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Marc Mécréant (Traducteur)
ISBN : 2070366499
Éditeur : Gallimard (06/02/1975)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 442 notes)
Résumé :
Sans rien changer à sa pose parfaitement protocolaire, la femme, tout à coup, ouvrit le col de son kimono. Mon oreille percevait presque le crissement de la soie frottée par l'envers raide de la ceinture. Deux seins de neige apparurent. Je retins mon souffle. Elle prit dans ses mains l'une des blanches et opulentes mamelles et je crus voir qu'elle se mettait à la pétrir. L'officier, toujours agenouillé devant sa compagne, tendit la tasse d'un noir profond.
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
andman
  16 février 2013
Si vous êtes actuellement en recherche d'un bouquin distrayant avec des personnages hauts en couleur et dégageant une joie de vivre, passez votre chemin et remettez à plus tard la visite du Pavillon d'Or !
L'action du roman se situe dans la région de Kyoto, l'ancienne capitale impériale.
Nous sommes dans l'immédiat après-guerre, le Japon est traumatisé par la défaite, l'apocalypse nucléaire et la présence des troupes américaines sur son sol met à mal la fierté de tout un peuple.
C'est dans ce contexte historique peu reluisant que nous faisons connaissance avec Mizoguchi, le fils d'un prêtre bouddhiste. Celui-ci à transmis à son fils son amour paroxysmique du Pavillon d'Or, le plus connu des temples de Kyoto.
Au décès du père, le Prieur du Pavillon d'Or, Tayama Dosen, prend le jeune Mizoguchi sous son autorité ; il devient alors novice du temple dont il à tant rêvé.
Mizoguchi est une personne introvertie qui se trouve laide et qui bégaie. Son seul véritable plaisir est la contemplation du Pavillon d'Or, summum à ses yeux de la beauté sur terre.
Il se lie toutefois d'amitié avec un autre novice, Tsurukawa. Celui-ci va avoir une influence positive sur Mizoguchi qui prendra peu à peu confiance en lui au point d'avoir pour ambition à un moment donné, d'occuper un jour le poste de Prieur. Mais Tsurukawa meurt brutalement.
Privé de son soutien moral, la trajectoire du jeune Mizoguchi va brutalement s'inverser.
De plus en plus perturbé et très mal entouré, il sombrera au fil des pages dans un délire paranoïaque dans lequel il rendra le Pavillon d'Or responsable de tous ses malheurs et finira par commettre l'irréparable…
J'ai adoré ce roman. L'histoire est finalement assez sordide mais l'approche psychologique des personnages, à commencer bien sûr par le personnage central Mizoguchi, est traitée avec beaucoup de justesse et sans parti pris. Mishima laisse le lecteur se faire sa propre opinion sur l'acte à priori insensé du jeune novice.
Mais c'est sans doute la poésie omniprésente que le lecteur appréciera avant tout. Il gardera longtemps en mémoire la magnificence du Pavillon d'Or, comme faisant partie intégrante de la nature.
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Nastasia-B
  05 octobre 2012
Yukio Mishima (ou l'inverse si l'on veut faire plus japonais) est parti d'un fait divers réel, à savoir l'incendie du célèbre et vénérable pavillon d'or de Kyôto par un novice quelque peu déséquilibré en 1950, pour en faire un roman initiatique d'une grande subtilité et absolument dépourvu de manichéisme.
Il faut rappeler que Mishima avait 25 ans au moment des faits et que l'incendiaire en avait 21, donc, qu'ils appartenaient quasiment à la même génération, ce qui a permis à l'auteur d'injecter multiples influences qu'il était capable de puiser chez lui ou certaines de ses connaissances pour forger un personnage crédible en s'appuyant sur les quelques éléments réels de la biographie du bonze novice qui se rendit coupable de ce sacrilège.
C'est donc un lent et vacillant cheminement auquel nous invite Mishima sur les traces d'un adolescent frappé d'une infirmité d'élocution, qui se sait laid, qui déteste sa mère et a perdu son père, lequel, lui-même prêtre zen lui a transmis un véritable sens de la vénération pour la beauté incomparable du pavillon d'or.
