'une mère effondrée et d'une Médée, sinon d'une créature superficielle et égotiste (elle n'est certes pas le seul personnage féminin de ce recueil à susciter des sentiments ambigus de compassion et de répulsion tout à la fois).

La nouvelle traite ainsi de la possibilité ou non de vivre, simplement vivre, après pareil drame, mais, loin de tout sentimentalisme sirupeux, elle confronte directement le lecteur à la complexité de la psyché humaine, faite de paradoxes et de pieux ou moins pieux mensonges ; la nouvelle noue le ventre – sans l'échappatoire du seppuku.

Le Prêtre du temple de Shiga et son amour

J'ai beaucoup aimé aussi « Le Prêtre du temple de Shiga et son amour », un texte qui détonne un peu, éventuellement, du fait de son caractère « historique », qui lui confère en même temps un vernis « classique » pas désagréable.

Le thème de la nouvelle peut paraître passablement convenu : un saint homme croise la route d'une jolie femme, et, succombant à la tentation bien malgré lui, il perd aussitôt toutes ses certitudes, et craint d'être passé à côté de l'essentiel durant toute une vie de dévotion.

Cependant, Mishima ne livre en fait pas ici un texte si moqueur que cela, visant à railler l'ersatz en bonze de calotin : le prêtre comme son adorée sont des êtres en quête d'absolu, et leurs approches se répondent – la blague n'en est pas une, et s'il y a un semblant de réponse d'ordre éthique, ici, c'est d'une manière bien plus subtile que ce que l'on aurait pu croire.

Onnagata

Je citerais enfin « Onnagata », à mon sens la nouvelle de la Mort en été qui approche le plus le brio saisissant de « Patriotisme ». Peut-être parce que, là aussi, nous ne sommes pas seulement amenés à lire une histoire, mais à explorer crument la psyché de Mishima ?

La nouvelle traite donc d'un onnagata, c'est-à-dire d'un de ces acteurs mâles qui jouent les rôles féminins des pièces de kabuki. On sait, semble-t-il, que Mishima était fasciné par ces acteurs, et que cette fascination a pu jouer un rôle dans la découverte et l'acceptation de son homosexualité. Ils incarnent à leur manière une forme supérieure de beauté masculine, dans leur indétermination – dont le lieutenant suicidant de « Patriotisme » constitue le revers… a fortiori quand il est incarné par un Mishima fier de son corps sculpté dans les salles de gymnastique. Mais la nouvelle, habile, traite de cette fascination en biais, au travers du personnage d'un passionné de kabuki, mais plus encore d'onnagata, et follement amoureux du plus grand, du plus beau onnagata de son temps.

Cependant, la nouvelle ne s'en tient pas là, et s'extrait du registre classique du kabuki pour envisager une mise en scène « moderne », même si sur la base maligne d'un texte classique, Si je pouvais les intervertir ! (dont on trouve des extraits dans l'anthologie Mille Ans de littérature japonaise), un roman médiéval dans lequel, en raison de leurs inclinaisons naturelles, un garçon est élevé en fille et une fille en garçon… Ce travail de « modernisation » d'un classique renvoie sans doute à la propre activité de Mishima dramaturge (même si c'était le nô qu'il prisait avant tout, et j'y reviendrai forcément – mais d'ici-là je peux vous renvoyer à ma note sur une pièce « moderne », Madame de Sade), mais c'est aussi l'occasion d'une confrontation de deux mondes – l'onnagata doux et conciliant dans sa grâce divine davantage encore que féminine incarnant le Japon ancien, tandis que le jeune et arrogant metteur en scène l'a jeté aux orties. La relation entre les deux suscite à bon droit la jalousie du personnage point de vue…

C'est très fin, très bien exécuté : une nouvelle parfaitement brillante.

DEUX TRÈS BONNE NOUVELLES… ET UNE INTRIGANTE PIÈCE DE THÉÂTRE

Trois autres récits valent assurément le détour, même si sans atteindre les mêmes sommets – deux nouvelles… et une petite pièce de théâtre.

Les Sept Ponts

Commençons par les nouvelles, et d'abord « Les Sept Ponts ». Nous y suivons des geishas qui se livrent à un très superstitieux pèlerinage, leur imposant de traverser sept ponts tout en priant pour que leurs voeux s'exaucent – sans dire le moindre mot.

Ces personnages féminins suscitent le même sentiment ambigu que la mère meurtrie de « La Mort en été » – du fait de leur superficialité et de leur égoïsme, sinon de leur superstition. C'est un gynécée cruel, elles ne se font pas de cadeaux – les persiflages et les préjugés sont leur pain quotidien. Pourtant, dans leur condition guère enviable, elles ont aussi ce caractère endolori qui permet de les envisager avec sympathie.

La cruauté du texte ressort peut-être surtout de son côté moqueur, en définitive – avec comme une revanche morale à la clef, sous les atours d'une farce burlesque. Cela fonctionne très bien.

La Perle

« La Perle » est finalement une nouvelle assez proche des « Sept Ponts » : la distribution est là encore entièrement féminine, et ce cercle d'amies (des dames qui prennent le thé ensemble) peut s'avérer d'une extrême cruauté – a fortiori quand l'importance du « paraître » vient perturber cette relation naturellement empreinte d'hypocrisie. du coup, la nouvelle affiche une dimension humoristique encore plus prononcée !

Ce récit comporte sans doute à son tour un aspect critique, en même temps – qui n'en fait pas totalement la vilaine blague que l'on croit tout d'abord. Et, en définitive, la dictature du paraître n'a rien de drôle… Mais, ceci, c'est un sentiment que l'on ne se permettra véritablement qu'une fois la dernière page de la nouvelle tournée. D'ici-là…

Dojoji

Le troisième texte à mentionner dans cet ensemble n'est donc pas à proprement parler une nouvelle, mais une brève pièce de théâtre : « Dojoji ». La vente aux enchères d'un très improbable meuble y est perturbée par l'irruption inopinée d'une jeune femme, qui entend bien raconter l'histoire horrible de cette « armoire » gigantesque…

Le propos peut paraître obscur. À tort ou à raison, ce mystère (passablement policier) aussi bien que la manière de le mettre en scène, avec ces dialogues très caractéristiques, m'a fait penser à Edogawa Ranpo (dont Mishima avait adapté pour la scène le Lézard Noir)…

Mais l'inspiration essentielle est ailleurs, comme le laisse en fait entendre ce titre de « Dojoji », que l'on ne s'explique pas au vu du contenu du texte même. C'est qu'il s'agit d'une de ces pièces de nô « modernes » qu'a écrit Mishima – en empruntant directement à un nô classique intitulé « Dôjôji », lequel empruntait lui-même à un récit bien plus ancien et ayant connu des variantes (en fait, je ne m'en étais pas le moins du monde rendu compte en lisant la pièce de Mishima – sans autres indices, cela me paraît difficile –, mais j'avais déjà lu, tout récemment, une variante de ce récit dans les Histoires qui sont maintenant du passé, recueil de contes édifiants, dans une perspective bouddhique, composé entre les XIe et XIIIe siècles à vue de nez) ; le nô mettait en avant les crimes suscités par la jalousie, et, si l'approche de Mishima est différente, avoir cette référence en tête permet probablement d'envisager le texte avec davantage de compréhension comme de sentiment (pour ce personnage féminin plus subtil qu'il n'y paraît).

Toutefois, même sans cette référence, la pièce emporte l'adhésion par son côté étrange et quelque peu roublard.

TROIS TEXTES PLUS ANODINS ?

Trois textes me paraissent inférieurs – mais certainement pas mauvais, ni même médiocres d'ailleurs – simplement, ils sont peut-être un peu plus anodins ?

Trois Millions de yens

Ainsi tout d'abord de « Trois Millions de yens », récit qui voit un jeune couple, dont la situation financière est plus que précaire, dépenser un peu plus que de raison dans une sorte de parc d'attractions. Les amants sont presque archétypaux, au regard de certaines images suscitées par la condition des hommes et des femmes dans le Japon contemporain (à vrai dire peut-être bien plus aujourd'hui qu'alors) : la femme sérieuse et qui tient les comptes, l'homme profondément immature.

Un rendez-vous doit avoir lieu, avec une mystérieuse vieille dame – qui doit régler ces soucis financiers. Nous n'en saurons pas plus, cette nouvelle joue beaucoup, comme quelques autres, sur le non-dit, l'allusion : au lecteur de déterminer le « travail » demandé au jeune couple par la vieille dame. J'aurais bien quelques idées, mais je vais les garder pour moi… Toutefois, la nouvelle a quelque chose de lumineux, même dans toutes ces références à la misère du couple, qui incite à supposer la plus noire des conclusions, au mieux l'humiliation.