À la mort de son père, le prieur (principal religieux du temple où figure le pavillon d'or) recueille le jeune adolescent, étant un ami du père et lui ayant assuré de veiller sur lui. Ainsi, notre adolescent torturé devient novice au temple et peut contempler à loisir ce bijoux de raffinement et de fascination qu'est le pavillon d'or.
Il va se lier à deux amis, qui symboliseront le yin et le yang du jeune homme. Tsurukawa, d'une part, sorte de génie bienveillant qui arrive à percevoir les bons côtés du jeune bonze derrière ses infirmités et ses frustrations, tentant ainsi de les magnifier.
D'autre part, Kashiwagi, sorte de côté obscur, génie malveillant, qui sous prétexte de libération pousse son ami vers la dépravation.
On verra donc le jeune bonze tiraillé jusqu'au plus profond de son âme entre le côté lumineux et le côté obscur, adolescent mal dans sa peau, complexé dans sa chair, mal dans le monde, épris de beauté mais s'en sentant exclus, la recevant même comme une injure, faisant ressortir sa propre laideur, tant physique que spirituelle jusqu'à lui devenir insupportable.
La pavillon d'or cristallise tout ce qui, à ses yeux, est le summum du beau, donc ce qui l'empêche de vivre.
En somme, un beau roman sous forme de récit à la première personne, très psychologique où, au détours de quelques passages on devine un Japon d'après guerre, ruiné économiquement, gangrené par le marché noir et humilié par la présence des militaires américains. Je vous ai donné mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose, maintenant c'est à vous de jouer pour forger le votre.
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sandrine57
  16 octobre 2013
En 1950,à Kyoto, un jeune novice met le feu au Pavilllon d'or, le temple le plus célèbre de la ville. C'est de ce drame, qui a bouleversé le Japon, qu'est parti Yukio MISHIMA pour raconter l'histoire romancée de Mizogushi, le jeune moine incendiaire. Mais au-delà du fait divers, l'écrivain relate le parcours psychologique d'un garçon torturé, complexé par sa laideur et son bégaiement, obsédé par la Beauté dont le Pavillon d'or est, à ses yeux, la forme la plus pure. de son enfance pauvre dans un Japon dévasté et humilié par la deuxième guerre mondiale, aux côtés d'une mère adultère et d'un père bonze qui lui a transmis son amour immodéré pour le temple sacré, à son arrivée au Pavillon pour y être novice, recueilli par le prieur à la mort de son père, on découvre un jeune homme qui peu à peu sombre dans la folie, jusqu'à commettre l'irréparable.

Les mots sont trop faibles pour parler de toute la beauté et la poésie de ce texte magistral. Yukio MISHIMA, sans juger, sans prendre parti, décrit le parcours initiatique d'un jeune homme qui fut son contemporain. Laid et bègue, Mizogushi aurait pu composer avec ses handicaps, s'épanouir dans l'ombre de l'objet de son amour et pourquoi pas un jour devenir le prieur de ce lieu sacré. Son amitié avec le lumineux Tsurukawa, novice comme lui, l'encourage dans ce sens. Mais c'est le sombre Kashiwagi, élève dans le même lycée que lui, qui va dévoiler sa noirceur et sa perversité. Poussé par ce mauvais génie, Mizogushi s'éloigne du prieur et s'enlise dans la dépravation. Symbole du Beau, donc de ce qu'il n'est pas et se sera jamais, le Pavillon d'or devient l'objet d'un amour/haine jusqu'à ce que ses réflexions le conduisent à l'idée selon laquelle c'est ce Beau absolu qu l'empêche de vivre. A-t-il déjà été plus laid, physiquement et dans son coeur, ailleurs que près de ce temple prodigieux? Non, et c'est pourquoi il lui faudra le détruire pour enfin pouvoir s'intégrer à la vie, dans un monde débarrassé de ce rappel constant de la beauté.
Un roman au ton juste qui appelle maintes réflexions sur le le beau, le bien, le mal et la folie. A lire évidemment, pour la fine analyse psychologique de l'incendiaire et les très sensuelles descriptions de ce lieu hors du commun posé dans un superbe écrin naturel.