Bouteilles thermos

Ainsi également de « Bouteilles thermos », pas le plus enthousiasmant des titres. C'est à nouveau un récit très cruel, et qui joue beaucoup sur le non-dit. Toutefois, en l'espèce, la cruauté dépasse l'opposition des sexes : si y figure une ancienne geisha qui aurait pu être de celles accomplissant le pèlerinage des « Sept Ponts », l'homme qu'elle retrouve, son ancien client/protecteur, et qui constitue notre point de vue, est un individu de plus en plus acre et acerbe, au point du sadisme.

Une nouvelle qui remue un peu – sans briller, mais non sans pertinence.

Les Langes

Ainsi enfin de « Les Langes », de très loin la plus courte nouvelle du recueil, et qui le conclut. La nouvelle répond peut-être à « La Perle », qui la précède immédiatement, ainsi qu'à « La Mort en été », tout à l'autre bout du recueil : le personnage est là encore une femme torturée par la dictature du paraître, et qui, en outre, reporte sur son propre enfant absolument tout ce qu'elle constate au fil de ses errances empreintes d'obsessions à même de rendre la vie invivable.

La plume est belle, le tableau touchant, mais, pour quelque raison que j'ignore, je n'ai pas accroché plus que ça.
PATRIOTISME – UNE PLACE À PART

Reste une nouvelle : « Patriotisme », qui occupe une place à part dans ce recueil. C'est une des plus célèbres nouvelles de Mishima – probablement la plus célèbre, en fait. Pour une excellente raison : c'est une nouvelle absolument brillante, un vrai chef-d'oeuvre. Et pour une raison, pas forcément mauvaise, mais un peu moins bonne : on ne peut pas lire ce texte, aujourd'hui, sans l'envisager comme une répétition, avec quelques années d'avance, de la propre (non, sale) mort de l'auteur lui-même…

L'histoire prend pour cadre « l'incident du 26 février » (1936), une tentative de coup d'État militaire (à une époque très agitée : il y a eu d'autres tentatives, et des assassinats politiques en nombre), durant laquelle de jeunes officiers nationalistes, désireux de renforcer le pouvoir de l'armée et plus impérialistes que l'empereur, ont assassiné des ministres au nom de leur chef suprême. Hélas pour eux, l'empereur Shôwa (ou Hirohito si vous préférez) a désavoué leur initiative, scandalisé, et a exigé que l'on mate cette rébellion. Dont acte : les troupes mutines sont dispersées, les meneurs qui ne se sont pas suicidés sont fusillés. Ce qui, certes, n'a pas empêché l'armée de prendre effectivement le pouvoir quelques années plus tard à peine, avec les conséquences que l'on sait…

L'incident a beaucoup marqué les Japonais – je ne compte pas les allusions dans des livres, des BD (par exemple Vie de Mizuki), des films (comme Furyo), que j'ai pu lire ou voir. Mishima n'a de toute évidence pas fait exception, qui y a multiplié les références dans sa carrière littéraire, même si surtout à partir de « Patriotisme ».

La nouvelle figure un lieutenant et son épouse – des jeunes mariés. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les officiers rebelles n'ont pas mis le lieutenant au courant de leur plan, afin de le préserver ainsi que son épouse… Mais que l'empereur exige d'écraser le coup d'État a pour le lieutenant cette conséquence terrible : on va lui ordonner de tuer ses meilleurs amis. C'est impossible… le devoir s'oppose au sentiment, le giri au ninjô. Dans cette alternative indiscernable, le soldat n'a d'autre choix que de partir en soldat – ou en samouraï : il est résolu à se suicider par seppuku.

Ce que comprend très bien sa charmante épouse, qui entend partir avec lui. C'est un couple japonais parfait – deux êtres jeunes et beaux et purs, unis dans l'amour et dans la mort, la fusion charnelle anticipant le décès commun, variation anachronique sur le double suicide amoureux, ou shinjû, si cher notamment au grand dramaturge Chikamatsu (voyez ici)…

Tant de grâce, de beauté ! Pourtant, la mort est rude. Mishima s'étend à longueur de paragraphes sur le sabre pénétrant la chair et faisant jaillir les entrailles, sur la douleur inhumaine que s'inflige le soldat sous les yeux de son épouse dévouée mais qui n'a d'autre choix que celui de la passivité, même insupportable… J'ai, à plusieurs reprises, noté que La Mort en été était riche de nouvelles plutôt allusives, avec une part prononcée de non-dit, de manière particulièrement marquée dans les conclusions de certains récits. « Patriotisme », par contre, joue de la carte de l'explicite – à ce stade, on pourrait aussi bien dire du gore ou de la pornographie, et j'y reviendrai. La nouvelle est aussi belle qu'insoutenable de par sa crudité.

C'est ce qui en fait un chef-d'oeuvre. La plume est parfaite, le tableau superbe et horrible. Mishima s'y livre totalement, et c'est parce qu'il est si entier dans son art qu'il peut se permettre d'attraper le lecteur par le col pour qu'il ne puisse pas détourner les yeux de la mort volontaire en train de s'accomplir si horriblement. « Patriotisme » est un chef-d'oeuvre, oui – indépendamment de la mort effective de Mishima une dizaine d'années plus tard.

Mais, certes, il n'est tout simplement plus possible, depuis, de lire « Patriotisme » sans avoir en tête les circonstances fatales du pseudo-coup d'État tenté par l'écrivain et sa « Société du Bouclier », le 25 novembre 1970. On ne peut qu'y percevoir une forme de fascination pour cette mort grandiose et anachronique, une répétition, même, des gestes précis, rituels, à accomplir ; une fascination, oui, dont l'adaptation filmée Yûkoku témoignera plus encore, au point d'un insupportable malaise, non exempt pourtant d'une forme de séduction morbide…

Pourtant, à s'en tenir au texte, cela n'a rien de si évident. Même aux yeux du plus masochiste des lecteurs, la mort du lieutenant, peut-être belle dans l'idée, est hideuse dans les faits. L'idéal éthéré peut-il vraiment persister, quand les tripes se déversent sur le tatami dans les cris de douleur que le soldat ne saurait retenir ? La question même de la dignité se pose, dans cette mort rituelle envisagée comme une oeuvre d
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Dylou
  28 novembre 2011
Bien qu'elles soient assez mélancoliques, j'ai aimé ce recueil de 10 nouvelles qui plonge le lecteur dès le premier récit dans l'univers à la fois pessimiste et onirique caractéristique de Mishima.
« le prêtre de Shiga et son amour », « Les sept ponts » ou « Dojoji » explorent un Japon aux traditions séculaires empreint de poésie.
« La mort en été », « trois millions de yens » ou encore « Bouteille Thermos », racontent des histoires tragiques où les personnages évoluent dans un monde à la fois moderne et orthodoxe. On y découvre au fil des histoires des personnages tiraillés par leurs émotions se débattant entre ambiguïté et conformité pour vivre leur quotidien dans une société nippone codifiée à l'extrême.
La nouvelle « Onnagata » explore l'ambivalence sexuelle pendant que « Patriotisme » nous parle d'honneur, de beauté, d'amour et de Seppuku, préfigurant la vie et la fin tragique de l'auteur.
Je trouve qu'il est toujours intéressant lorsque l'on ne connait pas un auteur de commencer par des nouvelles, en ce sens « Mort en été » est à conseiller.
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frandj
  25 janvier 2015
La première nouvelle donne son titre à l'ensemble du recueil. Avec ces dix textes très variés, longs d'une vingtaine de pages chacun, le lecteur entre dans le monde de Mishima. le Japon moderne -celui de l'après-guerre - y occupe une très grande place; mais on y décèle aussi l'influence prégnante des traditions. le sujet, les personnages et le ton varient beaucoup d'une nouvelle à l'autre. J'avoue avoir été un peu déçu par certaines d'entre elles. Mais le premier et le dernier des textes ont retenu toute mon attention, et j'ai bien apprécié l'ironie aigre-douce de "La perle".
C'est "Patriotisme" qui, à mes yeux, est la seule nouvelle vraiment extraordinaire du recueil; c'est donc sur elle que je veux m'attarder. le contexte est celui du coup d'Etat du 26 Février 1936 à Tokyo. Un jeune lieutenant de l'Armée Impériale qui ne se résigne pas à tirer sur ses camarades officiers, devenus mutins, décide de faire un seppuku (suicide improprement désigné en français par le terme de « hara-kiri »); sa femme lui promet de le suivre dans la mort. Mais auparavant, ils font l'amour pour la dernière fois. Mishima illustre d'une manière sombre et somptueuse les noces de l'amour et de la mort, entre ces deux jeunes gens strictement soumis aux règles de l'honneur et de la fidélité. C'est un texte d'une intensité exceptionnelle; d'ailleurs, la lecture de certains passages est éprouvante. le lecteur occidental peut être choqué par cette violence et par ce code qui conduit le héros à s'imposer ce cruel suicide. En lisant "Patriotisme", il faut garder en mémoire que Mishima s'est lui-même donné la mort par seppuku en 1970, à la suite d'un coup d'Etat raté.
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Pasoa
  31 mars 2017