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nadejda
  23 avril 2011
Premier livre de Mishima dans lequel je me plonge et ceci suite à ma lecture du très beau livre de Laszlo Krasznahorkai «Au nord par une montagne, au Sud par un lac, à l'Ouest par les chemins, à l'Est par un cours d'eau». J'avais lu ce livre, dans un premier temps, sans me préoccuper des références à la littérature et la civilisation japonaises.
L.Krasznahorkai y fait indirectement allusion à plusieurs temples de Kyoto et les réunit en un seul temple où se trouve un jardin inoubliable. En le reprenant j'ai eu envie d'en savoir plus. J'aime qu'un livre me renvoie vers un ou plusieurs autres, j'ai l'impression de partir pour un long voyage de découverte, à l'aventure.
Concernant le Pavillon d'or, j'ai d'abord été contempler quelques magnifiques photos et appris, par l'un des commentaires, qu'en 1950 un moine de ce temple y a mis le feu et que ce fait divers avait servi de base à Mishima pour son roman «Le Pavillon d'or».
Je ressors de ma lecture fascinée par la beauté de ce texte, beauté poétique, érotique et perverse offrant le même contraste que ces ciels noirs où un orage se prépare, éclairés et magnifiés par le soleil avant de l'engloutir.
Son père, sentant sa fin proche, va présenter son fils Mizoguchi au prieur du temple du «Pavillon d'Or» avec lequel il est ami. Ce temple, Mizoguchi en a rêvé, l'a sublimé : 
« Pareil à la lune dans le ciel nocturne, le Pavillon d'Or avait été édifié comme un symbole des temps de ténèbres....le Pavillon d'Or m'apparaissait comme un magnifique navire franchissant l'océan des âges....Le Pavillon d'Or nous arrivait du fond d'une nuit immense, une traversée dont on ne pouvait prévoir la fin. Pendant le jour, l'étrange vaisseau jetait l'ancre avec un air d'innocence, se soumettant aux regards curieux de la multitude ; mais la nuit venue, puisant dans les ténèbres d'alentour une force neuve, il enflait son toit comme une voile et gagnait le large.»
Et quand il y entre comme novice après le décès du père, le «Pavillon d'or» le pénètre de sa beauté «Quand je levais la tête vers le Pavillon d'Or, ce n'est pas seulement par les yeux qu'il pénétrait en moi, mais aussi, semblait-il, par le crâne. de la même façon qu'en plein soleil ce crâne devenait brûlant, ou était instantanément rafraîchi par la brise du soir.»
Si «Le Pavillon d'Or» devient pour lui la personnification de la beauté , son existence lui est un affront à lui le bègue qui se sent si laid, si indigne d'un regard. Elle vient s'interposer entre lui et le monde, entre lui et ses rencontres féminines. Il veut aussi dérober cette beauté au yeux du monde. Ce qui, après un long cheminement complexe, entraînera le geste final.
Des scènes sont inoubliables en particulier celle de cette belle jeune femme qu'il entrevoit lorsque, en compagnie de son ami lumineux Tsurukawa, ils se rendent au Nanzenji, autre temple de la secte Rinzaï, proche du Pavillon d'Or : "Sans rien changer à sa pose parfaitement protocolaire, la femme, tout à coup, ouvrit le col de son kimono. Mon oreille percevait presque le crissement de la soie frottée par l'envers raide de la ceinture. Deux seins de neige apparurent. Je retins mon souffle. Elle prit dans ses mains l'une des blanches et opulentes mamelles et je crus voir qu'elle se mettait à la pétrir. L'officier, toujours agenouillé devant sa compagne, tendit la tasse d'un noir profond.
Sans prétendre l'avoir , à la lettre, vu, j'eus du moins la sensation nette, comme si cela se fût déroulé sous mes yeux, du lait blanc et tiède giclant dans le thé dont l'écume verdâtre emplissait la tasse sombre - s'y apaisant bientôt en ne laissant plus traîner à la surface que de petites tâches - , de la face tranquille du breuvage troublé par la mousse laiteuse".p95
Mizoguchi retrouvera dans d'autres circonstances cette femme et ce beau souvenir en sera terni.
La nature est omniprésente, dans des descriptions minutieuses et émouvantes. Présence aussi, menaçante, en bruit de fond, des bombardements américains qui annoncent la fin du Japon traditionnel. Il y a une multitude de facettes dans ce beau livre qui appellent d'autres lectures.
Et cette lecture du Pavillon d'Or, loin de diminuer la beauté du livre de Laszlo Krasznahorkai qui m'y a conduit l'épaule et forme un pont qui permet d'aller de l'un à l'autre.
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Macha_Loubrun
  14 juin 2013
Ma première découverte d'un livre de Yoko Mishima me laisse admirative de son immense talent. C'est très modestement que je vais parler de ce classique de la littérature japonaise.
En 1950, un incendie criminel détruisait l'un des trésors nationaux, le Pavillon d'or du temple de Rokwonji, à Kyôto. Yoko Mishima s'est inspiré de ce fait divers pour écrire cette sombre histoire. Son écriture est d'une grande poésie, ses descriptions des paysages sont magnifiques, ses analyses des personnages d'une grande finesse psychologique.
L'ambiance est pesante, le roman débute avec les bruits des bombardements et le rationnement alimentaire durant la seconde guerre mondiale. …
Mizoguchi est le fils d'un bonze. Il est pauvre, laid et il bégaie. Son père sentant sa fin proche, décide le confier au Prieur du Pavillon d'or, son ami. Rapidement, le Pavillon d'or cristallise toutes les souffrances du jeune homme à travers l'amour démesuré qu'il lui porte. Il s'enferme alors dans une sorte de folie paranoïaque, une obsession pour le pavillon d'or qui ne le lâche plus. La beauté rayonnante du temple fait ressortir à ses yeux l'ensemble de ses disgrâces.
Devenu jeune novice, il fera la rencontre de deux amis, Tsurukawa, ouvert à la vie, un ami bienveillant qui le pousse à prendre confiance en lui et Kashiwagi, lui aussi affecté d'une infirmité. Mais ce dernier est un être pervers qui pousse Mizoguchi vers la noirceur et le mal.
La beauté et la laideur, la soumission et la domination, sont en duel permanent tout au long du récit. Mizoguchi s'enfonce petit à petit dans sa douleur qui l'empêche de vivre jusqu'au dénouement final…
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Citations et extraits (87) Voir plus Ajouter une citation
andmanandman   10 février 2013
Ce qui change le monde, c'est la connaissance. Rien d'autre, rien ne peut transformer le monde. La connaissance seule peut le changer, tout en le laissant tel qu'il est, inchangé. Vu sous cet angle, le monde est éternellement immuable, mais aussi en perpétuel changement. Tu me diras que ça ne nous sert pas à grand-chose. N'empêche que pour rendre la vie supportable, on peut le dire, l'humanité dispose d'une arme, qui est la connaissance. les bêtes n'ont pas besoin de ça. Parce que pour elles ça ne signifie rien : rendre la vie supportable. Mais l'homme, lui, connaît et se fait une arme de la difficulté même de supporter l'existence, sans que pour autant cette difficulté s'en trouve pour le moins adoucie.
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bluelynxsbluelynxs   13 septembre 2010
"Regarde derrière, regarde dehors : si nous nous rencontrons, tue sur l'heure!..."
Oui, c'était la première ligne du passage fameux du chapitre de l'Éclairement populaire, dans le Rinzairoku : la suite coula d'elle-même :
"Si tu croises le Bouddha, tue le Bouddha! Si tu croises ton ancêtre, tue ton ancêtre! Si tu croises un disciple du Bouddha, tue le disciple du Bouddha! Si tu croises tes pères et mères, tue père et mère! Si tu croises ton parent, tue ton parent! Alors seulement tu trouveras la Délivrance. Alors seulement tu esquiveras l'entrave des choses, et tu seras libre..."
Ces mots m'arrachèrent à l'impuissance où j'avais sombré. D'un seul coup, je sentis dans tout mon être une surabondance d'énergie. Une partie de moi s'obstinait bien à me répéter que ce que j'allais faire était maintenant sans utilité : ma force neuve ne redoutait pas cette inutilité. Parce que c'était inutile, je me devais d'agir.