"La mort en été" est un des nombreux recueils de nouvelles qu'a écrites Yukio Mishima. Celui-ci regroupe dix textes écrits entre 1953 et 1966. On y retrouve les thèmes chers à l'auteur japonais : l'amour, le temps qui passe, l'honneur, le sacrifice, la mort.
Les nouvelles ici rassemblées forment entre elles un tout cohérent mais l'argument de celle intitulée "Patriotisme" emporte toute l'attention du lecteur. Celle-ci, écrite en 1961, met en scène un membre de l'armée impériale, le lieutenant Shinji Takeyama et son épouse Reiko. le militaire appartient par ailleurs à une société secrète qui a fomenté un coup d'État. Celui-ci vient d'échouer. Rentré à la maison, déshonoré, humilié, le lieutenant Takeyama et son épouse vont mettre en scène leur suicide par seppuku. C'est le récit halluciné, glaçant, inexorable, cette esthétisation de l'acte suicidaire poussée à l'extrême qui stupéfie.
J'ai éprouvé comme un malaise à la lecture de ce texte : l'aspect morbide de la scène déstabilise mais la maîtrise de la narration, la mise en tension de l'attitude des deux personnages, de l'instant court, est vraiment saisissante.
"Patriotisme" a servi d'argument au film "Yūkoku ou rites d'amour et de mort" qu'a tourné en 1965 l'écrivain lui-même. Dans ce film, Yukio Mishima y interprète le rôle du lieutenant Takeyama, révélant une fois encore son attrait pour les thèmes l'honneur de la patrie, le sacrifice, la sexualité et la mort.
En 1970, en réaction à un Japon occidentalisé, qui a perdu de sa culture et de sa souveraineté politique à l'issue de la Seconde guerre mondiale, Yukio Mishima décide de mettre à nouveau en scène le suicide (le sien) lors d'une tentative de coup d'état. Après les fictions littéraire et cinématographique, Yukio Mishima décida qu'elle devait prendre place cette fois-ci dans la réalité.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
flolunaireflolunaire   24 août 2014
Masuyama aimait particulièrement la scène où la princesse, liée de cordes à un cerisier, se rappelle une légende que lui racontait son grand-père, et de la pointe du pied fait glisser au milieu des fleurs tombées un rat, qui reprend vie et ronge les cordes dont elle est attachée. Toutes ces artificielles arabesques propres à l’onnagata – délicats mouvements du corps, courbure de la main, gestes de doigts -, qui pouvaient sembler bien voulues dans la vie de tous les jours, prenaient une étrange force de vie lorsque, attachée à l’arbre, y recourait Yukihime. Les attitudes compliquées et contraintes qu’imposaient les cordes faisaient de chaque instant un exquis débat, suivi d’un autre, d’un autre encore, vague après vague, que poussait une force irrésistible.
Onnagata
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IansougourmerIansougourmer   15 avril 2013
La lame rencontrait l'obstacle des intestins qui s'y emmêlaient et dont l'élasticité la repoussait constamment ; et le lieutenant qu'il lui faudrait les deux mains pour maintenir la l'âme enfoncée ; il appuya pour couper par le travers. Mais ce n'était pas aussi facile qu'il l'avait cru.
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frandjfrandj   25 janvier 2015
PATRIOTISME

La lame avait certainement percé la paroi du ventre, se dit-il. Il respirait avec difficulté, son coeur battait à grands coups et, dans quelque lointain profond dont il pouvait à peine croire qu'il fût une part de lui-même, surgissait une effrayante, une abominable douleur, comme si le sol s'était ouvert pour laisser échapper une lave brûlante de lave en fusion.
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IansougourmerIansougourmer   12 août 2013
Même volage et léger, le cœur d'un homme est en général plus sentimental qu'une femme.
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anthonyberthonanthonyberthon   09 décembre 2017
Pour que nous autres participions réellement à ce qui était arrivé, il faudrait que notre existence même y soit en jeu. Et qu'avaient mis en jeu Masaru et sa femme ? Tout d'abord, avaient-ils eu le temps de mettre quoi que ce soit en jeu ? L'événement brillait au loin, comme un phare sur une avancée de terre, à grande distance.
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Videos de Yukio Mishima (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yukio Mishima
"le Pavillon d'Or", de Yukio Mishima (Alchimie d'un roman, épisode n°23)
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