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colimassoncolimasson   21 janvier 2016
Si je brûle le Pavillon d’or, me disais-je, ce sera un acte hautement éducatif. Grâce à lui, les gens apprendront qu’il est insensé de conclure par analogie à l’indestructibilité de quelque chose ; ils apprendront que le fait d’avoir simplement continué d’exister, d’être resté debout sur la berge du Miroir d’Eau pendant cinq cent cinquante ans, n’implique aucune garantie d’aucune sorte ; le postulat « foudroyant d’évidence », auquel nous amarrons désespérément notre tranquillité, ils apprendront à en être moins sûrs, avec l’inquiétude de penser qu’il peut être jeté à bas demain…
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enkidu_enkidu_   15 janvier 2018
J'avais laissé échapper ces paroles, frôlant dangereusement la confession. « Le monde, continuai-je, c'est l'action qui le transforme, rien d'autre... » Comme je le prévoyais, Kashiwagi para le coup, avec ce sourire froid qui semblait collé à ses traits.

« Crois-tu ? Tu dis : l'action. Mais ces choses belles pour qui tu as de la tendresse, ne vois-tu pas qu'elles n'aspirent qu'au sommeil sous la garde de la connaissance ? Un jour, nous avons parlé du chat de Nansen, ce chat d'une beauté incomparable. Si les deux clans de moines se sont disputés, c'est que les uns et les autres voulaient le protéger, le couver, le faire dormir douillettement — cela, au sein de la connaissance particulière de chacun. Le Père Nansen, lui, était un homme d'action : il ne fait ni une ni deux, trucide la bête et l'affaire est réglée. Arrive Chôshu, qui met ses sandales sur sa tête. Cela veut dire quoi? Qu'il sait fort bien que la Beauté est chose qui doit rester endormie sous la protection de la connaissance, mais qu'il n'y a pas de connaissance INDIVIDUELLE, de connaissance PARTICULIÈRE à celui-ci ou à celui-là. Non! La connaissance est pour les hommes un océan, une vaste lande, et l'ordinaire condition de l'existence. Voilà, je crois, ce que signifiait son geste. A présent, tu veux jouer les Nansen, hein? Eh bien, cette beauté que tu aimes n'est que le fantôme de ce « reliquat », de ce « surplus » qui demeure de l'âme humaine, une fois faite la part — dévorante — de la connaissance. Ce n'est que le fantôme de cet « autre moyen », dont tu parlais, « de rendre la vie supportable ». On peut aller jusqu'à dire qu'une telle chose n'existe, en fait, pas. Mais ce qui donne tant de force à l'illusion, ce qui lui confère un tel caractère de réalité, c'est précisément la connaissance. Du point de vue de la connaissance, jamais la Beauté n'est consolation. Ce peut être une femme, ce peut être une épouse, ce n'est jamais une consolation. Cependant, du mariage de la connaissance et de cette Beauté qui n'est pas une consolation, quelque chose naît. Quelque chose d'éphémère, de pareil à une bulle, à quoi l'on ne peut absolument rien. Oui, quelque chose naît ; et c'est ce que les gens appellent l'ART.

— La Beauté... » commençai-je ; mais je me mis à bégayer furieusement. C'était une idée absurde, mais un soupçon venait de se glisser dans ma cervelle : est-ce que mon bégaiement n'avait pas sa source dans la conception que je me faisais de la Beauté?... « La Beauté... Les choses belles... sont maintenant mes ennemies mortelles. (chapitre VIII)
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IansougourmerIansougourmer   17 avril 2013
Le pavillon d'or est une étude approfondie des mobiles d'un crime. Une conception superficielle et baroque de quelque chose comme, par exemple, la Beauté, peut suffire à provoquer l'acte criminel d’incendier un trésor national. Si l'on se place d'un autre point de vue, il suffit, pour échapper à sa condition présente, de croire à cette idée folle et superficielle, et de l’hypertrophier jusqu'à en faire une fondamentale raison d’être. C'était de Hitler...

(Mishima, préface...)
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